Ça paraît bien mal

Les contribuables du Québec acceptent que l'État verse une prime aux médecins de famille pour prendre en charge des patients. À partir du montant versé au DrYves Bolduc, cela revient à environ 150$ par malade. Cela semble raisonnable... jusqu'à ce que le montant soit multiplié par 100 ou 1000.
Ou, dans le cas du DrBolduc, par 1500.
Ainsi, pour soulager la liste de 1500 Québécois en attente d'un médecin de famille, le médecin-ministre a donc reçu une prime de 215000$. En plus des paiements à l'acte, et en plus de son salaire de député.
Mais la défaite du gouvernement du Parti québécois a fait en sorte que dans son cas, la prise en charge a duré... 18 mois. Parce que redevenu ministre, le DrBolduc n'a évidemment plus beaucoup de temps à consacrer à tous ces patients.
Dans ces conditions, la prime ne peut s'appliquer. L'État n'avait peut-être pas prévu de cas aussi patents. Le versement de la prime devait présumer d'une «certaine» durée de prise en charge de ces patients orphelins. (Et nul doute qu'à la grandeur du Québec, il y a d'autres cas similaires de médecins qui ont encaissé ces primes et qui, pour diverses raisons, n'ont plus la même disponibilité. Selon la Régie de l'assurance-maladie du Québec, il y en aurait une vingtaine.)
Le fait que le DrBolduc puisse conserver sa prime même s'il n'était plus aussi disponible qu'avant n'était pas aussi évident à ses yeux. Il a fallu que l'ex-ministre libéral de la Santé, Claude Castonguay, fasse une sortie publique pour décrier l'entente du DrBolduc pour que ce dernier se mettre à réfléchir.
En fin de journée, hier, Yves Bolduc demande à la RAMQ de «faire le suivi de l'application des règles et modalités prévues». Sans renier sa prime, il s'en remet ainsi à une société d'État qui devrait, dans quelques jours ou semaines, conclure que la prime sera annulée «pour non-disponibilité». Du moins, est-ce la conclusion que les contribuables doivent espérer.
Et le DrBolduc espérera ainsi sauver la face en s'en remettant à un avis «indépendant».
C'est Philippe Couillard qui sera content. Il n'a pas besoin de tels scandales financiers dans son nouveau gouvernement. Surtout quand il prône la prudence et la rigueur budgétaire.
Une pauvre excuse
James Moore, ministre de l'Industrie au sein du gouvernement conservateur, propose de réduire les entraves au commerce interprovincial au pays. Voilà qui tombe sous le sens.
Si le Canada doit être une réelle fédération, les échanges commerciaux entre diverses régions du pays devraient être les plus limpides possible. Il y aura toujours un certain nombre de freins, mais ils devraient être allégés et temporaires. La région de la capitale est depuis longtemps le théâtre d'une de ces querelles idéologiques dans le secteur de la construction, où travailleurs et entreprises font face à plusieurs obstacles lorsqu'ils veulent travailler d'un côté ou de l'autre de la rivière des Outaouais.
Le fédéral doit être l'arbitre de ces conflits et le facilitateur des frontières perméables. C'est pourquoi la sortie du ministre Moore est bienvenue.
Mais cela fait longtemps qu'on l'attendait. Depuis 2006, les conservateurs ont gaspillé plusieurs occasions de jouer leur rôle de «grand frère». M. Moore impute la faute à la présence d'un gouvernement du Parti québécois. «Il était impossible d'engager des discussions sur ce dossier», a dit le ministre.
Le gouvernement Marois n'a duré que 18 mois pendant les huit années de régime conservateur à Ottawa; l'excuse est bien faible.
Dès 2006, presque toutes les provinces étaient dirigées par des équipes ouvertes à l'élimination des barrières commerciales interprovinciales. De Gary Doer à Gordon Clark, de Jean Charest à Dalton McGuinty, il y avait plein de bonne foi dans le camp des provinces.