Au-delà de Rambo

La première journée du témoignage de Bernard « Rambo » Gauthier devant la commission Charbonneau n'a pas soulevé les passions comme certains s'y attendaient. Nous pouvons même dire que l'entretien avec le leader syndical de la Côte-Nord a été cordial.
Au-delà de toutes les accusations lancées à son sujet ces derniers mois, tant devant la commission que dans l'espace public, M. Gauthier est apparu à première vue comme un syndicaliste dévoué avant tout aux travailleurs de la construction de sa région, et à son organisation, la FTQ-Construction.
En ce sens, la perception qui s'est dégagée des premières heures de son témoignage rappelle un peu celle d'un autre militant syndical devant la commission, Ken Pereira. Si ce dernier s'était lancé dans une guerre ouverte contre certains dirigeants ouvriers de la FTQ, Rambo Gauthier a pour sa part véhiculé l'image de quelqu'un impliqué dans une guerre ouverte contre les entrepreneurs en construction qui noyaient une Côte-Nord économiquement désavantagée avec des travailleurs d'autres régions, des voleurs de jobs quoi. Son mandat d'agent d'affaires pour la FTQ-Construction incluait ainsi de faire le tour des chantiers afin de vérifier les cartes de compétence des travailleurs et leur région de provenance. Et advienne que pourra à ceux à qui cela déplaît.
Quant à l'intimidation, il a nié en avoir fait pendant ses années de meneur syndical, à partir de 2003. Il a avoué y avoir eu recours auparavant, comme chômeur et « assisté social » qui n'avait comme simple but de dénicher du boulot pour faire payer ses factures. Si intimidation il y a eu sous sa gouverne, il a soutenu l'avoir découragée. Elle serait survenue de façon presque spontanée, le fruit de la frustration de travailleurs de la construction frustrés, confrontés à des employeurs qui ne respectaient pas les conventions collectives et des travailleurs de l'extérieur de leur région.
Les prochaines heures donneront une occasion à la commission de mettre en opposition les témoignages d'autres personnes, ou peut-être même de l'écoute électronique. Nous verrons alors si la version de M. Gauthier tient autant la route et si les allégations d'intimidation le font chanceler.
Par ailleurs, sa présence est l'une d'une douzaine des plus attendues à la commission jusqu'ici.
De Lino Zambito à Frank Zampino en passant par Jean Lavallée, Nick Milioto, Jocelyn Dupuis et Michel Arsenault, une brochette de personnages intrigants et souvent terrés dans l'ombre ont été présentés au public. Les informations, les dénis et les aveux qui ont été faits devant la commissaire France Charbonneau ont permis de peindre un tableau assez sombre des pratiques dans l'industrie de la construction grosso modo entre 1995 et 2010.
Que reste-t-il au programme de la commission ? Au moins un gros témoin qui rechigne à y apparaître de crainte de s'incriminer, et il s'agit évidemment de l'entrepreneur Tony Accurso.
Par la suite, tout un pan de la réalité de cette époque nous échappe encore, et il va au coeur du mandat de la commission Charbonneau. Nous faisons référence ici aux liens allégués entre l'industrie et le politique.
Beaucoup de Québécois ont conclu, peut-être de manière erronée, que si Jean Charest a mis plus de trois ans avant d'accepter de créer cette commission d'enquête, c'est qu'il craignait un impact négatif sur le Parti libéral du Québec, et peut-être aussi sur son financement public.
Autre que des éléments concernant la présence de ministres lors d'événements où se trouvaient de sombres personnages (entre autres au club privé 357c), la population n'a rien de concluant à se mettre sous la dent.
Mais les soupçons demeurent et tant que les projecteurs ne se tourneront pas dans cette direction, le travail de la commission Charbonneau ne sera pas complété.