Le gouvernement de Philippe Couillard ne s’illustre pas toujours par son sens politique.

Boussole déréglée chez les libéraux

ÉDITORIAL / Le gouvernement de Philippe Couillard ne s’illustre pas toujours par son sens politique. Il a atteint un creux, hier, en annonçant un « rattrapage » salarial de 480 millions $ aux 10 000 médecins spécialistes du Québec. Au même moment, le ministre de la Santé cherche à alléger l’épuisement d’infirmières au bout du rouleau tandis que l’Outaouais, tout particulièrement, rêve toujours d’un réseau raisonnablement fonctionnel, 15 ans après l’historique « Nous sommes prêts ! » de Jean Charest.

Si les libéraux se sentaient d’attaque à gouverner en 2003, ils n’ont offert que des solutions partielles en Outaouais. Le statut particulier que M. Couillard a mis en place en 2007, lorsqu’il était lui-même ministre de la Santé, n’a pas fourni tous les bienfaits escomptés pour ramener la région au niveau du reste du Québec. L’exode d’infirmières et d’autres travailleurs de la santé vers l’Ontario semble avoir été endigué, mais la pénurie de médecins, elle, se fait toujours sentir. Des chirurgies sont retardées et des « morts évitables » surviennent — triste néologisme s’il en est un !

Une chose aussi a changé, c’est le ton, et pas pour le mieux. Les paroles rassurantes de l’époque de M. Couillard ont laissé place à l’intransigeance de Gaétan Barrette. Au lieu de prendre acte des ratés du réseau dans le Pontiac, par exemple, et d’explorer des correctifs, il en a attaqué les auteurs sans savoir que l’Outaouais est l’une des rares régions, sinon la seule, à compter sur des citoyens bénévoles pour épier le travail de l’État.

Exemple de ce discours culpabilisant, hier, le ministre Barrette a vanté le caractère historique des réformes conséquentes à ses lois 20 et 130. Cette offensive tentait de faire diversion, en quelque sorte, par rapport à l’incrédulité généralisée qui a accueilli l’annonce du paiement aux spécialistes.

Alors pendant que des milliers de Québécois attendent indûment une chirurgie, des soins à domicile ou un simple rendez-vous chez le médecin, les spécialistes viennent d’apprendre que le gouvernement accélérera le paiement d’une vieille promesse d’augmentation de salaire faite en 2007.

Le gouvernement a raison qu’il vaut mieux payer ses dettes lorsque le compte de banque est bien garni que de traîner des paiements en longueur. Après les trois années d’austérité du régime libéral, le Québec a dégagé de solides surplus, largement sur le dos des citoyens. Depuis six mois, le gouvernement Couillard réinjecte dans les services publics dans l’espoir que les contribuables aient oublié la douleur du passé lorsqu’arrivera le moment de déposer son vote dans l’urne, cet automne. Mais il y avait plus urgent que de dorloter des spécialistes dont le traitement approche déjà les 500 000 $. Le temps supplémentaire obligatoire des infirmières est l’une de ces mesures incompréhensibles devenue la norme plutôt que l’exception.

Tout cela illustre que les libéraux du Québec ont perdu leur boussole électorale et la preuve est qu’ils traînent loin derrière la Coalition avenir Québec dans les sondages. S’ils se confortent en disant que la CAQ n’a pas grand racines, certainement pas en Outaouais, mais la population du Québec est parfois volatile — la vague orange du Nouveau Parti démocratique en 2011 rappelle quelque chose ? Le vent peut vite devenir bourrasque.

Les libéraux ne devraient pas tenir le pouvoir pour acquis ni y aller de décisions controversées comme ces 480 millions $ aux médecins spécialistes ; ils pourraient en payer un fort prix, et plus vite qu’ils ne le pensent.