Le propos du premier ministre Trudeau au sujet de Gatineau, ville bilingue, tenait de la boutade, de la bravade.

De «baveux» à marqueur d'histoire

ÉDITORIAL / Baveux, Justin Trudeau ? C'est lui-même qui le prétend ! Dans le dossier du bilinguisme de la capitale du Canada, le premier ministre a reconnu dans une entrevue à La Presse canadienne qu'il était « en train d'être baveux » en se demandant si Gatineau serait prête à le devenir, elle aussi.
Il savait bien que Gatineau, assujettie aux lois linguistiques du Québec, ne peut pas se déclarer bilingue parce qu'elle n'atteint pas le seuil nécessaire de 50 % de citoyens anglophones. 
Le propos du premier ministre au sujet de Gatineau, ville bilingue, tenait de la boutade, de la bravade.
Une phrase lancée un peu en l'air, sachant fort bien qu'elle aurait son effet.
Certains auront reconnu là le fils de son père, se rappelant que Pierre Elliott Trudeau ne s'embêtait pas du protocole ni des convenances pour faire ou dire ce qui lui plaisait à certaines occasions.
Dans la région de la capitale, le statut bilingue officiel d'Ottawa fait l'objet d'un large débat dans la communauté francophone depuis plusieurs années. Un très large consensus s'en est dégagé.
Il est appuyé par bien des anglophones francophiles, et des anglophones tout court, qui reconnaissent que le Canada est rendu là à l'aube du 150e anniversaire de la Confédération, et qu'il tombe sous le sens que notre pays bilingue ait une capitale qui le soit aussi.
Ce consensus n'est pas unanimr et si le maire d'Ottawa n'est pas du nombre des convertis, plusieurs élus en sont, tant chez les conseillers municipaux que les députés fédéraux d'Ottawa. 
Les francophones qui ont mis tant d'espoir dans ce gouvernement libéral fédéral ont été déçus que le premier ministre Trudeau, à la veille de 2017, ne profite pas de l'occasion pour embrasser une définition plus large du bilinguisme d'Ottawa que celle incarnée par le maire Jim Watson, par exemple.
M. Trudeau s'est ainsi borné à dire que la question revient aux élus municipaux et provinciaux.
Lui qui agit comme un éteignoir, il aurait pu soutenir, comme sa ministre du Patrimoine Mélanie Joly l'a déjà écrit, que « le rôle du fédéral en est un d'encouragement ». 
Il aurait pu se rappeler, comme Mme Joly l'a fait dans un courrier privé à un Gatinois le 2 septembre dernier et dont Le Droit a obtenue copie, que le fédéral avait déjà consacré 5 millions $ à l'appui au bilinguisme d'Ottawa entre 2001 et 2013 (annuellement ou pas, la missive n'est pas claire). Cela devait servir à « appuyer les grand jalons de la mise en oeuvre (de la politique de bilinguisme de la Ville d'Ottawa) lors de la fusion des 11 municipalités de la région d'Ottawa-Carleton ».
Des gouvernements libéraux et conservateurs ont investi dans le bilinguisme de la capitale.
Mais celui de Justin Trudeau, qui ne craint pourtant pas les déficits pour soutenir des causes en lesquelles il croit, comme l'environnement, ne serait pas prêt à offrir à Ottawa le coup de pouce qui pourrait convaincre des élus récalcitrants à Ottawa ?
Il est rafraîchissant que le premier ministre se permette d'être « baveux » et pas toujours esclave de la rectitude politique.
Mais sur le symbole du bilinguisme de la capitale, ce n'est pas d'un iconoclaste dont les Canadiens ont besoin, mais d'un Justin Trudeau qui marque l'histoire en encourageant les autres ordres de gouvernement qu'il s'agit de la bonne chose à faire.