L’Accord sur le libre-échange a profité à ses trois pays membres depuis son entrée en vigueur il y a 23 ans.

ALÉNA : une fin de non-recevoir

ÉDITORIAL / Renégocier l’ALÉNA, passe toujours, mais y laisser sa souveraineté ? Pas question !

Il y a des limites à accepter de faire le tapis, ce que Donald Trump et les Américains souhaitent clairement, maintenant que leurs intentions sont claires.

Hier, alors que s’achevait la quatrième de sept rondes de discussions prévues entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, les Américains ont demandé la fin du système de la gestion de l’offre au Canada dans un horizon de 10 ans.

La réponse des négociateurs canadiens a été rapide : inacceptable.

Ce sera au Canada de décider de l’avenir de la gestion de l’offre, pas aux Américains.

C’est la seconde fin de non-recevoir des Canadiens à une proposition américaine en deux jours. Vendredi, les gros sabots des émissaires de M. Trump avaient voulu réécrire le Pacte de l’automobile en exigeant que 85 % de chaque véhicule soit d’origine nord-américaine, au lieu des 62,5 % existant.

Cela augure très mal pour l’Accord de libre-échange nord-américain mais c’était à prévoir. En campagne électorale, M. Trump a qualifié l’ALÉNA de « pire entente commerciale de l’histoire ». Enflure verbale partisane pour séduire sa base conservatrice ? Personne ne s’attendait à ce que le président ne change d’idée mais il y avait espoir que les nombreuses représentations à ce sujet refroidiraient ses ardeurs de destruction. Ainsi, après des rencontres avec le premier ministre Justin Trudeau, M. Trump est allé jusqu’à dire que le contrat avec le Canada ne subirait peut-être que des « ajustements ». 

Le Canada a d’ailleurs démontré son ouverture à de tels ajustements car il l’a fait pour conclure l’Accord économique et commercial global avec l’Union européenne (AECG, ou « CETA » en anglais). Il a exempté 18 000 tonnes de fromage européen de plus que les 13 000 déjà acceptées, ce qui a choqué les producteurs laitiers du Canada ; une formule de dédommagement transitoire a été prévue.

Mais mettre fin à la gestion de l’offre d’ici 10 ans ? Sans autre contrepartie ? C’est à prendre ou à laisser ?

Le Canada, sage mais ferme, ne tombera pas dans le panneau de ce Donald Trump autoproclamé « maître négociateur ». En affaires, il a souvent pu dicter ses conditions mais c’est différent en politique internationale. 

Ce serait trop facile, et jouer le jeu de M. Trump que de dire : « C’est assez ! Si vous voulez tout refaire à vos conditions sans égard à vos partenaires, nous quittons la table des négociations ! »

C’est justement ce que le président désire. Se débarrasser de l’ALÉNA pour (enfin) dire qu’il a concrétisé l’un de ses engagements électoraux. Parce que sa liste de réalisations est bien mince : Obamacare, baisse d’impôts, il n’a rien encore livré. 

La stratégie canadienne demeure celle d’un front commun. Porte-parole patronal, Thomas D’Aquino rappelait justement, sur la CBC hier, que bien des gouverneurs d’États, plusieurs membres du congrès (même républicains), certains membres du cabinet Trump et la communauté d’affaires américaine ne souhaitent pas la fin de l’ALÉNA qui favorise aussi leurs commettants et les entreprises qu’ils dirigent ou représentent. 

L’Accord sur le libre-échange a profité à ses trois pays membres depuis son entrée en vigueur il y a 23 ans. Le climat économique a changé, des ajustements sont certainement souhaitables et bienvenus pour tous ; le Canada y est ouvert. Dans un esprit de saine, franche et respectueuse discussion, pas d’ultimatums destinés à braquer ceux qui étaient nos « partenaires ».