Pierre Jury
L’affaire des blocages de trains, qui semblait en voie de se régler, a repris de plus belle.
L’affaire des blocages de trains, qui semblait en voie de se régler, a repris de plus belle.

Blocus: retour du problème

ÉDITORIAL / L’affaire des blocages de trains, qui semblait en voie de se régler, a repris de plus belle. Ce n’était qu’un mouvement d’une poignée d’autochtones et de quelques sympathisants, au départ, en appui aux chefs héréditaires de la nation Wet’suwet’en, en Colombie-Britannique. 

Les voies ferrées étaient bloquées à une demi-douzaine d’endroits, principalement au Québec et en Ontario. Puis, des injonctions ont permis le démantèlement de certaines barricades. Les corps policiers de l’Ontario et du Québec y allaient avec des gants blancs, mais avec fermeté. Les blocus de Tyendenaga, près de Belleville, en Ontario, et celui de Kahnawake et de Listuguj, au Québec, ont été démantelés.

Puis, l’inverse a commencé à se produire. Des barrages routiers sont réapparus depuis trois jours.

Les tensions qui semblaient en bonne voie de se dissiper sont revenues. Et ont atteint des niveaux insoupçonnés depuis.

Quelques trains du Canadien National sont malgré tout passés à Tyendenaga. On a vu des protestataires lui lancer des projectiles, puis tenter de mettre le feu à des débris pour le faire dévier de sa course. De nombreuses tentes de fortune, tout près, semblent indiquer que les manifestants s’installent pour plusieurs jours.

À Kahnawake, en territoire mohawk, des murets de ciment sont apparus sur une route, flanqués d’un autre abri de fortune. Puis, un camion est venu livrer de lourdes pierres pour entraver le passage des véhicules.

À Listuguj, près de la frontière entre le Québec et le Nouveau-Brunswick, des autochtones ont repris leur barrage de plus belle, et disent s’appuyer sur les gestes de leurs « frères » Mohawks de Kahnawake. Comme s’ils étaient devenus la mesure étalon du conflit plutôt que les Wet’suwet’en.

Pendant ce temps, le gouvernement fédéral semble à court de moyens. Depuis que le premier ministre Justin Trudeau a lancé son appel au démantèlement paisible des barricades, vendredi, il se terre derrière un langage vide de sens profond. Les ministres Carolyn Bennett et Marc Miller, responsables de la filière autochtone, se défilent habilement de toute intervention publique. Le seul qui a parlé est le ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair, pour réaffirmer que tout le territoire du Canada était soumis à l’autorité de la Gendarmerie royale du Canada, et que ce n’était pas aux Wet’suwet’en de décider autrement.

Puis, parenthèse malheureuse du premier ministre du Québec, François Legault, qui a confié que « des informations » lui faisaient croire que les Mohawks de Kahnawake détiendraient des armes d’assaut AK-47, ce qui a été fermement démenti du côté des autochtones. Même le porte-parole des Peacekeepers, la force policière de Kahnawake, a qualifié les propos de M. Legault de maladroits.

Tout cela augure fort mal pour le gouvernement Trudeau, qui détient la pôle dans ce dossier car les relations avec les Premières nations sont de ressort fédéral. L’accalmie qui se dessinait, jusqu’à lundi, s’est envolée en fumée.

Mais il est encore temps d’agir. Le recours à un émissaire spécial du gouvernement demeure une option de choix car le « cabinet de crise » de M. Trudeau s’est montré incapable de résoudre l’affaire. Ou un sommet Trudeau et les autochtones. Tout pour démêler l’impasse. À défaut de quoi Justin Trudeau s’en mordra les pouces longtemps. Car il donne présentement l’impression de diriger un gouvernement faiblard, à la recherche d’une solution facile pour un problème éminemment complexe, mais pour lequel la négociation est la seule issue.