Le candidat à la course à la direction du Parti libéral du Québec Alexandre Cusson était de passage en Outaouais vendredi dernier.

Cusson doit trouver son langage

ÉDITORIAL / Le candidat à la course à la direction du Parti libéral du Québec, Alexandre Cusson, est venu faire un tour en Outaouais, vendredi. Candidat associé aux régions, car il était maire de Drummondville, cette escapade ne paraît pas incongrue pour lui. Cela tombe même sous le sens.

M. Cusson a déjà acquis derrière lui deux visages connus de l’Outaouais, Norman MacMillan et Alexandre Iracà, qui se sont succédé comme député de la circonscription de Papineau. C’est bien, mais ils représentent le passé. M. MacMillan s’est retiré de la politique en 2012, il y a déjà huit ans. M. Iracà a été élu en 2012 et a été défait en 2018. Où sont les autres ? Les Stéphanie Vallée, les Charlotte L’Écuyer, les Marc Carrière, les Benoît Pelletier ? À quelle adresse logent les deux seuls élus libéraux qui restent en Outaouais, Maryse Gaudreault, qui représente Hull, et André Fortin, de Pontiac ? Leur silence finira par peser.

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Alexandre Cusson a fait un long arrêt au Carrefour jeunesse emploi de Gatineau, le premier qui ait été fondé au Québec. Là, la directrice Martine Morissette lui a rappelé que les changements apportés par le gouvernement libéral de Philippe Couillard ont fait mal à « son » CJE. 

Sans avouer qu’il s’agissait d’une erreur, M. Cusson s’est engagé à « rétablir le financement à la mission » des CJE. Il dit vouloir « regarder en avant ». On le comprend, mais cette position contraire à celle de M. Couillard suscitera du cynisme dans la population. Si les libéraux, sous M. Cusson, sont pour défaire un à un l’héritage libéral passé, cela en dira long sur ce patrimoine et ce qu’il en pense maintenant. Il est vrai que les conditions économiques ne sont plus les mêmes. Lors des coupes dans les CJE, le gouvernement libéral avait pour mission de rétablir l’équilibre financier du Québec, ce qu’il a réussi de magistrale façon... non sans imposer de profondes coupes aux services aux citoyens. En santé, en éducation, dans les services sociaux, les réformes ont fait très mal, et très mal fait paraître le gouvernement Couillard. Cela a mené à sa perte au plan électoral, au point même où la mainmise que le Parti libéral exerçait sur l’Outaouais depuis 1980 a volé en éclats en 2018. Trois circonscriptions sur cinq sont passées à la Coalition avenir Québec.

Pour ne pas trop nourrir ce cynisme, M. Cusson doit trouver ses propres réponses aux enjeux québécois. Sur les questions clefs de l’administration publique que sont la santé et l’éducation, tout particulièrement, il doit identifier des positions claires et limpides pour ses supporters, sans trop paraître comme celui qui dit le contraire de ce que soutenait le gouvernement de Philippe Couillard. Car il devra, s’il l’emporte, se débrouiller avec plusieurs députés libéraux qui ont siégé dans ce gouvernement. Ceux-là ne pourront dire une chose après avoir dit son contraire, il y a cinq ans. Il y a une limite à dire aussi que les temps ont changé, que les finances publiques ont été rétablies. 

Son opposante dans cette course libérale est Dominique Anglade, ex-ministre libérale. Elle a parlé d’une Charte des régions, lors de son passage en Outaouais. Il reste à voir comment M. Cusson répondra à cette idée, et si ce sera suffisant pour charmer les électeurs qui n’habitent ni Québec ni Montréal. 

Alexandre Cusson doit trouver son propre langage, identifier ses propres décisions, tant pour prendre ses distances du gouvernement Couillard que pour prendre ses distances de son adversaire Dominique Anglade. 

Cela ne sera pas une mince tâche.