« L'Armée du Salut doit expliquer comment elle compte minimiser les impacts négatifs de son déménagement sur la communauté locale », indique l'éditorialiste Pierre Jury.

À l'Armée du Salut de faire la preuve

ÉDITORIAL / C'est la responsabilité de l'Armée du Salut de mieux expliquer son projet de déménager son centre de services de la Basse-Ville vers le secteur Vanier.
L'organisation, basée à Toronto, doit être plus transparente alors qu'elle s'est terrée dans un mutisme depuis qu'elle a fait connaître ses plans pour un nouvel édifice de 103 000 pieds carrés sur le chemin Montréal. Surtout, l'Armée du Salut doit expliquer comment elle compte minimiser les impacts négatifs de son déménagement sur la communauté locale. 
Parce que les futurs voisins de ce centre ont raison d'être préoccupés. Une promenade autour de son centre de la rue George, à deux pas du marché By, suffit pour s'apercevoir que ce n'est pas un voyage aux pays des merveilles. Toute la journée, une vingtaine de personnes traînent devant l'entrée. Ils présentent un bon éventail de problèmes que personne ne souhaite dans son environnement : itinérance, alcoolisme, consommation de drogues dures, violence, bruit, santé mentale, etc. Un petit corridor piétonnier, qui reliait la rue George à la rue Rideau, a dû être fermé à cause des problèmes sociaux qui y étaient constatés. 
À Vanier, ce serait les rues avoisinantes, Granville, Montfort, Sainte-Anne, Lafontaine, qui verraient des gens peu recommandables débarquer.
Lundi, plusieurs voix ont relayé ce message au conseiller municipal Mathieu Fleury, lors d'une première discussion publique qu'il avait organisée au Centre communautaire Richelieu-Vanier. Nul doute que ce refrain sera repris lors de la prochaine qui aura lieu vendredi à la salle des Chevaliers de Colomb, sur la rue MacArthur.
Beaucoup soutenaient qu'en termes d'aide aux démunis, Vanier a déjà beaucoup donné. C'était le sens de l'opinion de notre collègue Denis Gratton, dans sa chronique « La cour est pleine » (Le Droit, 28 juin). Et ce n'est pas d'un autre centre pour démunis dont rêvaient les députées fédérale et provinciale Mona Fortier et Nathalie Des Rosiers lorsqu'elles parlaient de revitalisation du chemin Montréal, pendant leurs récentes campagnes électorales. 
Il y a quelques voix discordantes. À leurs yeux, ce nouveau centre de services pourrait avoir un effet positif sur ce secteur, comme l'a provoqué le Centre de santé autochtone Wabano. 
Cela fait plusieurs années que la Ville d'Ottawa jongle avec les problèmes sociaux de la Basse-Ville. Sur trois coins de rue, trois centres d'hébergement apportent tous leur lot de problèmes. Il est faux de prétendre que cela éloigne les touristes ; ils ne s'aventurent pas dans ce quartier résidentiel. Il n'y a que les voisins et les commerçants qui sont vraiment indisposés.
Déplacer le problème de la Basse-Ville à Vanier ne le réglera pas. L'Armée du Salut a soutenu que l'espace disponible permettra l'aménagement d'une cour intérieure. Cela n'aura pour bénéfice que de cacher la pauvreté aux yeux des passants. Mince consolation. Puis, dans quelques mois, dans quelques années, d'inévitables débordements se produiront. Et ce sera à Vanier de vivre avec le problème ?
L'Armée du Salut, à l'instar d'autres agences sociales à Ottawa, connaît les interventions que ces populations fragilisées nécessitent. C'est à elle d'expliquer, dans le détail, comment elle sera mieux équipée pour les desservir. C'est à elle d'exposer les moyens de tempérer les effets néfastes sur le voisinage. 
C'est à elle de faire la preuve que le site du chemin Montréal est le meilleur qu'elle a trouvé pour remplir sa mission. Car d'autres sites ont été évalués, n'est-ce pas ?
Bref, l'Armée du Salut doit mieux communiquer et travailler sur l'acceptabilité sociale de son plan.