Amanda Simard a pris la décision de siéger comme indépendante à l’Assemblée législative.

Amanda Simard, l'indépendante

ÉDITORIAL / Les journées se suivent, mais ne se ressemblent pas. Alors que la jeune députée Amanda Simard était isolée par les rangs du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario, mercredi, elle a pris la douloureuse mais courageuse décision de siéger comme indépendante à l’Assemblée législative.

Mme Simard continue de surprendre par son aplomb et la colonne dont elle fait preuve dans sa carrière... de quatre mois à Queen’s Park. Elle étonne par la force de caractère dont elle fait montre, et qui lui vaut l’estime de ses électeurs de Glengarry-Prescott-Russell... et d’ailleurs ! Au lieu de s’écraser en répétant la position du gouvernement, elle s’est tenue debout et a dit haut et fort qu’elle n’acceptait pas la décision du gouvernement de Doug Ford de couper l’Université de l’Ontario français et le Commissariat aux services en français.

Le gouvernement a bien tenté de se tirer d’affaire, clamant que les employés du Commissariat seraient tous intégrés au Bureau de l’ombudsman, le commissaire François Boileau également. Il a laissé entendre que l’Université de l’Ontario français serait créée dès que les finances publiques le permettraient. Le premier ministre Ford est même allé jusqu’à redonner aux Franco-Ontariens le ministère des Affaires francophones qu’il avait relégué au niveau d’un ministère délégué, en juin.

C’est bien beau, mais rien n’y fait.

Les Franco-Ontariens sont galvanisés par une rancœur évocatrice de celle de l’hôpital Montfort, en 1997, contre un autre gouvernement conservateur, celui de Mike Harris. Ils sont réunis sous l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, qui n’existait pas au tournant des années 2000, et qui démontre aujourd’hui la valeur de son action. 

L’AFO pilote le dossier face au gouvernement, et elle a rencontré M. Ford, hier. La rencontre, d’une vingtaine de minutes, s’est vite soldée par un échec. M. Ford a répété ses engagements face à la communauté franco-ontarienne. Mais il s’agissait d’un dialogue de sourds et le président de l’AFO, Carol Jolin, est vite ressorti bredouille de l’entretien. 

Il fait bien : il ne doit pas s’éterniser lorsque M. Ford tourne en rond avec ses promesses passées. 

Doug Ford s’est d’ailleurs enlisé un peu davantage, hier, devant l’Assemblée législative. Vantant la contribution des Franco-Ontariens « au plan culturel, historique et financier », il a lancé au passage qu’ils ne constituaient « que 3 % » de la population de l’Ontario. Cette erreur, petite en apparence, prend de l’ampleur lorsque les susceptibilités sont à fleur de peau. Le vrai chiffre, et c’est Caroline Mulroney qui l’a corrigé, est « entre 4 et 5 % ». Il s’agit de 4,1 % si vous calculez la population au sens strict, c’est-à-dire ceux qui ont le français comme langue maternelle ou le parlent à la maison. Mais c’est 4,7 % dans son sens plus large, si l’on utilise la définition inclusive du gouvernement de l’Ontario.  

Tout cela laisse Mme Mulroney, la ministre des Affaires francophones, dans de beaux draps. Si elle se range derrière les Franco-Ontariens, elle trahit son gouvernement. Alors, elle essaie de sauver la chèvre et le chou, restant fidèle à Doug Ford et ses conservateurs, espérant que la crise s’apaise. Mais comme ce n’est pas ça qui arrive, elle passe pour celle qui exécute les basses œuvres d’un gouvernement qui refuse d’entendre les récriminations d’une partie de l’électorat qui n’a même pas voté pour lui. À force que les Franco-Ontariens crient, cela fait mal paraître Caroline Mulroney et Doug Ford. Cela ne tempérera pas avec les 40 manifestations que l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario organise aux quatre coins de la province, samedi, Amanda Simard en tête.