De l'imagination, SVP!

Le débat sur un autre pont enjambant la rivière des Outaouais ne s'éteindra donc jamais.
La question a beau être morte et enterrée (par les politiciens de l'Ontario), elle refait périodiquement surface malgré tout. Cette fois-ci, Steve MacKinnon a répondu à une question et a croqué - peut-être que du bout des lèvres - dans cette pomme de discorde entre deux populations voisines.
Le candidat libéral dans Gatineau plaît évidemment à ses commettants en favorisant le tracé de l'île Kettle : bien des gens qu'il souhaite représenter à la Chambre des communes traversent vers l'Ontario pour y travailler. Ils sont coincés sur le pont des Draveurs à tous les matins et à tous les soirs. Ils ont perdu patience depuis des années.
Mais en perpétuant le mythe qu'un pont via l'île Kettle est encore possible, M. MacKinnon fait du racolage électoral de bas étage. Il sait bien que ça n'arrivera pas au cours du prochain mandat du gouvernement, et certainement pas dans un avenir un peu plus lointain.
Il s'est développé entre le Québec et l'Ontario, entre Gatineau et Ottawa, un dialogue de sourds sur la question d'un nouveau lien transfrontalier.
Les Québécois disent qu'ils veulent un pont. Les Ottaviens disent, pour leur part, qu'ils n'en ont aucun besoin. Qu'un sixième pont entre les deux rives ne servira qu'à alléger les bouchons qui surviennent du côté du Québec, matin et soir. La circulation est libre aux heures où les Ontariens veulent traverser au Québec pour aller travailler dans les édifices fédéraux à Gatineau, ou pour aller dans leurs chalets des collines de la Gatineau ou de Mont-Tremblant. Pourquoi devraient-ils payer des centaines de millions pour une infrastructure qui ne les servirait pas vraiment ?
Ce doute, voilà en d'autres mots ce que les politiciens de l'Ontario ont verbalisé lorsque les dernières études sur un pont ont été complétées, il y a trois ans. Ça ne sert pas leurs commettants, la question est réglée. Ils ne veulent pas de pont.
Et cela, c'est si tous les partenaires de la région avaient réussi à s'entendre sur un tracé, ce qui n'est jamais arrivé.
Si M. MacKinnon ou n'importe quel politicien du Québec désire apporter une contribution réelle à ce débat, il est temps de réfléchir à d'autres manières d'alléger les pressions de la circulation transfrontalière.
La région d'Ottawa-Gatineau s'avère d'ailleurs un écrin de choix pour explorer de nouvelles manières de faire les choses.
D'abord et avant tout, la force de travail de la région est dominée par un employeur, le gouvernement fédéral. Cela signifie qu'un seul interlocuteur peut agir sur des solutions aux embouteillages par des initiatives comme le télétravail, le réaménagement des horaires de travail, les lieux de travail, etc. Il a aussi entre les mains les éléments pour aider de formes de transport moins polluantes comme le transport en commun, le covoiturage, le vélo, etc. Une solution technologique comme l'application Uber pour téléphones intelligents force l'industrie du taxi, à se redéfinir : pourquoi notre pensée collective ne permettrait-elle pas d'en imaginer des variantes pour résoudre nos problèmes de congestion ?
Voilà de vraies pistes auxquelles doivent s'attaquer les élus québécois au problème de la congestion sur les ponts entre Gatineau et Ottawa. Gros bonus : elles auraient le bénéfice de coûter bien moins cher, et d'épargner notre environnement, bien plus qu'un autre pont sur la rivière des Outaouais. Qui osera soumettre des idées du xxie siècle pour régler un problème né au xxe siècle ?