Les dirigeants de Bombardier qui s'étaient accordés une grosse augmentation de salaire ont finalement décidé de se discipliner un peu.

Cupidité et manque d'autorité morale

ÉDITORIAL / L'affaire des salaires des cadres de Bombardier a exposé au grand jour leur cupidité et leur ingratitude face aux Québécois qui ont permis de sauver l'entreprise avec leurs impôts. Elle n'a pas montré le meilleur de nos politiciens non plus.
Rappelons que Bombardier a reçu au cours des 18 derniers mois environ 3,5 milliards $ du gouvernement du Québec, de la Caisse de dépôt et placement du Québec et du gouvernement fédéral. Cela a permis à ce fleuron de l'aéronautique canadienne et québécoise de traverser une période difficile alors que le développement de ses nouveaux avions de la C-Series coûte bien plus cher que prévu. Si ce n'avait été de ces infusions de nouveaux capitaux, les dirigeants de Bombardier seraient peut-être eux aussi au chômage, aux côtés de leurs 60 000 employés au Québec et ailleurs...
Que le comité de rémunération de Bombardier leur consente des augmentations de salaire de l'ordre de 48 % était une gifle au visage des employés, des actionnaires et des contribuables. Ils ont affiché un très pauvre sens des responsabilités en basant leurs comparaisons avec les salaires des dirigeants de multinationales... rentables comme Boeing et Airbus. Bombardier peine encore à se sortir la tête hors de l'eau. 
Le premier ministre Philippe Couillard a, encore une fois, démontré qu'il avait beaucoup de difficulté à comprendre les Québécois et à saisir le fond de leur pensée collective. Depuis une semaine, il a défendu Bombardier sans grand discernement, affirmant même que Québec n'allait quand même pas s'ingérer « avec ses grosses pattes » dans une entreprise privée, ce qui enverrait un très mauvais message aux autres entrepreneurs qui songeraient s'installer dans la Belle Province.
Au passage, M. Couillard a semblé oublier que les Québécois sont actionnaires à 49 % de la division de la C-Series de Bombardier, sa filiale la moins rentable et la plus spéculative. Si Québec a omis d'exiger des sièges au conseil d'administration de cette filiale, ou de Bombardier Inc., c'était une grave erreur mais cela n'enlève pas au premier ministre le pouvoir de passer un message directement aux patrons de Bombardier. Et si ce n'est pas suffisant, il peut aussi leur rappeler que la Caisse de dépôt a elle aussi acquis une participation dans Bombardier Transport, à hauteur de 2 milliards $.
Le premier ministre a ainsi abdiqué totalement l'exercice d'une quelconque autorité morale dans le dossier. 
Les partis d'opposition n'ont pas été bien plus vertueux en étirant le débat sur toute une semaine, multipliant les motions devant l'Assemblée nationale et les manifestations d'indignation devant un gouvernement qui avait visiblement hâte de passer à un autre sujet. 
Localement, Alexandre Iracà avait été l'un des seuls libéraux à exprimer son dégoût devant les hausses de salaire « scandaleuses et révoltantes » envisagées chez Bombardier. Il démontrait là qu'il avait plus d'audace que ses collègues de l'Outaouais et d'ailleurs dont le mutisme était bouleversant. Le député de Papineau est par la suite devenu bien silencieux, rejetant les motions de l'opposition dont l'esprit devait pourtant rejoindre ses sentiments énoncés vendredi. 
De tels volte-face par des élus, l'usage partisan de la crise par l'opposition et l'aveuglement volontaire du premier ministre Couillard, voilà autant de phénomènes qui nourrissent le scepticisme de la population face à la politique. C'est pour ces raisons, et pas d'autres, qu'il faut tourner la page sur l'affaire Bombardier.