Débat autour de l'éthique

Les chefs des partis sentent approcher la fin de la campagne électorale québécoise ; le débat plus animé qu'ils ont tenu, hier, sur les ondes du réseau TVA, témoigne de l'urgence de faire bouger l'opinion publique de leur côté.
Le plus ciblé du débat, cette fois, et le plus éméché, a été le libéral Philippe Couillard. La raison est évidente : son avance dans les sondages a crû au cours de la dernière semaine et il est celui chez qui les adversaires peuvent gruger des intentions de vote.
La première ministre Pauline Marois a joué le tout pour le tout en déclenchant ces élections dans l'espoir de dégager une majorité de députés à l'Assemblée nationale. Maintenant qu'elle sent non seulement cette majorité, mais aussi le pouvoir, lui filer entre les doigts, elle a adopté un ton virulent à l'endroit du chef du Parti libéral du Québec.
François Legault n'était pas en reste. Le chef de la Coalition avenir Québec a perdu presque la moitié des appuis que son parti a récoltés à l'élection du 4 septembre 2012. Il a lui aussi joué son va-tout en lançant des tirs groupés à l'endroit de M. Couillard.
Les chefs ont passé une dizaine de jours à parler de souveraineté et de référendum, escamotant d'autres enjeux cruciaux comme la santé, l'éducation (universitaire tout particulièrement), l'emploi et l'économie.
En lieu et place, ils ont passé les derniers jours, et le tiers des précieuses minutes du débat d'hier sur des questions reliées à l'éthique. Ciblé, Philippe Couillard n'avait aucune raison de s'en plaindre parce que c'est lui-même qui a lancé la première salve, il y a quelques jours, en annonçant qu'il dévoilerait ses états financiers (et ceux de sa conjointe). Il tentait d'attirer ses adversaires dans un piège, et tout spécialement Mme Marois, dont le conjoint Claude Blanchet a longtemps travaillé pour l'État, pour le Fonds de solidarité... avec lequel il dirigeait une petite société d'investissement dans laquelle le Québec a perdu des sous des contribuables.
M. Couillard méritait toutes les gifles qu'il a reçues, et elles ont été nombreuses - ses liens avec Arthur Porter, les accusations à propos de son salaire dans les années 1990 qui transitait par un paradis fiscal pendant qu'il travaillait à l'étranger. L'invitation du chef libéral était mesquine et justifiait toutes les ripostes.
Les élus du Québec sont déjà tenus à des politiques de transparence suffisantes. Tous les Québécois n'ont pas à connaître les moindres détails des vies économiques de leurs représentants. Ces derniers doivent déjà dévoiler leurs états financiers au conseiller à l'éthique de l'Assemblée nationale. Ce mécanisme protège à la fois l'intérêt du public et la confidentialité de certaines informations monétaires des élus. Aller plus loin et exiger davantage relèverait de l'acharnement. Au début, on commence à demander que soit rendu public le dernier rapport d'impôt des chefs. Puis celui des conjoints. Par la suite, le portrait financier entier de la famille. Plus loin encore, celui des cinq dernières années, comme un autre l'a même suggéré. On peut aller loin à vouloir lever la couverture sur les lits de ceux qui briguent les suffrages.
Cette recherche d'une vérité démonise l'argent, la réussite financière. La société québécoise doit s'affranchir de ces vieux démons judéo-chrétiens où ceux qui ont prospéré sont de facto soupçonnés de malversations, d'avoir profité sur le dos des autres.
Jusqu'où s'arrêtera cette quête de la transparence ? Au nom de quoi ?
Au lieu de rassurer les électeurs du Québec, cette obligation morale d'un strip-tease financier que l'on imposera à tous les chefs, à tous les ministres, à tous les élus et à toutes leurs familles aura plutôt pour effet de décourager d'honorables Québécois qui pourraient être intéressés à servir leurs concitoyens. Voilà un trop grand risque à courir en retour d'une transparence, certes, mais fort coûteuse.