Le gouvernement fédéral a confirmé la révision des règles pour déterminer où sont offerts ses services fédéraux bilingues.

Annonce espérée, mais en 2023?

ÉDITORIAL / Le gouvernement fédéral a fait une annonce longtemps attendue et espérée par les communautés francophones, la semaine dernière. Il a confirmé la révision des règles pour déterminer où sont offerts ses services fédéraux bilingues, ce qui mènera à terme à l’ajout de quelque 600 nouveaux bureaux, ce qui inclut les gares et les aéroports des capitales provinciales.

Mais ces bureaux ne devraient offrir des services en français... qu’en 2023, soit dans cinq ans. L’entrée en vigueur de ces mesures ne surviendrait que lors de la dernière année du prochain mandat du gouvernement. Rappelons que des élections fédérales seront tenues l’automne prochain.

Scott Brison, le président du Conseil du Trésor, argue qu’Ottawa a besoin de temps car il veut se baser sur les chiffres du prochain recensement, en 2021.

L’ensemble de ces nouvelles pratiques devraient coûter 70 millions $, selon M. Brison. Elles touchent déjà 3900 bureaux bilingues au pays, sur les 11 500 qui existent. Cela en porterait le nombre à 4500.

Mais pourquoi attendre aussi longtemps ? « Car ce sont des changements très significatifs, a-t-il répondu. On veut s’assurer de bien faire les choses et de les implanter correctement. »

Nul besoin d’attendre jusqu’en 2023 pour les mettre en place... si cela était même possible. Cela donne l’impression de vouloir gagner indûment du temps. 

L’argument du prochain recensement repousse ces changements trop loin dans le temps. Dans l’attente, les francophones souffrent du manque de services en français dans les bureaux qui existent déjà.

Le président du mouvement Impératif français, Jean-Paul Perreault, l’a appris à ses dépens, l’an dernier. Le 23 janvier 2017, il n’a pu obtenir de services en français à son arrivée à l’aéroport d’Ottawa... qui est pourtant déjà reconnu comme devant offrir un accueil dans les deux langues officielles. L’enquête du Commissariat aux langues officielles, qui a mis 18 mois à être complétée, lui a donné raison sur toute la ligne. Pas d’offre active dans les deux langues (le Bonjour/Hi!), ni de recours à un collègue. « En définitive, le plaignant n’a pas reçu un service en français », dit le rapport. 

Pire : « En raison du nombre de plaintes déposées contre l’Agence des services frontaliers du Canada et de la nature répétitive des incidents soulevés, il a été déterminé que le suivi actuel de la vérification menée auprès de l’institution fédérale en 2015 serait la façon la plus efficace  de voir comment l’institution a cherché à remédier à ces problèmes persistants. »

Bref, le suivi de l’Aéroport d’Ottawa, amorcé en 2015, suffit. Même pas une remontrance.

Voilà pour les pouvoirs du Commissariat aux langues officielles ! Devant une infraction patente d’un règlement, la question est reléguée à un suivi en cours depuis trois ans !

Que pourront faire les aéroports des capitales provinciales ? À Charlottetown, le directeur de l’aéroport a déjà conclu que « ce sera un défi » car « il n’y a pas un très grand bassin de francophones », a-t-il confié à Radio-Canada. Le précédent commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, avait dès 2014 soulevé qu’il restait « beaucoup à faire » pour assurer l’offre de services dans les deux langues officielles.

Alors lorsqu’Ottawa parle d’élargir les services en français, nous ne pouvons qu’applaudir. Mais quand Ottawa ne réussit pas à régler les nombreuses plaintes, quand Charlottetown prévoit déjà des défis, même d’ici 2023, il faut se demander si les aspirations fédérales sont réalisables... et réalistes.