Année faste pour la Caisse

Tout particulièrement depuis la débâcle financière de 2008, la Caisse de dépôt et placement du Québec est sous haute surveillance. Le dévoilement de ses résultats financiers, hier, aura sans doute réjoui les Québécois ; un rendement de 13,1 % en 2013 leur permet de conclure qu'en maintenant un tel rythme, leurs pensions sont à l'abri.
Ils sont encore plus heureux d'apprendre que cette cadence est soutenue depuis que Michael Sabia a été nommé à la direction de la Caisse. Sous sa gouverne, la croissance moyenne s'élève à 10 % depuis quatre ans. Ils ne seront donc pas étonnés d'apprendre que le mandat de cinq ans de M.Sabia a récemment été prolongé de cinq autres années.
Rappelons, afin que personne ne l'oublie, que pendant la catastrophique année 2008, la Caisse avait dû avouer un rendement négatif de -25 %, ce qui correspondait à une fonte de son portefeuille de 39,8 milliards $. Les années profitables sous Henri-Paul Rousseau n'ont pu sauver sa peau. Son équipe avait massivement investi dans un véhicule financier appelé PCAA, pour « papier commercial adossé à des actifs », des titres dont les garanties étaient des hypothèques résidentielles à risque. Lorsque la bulle immobilière a éclaté aux États-Unis, la valeur du papier commercial a fondu. Entrainant avec elle la valeur de la Caisse... et M. Rousseau.
Au terme d'une courte période de transition, le gouvernement de Jean Charest a procédé à la nomination de M. Sabia. Ce dernier, tout juste sorti d'une présidence tumultueuse chez Bell, ne faisait pas l'unanimité ; les Québécois peuvent aujourd'hui être rassurés quant à ses états de service. En matière d'investissements, rien n'est garanti mais les rendements de la Caisse sous M. Sabia, et la réforme qu'il y a opérée, fournissent jusqu'ici toutes les preuves de succès.
La plus délicate de ces réformes consistait à modifier l'équilibre entre rendement et investissement au Québec. La Caisse navigue entre les deux depuis des décennies et chaque mauvaise nouvelle à son sujet provoque un inévitable questionnement sur son rôle dans l'économie québécoise. Ce rôle est essentiel ; la Caisse a été créée en 1965 afin de gérer collectivement les rentes de l'État québécois et d'une série d'autres organisations gouvernementales. Cette mise en commun d'énormes réserves financières permet un effet de levier d'une incroyable puissance ; si elle le voulait, la Caisse pourrait acheter presque n'importe quelle compagnie au monde. Il s'agit d'une figure de style, évidemment. L'objectif de la Caisse, ce n'est pas de mettre tous ses oeufs dans un même panier, mais de bien répartir les 200,1 milliards $ qu'elle a sous sa responsabilité... et de se servir d'une part raisonnable de cette cagnotte pour appuyer, stimuler et faire croître les entreprises du Québec.
Cette mission est essentielle ; qui peut croire autant dans le potentiel de Québec Inc. qu'une institution québécoise ? Qui peut mieux connaître les futures entreprises à succès du Québec ? Qui peut mieux appuyer les entrepreneurs du Québec ? Personne mieux que la Caisse.
Ce rôle a été réitéré et encouragé avec l'arrivée de Michael Sabia. Mais cela se fait nécessairement en sacrifiant un peu du potentiel de croissance de la Caisse. Les résultats financiers de 2013 permettent de croire qu'avec 53,8 milliards $ investis au Québec, soit plus du quart de son portefeuille, la Caisse a su trouver suffisamment d'entreprises québécoises valables et rentables. (La Caisse ne fournit pas de rendement sur la portion québécoise de ses actifs.)
À l'automne, cela fera cinq ans depuis la débâcle du papier commercial. M. Sabia a eu le temps de faire ses preuves. Il mérite une accolade. La Caisse de dépôt et placement du Québec semble avoir définitivement tourné la page sur 2008. Et peut se concentrer sur un avenir qui n'offre aucune certitude...