Les sinistrés des inondations du dernier mois ne sont pas au bout de leurs peines.

Après le sinistre, les assurances...

ÉDITORIAL / Les sinistrés des inondations du dernier mois ne sont pas au bout de leurs peines. Pour plusieurs, alors que l'élément destructeur se retire progressivement, arrive le moment de constater les dégâts. Et ils sont considérables. Les gens sont bien au courant de la capacité destructrice du feu mais l'eau, parce qu'elle s'infiltre dans tous les interstices que le vide lui permet, peut détruire tout autant... mais de manière insidieuse, discrètement, lentement.
Dans plusieurs cas, une victime peut être portée à croire qu'une fois bien asséchés, certains biens auront survécu à la calamité. Ils pourraient s'apercevoir que les dommages auront été invisibles mais pas moins réels.
Dans un monde idéal, les assurances ont été conçues pour parer à ces coups de la vie. Les éléments ont pris le dessus pendant quelques jours, quelques semaines, et on se dit qu'une fois tout nettoyé, l'assurance couvrira tous les dommages. Mauvaise réponse!
Plusieurs sinistrés auront découvert, ou le feront bientôt, que leur police d'assurance contractée auprès du secteur privé est loin de dédommager pour tout ce qui a été ravagé. Les clauses en petits caractères, groupées au bas de pages qui rebutent à la lecture, posent des balises qui, trop souvent, tempèrent la couverture que l'assuré croit avoir. 
Les assureurs sont des entreprises du secteur privé qui veulent demeurer rentables et ce n'est pas dans leurs réflexes corporatifs d'être plus généreuses que ce que le contrat stipule. Les dommages naturels ont quadruplé, à 400 millions $ par an, depuis 2010 au Canada. Cela a mis une pression supplémentaire sur l'industrie. Elle offre d'ailleurs aujourd'hui un avenant spécifique aux inondations, ce que la plupart des citoyens ignorent parce que c'est une nouveauté. 
Cela explique la sortie du député de Québec solidaire, Amir Khadir, en fin de semaine, qui invite le gouvernement de Philippe Couillard à rappeler aux sociétés d'assurance de ne pas compliquer inutilement les procédures aux sinistrés. Souhaitons d'abord que le gouvernement ne devrait pas avoir à s'en mêler. Il faut souhaiter que les dirigeants des compagnies d'assurance auront compris par eux-mêmes et passé le message à leurs évaluateurs de dommages à agir avec humanisme et sollicitude. Les victimes ont été suffisamment été éprouvées au cours du dernier mois sans avoir à endurer des procédures tatillonnes. Quand on a perdu des milliers de dollars en biens, quand on a vu son foyer noyé sous l'eau pendant des semaines, quand on peine à reprendre le dessus sur sa vie, on n'a pas le coeur à s'obstiner avec un expert en sinistre qui ne sera pas disponible, ou qui applique aveuglément les règles sans compassion.
Mais il n'y a pas que le secteur privé. Les provinces ont aussi des programmes d'aide aux sinistrés pour les pertes non couvertes par les assureurs privés. Cela aussi doit être offert de manière généreuse, autant pour la couverture des sinistres que pour l'approche personnalisée. 
Le député Khadir souhaite la création d'un programme national d'assurance-inondations. Sous le coup d'inondations historiques, la discussion est prématurée. Mais dans quelques mois, lorsque la vie aura repris un peu de son cours normal, la question mérite d'être discutée. Il vaut peut-être la peine pour tous les assurés du Canada de voir quelques dizaines de dollars aller dans un fonds spécial d'indemnisation pour s'offrir une protection collective, parallèlement aux échanges sur les constructions en zone inondable, bien controversées ces semaines-ci.