Les exploitants de cannabis potentiels ont jusqu’à mercredi midi pour faire connaître leurs intentions.

Cannabis: on ne peut qu’espérer...

ÉDITORIAL / D’ici samedi, les Ontariens en sauront davantage sur l’emplacement des magasins de cannabis. Cela nettoiera un peu l’aura d’incertitude autour de ce dossier crucial, mais cela ne réglera pas tout.

Sous Doug Ford, le gouvernement de l’Ontario a changé son fusil d’épaule, pour confier la distribution au secteur privé, une option que Le Droit favorisait avant que les libéraux sous Kathleen Wynne déterminent que le commerce se fasse dans des succursales indépendantes, mais relevant de la Régie des alcools de l’Ontario (LCBO). M. Ford a infirmé cette décision, tout en sachant que les points de vente ne seraient pas prêts pour la commercialisation le 17 octobre 2018 comme le reste du Canada. Il s’agissait d’un accommodement raisonnable dans les circonstances. L’ouverture de succursale est prévue pour le 1er avril.

Nous sommes au début du processus. Les exploitants potentiels ont jusqu’à mercredi midi pour faire connaître leurs intentions. Il n’y aura pas de vérification des antécédents des exploitants potentiels au préalable, ce qui pourrait poser problème plus tard.

Après, le choix se fera par tirage au sort, vendredi. Les gagnants seront connus le lendemain.

Un tirage au sort garantit l’indépendance du processus, mais cela a le désavantage d’attacher les mains du gouvernement.

Si le tirage devait confirmer l’installation de quatre magasins sur une distance de 1 km sur la rue Bank, et d’un seul dans l’ouest d’Ottawa, de quoi aurait l’air le gouvernement ? Il n’y aurait aucun point de service dans l’est ni dans le sud d’Ottawa, créant de grands vides dans la commercialisation du cannabis. Le gouvernement Ford ne pourrait faire marche arrière sans donner l’impression qu’il désire favoriser un ou deux détaillants, ou encore leur porter du discrédit.

Nous pouvons parler d’Ottawa car la capitale fédérale a déjà approuvé l’aménagement de comptoirs sur son territoire. Mais ce n’est pas le cas partout, et les règles sont contraignantes.

La Commission des alcools et des jeux de l’Ontario, qui supervise le processus, a déjà déterminé que les magasins de cannabis ne peuvent être installés que dans les municipalités qui en font la demande. Elles doivent avoir une population de 50 000 et plus. Cela restreint considérablement les options. En fait, seul Ottawa devrait en obtenir lors de cette première ronde d’octrois. La ville la plus près qui pourrait en obtenir est Kingston... mais elle n’a toujours pas répondu à l’invitation de l’Ontario.

Aucune des villes de l’est ne se qualifiera : Pembroke, Cornwall, Hawkesbury, Clarence-Rockland, Brockville, etc. Toutes ont une population de moins de 50 000 habitants. Cela crée d’autres importants trous de service dans tout l’est de l’Ontario. Il reste bien la vente par Internet, mais cela limite la distribution considérablement.

Le gouvernement agit avec précaution dans ce dossier compte tenu des problèmes d’approvisionnement en marijuana constatés au Québec. C’est pourquoi il a limité à 25 magasins seulement le nombre de comptoirs à travers tout l’Ontario. Cela se défend.

Le gouvernement Ford marche sur des œufs avec la commercialisation de la marijuana. Souhaitons que ce ne soit pas pour des raisons bassement partisanes, les progressistes-conservateurs de l’Ontario n’ayant pas les libéraux fédéraux dans leurs bonnes grâces. Ils leur assènent coup sur coup pour la taxe sur le carbone.

La suite des choses sera nécessairement périlleuse. Il y aura des accrocs, c’est assuré. Espérons que cela se déroulera bien...