« On paie des taxes à l'hôtel sans trop rechigner : pourquoi Airbnb en serait-elle exempte ? », se demande l'éditorialiste Pierre Jury.

Après Uber, encadrer Airbnb

ÉDITORIAL / L'entente entre Airbnb et le gouvernement du Québec sur la perception de la taxe d'hébergement ne doit être que le premier pas d'un meilleur encadrement de cette nouvelle forme d'hébergement touristique.
La taxe d'hébergement sert aux offices régionaux de tourisme, comme Tourisme Outaouais, pour faire une meilleure mise en marché, plus intensive et vers de nouveaux clients. Elle leur est devenue aujourd'hui essentielle. Mais se concentrer sur cette contribution exigée aux touristes place dans l'ombre deux autres phénomènes : la difficulté de percevoir les taxes de vente sur le commerce électronique comme Airbnb, et les problèmes qui ont surgi par la popularité grandissante d'Airbnb et des plateformes similaires.
Ces problèmes commencent à être bien documentés. Au printemps, le quotidien La Presse a recueilli les remords de propriétaires de condos dans la Tour des Canadiens, à Montréal. Plusieurs unités, conçues au départ pour être des résidences de luxe, sont plutôt louées régulièrement à des touristes venus faire la fête, le temps d'un match ou d'un événement. Aux voyageurs, cela coûte bien moins cher... et pour un hébergement similaire à des hôtels quatre ou cinq étoiles. Mais les perturbations nocturnes, les fêtards éméchés, les espaces publics endommagés, tout cela a cours dans une impunité qu'un hôtel ne tolérerait pas. Sans service de sécurité dans ces tours à condos, c'est devenu un cauchemar.
Encore, si ce n'était que deux ou trois fois par an, ça se tolérerait. Mais tous les week-ends...?
Idem pour les chalets loués, ou les résidences dans des quartiers tranquilles ou patrimoniaux.
À Lisbonne et Barcelone, par exemple, les locataires sont progressivement expulsés des secteurs historiques et leurs logements, repris par des entrepreneurs qui les louent à la journée sur Airbnb. C'est plus lucratif... mais les quartiers perdent de leur âme. Et deviennent fantômes en basse saison. À terme, les écoles du secteur fermeront, les commerçants locaux, poussés à la ruine. Cela n'aura servi que des promoteurs véreux et des touristes de passage.
Le problème n'est pas Airbnb en lui-même. Ce site transactionnel a su flairer les potentialités des nouvelles technologies. Airbnb n'est pas le seul dans le domaine, mais sans doute plus populaire au Canada que les HomeAway, Wimdu, Roomorama et autres. Ce sont, comme d'habitude, les excès qui posent problème. 
À Québec, le député de Mercier Amir Khadir a d'ailleurs déjà déposé un projet de loi afin d'encadrer les sites comme Airbnb.
Sans donner raison à un parti d'opposition, le gouvernement libéral se dirige dans cette direction. La ministre du Tourisme Julie Boulet, a admis que la question de la taxe d'hébergement était « une première démarche ». Elle a laissé entendre qu'un projet de loi serait déposé cet automne. 
« Il faut tracer la ligne entre ce qu'est l'économie collaborative et ce qu'est l'activité commerciale », a expliqué la ministre Boulet.
On paie des taxes à l'hôtel sans trop rechigner : pourquoi Airbnb en serait-elle exempte ? 
En fait, c'est la même interrogation que celle qu'a suscitée le service Uber. Présenté comme une forme de covoiturage abordablement rétribuée, Uber s'est métamorphosé en taxi-fantôme, au grand dam des entreprises traditionnelles de l'industrie. 
Pour les deux, un encadrement législatif et fiscal est nécessaire. 
Le travail avec Uber est déjà entamé. Tout reste à faire avec Airbnb mais ailleurs, des gouvernements ont déjà réagi avant le Canada pour que la nouvelle économie ne laisse pas que des cadavres dans son sillon.