Ensemble, Air Canada-Air Transat contrôlerait 63 % des vols internationaux et 46 % des vols vers le sud.

Air Transat: y a-t-il un autre prétendant?

ÉDITORIAL / Air Transat a finalement accepté l’offre d’achat d’Air Canada. Mais cela ne devrait pas en rester là. En fait, il faut souhaiter qu’une surenchère s’opère afin d’ajuster le prix de vente à sa vraie valeur marchande, qui est supérieure à 520 millions $. Et il faut s’assurer qu’un autre acheteur puisse se matérialiser.

Le prix de 13 $ l’action s’avère une aubaine pour Air Canada, le transporteur national. Car Air Transat vaut davantage que les 520 millions $ à laquelle équivaut la transaction. Combien ? Difficile à dire, mais le Groupe Mach a déjà livré une offre à 14 $ l’action. Déjà, son président Vincent Chiara se demande comment les actionnaires d’Air Transat pourraient accepter une offre moindre que la sienne. Déjà, la firme Letko Brosseau, qui détient 18,5 % des actions de Transat AT, a laissé savoir qu’elle n’entérinerait pas cette transaction. Une surenchère pourrait survenir et faire monter le prix de la transaction à 15 $, 17, $, voire 20 $. 

Quand on pense que la société d’investissement Onex a versé 5 milliards $ pour Westjet ce printemps... Entre 5 milliards $ et 520 millions $, il y a une marge qu’un autre acheteur pourrait combler en partie.

Disons-le nettement : il aurait été souhaitable que la prise de contrôle par Air Canada ne se fasse pas. Car ensemble, les deux entreprises contrôleraient une trop grande part du marché canadien du voyage. Ensemble, Air Canada-Air Transat contrôlerait 63 % des vols internationaux et 46 % des vols vers le sud. C’est beaucoup. Il y a là de quoi intéresser le Tribunal de la concurrence, qui pourrait forcer Air Canada à se départir de certaines parties d’Air Transat pour maintenir une plus saine concurrence au Canada.

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Il y a un autre joueur qui devrait être concerné par cette transaction : le Commissariat aux langues officielles. À titre de transporteur national, Air Canada est tenu d’offrir des services dans les deux langues officielles, et il faillit à la tâche trop souvent. Les Canadiens sont préoccupés par cet échec et ont fait d’Air Canada la principale cible de leurs plaintes au Commissariat. Le commissaire Raymond Théberge devrait aussi s’en mêler.

Tout de même, Air Canada a tout de suite laissé savoir qu’Air Transat conserverait son autonomie : voilà au moins qui est bien, pour l’immédiat. Il aurait été dommageable que les deux entreprises ne soient fondues qu’en une seule. Le maintien de l’entité Air Transat, et des équipes d’employés, donneront l’impression, pour un temps du moins, qu’Air Transat poursuit ses activités normalement. Mais dans un horizon de deux, trois ou cinq ans, cela pourrait changer, au nom de la rationalisation des effectifs, de la synergie économique et des simples profits. Voilà le réel risque de cette prise de contrôle, en plus des prix plus élevés pour les voyageurs. L’histoire nous a appris qu’au fil des ans, des entreprises avalées sont lentement disparues du paysage. Il ne faudrait pas qu’Air Transat soit la prochaine. 

Nous comprenons la réaction du président d’Air Transat, Jean-Marc Eustache, qui applaudit le rôle d’Air Canada à l’effet que le transporteur national « constitue l’occasion idéale de développer la présence et les emplois de Transat à Montréal et (...) la meilleure option pour les employés, les fournisseurs, les partenaires et les actionnaires ». Mais il s’empresse trop d’applaudir. Idem pour le gouvernement du Québec, qui apprécie que le bureau-chef d’Air Transat sera conservé à Montréal, et la sauvegarde des emplois. Ce sont deux critères, mais il y en a d’autres. 

Pour cela, souhaitons une surenchère et l’émergence d’un ou deux autres prétendants. Car ce dossier est loin d’être clos.