Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a noté que Bombardier, avec son avion CSeries, devait composer avec des concurrents féroces, Boeing et Airbus.

Bombardier, chapitre 2

ÉDITORIAL / Les pressions sur la gouvernance de Bombardier ont repris de plus belle, ces jours derniers, alors que le fleuron de l'avionnerie canadienne tiendra son assemblée générale des actionnaires, demain. Le président du conseil d'administration, Pierre Beaudoin, réussira-t-il à s'accrocher à son poste, malgré sa cupidité et la pauvre situation financière dans laquelle il a laissé l'entreprise ?
Toutes les parties souquaient fort dans cet exceptionnel bras de fer, et M. Beaudoin résistait comme il le pouvait, encore hier. Mais bien des choses pourraient se passer dans les prochaines 24 h
Déjà, il faut souligner le caractère unique de ces pressions à l'endroit d'administrateurs habitués à travailler en vase clos, à l'abri des regards et surtout, dans le climat de gentilhommerie qui entourent ces assemblées d'actionnaires. Ils ne votent pas contre des administrateurs, par exemple, mais s'abstiennent tout simplement de voter pour exprimer leur désaccord. 
L'opinion des petits actionnaires qui détiennent quelques centaines ou milliers d'actions ne pèse pas lourd dans ces assemblées publiques. Ce qui compte bien davantage est la position des investisseurs institutionnels comme la Caisse de dépôt, qui détient des millions d'actions dans son portefeuille. 
Jusqu'à tout récemment, la Caisse était demeurée muette sur les hausses faramineuses que les patrons de Bombardier se sont votées, le mois dernier. Des augmentations de salaire et autres avantages de presque 50 % alors que les ventes sont en baisse, que l'entreprise est encore déficitaire malgré le licenciement de 14 500 employés. Leur seul bon coup ? Avoir réussi à convaincre Québec et la Caisse de dépôt et placement du Québec à investir plus de 3 milliards $, et à sécuriser un autre prêt du gouvernement fédéral, à hauteur de 372,5 millions $. 
Quant au virage positif que la nouvelle équipe de direction tente d'imprimer, personne n'en a encore vu les bienfaits. 
Si les Québécois admirent Bombardier, ils sont presque unanimement outrés (à 93 %) de ces augmentations de salaire. Les patrons de Bombardier ont résisté, au départ, avant de réagir timidement. Les cadres ne recevront leurs hausses qu'en 2020, un an plus tard que prévu, si les résultats escomptés sont là. Quant à M. Beaudoin, le président du conseil, il a renoncé à son augmentation qui devait porter sa rémunération de 3,8 millions $ à 5,2 millions $. Déjà là, son 3,8 millions $ était difficile à défendre pour un emploi à temps partiel rémunéré entre 200 000 $ et 500 000 $ ailleurs... Il a été l'idéateur des avions de la CSeries mais il y a des limites à récompenser un programme qui a failli mettre Bombardier en faillite !
Le président Alain Bellemare a tenté de défendre la politique salariale de Bombardier, sans grande sensibilité ni pour les employés ni pour les contribuables qui ont payé sans être consultés.
Nous assistons maintenant au second chapitre de cette affaire. La Caisse, le Fonds de solidarité, le fonds d'investissement ontarien Teachers, entre autres, ont tous signifié leur opposition à reconduire M. Beaudoin. Ils auraient dû penser lors de leur investissement à un droit de veto à ce conseil d'administration qui a toujours su faire fi de l'opinion d'autrui sur la gouvernance. Ils ont une chance de se reprendre et ne doivent pas la rater. Ils doivent multiplier les pressions pour dégommer Pierre Beaudoin de la présidence, quitte à lui consentir un prix de consolation, un simple siège au conseil. Quitte à jeter les gants en public.