Maxime Pedneaud-Jobin et François Legault

Bien étudier avant de déménager

ÉDITORIAL / Le premier ministre François Legault pourrait recommander de déménager des quartiers au complet pour éviter le paiement à répétition d’indemnités liées aux inondations. Il s’agit d’une solution drastique qui ne doit être appliquée qu’en dernier recours. Nous nous en approchons.

Avant de procéder, par contre, il faudra bien étudier les alternatives à un déménagement massif des citoyens. Il y en a quelques-unes, et elles sont importantes tant en coûts qu’en efforts logistiques : des digues et le contournement de rivières.

Pour le moment, nous n’en sommes pas là. Les efforts immédiats vont encore à lutter contre l’eau qui poursuit ses effets destructeurs. L’alarme, sonnée la semaine dernière, semble avoir monté d’un cran au cours des dernières heures. En Outaouais, en Mauricie, en Beauce et dans la région de Montréal, des citoyens luttent pour préserver leurs maisons des crues records qui sont annoncées. D’autres augmentations des niveaux d’eau sont prévues. Cela semble un moment bien inopportun pour parler de lutte aux inondations quand des milliers de sinistrés constatent les entrées d’eau dans leurs sous-sols. Pourtant, il faut le faire.

Gatineau, tout particulièrement, est bien positionnée dans sa malchance. Il y a en amont de la région urbaine, dans les bassins versants de la rivière des Outaouais, d’amples terres qui pourraient recevoir les surplus temporaires d’eau. Cela a été testé avec succès aux Pays-Bas. Parce qu’elle se trouve en premier le long de la rivière, Gatineau aurait potentiellement l’option de détourner le flot de l’eau sur des terres basses et non utilisées du Pontiac et du côté de la rive ontarienne. Ce sont des options que n’ont pas les autres régions du Québec parce qu’il n’y a pas suffisamment de terres en friche en amont.

En ce sens, la solution de contournement des rivières devrait être étudiée avec soin. Cela pourrait profiter du Fonds d’atténuation et d’adaptation en matière de catastrophes, une nouvelle idée du gouvernement de Justin Trudeau, qui l’a mis en place en 2017. Ce fonds, doté de 2 milliards $ sur 10 ans, sert expressément à financer de grands travaux d’infrastructure. Par exemple, Ottawa injecte 45 millions $ pour la construction de digues en Colombie-Britannique, et 22 millions $ pour d’autres digues en Alberta. Quatre projets, d’une valeur totale de 150 millions $, iront en Ontario.

Au Québec, rien encore. Montréal a déposé deux projets, encore sous examen. Ces fonds demandent des études exhaustives qui ne seront pas complétées avant... la prochaine saison d’inondations en 2020.

Mais Gatineau devait étudier cette option, comme les autres régions du Québec.

Elle devrait aussi vider la question avant de procéder au déménagement de quartiers les plus sensibles. Cette avenue risque de laisser des trous dans des secteurs, avec deux ou trois maisons miraculeusement épargnées, sur une rue dévastée et vidée de ses habitants. Ce paysage donnerait l’air d’un fromage de Gruyère à nos vieux quartiers. C’est bien beau de se faire offrir 250 000 $ par François Legault pour quitter sa propriété — 200 000 $ pour la maison, 50 000 $ pour le terrain —, c’est tout un bouleversement pour les familles de se déraciner... et de tenter de s’enraciner ailleurs.

S’il y a donc un moyen de prévenir en contournant le flot de l’excédent d’eau, ou d’aménager des digues protectrices, les autorités municipales doivent bien les étudier et éviter des grincements de dents aux résidants.