Donald Trump et Justin Trudeau

ALENA 2: pas mal, après tout

ÉDITORIAL / Quand on négocie avec Donald Trump, on tente toujours de sauver les meubles. Non pas qu’il soit un négociateur hors pair, nous sommes persuadés que cela est surfait, mais quand on parle au nom des États-Unis tout entier, cela donne une force de frappe incroyable.

M. Trump ne craint pas de l’utiliser et il a mis tout son poids à démolir l’Accord sur le libre-échange nord-américain. Durant sa campagne électorale, il a répété maintes et maintes fois que cette entente tripartite entre le Canada, le Mexique et les États-Unis était « la pire de l’histoire », qu’elle permettait aux entreprises américaines de se faire flouer et qu’il s’empresserait de le défaire s’il n’en tenait qu’à lui.

Le Canada était coincé. L’entente de 1994, qui nous avait bien servi, était à l’article de la mort. Il fallait travailler fort pour le raviver. Le mandat était compliqué par le fait que le Mexique avait signé de son côté, il y a trois semaines, augmentant d’autant plus la pression sur les Canadiens... si cela était possible.

Le premier ministre avait confié la tâche à Chrystia Freeland : nous ne pouvons imaginer le cassant Stéphane Dion, son prédécesseur aux Affaires mondiales, les mener mieux. Elle a été exemplaire, mettant toujours l’accent sur le fait que les négociations allaient bon train, que les pourparlers étaient francs et plein de diplomatie, même lorsque ce n’était pas vrai.

Les écueils étaient nombreux. Il y avait la gestion de l’offre, le mécanisme par lequel les producteurs de lait, d’œufs et de volaille leurs garantissent des prix plus élevés pour leur travail que leurs contreparties américaines. Il y avait le Pacte de l’automobile. Il y avait aussi les secteurs névralgiques du bois, du papier journal, de l’acier, qui sont déjà sous un système de droits de douane variables. Il y avait l’exemption de tous les biens culturels, et l’arbitrage des différends commerciaux aussi. Et enfin, l’expiration de l’entente dans cinq ans, un petit cadeau sorti de nulle part, lancé en milieu de parcours par M. Trump.

De nombreuses voix se sont élevées contre l’entente finale, et particulièrement la gestion de l’offre, qui sera amputée de 3,6 %.

Au Québec, tous les leaders politiques ont crié au vol mais l’entente avec l’Europe, l’Accord économique et commercial global (AECG, ou CETA en anglais) avait déjà ouvert la voie avec une brèche de 3,25 %. Les producteurs seront dédommagés même si cela ne suffira pas à leur goût. Le Canada a réussi, là et ailleurs, à sauver la mise. Toutes les voix critiques sont intéressées : le Parti conservateur qui n’y trouve rien de bon alors qu’il serrait les coudes avec le gouvernement libéral avant la conclusion de l’entente, tous les politiciens du Québec qui n’ont que la gestion de l’offre en tête. Mais Mme Freeland devait penser aux intérêts supérieurs de la nation et encore une fois, accuseront certains, ceux de l’industrie automobile de l’Ontario ont été plus épargnés que les producteurs de lait du Québec.

À l’inverse, plusieurs voix neutres se sont rangées dans le camp du gouvernement. Ils ont lancé qu’au final, le Canada a réussi à sauver ses billes devant un gouvernement américain qui était prêt à tout balancer par-dessus bord, sans égard aux conséquences.

C’est la méthode Trump : on casse tout et on recommence, plutôt que de sauver ce qui peut être sauvé dans un accord qui avait pourtant bien servi les trois signataires. L’ALÉNA est mort, nous en sommes maintenant à l’Accord États-Unis - Mexique - Canada (AEUMC). Voilà qui est pas mal, dans les circonstances.