Bombardier : une sortie honorable

ÉDITORIAL / Dans la prise de contrôle des avions de la CSeries de Bombardier par Airbus — parce qu’il faut appeler un chat un chat —, les Québécois doivent faire contre mauvaise fortune bon cœur.

Le projet de développer au Québec une nouvelle gamme d’avions performants était trop ambitieux pour les moyens de ce fleuron de l’industrie aéronautique qu’est Bombardier. Joueur majeur au pays, Bombardier n’avait tout simplement pas les reins assez solides pour concevoir la C Series et la propulser dans un marché mondial hyper-compétitif qu’elle estimait à 250 milliards $. Quand la facture a grimpé de 3 à 6 milliards $, Bombardier s’est mis à étouffer.

L’avion est bon, par contre, et dès que Boeing a réalisé ses nombreux atouts, sa réponse a été de l’attaquer avec la complicité d’un gouvernement américain prêt à tout pour gagner -- la seule philosophie que comprenne le président Donald Trump. L’imposition de tarifs douaniers qui ont fait tripler la facture au transporteur Delta était malicieuse mais dans ce domaine et dans ce pays, les règles du marquis de Queensberry ne tiennent pas. C’est chacun pour soi et tous les coups sont permis. 

S’il restait un doute à l’effet que les avions de la C Series étaient largement supérieurs à ceux de la compétition, il s’est envolé avec l’entrée d’Airbus dans le dossier, le seul avionneur capable de tenir tête à Boeing. Les qualités de la C Series profiteront à Airbus qui se glissera dans ce marché en croissance des petits avions de 100 à 200 passagers où il ne comptait pas. 

Airbus et Bombardier avaient déjà discuté d’alliances il y a deux ans. Mais le C Series n’était pas au point comme aujourd’hui. Et outre ses reins solides, Airbus apporte à Bombardier un réseau de distribution et une crédibilité à toute épreuve. 

Car c’était la principale chose qui manquait à Bombardier, la solidité à long terme. Pourquoi un transporteur achèterait-il une flotte d’avions sans la conviction que son fabricant sera là à long terme ? Qui veut acheter une auto d’une compagnie qui risque de fermer ses portes ?

Aujourd’hui, ce n’est plus un souci. Airbus vient rassurer tous les acheteurs potentiels, la société franco-germanique sera là longtemps.

Cette sécurité qu’elle apporte à Bombardier, Airbus l’a monnayée cher : elle n’a même pas eu à payer. Rien, pas un sou ! Elle a reçu 50,01 % de la compagnie formée pour la C Series sur un plateau d’argent.

Frustrant pour les contribuables québécois qui avaient mis 1,3 milliard $ dans Bombardier il y a deux ans ? 

Certes, leur investissement vient de tomber de 49 à 19 %. Mais il vaut mieux posséder 19 % d’une entreprise qui a de belles perspectives d’avenir que 49 % d’une autre dont le futur est sombre. À terme, les Québécois récupéreront leurs billes, et plus encore. Quant aux contribuables canadiens, ils n’étaient pas si vulnérables. Le fédéral n’avait consenti qu’un prêt de 125 millions $ à la C Series (sur une enveloppe globale de 372 millions $) ; il les récupérera facilement.

Les États-Unis bénéficieront de centaines d’emplois au passage, à Mobile, en Alabama ? Et M. Trump s’en réjouira ? Au moins cela permettra de vendre des C Series à Delta et aux autres transporteurs américains.

L’essentiel, ce sont les milliers d’emplois demeureront au Québec, et pour longtemps encore. Compte tenu du précipice où vacillait Bombardier, l’arrivée d’Airbus constitue la meilleure des issues possibles pour tous. Sauf pour Boeing dont l’appétit vorace aura éveillé l’intérêt d’Airbus.