Andrew Scheer a posé le geste honorable, jeudi, en quittant ses fonctions de chef du Parti conservateur du Canada.

Andrew Scheer: le geste honorable

ÉDITORIAL / Andrew Scheer a posé le geste honorable, jeudi, en quittant ses fonctions de chef du Parti conservateur du Canada. Les pressions étaient très, très fortes pour qu’il laisse son poste bien avant le prochain congrès du parti.

Finalement, il a cédé et ce congrès en deviendra un de leadership. Avec un gouvernement libéral minoritaire, les prochaines élections pourraient survenir rapidement et il faudra que le Parti conservateur soit prêt, peu importe les aléas du calendrier. Les candidats se feront connaître rapidement au cours des prochaines semaines, mais dans ces considérations politiques, les leaders expérimentés partiront favoris, plutôt qu’un candidat vert, sortant de nulle part.

Mais avant toute chose, le PC voudra définir le type de chef qu’il désire. Andrew Scheer a tiré son parti sur la droite au plan social, tout en laissant les considérations économiques au centre. Il rejetait d’emblée une remise en question de l’aide financière aux entreprises ou la gestion de l’offre, deux plateformes de Maxime Bernier, qui a perdu la dernière course à la direction du Parti conservateur avec 49 % des voix. (M. Bernier a depuis créé son Parti populaire du Canada et refusé jeudi toute alliance avec le PC.) M. Scheer a eu de la difficulté avec les questions sociales tout au long de la dernière campagne, trébuchant sur les questions de l’avortement, des personnes gaies et lesbiennes, etc.

Il est grandement temps de ramener ces enjeux vers le centre. En 2020, il apparaîtra comme rétrograde d’hésiter sur le rôle des personnes LGBT dans une campagne électorale, ou de souffler le chaud et le froid sur l’avortement.

Cependant, il y a tout un débat à faire sur la gestion des fonds publics et le recours aux déficits à répétition, sur l’autonomie des provinces et sur le caractère distinct du Québec, sur la capacité des individus de prendre leur vie en main et d’assurer leur prospérité. Sur ces questions, les libéraux de Justin Trudeau paraissent vulnérables.

Et sur l’environnement, il est temps que les conservateurs admettent l’importance des changements climatiques et l’urgence de les combattre non par des mesures éparses et confondantes, mais par un réel plan sans faux-fuyant.

Andrew Scheer a donné l’impression de diriger un parti réconciliant ces enjeux qu’avec difficulté.

Cela dit, il n’était pas un leader de transition que l’on a sacrifié sur l’autel de l’élection du 21 octobre 2019. Les conservateurs convaincus étaient sûrs d’avoir une chance d’être élus en majorité, remerciant les gaffes de Justin Trudeau dans les dossiers de SNC-Lavalin et de son ex-ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould, ses voyages mal planifiés, ses déficits à répétition. Ils ont d’ailleurs récolté plus de votes que les libéraux ! Mais ils n’ont récolté que 50 sièges entre l’Ontario, le Québec et les Maritimes, preuve que le conservatisme social de M. Scheer n’y passait pas la rampe. Ils devront y faire deux fois mieux la prochaine fois.

Alors le prochain chef doit-il être un homme ou une femme ? Avec quel type d’expérience ? Cela reste à voir. Plusieurs noms circulent déjà : Peter MacKay, Rona Ambrose et l’éternel Bernard Lord, qui refuse toujours de se lancer dans la course depuis les 13 années qu’il a quitté la direction du Nouveau-Brunswick. D’autres personnes émergeront certainement.

Enfin, un critère devrait primer autant que les autres : un réel bilinguisme français-anglais ne doit absolument pas être en doute. Celui d’Andrew Scheer était tout juste acceptable, il faudrait un futur leader qui soit meilleur avec les deux langues officielles.