Andrea Horwath et le NPD donnent du fil à retordre à ses rivaux libéraux et conservateurs.

À mi-chemin...

ÉDITORIAL / La campagne électorale ontarienne est à mi-chemin. La victoire annoncée de Doug Ford et de ses progressistes-conservateurs n’est plus aussi nette que les prévisionnistes l’anticipaient. Andrea Horwath et son Nouveau Parti démocratique font plus que lui donner du fil à retordre : plusieurs sondages la mettent maintenant en avant. Cela rappelle à tous l’importance d’une campagne électorale car bien des événements peuvent changer la donne.

Cela laisse dans la brume les libéraux de Kathleen Wynne, avec moins de 25 % des intentions du vote populaire. Ses chances de réélection sont nulles. Il semble bien qu’elle n’a pas su calmer la rancœur envers les libéraux de son prédécesseur Dalton McGuinty. Plusieurs des reproches qui lui sont adressés remontent à cette époque, il y a plus de quatre ans. Les affaires de Hydro One, des tarifs d’électricité et les nombreuses initiatives sociales des libéraux (salaire minimum, médicaments gratuits aux 25 ans et moins, etc.) se massent dans le passif de Mme Wynne, bloquant tout espoir de réélection. 

Cela laisse le champ libre aux conservateurs de M. Ford, parti largement favori malgré une année 2018 amorcée sur les chapeaux de roue. Nous nous souviendrons du départ forcé de Patrick Brown pour des affaires sexuelles dont il compte bien se défendre ultérieurement. Une course au leadership accélérée a couronné le frère de l’ex-maire de Toronto Rob Ford mais il s’est bien peu commis au plan des idées. Outre Hydro One et la taxe sur le carbone, ses engagements électoraux sont bien minces... ouvrant la porte à Mme Horwath.

La néo-démocrate a fait flèche de tout bois. Elle a offert aux électeurs ontariens qu’ils n’avaient pas à choisir entre la peste et le choléra mais qu’il existait une troisième voie, la sienne. Ils se sont ouverts à ce message d’espoir et depuis deux ou trois semaines, elle et son parti croissent dans l’opinion publique. Partie nez à nez avec les libéraux de Kathleen Wynne, elle a gagné une dizaine de points de pourcentage pendant que libéraux et conservateurs voyaient leurs appuis s’étioler. Au point où elle a rejoint les conservateurs, selon les sondages Ipsos/Global News et Abacus Data. Ses résultats sont à l’intérieur de la marge d’erreur, ce qui pourrait signifier une différence plus importante, mais la remontée est tout de même spectaculaire. Mainstreet Research, Ekos Research et celui de H+K Strategies, tous publiés la semaine dernière, donnent cependant les conservateurs gagnants par une avance d’au moins 6 points.

Il reste à voir si la bourde financière du NPD pèsera lourd dans l’opinion publique. Une affaire de 700 millions $, coussin que les néo-démocrates ont ajouté au positif des finances plutôt que la mettre au passif. Mme Horwath a reconnu rapidement l’erreur, une bonne stratégie mais il faudra voir si les Ontariens lui pardonneront aussi facilement. Les prochains sondages, à une semaine du vote du 7 juin, nous éclairciront.

De tout cela, il demeure une inconnue : le programme progressiste-conservateur et le plan financier qui l’accompagne. Doug Ford navigue sur le haut de la vague depuis sa victoire dans la course à la direction du Parti PC. Il dominait outrageusement dans les sondages, et ça se comprenait. Mais ce n’est plus le cas. Il doit révéler son programme d’action, et les moyens économiques qu’il se donne sinon tout cela risque de sonner faux. 

Sa victoire annoncée risque d’être bien plus mince qu’anticipée — et risque même de dérailler ! – s’il ne prend pas position officiellement. 

Nous l’enjoignons à le faire dans les plus brefs délais.