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Pierre Jury

Ça compte: allons voter!

ÉDITORIAL / La course électorale est pratiquement terminée. Les candidats font un dernier tour de piste. Lundi, ce sera aux électeurs de briller par leur présence. Est-ce que ce sera le cas ?

En 2015, les Canadiens sentaient la présence d’enjeux bien nets dans l’élection fédérale. Il y avait la présence d’un gouvernement conservateur usé par 10 ans de pouvoir, qui avait surpris en déclenchant une campagne longue de 76 jours, le temps de bien user ses adversaires et les saigner à blanc au plan financier. Tous les principaux partis ont, à un moment donné ou un autre, dominé la course, et le Parti libéral a finalement enregistré la plus importante hausse de sièges de l’histoire du parlementarisme canadien. 

Au passage, la participation électorale a atteint 68,5 %, un sommet depuis 1993. Le vote précédent, celui de 2011, avait enregistré 61,4 %, et il avait été le sujet de manœuvres pour décourager la participation électorale : il faut s’en souvenir.

Qu’en sera-t-il en 2019 ? Bien malin sera celui qui pourrait le prédire avec soin.

Malgré tout le bruit provoqué par la campagne électorale, il faut prévoir un certain retrait sur le 68,5 % de 2015. Simplement parce que les chefs que sont Justin Trudeau et Andrew Scheer n’ont pas su galvaniser les intentions de vote. La campagne n’a pas levé.

La preuve ? Libéraux et conservateurs ont terminé plus bas dans les intentions de vote qu’ils n’ont débuté : il s’agit d’une anomalie en politique où l’un des chefs, normalement, monte dans les intentions de vote, tandis que l’autre descend.

Ce sont, anormalement encore une fois, les chefs des tiers partis que sont le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique qui ont gagné des parts de marché au cours de cette campagne. 

Est-ce que cela tiendra jusqu’au 21 octobre ? Ça reste à voir.

Pierre Jury

L’amitié d’Obama opère encore

ÉDITORIAL / L’implication de l’ex-président Barack Obama en appui à la campagne de Justin Trudeau dérange. Sinon, les autres leaders n’en auraient fait aucun cas. Le simple fait qu’ils commentent cet encouragement à gagner un second mandat est la preuve que cela les dérange... même s’ils ne peuvent rien y faire.

Le président américain a envoyé un tweet, mercredi, où il se dit « fier d’avoir travaillé avec Justin Trudeau ». Il ajoute que le premier ministre sortant est « un leader travaillant, efficace, qui s’attaque à des enjeux importants comme les changements climatiques. »

Qu’il vante le travail efficace du chef libéral est assez anodin. Mais qu’il parle des changements climatiques est plus étonnant. Les États-Unis sont l’un des pires acteurs sur la planète dans le domaine, même après huit années de présidence de Barack Obama. Ses gestes pour l’environnement furent assez timides, finalement. Le Canada était un aussi mauvais joueur de l’époque de Stephen Harper, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Quoiqu’on dise sur l’achat du pipeline Trans Mountain...

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M. Obama n’en est pas à ses premières armes en ce qui concerne l’implication américaine dans les affaires intérieures à l’étranger. Dans le passé, il a appuyé Emmanuel Macron dans sa course à la présidence de la France, et il aussi encouragé la chancelière Angela Merkel en Allemagne. 

Quand on voit tout le brouhaha à propos de l’influence probable de la Russie dans l’élection de Donald Trump en 2016, voilà qui est proprement renversant de voir M. Obama se promener et multiplier les interventions à l’étranger. 

Cela dit, les Canadiens sont sensibles à ce genre d’appui de Barack Obama envers un leader canadien. C’est un genre d’imprimatur de notre voisin du Sud envers un des nôtres. Même si le geste demeure répréhensible. Imaginerait-on l’inverse, un premier ministre canadien endosser un candidat à la présidence des États-Unis ? Ou de la France ? Quand on voit les efforts de Justin Trudeau à se tenir loin de ce qui se passe en Espagne, avec la réémergence du mouvement séparatiste de la Catalogne, c’est carrément improbable, cette immixtion canadienne dans les affaires internes d’un autre pays. Pourquoi devrait-on la tolérer ? Juste parce qu’il s’agit de Barack Obama, l’un des présidents les plus appréciés... au Canada ?

Les adversaires du chef du Parti libéral auront beau dire que l’intervention de M. Obama dans la campagne électorale canadienne ne les dérange pas, c’est de la bouillie pour les chats. Ils sont profondément dérangés par ce coup de chapeau.

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, a voulu réagir par un haussement d’épaules, en rappelant qu’il ne se « préoccupe pas de l’opinion d’anciens leaders étrangers ». Mais la vraie réponse est venue de l’ex-chef de cabinet de M. Harper, Ian Brodie : « J’attends une réponse de l’équipe de réaction rapide du fédéral sur l’ingérence étrangère... »

Et de la bouche du chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, qui a admis « être un peu envieux »...

Quoiqu’on en pense, l’appui de Barack Obama sonne comme un geste de désespoir de l’équipe de Justin Trudeau. Si elle n’en avait pas eu besoin, M. Obama serait demeuré tranquille, à la maison. 

Justin Trudeau cherche des encouragements où il peut, et au nom de la « bromance » qu’il entretient avec M. Obama, c’est le moins que ce dernier pouvait faire pour son « ami » canadien...

Pierre Jury

Dans la région, les libéraux, sans enthousiasme

ÉDITORIAL / La campagne électorale fédérale s’achève. Du côté des libéraux comme du côté des conservateurs, les deux seuls partis susceptibles de prendre le pouvoir, une guerre d’usure a miné et Justin Trudeau et Andrew Scheer. Personne n’est capable de dire lequel des deux l’emportera, le 21 octobre prochain. L’histoire de cette campagne se sera concentrée davantage sur les tiers partis, sur la remontée du Bloc québécois et sur la campagne inspirante de Jagmeet Singh, du Nouveau Parti démocratique, mais comme ils ne sont pas en position de diriger le pays, leur capacité d’action est limitée.

Et nous ne parlons pas d’Elizabeth May, du Parti vert, et encore moins de Maxime Bernier, du Parti populaire du Canada. Ce sont des partis qui génèrent moins de 10 et 5 % de l’électorat.

Pierre Jury

Coalition, le mot sur toutes les lèvres

ÉDITORIAL / À moins d’une semaine des élections fédérales, et sans favori dans les sondages, la tension a monté de quelques crans au cours des dernières heures. Et Jagmeet Singh, probablement une erreur de débutant, s’est fait prendre à considérer une coalition avec les libéraux de Justin Trudeau... avant de réaliser qu’il avait trop parlé. Il a aussitôt retiré ses paroles, mais il était trop tard. Le chat était sorti du sac.

Le mot « coalition » a été sur toutes les lèvres en fin de semaine. C’est l’habitude quand des élections sont serrées : les journalistes vont voir l’un des tiers partis pour essayer de leur tirer les vers du nez. Ils sont très heureux quand l’un d’eux s’échappe, comme M. Singh et son Nouveau Parti démocratique.

Pierre Jury

Unilingues à Ottawa: air connu

ÉDITORIAL / Deux autres nominations d’unilingues anglophones à la Ville d’Ottawa : surpris ? Vous ne devriez pas. C’est la norme !

Juste depuis 2016, nous sommes rendus à cinq personnes dans la haute direction de la municipalité qui sont tous unilingues anglophones. Chaque fois, Ottawa se confond en excuses et en explicatifs à l’effet que la personne nommée était nettement la meilleure pour occuper le poste, ou qu’il n’y a pas eu de candidats bilingues qui ont les compétences avouées pour chacun des postes.

Cette fois, les emplois de chef des finances et de directeur des soins de longue durée étaient en jeu. Les remplaçants, Wendy Stephenson et Dean Lett, étaient déjà dans l’appareil municipal d’Ottawa. Mme Stephenson agissait à titre de trésorière adjointe au Service des recettes, tandis que M. Lett occupait son poste de façon intérimaire. Ni l’un ni l’autre n’ont estimé que l’apprentissage du français était nécessaire dans leurs précédentes fonctions. Ils devaient bien se douter de quelque chose, pourtant. Il faut croire que ce qui est évident à nos yeux ne l’est pas pour eux.

Là, l’urgence d’apprendre le français vient de sonner et les deux nouveaux titulaires sont tous enthousiastes à l’idée d’entamer de nouveaux cours de français. Ou du moins, faut-il le présumer.

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L'ACFO déçue de l'embauche de cadres unilingues par la ville d'Ottawa

Le maire d’Ottawa, Jim Watson, a survolé en excuses à l’avance, expliquant qu’il est difficile d’embaucher des personnes bilingues avec les compétences requises. C’est l’argumentaire qu’il ressort à chacune des nominations d’unilingues. Vous devriez être habitué de l’entendre, même si cela ne tient pas la route dans une municipalité qui respecte avec intégrité sa politique de bilinguisme pour les cadres supérieurs. À Ottawa, la ville ne se donne pas les moyens de ses ambitions.

Et ça, c’est avec des cours de français à la clef, une « obligation » théorique. Quand le quotidien Le Droit a voulu en savoir davantage sur le nombre d’heures consacrées à l’apprentissage du français, la Ville d’Ottawa a dit qu’elle n’était pas en mesure de le divulguer. Aussi bien dire que les « étudiants » s’absentent quand bon leur semble car il n’y a aucune surveillance que les cours sont effectivement suivis.

Le maire Watson a expliqué qu’il existe peu de municipalités à qui Ottawa peut voler de la main-d’œuvre expérimentée, qualifiée et bilingue. 

Là est l’autre nœud sur les nominations. Quand on cherche toujours dans les mêmes talles, on trouve toujours les mêmes fruits. Quand Ottawa cherche des candidats de haut rang à Toronto, Oshawa ou Barrie, les chances qu’elle déniche des personnes bilingues sont assez minces.

Et si le maire Watson regardait du côté du Québec ? N’y a-t-il jamais pensé ? Certes, ce n’est pas le même cadre législatif et les pratiques administratives du Québec et de l’Ontario sont passablement différentes. Mais il existe des précédents. Comme la nomination d’Alain Lalonde à titre de vérificateur général de la Ville d’Ottawa, en 2004. Il occupait le même poste... à Gatineau. S’il a pu faire le saut sans trop de problèmes, cela devrait être possible pour un directeur des soins de longue durée, disons. 

Nous sommes convaincus qu’Ottawa pourrait trouver des candidats de choix à Longueuil, à Québec, à Sherbrooke ou ailleurs si elle s’en donnait la peine.  

Mais la Ville d’Ottawa pense que sa manière de faire est la meilleure, ou du moins, lui cause le moins de soucis. Elle nomme qui elle veut, à partir des mêmes listes qu’avant, et elle ne les oblige pas à prendre des cours de français. 

Le meilleur des mondes, quoi. 

Pierre Jury

Phénix? Quoi, Phénix?

ÉDITORIAL / Mercredi soir, au débat des candidats aux élections fédérales organisé par Le Droit et Radio-Canada, on a brièvement parlé de Phénix. Vous savez, le système de paie des fonctionnaires, celui qui ne fonctionne pas. Sans surprise, nous sommes retombés dans des phrases vides de sens qui ne font en rien avancer la recherche de solutions.

« Comment se fait-il qu’on ait laissé dépenser des sommes astronomiques et qu’on n’ait toujours pas de résultat ? », a interrogé Josée Poirier-Defoy, candidate du Parti vert dans Hull-Aylmer.

Pierre Jury

La relance du Bloc bien réelle

ÉDITORIAL / Yves-François Blanchet l’admet du bout des lèvres : il y a quelque chose qui se passe dans l’électorat du Québec qui favorise le Bloc québécois. Ce qui était à peine perceptible, il y a une dizaine de jours, se confirme au lendemain du débat des chefs en anglais.

Le Bloc remonte dans les sondages et est en train de se placer pour détenir la balance du pouvoir, dans le scénario d’un gouvernement minoritaire.

Évidemment, nous n’y sommes pas encore. Il reste encore une dizaine de jours avant le vote du 21 octobre, mais les jeux sont presque faits. Les deux principaux partis, le Parti conservateur et le Parti libéral, sont encore au coude à coude, comme ils l’étaient au début de la campagne. 

La perspective d’un gouvernement minoritaire, éloignée au départ, est en train de se confirmer. 

Il reste un débat des chefs, ce soir, celui de Radio-Canada en français. Le chef du Bloc devrait bien s’y débrouiller, s’il poursuit sur sa lancée. Il sera avantagé par la langue du débat où il tient un discours posé, quoique parsemé d’embûches. C’est que le Bloc ne détiendra jamais le pouvoir, et de ce fait, il peut promettre mer et monde, ça ne se réalisera jamais. Il peut réclamer un Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications bien québécois, cela ne risque pas de se concrétiser puisqu’il n’en aura jamais l’autorité. Pas plus que sa mesure d’exempter le livre de la taxe sur les produits et services. Ou celle d’appuyer la création d’équipes sportives québécoises. 

Mais les Québécois, à ce moment-ci de la campagne électorale, n’en ont que faire des pouvoirs eunuques du Bloc. Il serine son slogan «Le Québec, c’est nous !» et récolte des appuis. Au cours des derniers jours, il a pris neuf points de pourcentage au Québec, pour chauffer le Parti libéral. Ce dernier se retrouve à 31 % et le Bloc, à 29 %. Il était un joueur accessoire, il se retrouve aujourd’hui à espérer la couronne.

C’était très perceptible au débat en anglais, lundi. Libéraux et conservateurs étaient en mode attaque à l’endroit de M. Blanchet. Cela se reproduira ce soir, mais les accusations à propos de la Loi sur la laïcité seront moins présentes qu’au débat en anglais. C’était du bonbon car au Canada anglais, personne ne pige l’appui des Québécois à cette loi. Mais comme ce débat sera principalement suivi par les Québécois, libéraux et conservateurs modéreront leurs ardeurs. 

Remportera-t-il suffisamment d’appuis ? Difficile à dire, mais ce qui est plus clair, c’est que le Nouveau Parti démocratique, qui avait si bien fait en 2011, risque d’être à peu près balayé du Québec en 2019. Il ne restera peut-être bien qu’Alexandre Boulerice comme porte-couleur, malgré la bonne performance du chef Jasmeet Singh. Ce dernier obtient un succès d’estime, mais avant de traduire cela en votes, il y a un pas qu’il ne sera pas capable de convertir. Le Parti vert, qui espérait talonner le NPD, se retrouve derrière et le Parti populaire du Canada, celui de Maxime Bernier, devra travailler dur pour emporter un seul siège au pays, celui de son chef en Beauce.

Un gouvernement minoritaire, donc, c’est ce qui se profile à l’horizon. Au Québec, les conservateurs travailleront fort pour préserver leurs acquis. Les libéraux espéraient de gros gains; ils risquent d’être modestes. Il ne pourra répéter son succès de 183 sièges en 2015. Il luttera pour atteindre la majorité, mais risque d’être à court de quelques députés. Devant l’écrasement du NPD, cela laisse le Bloc qui espère doubler sa députation. Les jeux sont presque faits.

Pierre Jury

Un an plus tard, le même discours

ÉDITORIAL / Fallait-il s’attendre à quelque chose d’autre de Denise Bombardier ? Non satisfaite de son attaque à l’endroit des communautés francophones minoritaires au Canada, l’année dernière, elle en a remis une couche en fin de semaine, encore sur les ondes nationales de Radio-Canada, dans le cadre de l’émission « Tout le monde en parle ».

Il y a un an, rappelez-vous de son ton accusateur à l’effet que les communautés de langue française avaient « à peu près disparu » au Canada, et qu’on « n’y parle plus le français ». Cela relevait de l’enflure verbale la plus pure, probablement dans le style que Mme Bombardier s’est donné pour mousser la vente de son autobiographie. Comme elle avait piqué la France dans ses sorties passées...

Une année plus tard, elle revient à l’avant-scène. Elle a profité de la situation à son propre escient. Elle a voyagé aux frais de la princesse au Manitoba, en Ontario et au Nouveau-Brunswick et y a mené une série d’entrevues avec des jeunes francophones hors Québec, avec des leaders d’opinion. Cette fois, elle mousse le documentaire qui en est sorti, Denise au pays des francos. Elle a réussi, une fois de plus, à faire parler d’elle. En dénigrant l’accent d’une personne rencontrée, le qualifiant d’« inintelligible ». Voilà qui est tout aussi accusateur que l’an passé.

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Ce discours ne mène à rien autre qu’à ériger les communautés les unes contre les autres. Alors que nous avons terriblement besoin d’éléments qui nous rassemblent.

Peu après sa malencontreuse sortie publique, en 2018, le gouvernement de Doug Ford avait annoncé deux grandes mesures d’austérité ciblant la communauté franco-ontarienne. D’abord, le report aux calendes grecques de l’Université de l’Ontario français, puis la fin du Commissariat aux services en français. Les deux pour des raisons strictement financières. Nous avons vu ce que cela a donné : les Franco-Ontariens sont sortis en masse dans les rues, le 1er décembre 2018, pour protester contre ces deux décisions inopinées. Le mouvement La résistance s’est ligué. La protestation a donné des résultats : l’Université de l’Ontario français bénéficiera du financement de l’Ontario, mais dans quatre ans, après une injection de 63 millions $... du fédéral. Le Commissariat aux services en français a été fondu à l’intérieur du Bureau de l’ombudsman de l’Ontario, sans perte d’emplois... sauf celui du commissaire.

Le mouvement de protestation avait alors réussi à gagner de nombreux appuis au Québec. Sa population découvrait, soudainement, qu’elle avait des atomes crochus avec les Franco-Ontariens pour la première fois depuis le combat victorieux pour la sauvegarde de l’hôpital Montfort. C’était un mouvement de liesse qui faisait oublier la bourde de Denise Bombardier. 

Nous ne souhaitons pas une reprise de ces calamités pour solidariser Franco-Ontariens et Québécois. Une fois est bien assez. 

Mais nous sommes pris aujourd’hui avec un renouvellement des attaques de Mme Bombardier. Certes, il y a de l’assimilation et de l’acculturation dans nos communautés. Plein de mariages exogames qui font perdre leur langue à de petits Franco-Ontariens. Au lieu de leur tomber dessus, il faut rappeler la beauté du français, son ouverture à une autre culture... peu importe ses accents, ses intonations, ses emprunts à d’autres langues. Cela se réglera par lui-même un jour, si cela doit se régler. 

La beauté des différents français à travers le monde est une chose remarquable, qu’ils soient suisses, sénégalais, belges, franco-ontariens, français ou québécois. L’un n’est pas meilleur que l’autre, ils sont juste différents. Quoiqu’en pense Denise Bombardier.

Pierre Jury

Franchement répréhensible!

ÉDITORIAL / Il y a quelque chose de franchement répréhensible dans les attaques de Gaétan Barrette sur la glissière à câbles qui sera installée sur une portion outaouaise de l’autoroute 50. Parce que les libéraux ont multiplié les études et les tactiques dilatoires à ce sujet pendant au moins trois ans pendant que les accidents se multipliaient.

La glissière à câbles n’est peut-être pas la solution miracle pour l’autoroute 50. Les preuves restent à faire. Mais une étude, parrainée par le gouvernement de la Coalition avenir Québec, l’a proposée comme solution temporaire sur un tronçon de 5,4 km entre Gatineau et L’Ange-Gardien.

Pierre Jury

L’Ontario, pas un bon exemple

ÉDITORIAL / À entendre le ministre de l’Éducation parler de sa réforme des commissions scolaires au Québec, on croirait que c’est l’Eldorado qui attend la population. Économies substantielles de quelque 53 millions $, instauration de « centres de service scolaires », gouvernance modernisée, réinvestissement en salle de classe, aucune perte d’emploi, davantage d’autonomie scolaire, bref, il s’agira de « la plus grande opération de décentralisation gouvernementale des dernières années », dixit le ministre Jean-François Roberge.

Il faut se garder d’applaudir des réformes ambitieuses qui ne laissent miroiter que des bienfaits. La réalité est habituellement bien plus nuancée, avec plein de couches de gris, des réussites, mais aussi, plein d’échecs.

Pierre Jury

Un an de la CAQ

ÉDITORIAL / Un an après son élection, le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) savoure encore sa lune de miel. Mais des nuages pourraient arriver dans le paysage si le premier ministre François Legault n’y prend garde.

Depuis le 1er octobre 2018, l’équipe de M. Legault s’est réfugiée derrière des projets relativement faciles, étant donné qu’elle détient la majorité à l’Assemblée nationale. Mais dans plein d’autres dossiers, autrement plus compliqués ou qui demandent une coordination poussée, la CAQ traîne de la patte tout en profitant encore de l’aura de nouveauté qui l’entoure. Certes, après 48 années de régime ou libéral ou péquiste, la CAQ a insufflé un air de fraîcheur dans ses dossiers. La population a l’impression qu’il n’y a plus l’obstination libérale à avoir raison sur tout, comme l’incarnait l’ex-ministre de la Santé, le Dr Gaétan Barrette. Mais sa successeure, Danielle McCann, malgré tout son bon vouloir, se bute à des indicateurs à peu près tout ausi négatifs : temps d’attente aux urgences, manque d’infirmières, heures supplémentaires obligatoires, délai pour voir un médecin, etc. Des négociations pour ramener les salaires des médecins à des niveaux « plus raisonnables » s’en viennent, mais ça ne sera pas facile d’aller économiser 1 milliard $...

Pierre Jury

Santé: donnons un peu de temps...

ÉDITORIAL / À peu près à pareille date l’an dernier, nous faisions un bilan fort négatif du statut particulier de l’Outaouais en santé. Depuis un an, avec l’accession de la Coalition avenir Québec au pouvoir, qu’est-ce qui a changé ? Rien.

Nous en sommes à peu près au même constat que l’année dernière, et l’année d’avant, et l’année d’avant aussi, et l’année d’avant encore... 

L’enveloppe spéciale avait été créée par Philippe Couillard en 2007, lorsqu’il était ministre québécois de la Santé. Le « Plan d’action Outaouais » représentait 20 millions $, récurents et maintenant indexés, si bien qu’il atteint aujourd’hui 24,8 millions $. C’est une belle somme... si au moins elle servait à faire ce à quoi elle devait servir au départ. C’est-à-dire pour l’attraction et la rétention de la main-d’œuvre, d’abord, mais aussi pour améliorer l’accès aux soins et l’aménagement du campus santé.

Ces dernières années, nous avons appris que le Plan action Outaouais a aussi servi à payer pour le centre de cancérologie de l’Hôpital de Gatineau (pour près du quart des 24,8 millions $). Mais dans ces 5,7 millions $ s’inscrivent toutes sortes de dépenses qui relèvent du fonctionnement du centre de cancérologie, notamment la facture d’électricité, l’entretien, la sécurité, etc. 

Cela avait surpris le Dr Gaétan Barrette, successeur de M. Couillard à la Santé. 

Également dans le 24,8 millions $ figurent 1,5 million $ pour l’urgence à Gatineau et l’agrandissement à l’urgence de l’Hôpital de Papineau.

Bref, la direction générale du Centre intégré de soins et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) se sert de cette enveloppe pour boucler des dépenses diverses où il y a des besoins particuliers. De là le sens du « statut particulier » !

Il y a un an, Le Droit a fait le portrait des dépenses assumées par l’enveloppe du statut particulier, confirmant l’éparpillement des ressources. Nouvellement élu, le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, a parlé d’un fonds « dénaturé » à l’époque. Plus récemment, il a qualifié le statut particulier d’« un peu perdu dans la brume ». 

M. Lacombe précise que le dossier est sous analyse au ministère. Ce que confirme la nouvelle présidente-directrice générale du CISSSO, Josée Filion. Elle avance que des discussions sont en cours afin de « clarifier » le Plan d’action Outaouais. Mais elle se fait évasive sur des correctifs.

Le ministère québécois de la Santé devrait évidemment mettre fin à cet éparpillement des finances à des fins autres que l’amélioration des soins de santé en Outaouais. Cela signifierait un important virage financier. Cela voudrait dire d’augmenter de 12 ou 15 millions $ – soyons conservateurs ! – le budget régional afin de placer les dépenses dans les bonnes cases. Ce qui relève du fonctionnement récurrent serait biffé de l’enveloppe, pour n’y laisser que la rétention de la main-d’œuvre et l’amélioration des soins de santé. Ainsi, le CISSSO consacrerait le plein 24,8 millions $ à ces mesures. Cela signifierait la création de postes d’infirmières et d’autres professionnels, la fin virtuelle des heures supplémentaires obligatoires, etc.

Voilà ce qui tomberait sous le bon sens du Plan d’action Outaouais. 

Le nouveau gouvernement n’a rien fait ? Pas si sûr. Donnons à la CAQ, qui célèbre aujourd’hui son premier anniversaire au pouvoir, le temps d’agir. Il ne voit pas les choses comme son prédécesseur libéral...

Pierre Jury

Une marche mue par Greta Thunberg

ÉDITORIAL / Mus par la présence au Québec de la jeune militante suédoise Greta Thunberg, les manifestants sont sortis en masse dans les rues, hier. Des sources indépendantes ont estimé la participation à quelque 350 000 personnes dans les rues de Montréal. Les organisateurs ont avancé le chiffre du demi-million, un record. Dans la région d’Ottawa-Gatineau, on parle de dizaines de milliers de personnes.

Dans la métropole, la manifestation était si importante que les premiers marcheurs avaient déjà terminé leur parcours de quelque 4 km alors les derniers n’avaient pas encore démarré. Il régnait une ambiance bon enfant sur le tracé qui zigzaguait au centre-ville : beaucoup de jeunes qui avaient obtenu un congé, mais aussi plusieurs familles avec leurs affiches peintes à la main, des personnes âgées, des gens des communautés linguistiques et culturelles, des autochtones, etc. C’était l’occasion pour les mouvements de tout acabit de sortir et de se galvaniser autour d’un projet rassembleur et ils l’ont fait de magistrale façon.

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Une mobilisation «historique» à Montréal avec Greta Thunberg

Maintenant, est-ce que cela changera quelque chose ? Il faut le croire. Les mouvements environnementalistes étaient marginaux, il y a 30 ans, ne rejoignant qu’une poignée de convaincus. Hier, ce n’était plus du tout le cas. On y témoignait d’une réelle urgence d’agir.

« Je me sens émue de voir autant de passion dans les cœurs pour marcher et pour se rallier. C’est une très bonne journée », a déclaré Greta Thunberg, qui lançait un message similaire devant les Nations-Unies, lundi. C’est tout un coup d’éclat pour les organisateurs d’avoir réussi à la faire venir.

Au départ, elle ne voulait pas rencontrer de politiciens. Mais elle a finalement accepté un court entretien avec le premier ministre Justin Trudeau, qui a bien besoin d’aide pendant cette campagne électorale. Il a promis la plantation de 2 milliards d’arbres d’ici 2030, un engagement qui s’avère vague puisqu’il dépasse de sept années le prochain mandat de M. Trudeau. Des arbres qui seront payés à même les profits du pipeline Trans Mountain, que le gouvernement libéral a acheté en mai 2018 pour 4,5 milliards $…

Ce qui a fait dire à Mlle Thunberg que « Justin Trudeau n’en faisait pas assez… »

Certes, avec son pipeline, M. Trudeau souffle le chaud et le froid sur cette question. D’un côté, plusieurs bonnes actions, dont 27 milliards $ investis en réseaux de transport en commun aux quatre coins du pays, mais cet oléoduc, qui sera réaménagé pour satisfaire les besoins énergétiques de l’Alberta, s’avère une grosse tache aux yeux des militants.

Une chose est certaine : le conservateur Andrew Scheer, et à plus forte raison Maxime Bernier, du Parti populaire du Canada, sont à la traîne sur la question des changements climatiques. M. Scheer ne les nie pas comme son prédécesseur Stephen Harper, mais il propose un train de mesures disparates pour les combattre. Ce n’est pas suffisant. Le duo de la droite au Canada n’était pas à la marche de Montréal, ni ailleurs. 

Cette position lui fera-t-il tort ? Oui, si l’on croit que la marche pour le climat est un point de bascule, comme le mentionnait la militante Ève Grenier Houde, porte-parole de Fridays For Future. « Il y aura un avant et un après 27 septembre. » 

Cette marche s’est avérée un succès majeur. Cela a dépassé les rêves les plus fous des organisateurs. Un jour de semaine en plus. Mais les institutions d’enseignement se sont passé le mot, et il faisait un soleil radieux hier. Cela a contribué grandement à en faire une réussite. 

Mais est-ce que ce sera le « point de bascule » rêvé par certains ? Il est bien tôt pour le dire. Si les jeunes, tout particulièrement, sortaient en masse pour voter le 21 octobre, on pourrait conclure positivement. Mais rien n’est moins sûr…

Pierre Jury

Pas limpide, la réforme!

ÉDITORIAL / François Legault n’avait pas le choix. S’il devait honorer sa parole, ou plutôt sa signature de mai 2018, il devait proposer une réforme du scrutin aux Québécois. C’est ce qu’il a livré, hier, par la plume de Sonia Lebel, la ministre responsable de la Réforme électorale et ministre de la Justice.

Il avait dit qu’il le ferait avant le 1er octobre 2019, c’est fait. Mais concédant que la proposition est « beaucoup plus complexe » qu’anticipée, il ne promet plus que la nouvelle manière de voter au Québec sera en place lors de la prochaine élection générale, en 2022. À la place, les Québécois voteront par référendum sur la réforme du scrutin en même temps qu’ils placeront leur vote pour leur député.

Pierre Jury

Conservateurs à sens contraire

ÉDITORIAL / Tous les partis politiques désirent aider les jeunes familles. Nulle part est-ce aussi important que dans l’accession à la propriété. Les familles qui commencent leur vie ont besoin d’appui pour acheter leur première maison. Mais la manière dont les conservateurs d’Andrew Scheer s’y prennent va dans le sens contraire. Ils vont dans le sens contraire... des conservateurs de Stephen Harper !

Il y a quelques années, sous le précédent régime conservateur, nous vivions déjà une certaine surchauffe de l’économie. Cela se traduisait entre autres par le taux d’endettement élevé des Canadiens. Grosso modo, il s’établit à 179 %, ce qui signifie que pour chaque dollar que les Canadiens possèdent, ils sont endettés de 1,79 $. Si cela vous paraît élevé, vous avez raison. C’est très élevé.

Pierre Jury

Blanchet mène une belle course

ÉDITORIAL / Oh combien quelques mois ont changé le Bloc québécois ! Neuf mois à peine après l’accession d’Yves-François Blanchet à la direction, le parti souverainiste à Ottawa enregistre des gains qui lui font miroiter, non pas ses plus belles années, mais une performance fort honnête… compte tenu du taux plancher obtenu en 2011.

Rappelons que le Bloc n’avait récolté que quatre sièges. Même le chef Gilles Duceppe avait perdu sa circonscription ! 

Mais la descente aux enfers ne s’était pas arrêtée en 2011. Le Bloc était un modèle de stabilité au cours des 20 premières années. Il n’avait connu que trois chefs, Lucien Bouchard, Michel Gauthier (fort brièvement) et M. Duceppe. Puis, c’était la débandade : sept chefs différents au cours des sept années qui ont suivi l’élection de 2011, dont quatre intérimaires. Le creux du baril est survenu avec l’élection de Martine Ouellet comme chef du Bloc québécois. Elle avait de quoi être fière : première femme élue leader de son parti, elle fondait de grands espoirs. Mais le parti s’est déchiré sur la place publique sur l’orientation qu’elle voulait lui donner. S’ensuit une longue querelle intestine entre les intérêts du Québec et l’indépendance. Une vocation plus militante, qui la voit faire la promotion de l’indépendance à Ottawa, toujours, sur toutes les tribunes, et à tous les instants. 

Elle n’aura duré que 15 mois. En juin 2018, elle quittait après un vote d’appui à la hauteur de 32 %... 

En janvier 2019, Yves-François Blanchet a été élu sans opposition. Son temps est arrivé.

Il était une quantité inconnue dans cette élection. Personne ne savait comment il se débrouillerait. 

Depuis le début de la campagne électorale, les feux de la rampe sont dirigés vers lui. Non pas parce qu’il représente une option pour diriger le Canada, mais parce qu’il représente une option pour orienter les voix des électeurs mécontents des libéraux, des conservateurs et des néo-démocrates. Il tire bien son épingle du jeu.

Le Bloc québécois a une histoire enviable en politique fédérale. Pendant presque 20 ans, il a détenu entre 38 et 54 circonscriptions au Québec. Qu’on soit d’accord ou non avec l’orientation fondamentale du parti, le Bloc a réussi à galvaniser le vote de protestation du Québec autour de la « défense des intérêts du Québec ».

Avec Yves-François Blanchet, nous sommes revenus à cette équation. Il détourne savamment les questions alambiquées pour se concentrer sur le même message que relayaient MM. Bouchard et Duceppe avant lui. Il a étouffé la grogne des purs et durs fidèles à Martine Ouellet. On ne les entend plus. Comme s’ils n’avaient jamais existé. Comme si l’histoire d’amour du Québec avec le Nouveau Parti démocratique en 2011, et dans une moins grande mesure en 2015, n’avait aussi jamais existé.

Les bloquistes n’ont toutefois pas totalement repris leur place dans l’échiquier politique québécois. Personne ne voit le Bloc récolter une quarantaine de sièges. Son 20 % d’appuis dans les sondages le place au beau milieu de ses appuis en 2011 (23,4 %) et 2015 (19,4 %). Mais M. Blanchet vise bien plus que les quatre petits sièges de 2011, et même davantage que les 10 de 2015. Ses espoirs pourraient bien être exaucés. 

Pierre Jury

Des promesses inaperçues

ÉDITORIAL / Andrew Scheer a dévoilé deux éléments clefs de son programme politique cette semaine : d’abord, une baisse universelle des impôts sur le revenu, puis une baisse de l’aide aux entreprises. Ce sont deux mesures phares qui s’inscrivent tout à fait dans la pensée conservatrice.

Mais ces annonces sont passées presque inaperçues devant la tempête médiatique qui a marqué le Canada à la suite de la publication de photos montrant le chef du Parti libéral déguisé et le visage peint en noir dans le style « blackface » populaire entre 1850 et 1960. 

Les conservateurs ne sont pas innocents dans toute cette affaire, puisqu’ils ont admis avoir coulé au moins une des photos compromettantes de Justin Trudeau à un réseau de télévision. 

D’une certaine manière, ils ont eux-mêmes court-circuité la campagne électorale fédérale, lui dérobant deux éléments de substance et les interchangeant pour un débat vain et superficiel. C’est de la propre faute des conservateurs si l’on constate que la campagne est détournée des enjeux de fond, qui touchent l’ensemble des Canadiens.

Mais Justin Trudeau n’aide pas sa cause en étant incapable de préciser s’il n’y aurait pas d’autres photos « compromettantes » de lui, malgré ses excuses répétées aux personnes victimes de racisme. 

Mais revenons à la coupure annoncée par M. Scheer.

Il retrancherait 1,25 % au premier palier fédéral d’imposition. La baisse de 15 % à 13,75 % serait répartie sur trois années. Tous les contribuables verraient leurs impôts diminuer.

Le coût de cette mesure ? Pas moins de 6 milliards $, une somme considérable pour un futur gouvernement qui serait déjà confronté à sa volonté de mettre fin aux déficits des libéraux. M. Scheer a déjà retardé son plan d’équilibre budgétaire, originalement prévu sur deux ans, à cinq ans, au-delà d’un mandat électoral donc. 

Il s’agit du premier engagement d’envergure dévoilé par un parti politique au cours de cette campagne. Et il est de taille. Six milliards $, c’est la même somme que Stephen Harper avait engagé lorsqu’il a annoncé qu’il réduirait la TPS de 7 % à 6 %, puis à 5 % — et au coût d’un autre 6 milliards $ — en 2006, puis en 2007. 

L’autre annonce que M. Scheer a faite est de promettre une réduction de 7 milliards $ à 5,5 milliards $ l’aide financière aux entreprises. Cette économie de 1,5 milliard $ ne suffira absolument pas à compenser la promesse de la baisse d’impôt de 6 milliards $, et il faudra s’attendre à d’autres mesures dans les quatre semaines qu’il reste avant le scrutin.

Ces réductions des coûts aux contribuables s’avèrent des éléments majeurs qui s’inscrivent en droite ligne dans la pensée conservatrice.

Ils ne favorisent pas les grands plans ambitieux d’investissement dans le transport en commun, comme l’ont fait les libéraux depuis quatre ans, ou l’assurance-médicaments pour tous, comme le souhaite le Nouveau Parti démocratique.

Pour le reste, les bleus y vont pour des mesures à la pièce qui relèvent du clientélisme cher à M. Harper. Notamment le retour des crédits d’impôt pour les activités de loisir des enfants et celle pour compenser les coûts du transport en commun.

Préférez-vous un gouvernement qui aligne les déficits, mais qui investit des milliards dans le transport en commun, par exemple, ou préférez-vous un gouvernement qui vous aide à déduire les frais de transport en commun ? Voilà les choix de société auxquels sont confrontés les Canadiens. Réponse le 21 octobre.

Pierre Jury

Un «blackface» qui profite du vide

ÉDITORIAL / Justin Trudeau a passé la journée d’hier à tenter de se défaire de l’ombre du politicien raciste qui vient avec l’étiquette du «blackface», ce maquillage utilisé pour parodier les Noirs au XIXe et XXe siècle, particulièrement aux États-Unis. Il est aujourd’hui considéré irrespectueux et offensif, et ce n’est pas une surprise si des médias américains se sont lancés sur cette histoire.

Le Canada n’a pas la même histoire de discrimination que les États-Unis, mais il en a une malgré tout. Mais toutes les histoires de blackface n’y résonnent pas comme chez nos voisins du Sud. Et le Québec ne réagit pas du tout...

Pierre Jury

Une guerre en vue au Québec

ÉDITORIAL / Après avoir « réglé » la question de la laïcité au Québec, le gouvernement de François Legault s’en prendra prochainement aux commissions scolaires. Ce n’est pas une surprise, car cela faisait partie du programme de la Coalition avenir Québec, mais le moment choisi est particulièrement mauvais.

Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, avait commandé en janvier dernier une étude sur des malversations concernant la Commission scolaire English-Montreal. Des éléments du rapport, publié la semaine dernière, font mention de contournements au processus d’appel d’offres, de livraisons de contrats de plus de 100 000 $ de gré à gré, d’« extras » versés sans justification, etc. Le bilan est lourd et s’inscrit dans une durée de plus de 10 ans.

Pierre Jury

Le train léger, une grande victoire

ÉDITORIAL / Le train léger a roulé ses premiers kilomètres à Ottawa, et le tout s’est fait sans anicroche. Six ans après la signature du contrat et après un retard de plus de 15 mois, ç’aurait été le comble !

Car après tout, c’est tout ce qu’on s’attend d’un réseau de transport en commun, c’est qu’il fonctionne. Et les premières heures du train léger se sont bien déroulées. Bravo.

Pierre Jury

Que Bernier soit permis aux débats

ÉDITORIAL / Lundi sera la date-butoir pour que la Commission des débats des chefs accepte de nouveaux participants. En fait, il n’y a qu’une personne qui attend encore une invitation : Maxime Bernier. Souhaitons que la commission l’accepte.

Le chef du Parti populaire du Canada milite pour sa participation, et les avis sont partagés. Certains soutiennent qu’il s’est discrédité, notamment lorsqu’il a qualifié la jeune militante pour l’environnement, Greta Thunberg, de « mentalement instable ». Ce n’était que la plus récente salve qu’il a décochée, il y en a plusieurs autres sur l’avortement, sur les mouvements islamistes, etc.

D’autres arguent cependant que le droit de parole des élus est primordial. Et que le candidat Bernier mérite d’aller défendre ses positions devant les Canadiens. Nous en sommes.

Et si Maxime Bernier y promeut des idées saugrenues, et bien soit ! Cela sera transparent et les Canadiens pourront tirer leurs propres conclusions sur lui et son parti. 

Nous ne partageons pas les idées de Maxime Bernier, qui se réclame d’un esprit libertarien. Cette pensée met la liberté individuelle au-dessus de toutes les autres. Cela s’exprime notamment par une opposition à l’État-providence. Au Canada, M. Bernier l’articule autour de son opposition à l’aide de l’État aux entreprises — associé au « corporate welfare » de sociétés comme Bombardier —, à la gestion de l’offre (qui garantit aux producteurs de lait, d’œufs et de volaille des prix planchers), mais aussi aux politiques d’immigration et à la péréquation, de même qu’à la réglementation des industries de communication.

Au contraire, nous croyons qu’il faut que l’État canadien joue un rôle de niveler l’égalité des chances, pour aider les moins fortunés à atteindre un niveau de vie décent. Cela passe par des impôts progressifs, par une main-d’œuvre syndiquée, par de l’aide des gouvernements via des programmes d’assurance-emploi, des programmes sociaux, etc. Nous croyons à l’interventionnisme de l’État, jusqu’à une certaine mesure.

Mais nous n’en sommes pas là avec Maxime Bernier. 

Tout d’abord, il faut régler sa présence aux débats des chefs fédéraux. Il n’est pas question de lui fermer la porte, tout en l’ouvrant toute grande à Andrew Scheer et Justin Trudeau, à Jagmeet Sing et Elizabeth May, ainsi qu’à Yves-François Blanchet. 

Certes, il y a des critères précis pour justifier une participation. Mais le comité joue sur les mots. En précisant que seront admis aux débats tous ceux qui ont un député qui a été élu sous la bannière, cela donne l’impression que le texte a été écrit de manière à écarter M. Bernier. Il a été élu comme candidat du Parti conservateur, mais se présente maintenant comme chef du PPC. 

Le Parti populaire du Canada n’enregistre qu’environ 3 % d’appuis lors des récents sondages. C’est bien peu, mais M. Bernier a de bonnes chances d’être réélu dans sa circonscription de la Beauce. S’il est le seul élu de son parti, sa situation ne serait pas très différente de celle d’Elizabeth May, chef du Parti vert, qui a la seule élue de son parti depuis 2011.

La Commission des débats des chefs s’est embrouillée dans ses critères de sélection. Elle doit errer dans le sens de l’inclusion plutôt que le contraire, pour offrir aux Canadiens le plus large éventail d’idées. L’objectif n’est pas de bâtir des consensus. Ça, ce sera le travail du prochain gouvernement. Pour le moment, le temps est au partage d’idées et celles de Maxime Bernier, quoiqu’extrêmes à certains égards, méritent d’être largement connues.

Pierre Jury

Laïcité : la paix... jusqu’au 22 octobre

ÉDITORIAL / François Legault n’a rien à craindre. Aucun des chefs de partis fédéraux ne s’immiscera dans le débat sur la loi sur la laïcité au Québec. Le sujet est si explosif, il n’y a aucun doute que personne ne voudra s’en mêler.

D’ailleurs, les premières réactions à la loi sur la laïcité ont été probantes. 

Andrew Scheer ne veut pas s’en occuper et lors des premiers jours de la campagne, il a martelé les thèmes traditionnels à son Parti conservateur : finances publiques, probité, taxes. Jagmeet Singh, le chef du Nouveau Parti démocratique, s’est contenté de parler d’accès au logement et d’assurance-maladie. Les autres aussi. Et Justin Trudeau, le chef du Parti libéral, a été le plus volubile, mais n’en a pas dit davantage. Sauf pour deux mots.

« Pour l’instant, nous trouvons que c’est contre-productif pour un gouvernement fédéral de s’engager directement dans cette cause », a-t-il expliqué.

Les deux mots clefs sont « pour l’instant ».

Comme dans : le temps de la campagne électorale, je ne m’en occuperai pas, mais dès le 22 octobre, lendemain du scrutin, vous pouvez être certain que je ferai tout en mon pouvoir pour démanteler cette loi.

Alors vous voyez, le premier ministre du Québec peut remballer son coffre à outils. Sa loi sur la laïcité ne souffrira aucune contestation... jusqu’au lendemain du vote, ou peu après.

Pourquoi ? Parce que la laïcité vient en choc avec les principes de tolérance et de société multiculturelle qui sont chers à Justin Trudeau. 

La loi va trop loin, nous l’avons souvent dit. En incluant les enseignants dans la liste des « personnes en autorité », la loi défriche plus loin que le compromis de la commission Bouchard-Taylor, qui se limitait aux juges, aux policiers, etc. 

D’ailleurs les premières applications douloureuses de la loi se sont matérialisées au cours des deux dernières semaines, avec les mesures disciplinaires appliquées contre quelques musulmanes qui refusaient de se départir de leur voile. La loi doit abandonner cette clause s’appliquant aux enseignants, de foi musulmane et autres, car le statut d’autorité qu’on leur confère s’avère très discutable. 

Dans le doute, il faut s’abstenir. 

La contestation de la loi québécoise sur la laïcité viendra, il ne faut pas en douter, des libéraux de Justin Trudeau, s’ils sont élus, bien sûr. De là le sens des mots « pour l’instant ». Ce sont eux qui sont les grands défenseurs du multiculturalisme. Mais les conservateurs ne pourront y échapper non plus. S’ils ne veulent pas s’en mêler pendant la campagne électorale, les appels à une implication fédérale se feront pressants après le 21 octobre. 

Car l’idée que le multiculturalisme soit battu en brèche au Québec est intolérable pour bien des Canadiens. Ils ne comprennent pas que la Belle Province puisse discriminer contre le port de signes religieux à ce point. 

Il existe ainsi un fossé profond entre les visées des Québécois et des Canadiens sur ce sujet. 

Les Québécois ont été convaincus par le ministre Simon Jolin-Barrette et le premier ministre Legault que la loi sur la laïcité ne portait pas à conséquence. 

Aujourd’hui, ils sont une majorité à partager cette croyance. 

La fin de la campagne électorale marquera malgré tout un moment clef dans la contestation de la loi sur la laïcité. Elle fera alors l’objet de procédures juridiques pour protester contre l’application de la loi aux enseignants, et ce ne sera pas trop tôt. 

Pierre Jury

Une loi qui était trop restrictive

ÉDITORIAL / L’aide médicale à mourir, telle que définie tant au Québec qu’au Canada, est trop restrictive. C’est pourquoi la juge Christine Baudouin, de la Cour supérieure du Québec, a invalidé cette disposition. Cette avancée, car il en s’agit réellement d’une, élargit légèrement l’aide médicale à mourir pour inclure les personnes atteintes de sévères maladies dégénératives incurables, comme les plaignants Jean Truchon et Nicole Gladu, d’en faire la demande.

Il y avait des incongruités dans les lois québécoise et canadienne. La version du Québec projetait que l’aide médicale à mourir ne s’appliquerait qu’aux personnes en fin de vie. Concrètement, cela signifiait que la grande majorité des demandeurs étaient des victimes de cancers incurables qui bénéficiaient de quelques semaines de répit. Ils pouvaient s’éviter les souffrances atroces des derniers jours, et pouvaient ainsi fixer le moment de leur mort. La version canadienne prévoyait que la mort soit « raisonnablement prévisible » : cela élargissait le moment de la mort de quelques mois, rarement plus.

Ces deux dispositions ont été abattues par la décision de la juge Baudouin. 

Les deux plaignants pourront donc en faire la demande dès aujourd’hui. Pour les autres, il faudra attendre la révision de la loi, et la juge a donné six mois au gouvernement pour faire ce travail. 

Ce nouveau principe élargit ainsi les critères de la demande pour inclure les gens qui sont victimes de maladies dégénératives incurables ; il faut croire que les législateurs du Québec, lorsqu’ils ont promulgué la loi en 2014, craignaient la réaction du public et des autorités médicales devant cette loi nouvelle qui défrichait de nouvelles contrées juridiques. Ils ont pris des précautions extrêmes en ne permettant l’aide médicale à mourir qu’aux gens en fin de vie. 

Le public a reçu cette loi de façon très calme. Il y a eu certaines plaintes, elles étaient prévisibles, mais il n’y a eu aucune fureur.

Cinq ans plus tard, cet épouvantail n’existe plus. La juge était tout à fait justifiée de soulever l’inadéquation entre les deux lois québécoise et canadienne. Véronique Hivon, la députée du Parti québécois et marraine du projet de loi, l’a par ailleurs applaudie. Bref, tout était préparé pour que la loi soit élargie. Cette disposition de la loi ne sera pas aussi populaire que l’aide médicale à mourir. Ce ne sont pas toutes les personnes qui souffrent de maladies dégénératives incurables qui souhaitent mettre fin à leurs jours. Mais pour les quelques centaines auxquelles une nouvelle loi pourrait être attirante, ils auront dorénavant le choix. Dans six mois, lorsque la loi aura été réécrite, faut-il rappeler. 

La population n’est pas dans les souliers de ces personnes qui doivent traverser des souffrances immenses. Quelque part, cela s’apparente aux pratiques sur l’avortement. Qui sommes-nous pour juger pour autrui ? Comme des femmes qui décident de mettre fin à une grossesse non désirée, il y a des malades incurables qui souffrent atrocement et pour lesquels il est incongru de décider de ce qu’ils peuvent disposer de leur corps ou non.

Cela met toutefois à l’abri les personnes qui n’ont pas la capacité mentale de décider de leur propre sort. Celles-là, qui s’avèrent les personnes les plus faibles de notre société, méritent toujours d’être protégées. Ce n’est pas une euthanasie libre et ouverte à tous que la juge Baudouin a décidée. Les personnes ciblées devront toujours présenter un dossier étoffé et faire la preuve de leurs grandes souffrances.

En ce sens, il s’agit là d’une avancée bienvenue de la loi sur l’aide médicale à mourir.

Pierre Jury

Les trois enjeux de la campagne

ÉDITORIAL / L’élection de 2015 avait porté sur le bilan des conservateurs de Stephen Harper, et le verdict avait été net. Quatre années plus tard, l’élection fédérale qui démarre aujourd’hui s’avère un référendum, en quelque sorte, sur la performance de Justin Trudeau.

Ce bilan est teinté selon la province où vous habitez, selon certaines croyances politiques qui vous tiennent à cœur, selon votre performance économique. Si vous êtes de l’Ontario, vous avez de la chance, votre choix déterminera probablement le prochain gouvernement. Si vous êtes du Québec, vous avez de la chance également, votre choix déterminera l’ampleur de la victoire du parti gagnant. Car rien n’est certain à ce moment-ci.

Pierre Jury

Premières nations: à peine subtiles...

ÉDITORIAL / Comme d’autres organisations, l’Assemblée des Premières nations a fait connaître sa liste d’épicerie à l’aube de la campagne électorale qui doit mener au vote du 21 octobre. L’organisation tente de mener cet exercice de façon apolitique puisqu’elle devra travailler avec n’importe lequel des partis, ou du moins, des deux grands partis qui risquent de former le prochain gouvernement. Ce sont les libéraux et les conservateurs. Tous les autres militent pour la balance du pouvoir, dans l’éventualité d’un gouvernement minoritaire.

Mais Perry Bellegarde et les 634 communautés qu’il représente ne réussissent pas vraiment à demeurer apolitiques. Leur jupon rouge paraît trop. Il fallait le voir tout excité, il y a quatre ans, dans un ralliement politique à Ottawa, pour apprécier qu’il favorise, et de loin, l’élection du Parti libéral du Canada. L’Assemblée des Premières nations sortait d’une décennie difficile dans ses relations avec le fédéral et elle était juste contente de ne plus avoir Stephen Harper dans ses pattes. Cette fois, M. Bellegarde utilise un langage à peine voilé pour passer son message. 

S’il désire gagner des appuis des peuples des Premières nations, ce serait bien qu’il ne copie pas l’approche de M. Harper, a dit en résumé le chef de l’Assemblée des Premières nations.

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Stephen Harper n’avait pas beaucoup de sympathie pour les enjeux des autochtones, et cela s’est ressenti notamment avec l’émergence du mouvement Idle No More, en 2012 et 2013. Les libéraux de M. Trudeau les ont ciblés... avec succès. Huit candidats libéraux issus des Premières nations ont été élus, et leur principale voix au cabinet fut celle de Jody Wilson-Raybould, qui fut ministre de la Justice jusqu’à la débâcle de l’affaire SNC-Lavalin, au début de 2019. Elle se présente comme indépendante cette fois.

M. Bellegarde misait sur sa relation privilégiée avec Justin Trudeau pour établir de nouvelles bases de relations entre les peuples autochtones et le fédéral. M. Trudeau n’a pas seulement misé sur des candidats, il s’était engagé à améliorer la relation avec eux. Il s’était engagé à mieux respecter, les Premières nations, à mieux les consulter, à tenir une enquête sur les femmes disparues et assassinées, à mettre de l’argent dans l’éducation. Il a livré la marchandise à tous les niveaux, injectant 21 milliards $ en nouveaux investissements. Mais le résultat demeure couci-couça. Les relations avec les autochtones sont grandement améliorées, et ça se voit notamment dans les nominations politiques. Il y a eu un grand effort de choisir, dans les processus de nomination, des personnes qui avaient des accointances autochtones. Ce fut un juste retour du balancier qui a servi à effacer un tant soit peu un déséquilibre en place depuis la Confédération.

Sur la nomination d’un juge à la Cour suprême, ce que les autochtones souhaitent ardemment, ce vœu risque de s’opposer à celui des francophones qui désirent une cour pleinement bilingue...

M. Bellegarde désire poursuivre l’effort de rééquilibrage, sans trop vouloir le dire pour ne pas irriter les conservateurs. Il continuera de parler des enjeux autochtones, et ils sont nombreux. Les changements climatiques, la justice et les droits des autochtones seront au premier plan. La déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones sera aussi en tête de lice. Mais dans bien des communautés, l’accès à l’eau potable s’avère encore déficient. Perry Bellegarde devra parler des grands enjeux, tout en misant sur d’autres qui sont très près de la population. En cachant son penchant vers les libéraux en plus !

Pierre Jury

Une querelle qui augure mal pour le NPD

ÉDITORIAL / Les semaines se suivent, mais rien ne s’arrange pour le Nouveau Parti démocratique. Le voilà pris dans une querelle avec le Parti vert sur la défection de néo-démocrates du Nouveau-Brunswick — ils étaient supposément 14, au départ — à la faveur du parti d’Elizabeth May.

La réalité ne serait pas de 14, mais de neuf, ce qui est une pure question sémantique. Qu’ils aient été 9 ou 14 ou 15, un fait demeure : le Parti vert attire alors que le NPD, lui, a toutes les difficultés au monde à tirer son épingle du jeu. 

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, prétend que les défections étaient « un acte de désespoir de la part de May et du Parti vert ». Il faut plutôt lire que ce serait un geste d’impatience de la part d’une poignée de militants du NPD face à leur chef qui, deux ans après son élection à la tête de son parti, n’a toujours pas visité le Nouveau-Brunswick. Quoi ? M. Singh, qui est souvent venu au Québec, n’a pas trouvé quelques jours depuis deux ans pour aller séduire ses troupes dans la seule province officiellement bilingue au pays ? Quel chef de parti peut tolérer une telle aberration ?

Nous savons que le Parti vert a failli prendre le pouvoir lors des récentes élections à l’Île-du-Prince-Édouard. Ce fut une lutte à trois avec les conservateurs et les libéraux... chacun récoltant entre 23 000 et 29 000 voix. Les conservateurs l’ont emporté tandis que le NPD a récolté... moins de 2500 votes. Et aucun siège. A-t-on peur que cette déconfiture se transmette au Nouveau-Brunswick ?

Cette querelle survient à la veille du déclenchement des élections fédérales qui culmineront avec le jour du vote, le 21 octobre prochain. La campagne décidera qui, du Parti libéral ou du Parti conservateur, l’emportera. Ce sera serré. Mais ce sera tout aussi serré plus bas dans le palmarès des partis. Et cette engueulade politique, c’est ce qui survient lorsque deux partis ne sont qu’à quelques points d’écart. Le NPD amasse 13,5 % des intentions de vote selon la moyenne des sondages compilée par Radio-Canada, et le Parti vert, 10,4 %. Cette proximité dérange le NPD et excite les Verts qui étaient traditionnellement autour de 5 %. Le fait qu’ils aient doublé leurs appuis les rend plus affamés. Les Verts ne sont plus que le parti d’une seule députée, Mme May, mais pourraient bien en récolter entre 5 et 10 sièges si tout se déroule bien pour eux. Et décrocher la balance du pouvoir dans l’éventualité d’un gouvernement minoritaire. 

Évidemment, tout cela n’est que des suppositions de pré-campagne. Nous verrons bien comment cela se déroulera une fois la course électorale entamée, et lorsque le Parti vert sera confronté aux dures questions des journalistes. Il pourrait déchanter.

Revenons au NPD. Le parti a un double défi à quelques jours du déclenchement. Il lui manque encore beaucoup de candidats ; nous avons dit qu’il n’en avait pas un au Nouveau-Brunswick, mais il lui en manque encore une bonne trentaine au Québec. Le chef Jagmeet Singh mentionne lui-même la difficulté de recruter des candidats issus des communautés minoritaires — des femmes, mais aussi des autochtones, des gais et lesbiennes, etc. Ce sont des barrières que le NPD s’est lui-même imposées, mais il a toutes les misères du monde à les franchir. Cela illustre bien que les principes viennent parfois en choc avec la réalité sur le terrain.

L’autre défi du NPD s’avère celui du financement. Avant même l’élection, il traîne une dette de 4,5 millions $, et il devra faire sans un avion pendant la campagne électorale. Dans un pays vaste comme le Canada, c’est un handicap majeur.

Comment le NPD s’en sortira-t-il ? La course électorale nous le dira.

Pierre Jury

Trop gros pour un seul homme

ÉDITORIAL / Il existe une iniquité effroyable entre Ottawa et Gatineau : le nombre de centres de recherche fédéraux. Il y en a pas moins de 26 du côté ontarien... et pas un seul — pas un seul ! — de l’autre côté de la rivière des Outaouais. Ce débalancement aurait dû être corrigé depuis longtemps. Mais ce n’est pas le cas.

Au fil des années, les autorités qui auraient pu faire quelque chose à ce niveau ne l’ont pas fait. Elles ont laissé cette situation perdurer, sans agir ni même trouver le courage de le faire. Cette situation incompréhensible doit cesser.

Pierre Jury

UOF: allez, on y est presque!

ÉDITORIAL / L’Université de l’Ontario français n’est pas encore sauvée, mais cela ne saurait tarder. Le gouvernement fédéral et celui de l’Ontario ergotent sur des détails de dernière minute qui pourraient faire crouler une entente possible. Mais dans ce jeu où la mise est éminemment importante pour la communauté franco-ontarienne, 126 millions $ sont sur la table et c’est à qui clignera les yeux le premier.

Cela ne saurait tarder, car Ottawa a le plus intérêt à régler à la veille de l’élection fédérale imminente. Les rumeurs font état d’un déclenchement des élections le 7 ou le 15 septembre : d’une manière ou d’une autre, cela ne laisse que quelques jours à chacune des parties pour finaliser cette entente bipartite où chacun des partenaires investirait 63 millions $ dans l’aventure de cette toute nouvelle université en Ontario.

Pierre Jury

Santé: cafouillage bien en vue

ÉDITORIAL / Le long week-end de la fête du Travail représente le retour en classe et marque le début non officiel de l’automne avec le retour au boulot des équipes complètes de travailleurs. Pour les infirmières du CISSSO, cela représente un tout autre défi : une autre longue fin de semaine pendant laquelle il y aura surcroît de travail et baisse des effectifs. Avec les fins de semaine de trois jours de la Saint-Jean-Baptiste et de la fête du Canada, ce sont les deux temps forts de l’été. Des temps forts en pénurie de personnel.

Il ne faut pas se surprendre d’avoir vu les infirmières monter aux barricades avec une déclaration incendiaire, jeudi. Le Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais (SPSO) est allé jusqu’à suggérer à la population de se tourner vers l’Ontario. C’est un pas qu’elles n’avaient pas voulu franchir auparavant. C’est dire l’ampleur de leur désespoir devant la pénurie de personnel tant d’infirmières que de préposés aux bénéficiaires.

La réponse du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais ? Offrir le double du salaire à celles qui voudront bien répondre à l’urgence, plutôt que les 150 % habituels.

Sauf que la manœuvre a éclaté au visage du CISSSO. Cela « ne respecte pas les conventions collectives ». C’est ce que le CISSSO a annoncé, vendredi, dans un communiqué laconique de six lignes.

Les réactions du SPSO et du Syndicat des travailleuses et des travailleurs de la santé et des services sociaux de l’Outaouais ont témoigné d’un découragement certain.

« Ce n’était peut-être pas une mesure pour combattre l’épuisement, mais au moins, c’était une reconnaissance des efforts pour les heures supplémentaires », a confié Jeremy Berthiaume, du STTSSSO.

Là, le personnel se retrouve à la case départ.

Mais de façon plus importante, c’est le gouvernement de la Coalition avenir Québec qui est interpellé avec ce cafouillage. 

La CAQ avait promis un retour à une gestion plus humaine de la santé après les années difficiles et autocratiques sous le ministre Gaétan Barrette. Spécifiquement sur la situation des infirmières, la CAQ s’était engagée à « augmenter le nombre d’infirmières à temps complet, abolir les heures supplémentaires obligatoires, réviser le rapport du nombre de patients par infirmière et déployer des infirmières praticiennes spécialisées ». 

En Outaouais, le verdict après 10 mois de gestion n’est pas au rendez-vous. La ministre Danielle McCann doit s’impatienter. Elle peinera à trouver de nouvelles solutions... sans débloquer davantage de sous pour l’Outaouais.

Il y a une légère croissance dans le nombre d’infirmières, mais les collèges ne réussissent pas à combler les sièges en classe. Cela se répercute ensuite dans le marché du travail. À l’Université du Québec en Outaouais, on ne se convainc pas d’abaisser les critères d’entrée. Ce serait une solution à court terme, mais cela n’aiderait personne sur plusieurs années. En effet, qui voudrait être soignée par une infirmière qui a peiné à passer ses cours ? La question se pose aussi pour les médecins et pour tout le personnel des hôpitaux. On peut se demander si la situation d’alarme dans laquelle l’Outaouais est plongée depuis 15 ans n’a pas effrayé les meilleurs postulants, laissant l’Outaouais avec des candidats de seconde zone...

Entre-temps, nul doute que le personnel fera son gros possible pour livrer les services du mieux qu’il le pourra. Le sentiment du devoir accompli est fort, en Outaouais comme ailleurs, c’est à n’en point douter. Mais l’épuisement vient à bout de bien des sacrifices. Les rapports de coroners en font le constat final, et il y en a trop dans la région.

Pierre Jury

Mince victoire, mais victoire d’étape

ÉDITORIAL / Un groupe de citoyens de Grenville-sur-la-Rouge, aux confins entre les régions de l’Outaouais et des Laurentides, poursuivent leur bataille contre Canada Carbon. Ils ont obtenu une victoire, cette semaine, mais une bien petite victoire. Ce n’est qu’une étape dans un long combat contre la compagnie minière.

Cette dernière veut aménager une carrière de marbre et une mine de graphite à ciel ouvert dans la municipalité. L’ancien conseil de Grenville-sur-la-Rouge avait donné son aval, car de toute façon, elle ne pouvait s’y opposer vraiment. Elle craignait une poursuite-bâillon... ce qui lui est arrivé une fois le nouveau conseil élu. Le nouveau maire Tom Arnold et les élus municipaux ont amorcé une bagarre rangée contre Canada Carbon, qui a répliqué avec une poursuite de 96 millions $.