Le Plan d’action sur les langues officielles sera annoncé sous peu.

Bientôt, un Plan

ÉDITORIAL / Les minorités linguistiques au Canada ont reçu une excellente nouvelle, dans le budget fédéral livré mardi. Le Plan d’action sur les langues officielles, qui sera annoncé sous peu, profitera d’une bonification de 400 millions $ sur cinq ans. Après deux années de consultations nationales, il y avait presque de quoi rompre bien des optimismes.

Surtout que Justin Trudeau n’a envoyé aucun signal d’espoir aux minorités linguistiques. On se rappelle son hésitation sur Ottawa, ville bilingue ! Pour le reste, il a été avare de commentaires, ce premier ministre franco-ontarien de naissance... 

L’enveloppe avait débuté à 750 millions $ sur cinq ans en 2003 à l’époque des libéraux ; elle était passé à 1,1 milliard $ sous les conservateurs. Nous savons maintenant qu’elle grossira à 1,5 milliard $ sur le quinquennat 2018-2023. 

Les réactions initiales ont été mitigées. Ni liesse ni cris de désespoir non plus. La Fédération des communautés francophones et acadienne avait visé 575 millions $ mais il faut croire que c’était davantage une stratégie de négociation. 

Mais il faudra attendre l’annonce de la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, pour en savoir plus sur la ventilation de cette somme en apparence astronomique. Avec les longues listes des besoins et des demandeurs, ça s’envole vite.

Une grande part ira à la santé et à l’éducation, qui doivent demeurer les deux grandes priorités nationales. Pour la formation d’intervenants francophones en santé mentale, par exemple, pour des garderies, etc. Sans parler des initiatives qui s’organisent en immigration, et des mesures d’appui à des médias parfois rabougris. 

Le territoire est vaste, les besoins plus considérables encore. 

Et puis, il faut toujours se rappeler que ces budgets incluent aussi des sommes, moindres mais pas symboliques du tout, pour appuyer les communautés anglophones au Québec, qui ont aussi des droits au sens de la Loi sur les langues officielles. Si ça vaut pour l’un, ça vaut pour l’autre, dans ce pays de dualité linguistique et culturelle.

UN «NOBLE» DÉPUTÉ

La disparition de Noble Villeneuve, cette semaine, rappelle combien de Franco-Ontariens font des compromis dans leur vie et leur travail. Faire rayonner sa langue française, c’est beau sur papier mais parfois la réalité nous rattrappe.

Noble Villeneuve est devenu député de Stormont-Dundas-Glengarry un peu par hasard, à la suite du décès de son cousin Osias (« Osie ») Villeneuve. Lorsque Mike Harris et sa Révolution du bon sens ont balayé l’Ontario en 1995, M. Villeneuve a hérité des Affaires francophones, alors un poste sans portefeuille. Prévisible, il était le seul francophone à bord...

Noble Villeneuve

Cette responsabilité s’est métamorphosée en fardeau quand les conservateurs ont décidé de réformer le réseau de santé... incluant la fermeture de l’hôpital Montfort.

Noble Villeneuve, plusieurs en témoignent, n’était pas d’accord mais solidarité ministérielle oblige, il a dû faire le compromis. À l’instar de bien des Franco-Ontariens dans leur quotidien de minoritaires.

En 1999, il a été victime d’une autre décision de son parti, celle de réduire de 130 à 103 le nombre de circonscriptions en Ontario. Il a été défait par un cheveu dans le nouveau comté de Stormont-Dundas-Charlottenburgh (aujourd’hui Stormont-Dundas-Glengarry Sud). 

Vie de sacrifices en quelque sorte, tristement réduite par la maladie pour sa dernière décennie. Son départ offre une ultime occasion de se saluer sa contribution, dans un contexte difficile, à la communauté franco-ontarienne.