Le ministre des Finances, Vic Fedeli, n’a prévu « aucune nouvelle taxe, aucune » : c’était prévisible de la part de conservateurs qui sont allergiques à toute nouvelle forme de taxation.

Après tout, une approche modérée

ÉDITORIAL / Le budget de l’Ontario, présenté hier, est moins dommageable que certains le craignaient. Ce n’est pas à cause des nouvelles règles moins contraignantes concernant l’alcool, mais elles aident à faire avaler les aspects plus controversés.

Le ministre des Finances, Vic Fedeli, n’a prévu « aucune nouvelle taxe, aucune » : c’était prévisible de la part de conservateurs qui sont allergiques à toute nouvelle forme de taxation. Le gouvernement se reprend ailleurs, rassurez-vous. Mais il n’impose pas un âpre régime minceur qui ferait grincer des dents les Ontariens. Le déficit passe à 11,7 milliards $ en 2019-2020, et à 9,3 milliards $ en 2020-2021. En fait, le gouvernement de Doug Ford est soucieux, on le devine par ce budget, de l’opinion des Ontariens et il met en place des mesures qui restreignent les services, mais sans que ça paraisse trop.

Et il économise les Franco-Ontariens, au passage. Ils y ont goûté, en novembre. Pas cette fois.

Ainsi, les conservateurs coupent les budgets de tous les ministères, sauf la Santé et l’Éducation, mais même là, les hausses de budget sont limitées à 1,6 % et 1,2 %, ce qui est en deçà de l’Indice des prix à la consommation.

Au final, ils s’attendent à prendre cinq ans avant de vaincre le déficit, le réduisant de 2 à 4 milliards $ par an, pour arriver à l’équilibre en 2023-2024. C’est tard, mais cette approche modérée a du bon. Elle permet un retour à l’équilibre budgétaire sans brusquer les choses.

Ces coupures se feront sentir malgré tout. Les conservateurs ne réussiront pas à retrancher 3500 enseignants du réseau de l’éducation, même par attrition sur quatre ans, sans que cela ne soit ressenti très nettement sur le terrain.

De la même manière, ils n’arriveront pas à couper dans les budgets des universités, qui représentent 5 milliards $, sans qu’étudiants, professeurs et administrateurs ne s’en aperçoivent. Ils ont déjà commencé avec la baisse des frais aux étudiants, mais c’est en réalité une grosse diminution du financement aux universités qu’ils ont passé là. Dans le budget déposé hier, les conservateurs dévoilaient une autre phase de leur plan pour lier le financement universitaire à des indicateurs de performance, notamment les taux de diplomation et l’emploi.

On ne sait pas trop ce que cela veut dire et comment tout cela s’articulera, mais gageons sur une chose : l’Ontario dépensera moins pour ses universités dans trois ou quatre ans. De la même manière qu’il dépensera moins pour ses ministères. Et c’est ça, son vrai but : réduire la dépendance de l’Ontario à sa fonction publique, réduire l’État en quelque sorte.

Les conservateurs de Doug Ford veulent s’arranger pour que cela ne paraisse pas trop, et s’ils relèvent ce pari, cela sera toute une réussite à leurs yeux.

Car sous le gouvernement libéral de Kathleen Wynne, l’Ontario se dirigeait nettement vers la gauche avec le salaire minimum à 15 $, les frais d’études post-secondaires gratuits, les garderies pas cher, la taxe sur le carbone, etc.

Parallèlement à ce virage, M. Ford a cette obscure fixation avec l’alcool. Sous le couvert que les Ontariens ont la maturité de faire des choix éclairés — ce sur quoi il a bien raison —, il poursuit dans la lignée de son éphémère bière à 1 $, l’an passé. Cette fois, c’est le service d’alcool dès 9 h, la permission des partys « tailgate », le retour des « heures joyeuses » (happy hour ). Qu’est-ce que cela signifie ? Toutes ces initiatives prennent du temps et des énergies que le gouvernement de Doug Ford ferait mieux de dévouer à l’environnement, à la santé et à l’éducation, qui devraient être les trois grandes priorités de la société ontarienne.