Pierre Jury
Le Droit
Pierre Jury
Le gouvernement de la Coalition avenir Québec est bien plus vert qu’il ne le laissait transparaître pendant la campagne électorale de 2018. Jeudi, sous les applaudissements d’un peu tout le monde, il a annoncé l’instauration d’une consigne universelle pour les bouteilles de vins et de spiritueux, ainsi que sur les contenants d’eau, de lait et de jus.
Le gouvernement de la Coalition avenir Québec est bien plus vert qu’il ne le laissait transparaître pendant la campagne électorale de 2018. Jeudi, sous les applaudissements d’un peu tout le monde, il a annoncé l’instauration d’une consigne universelle pour les bouteilles de vins et de spiritueux, ainsi que sur les contenants d’eau, de lait et de jus.

Consigne: un très bon départ

ÉDITORIAL / Le gouvernement de la Coalition avenir Québec est bien plus vert qu’il ne le laissait transparaître pendant la campagne électorale de 2018. Jeudi, sous les applaudissements d’un peu tout le monde, il a annoncé l’instauration d’une consigne universelle pour les bouteilles de vins et de spiritueux, ainsi que sur les contenants d’eau, de lait et de jus.

Il s’agit d’une avancée majeure, mais surannée : les gouvernements libéraux successifs, et même les gouvernements du Parti québécois des années 1990, dans une moindre mesure, ont toujours retardé la mise en œuvre d’une consigne généralisée.

Là, ça s’en vient. Nous ne pouvons qu’applaudir ce train de mesures qui réduira de façon considérable les déchets récupérables de plastique et de verre.

Juste pour les bouteilles d’eau, nous parlons de 700 millions de contenants qui vont directement aux déchets. Il n’y a « que » 300 millions d’entre elles qui sont recyclées. Quand le système sera en place, en 2022, ce seront 75 % de ces bouteilles qui seront recyclées (en fait, l’objectif est pour 2025), et 90 % dans l’horizon de 2030.

Il ne restera que les contenants de carton multicouche, qui sert pour le lait notamment. Le gouvernement a promis d’y voir, mais un peu plus tard, d’ici 2024.

Au total, il y a 4 milliards de bouteilles de tout genre qui sont vendues. Une bonne part des canettes et des bouteilles consignées étaient retournées. Mais il en restait des centaines de millions qui prenaient le chemin du dépotoir. Les bouteilles de vin étaient « contaminées » par d’autres verres. Et toutes ces bouteilles d’eau aussi...

Il s’agit d’une nouvelle que l’on attendait depuis longtemps, car les lobbies ont milité avec succès pour le statu quo d’un système en place depuis 1984.

Les petits commerçants, et les gros, rechignaient à se retrouver à gérer la consigne des bouteilles pour lesquelles ils ne disposaient pas de l’espace nécessaire, bien souvent. Nous parlons des dépanneurs, des épiceries, principalement, qui ont trouvé pendant des années les sous pour payer des lobbyistes pour défendre leurs points de vue. Cela a fonctionné jusqu’à ce que la pression devienne trop forte. La population était fortement en accord (86 %) avec le système de la consigne, la CAQ a simplement attrapé le fruit mûr au passage... et ignoré les pleurs des lobbies qui ont toujours peur de perdre un peu d’argent au passage. Ainsi, la Fédération canadienne des entreprises indépendantes a « pris acte » de la décision du gouvernement, tandis que le Conseil de transformation alimentaire demeurait « perplexe face à l’efficacité » des consignes qui seront mises en place. L’Association des détaillants en alimentation du Québec a regretté le fait que leurs magasins deviendront « des centres de tri, dans un environnement alimentaire ».

La consigne, c’est la solution la plus simple, mais cela ne concerne que 10 % du bac de recyclage. Il reste plein d’autres matières recyclables, ou qui ne le sont pas, qui se retrouvent au bac. Sans parler du compostage. Et tous ces plastiques à usage unique. Cela soulève plusieurs autres questions. Il y a aussi le défi du suremballage. Le premier ministre François Legault, flanqué de son ministre de l’Environnement, Benoît Charette, ont promis plusieurs autres mesures en 2020.

Tout cela s’avère un excellent départ, surtout venant d’un parti qui avait bien peu à dire sur les questions environnementales. La population aura conclu que les préoccupations vertes n’étaient pas son fort. Il y aura eu une conversion rapide entre temps. Tout cela est une très bonne nouvelle... en attendant la suite.