Le premier ministre ontarien, Doug Ford, avait répété son engagement face à l’Université de l’Ontario français au cours des derniers mois.

Coupes de Ford: la commotion

ÉDITORIAL / La nouvelle est tombée subrepticement, sans avertissement, dans les minutes qui ont précédé l’énoncé économique du ministre des Finances. L’Université de l’Ontario français ferme ses portes avant même de les avoir ouvertes, et le gouvernement de Doug Ford met la clef dans le Commissariat aux services en français.

Une institution en devenir, et une institution en pleine force. 

Les deux sont reliées : c’est à cause d’un rapport du Commissariat aux services en français qu’est née l’Université de l’Ontario français. Sans le premier, pas de second. 

C’était en 2012. Déjà six ans. François Boileau, le commissaire, publie un rapport assassin : « Pas d’avenir sans accès : l’état de l’éducation postsecondaire en langue française dans le centre-sud-ouest de l’Ontario ». On y établit que 95 % de la jeunesse francophone dans ce coin de l’Ontario ne poursuit pas ses études, ou le fait dans le milieu anglophone. Le corollaire est effarant : à peine 5 % de rétention pour des études en français. Il faut faire quelque chose.

Cet état se confirme avec des rapports subséquents. L’année d’après, un rapport d’experts dresse un bilan similaire. Cela mène à des investissements de 16,5 millions $ pour l’offre de cours par les collègues Glendon, La Cité et Boréal. 

En 2016, le rapport d’un Comité consultatif, présidé par Diane Dubois, propose la création d’une nouvelle université de langue française. On commence par former un Conseil de planification tout d’abord, puis un second, de mise en œuvre. Ces deux étapes sont menées par Dyane Adam, l’ex-commissaire aux langues officielles du Canada.

Bon, d’accord, les libéraux sous Dalton McGuinty, puis Kathleen Wynne, se sont un peu traînés les pieds. Des mois ont été gaspillés à valider des hypothèses, puis à attendre le moment le plus propice pour rendre les conclusions publiques. Tout au plus aurions-nous pu gagner un an : les premiers étudiants étaient attendus en septembre 2020, ç’aurait pu être 2019. Mais ce n’aurait pu être 2018. La fleur ne pousse pas plus vite en tirant dessus et le gouvernement Ford a pris tout le monde de vitesse en annulant sa création avant que l’Université de l’Ontario français, dont on a nommé les premiers gouverneurs en avril dernier, ne sorte de terre. 

Maintenant, les deux passent à la trappe. Ce ne peut être qu’une simple coïncidence. 

Les réactions d’indignation affluent. La Fédération des communautés francophone et acadienne parle d’un « jour noir », d’une « francophonie sous attaque ». Elle établit un parallèle avec l’élection d’un gouvernement conservateur au Nouveau-Brunswick, dirigé par un chef unilingue, supporté par un parti antifrancophone.

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, elle, qualifie cette journée d’« inacceptable » et exige une « rencontre d’urgence avec le premier ministre Doug Ford » pour demander « que ces décisions soient renversées ». 

Elle rappelle au passage que par trois fois, M. Ford, sa ministre de la Formation, des Collègues et des Universités et sa ministre déléguée aux Affaires francophones avaient répété leur engagement face à l’Université de l’Ontario français. Sur le Commissariat aux services en français ? Pas un mot, et par là, on comparait cela à une motion de bonne conduite.

Le commissaire Boileau, sous le choc, tentait hier de rassurer son équipe de 13 fonctionnaires qui devrait se retrouver sous la férule de l’Ombudsman Paul Dubé.

Mais on se doute bien que le caractère de défense des intérêts de la francophonie se perdra peu à peu dans les méandres bureaucratiques, malgré les réassurances que l’on pourrait recevoir.

Maintenant, la réponse doit s’articuler au-delà des réactions d’indignation poussée que cette double annonce provoque. 

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Demain : la réaction