Bugdet programme

Le budget présenté par le ministre des Finances du Québec, hier, est bien différent de ceux passés non pas par sa substance mais en raison du moment où il est déposé. Pauline Marois est sur le point de déclencher des élections générales et ce budget représente bien davantage le programme financier que le Parti québécois défendra en campagne électorale que les réelles enveloppes avec lesquelles les ministères devront travailler au cours de la prochaine année.
D'ailleurs, le ministre des Finances, Nicolas Marceau, n'a pas déposé la colonne des dépenses du gouvernement ce qui le met à l'abri des réactions des ministères et de la population. À part les grandes lignes, personne ne sait vraiment quelles coupes feront mal.
Tous les indicateurs politiques sont au vert et encourageront la première ministre Marois à provoquer des élections dans la recherche d'une majorité de sièges à l'Assemblée nationale. Les plus récents sondages lui confèrent 40% de l'appui de la population, et 47% chez les francophones. La proposition d'une charte de la laïcité a galvanisé ses appuis. Même si l'économie a ralenti, les Québécois ne lui en tiennent pas rigueur. Pas plus que ses prédictions d'un budget équilibré dès 2013-2014 aient pris le bord; on parle toujours d'un déficit pour l'année en cours, et il passe de 1,75 milliard$ à 2,5 milliards$. Le ministre Marceau a révélé hier qu'il y aura un autre déficit l'année suivante, soit 2014-2015, à hauteur de 1,75 milliard$. Sauf pour les milieux d'affaires, personne ne semble trop se soucier que le retour à l'équilibre budgétaire s'éloigne d'année en année. Les Québécois sont-ils revenus à une pensée plus sociale-démocrate qui tolère les déficits gérables, après un flirt avec le centre-droit et son obsession des déficits zéro à partir des années de Lucien Bouchard? Il le semble bien. Par ailleurs, les interventions musclées du gouvernement Marois dans l'économie ont été reçues positivement. Pourtant, il y a une énorme différence entre appuyer l'expansion d'une entreprise à succès comme Aldo, et le financement direct de milliers d'emplois en Gaspésie dans une industrie (la cimenterie) qui fonctionne à mi-régime. La première intervention se justifie bien plus que la seconde mais les Québécois ne semblent pas en faire la nuance au point de retirer leur appui au PQ.
Dans l'ensemble, donc, les Québécois ne tiennent pas rigueur au gouvernement Marois pour le climat économique ambiant, et semblent disposés à lui faire confiance. Les premiers mois de l'administration péquiste ont été ardus. Le PQ a donné l'impression qu'il n'était pas prêt à prendre le pouvoir. Mais le budget d'hier a au moins illustré qu'au plan de la gestion des dépenses, il savait manoeuvrer. La hausse annuelle des dépenses de l'État a été plafonnée à 1,9% depuis deux ans, bien en-deçà des 4,4% d'augmentation des dernières années sous Jean Charest.
Pour les prochaines années, le PQ demande aux familles de payer davantage. Si elles sentent leurs finances serrées, elles sont quand même moins étranglées que l'État québécois dont la marge de manoeuvre est presque nulle. Il n'y a pas beaucoup d'endroits où le Québec peut augmenter ses revenus et l'augmentation du tarif quotidien des garderies s'avère un bon départ. Quant aux tarifs d'électricité, les Québécois n'auront qu'à vérifier auprès de leurs voisins de l'Ontario ou du nord-est des États-Unis pour apprécier le fait qu'ils sont encore choyés malgré la hausse de 5,8% que souhaite Hydro-Québec. C'est trop? Québec offre même des ristournes si vous investissez dans votre maison pour la rendre plus éco-énergétique.
Le ministre Marceau n'est pas sans faire un peu de voeux pieux. Il prévoit déjà convaincre les médecins de renier un peu de la hausse salariale qui leur est promise. Il pense encore être capable de presser le citron des commissions scolaires. L'introduction d'un nouveau mode de financement axé sur les patients - une idée bienvenue - pourrait mener à des économies.
Mais surtout, Nicolas Marceau doit prier pour une vraie reprise de l'économie américaine. Voilà la réelle porte de sortie de ce budget que les candidats du Parti québécois défendront à travers le Québec sous peu. Si cette reprise s'opère, libéraux et caquistes auront une grosse besogne pour défaire ce gouvernement.