Pierre Jury

Jim Watson et sa sortie malhabile

ÉDITORIAL / Le maire d’Ottawa, Jim Watson, est (enfin) sorti du placard samedi. Cette révélation n’en est pas réellement une. Si le maire n’avait jamais avoué son homosexualité, elle était un secret de Polichinelle pour quiconque s’intéresse un peu à la politique municipale.

Il s’agit d’un geste courageux. 

Même après 40 années à vivre secrètement sa sexualité et à se consacrer à sa carrière d’homme public, il faut une bonne dose de courage pour enfin avouer que l’on est homosexuel. 

Les raisons qui ont expliqué son long silence sont logiques. 

« Quand j’étais un adolescent, dans les années 1970, il n’y avait virtuellement aucune ressource pour offrir de l’aide, ou même juste parler », s’est-il rappelé. 

C’est cruellement vrai. Cela témoigne aussi combien la société canadienne a évolué au cours des 50 dernières années. Nous sommes passés d’une communauté où l’homosexualité était réprimée, interdite, voire illégale, à une société où elle est aujourd’hui reconnue, voire célébrée.

Pierre Jury

Les temps sont durs pour le NPD

ÉDITORIAL / La nouvelle de l’expulsion du député Pierre Nantel, ébruitée hier, poursuit la série de mauvaises nouvelles pour le Nouveau Parti démocratique. Son chef Jagmeet Singh aura fort à faire pour ramener son parti dans le droit chemin... et plusieurs doutent qu’il ait l’autorité morale pour le faire.

Le NPD aura fort à faire pour conserver les 15 députés du Québec qu’il a fait élire en 2015, ce qui était déjà très loin des 59 sièges qu’il avait remportés en 2011. C’était l’époque de la «vague orange», au Québec surtout mais dans le reste du Canada également. Le NPD avait fait élire 103 candidats et avait relégué le Parti libéral loin en troisième place. Un Parti libéral mené par Michael Ignatieff...

Aujourd’hui, huit ans plus tard, c’est au tour du NPD de patiner dans le vide. 

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Le parti a éliminé Thomas Mulcair de sa direction; c’était en quelque sorte une semonce pour avoir perdu plus de la moitié de son caucus... et pour avoir tenté d’imprimer un certain virage vers le centre au NPD. En 2015, les néodémocrates se sont retrouvés avec 44 députés «seulement». Plusieurs néo-démocrates ont pris très difficilement cette défaite. Ils caressaient même les rêves les plus fous après la victoire de Rachel Notley qui arracha l’Alberta des mains conservatrices quelques mois plus tôt.

Ces 44 étaient pourtant mieux que le record passé du NPD, qui était de 43 sous Ed Broadbent, en 1988. Mais ils n’entendaient rien. Il fallait faire payer cette défaite à quelqu’un, et ce fut M. Mulcair. Bref, l’aile gauche du parti a voulu rétablir son autorité... mais n’avait pas vérifié auparavant s’il y avait des candidats solides pour prendre le relais. Ils avaient été sept à prétendre à la couronne à la suite du décès de Jack Layton, en 2011. Ils n’étaient plus que quatre en 2017 : Charlie Angus, Niki Ashton, Guy Caron et M. Singh. Ce dernier l’a emporté avec 53,8 % des votes, dès le premier tour de scrutin.

Mais son turban de sikh — ainsi que son poignard cérémonial, son kirpan, qu’il dissimule savamment sous son veston — ne cesse de faire jaser. Son bilinguisme est l’un de ses points forts, ses contacts personnels aussi, mais de grands pans de la population se demandent ce qu’il fera lorsqu’il devra arbitrer entre les droits religieux et d’autres droits, au Canada. Le ton de Jagmeet Singh se veut rassurant, et il l’est, mais il ne peut convaincre tout le monde. Et puis, il y a la force des autres candidats, notamment Justin Trudeau, du Parti libéral, et Andrew Scheer, du Parti conservateur. Et Elizabeth May, du Parti vert...

C’est justement Mme May qui lui cause des soucis, ces jours-ci. Pierre Nantel, élu député de Longueuil-Pierre Boucher en 2011 (aujourd’hui Longueuil-Saint-Hubert), puis réélu en 2015, flirte avec le Parti vert en vue de l’élection fédérale de 2019. Le verdict du parti a été net : aussitôt la nouvelle ébruitée, il a été destitué du NPD. Le parti amorcera un processus pour lui trouver un remplaçant. 

Cela indique que des gens au NPD sentent la soupe chaude. Ils ont perdu les députés Hélène Laverdière et Roméo Saganash, démissionnaires après huit ans. Outre les «grosses» pointures que sont Alexandre Boulerice, Guy Caron et Ruth-Ellen Brosseau, il n’y a pas de valeur sûre au NPD. S’il y en a.

Pierre Nantel, qui s’est aussi décrit comme souverainiste, a écopé. Les temps sont durs pour le Nouveau Parti démocratique, très durs.

Pierre Jury

Un scandale qui fera mal à Trudeau

ÉDITORIAL / L’affaire SNC-Lavalin continuera d’être un poids sur les épaules de Justin Trudeau. Mais pour combien de temps ? Le premier ministre en souffrira-t-il jusqu’au soir des élections, le 21 octobre prochain, ou saura-t-il mettre cette histoire derrière lui ?

Ce scandale lui colle à la peau depuis février, mais bouillonne depuis un an. Il a à voir avec un « accord de réparation » qu’il privilégiait dans le dossier de la firme d’ingénierie montréalaise SNC-Lavalin, accusée d’avoir payé 47 millions $ en pots-de-vin pour obtenir des contrats en Libye entre 2001 et 2011. Ces accords, qui existent dans plusieurs pays occidentaux, permettent d’éviter un procès si l’entreprise reconnaît sa culpabilité et verse une « réparation » au gouvernement. Mais voilà, l’ex-ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, avait de gros doutes sur l’à-propos d’un tel accord. Plusieurs mois de discussions se sont déroulés entre septembre 2018 et janvier 2019, pendant lesquels plusieurs proches collaborateurs de M. Trudeau ont été mêlés.

Pierre Jury

Recyclage : une lueur d’espoir

ÉDITORIAL / Depuis lundi, une commission parlementaire se penche sur le recyclage du verre dans l’espoir de trouver une manière de stopper son envoi aux dépotoirs. Cette discussion pourrait être importante... si elle n’avait pas été initiée par la solidaire Ruba Ghazal. D’ordinaire, une telle commission aurait pu plancher sur de nouvelles solutions de recyclage, mais ce n’est pas le cas : le ministre de l’Environnement, Benoît Charette, en est absent et toute solution doit nécessairement passer par le gouvernement de la Coalition avenir Québec.

En ce sens, cette commission parlementaire jase beaucoup, mais aboutira à bien peu.

Pierre Jury

Immigration : il faut l’augmenter

ÉDITORIAL / Le gouvernement de la Coalition avenir Québec souffle le chaud et le froid sur les questions d’immigration. D’un côté, il a diminué la cible de 50 000 à 40 000 immigrants, et de l’autre, il explore déjà la possibilité de la ramener à 50 000 d’ici l’échéance électorale de 2022. Pendant ce temps, le Québec Inc. réclame au moins 60 000 immigrants par an !

L’abaissement de la cible d’immigration avait fait grand bruit, et pour cause. 

Les plus critiques accusaient le parti de François Legault d’intolérance. 

L’objectif était d’accepter moins d’immigrants, mais de mieux s’en occuper. 

Par le résultat électoral net en faveur de la CAQ, les Québécois avaient conclu qu’ils étaient en accord avec ce virage politique.

Pierre Jury

Facebook changera-t-il ?

ÉDITORIAL / L’amende de 5 milliards $ US que les autorités américaines ont imposée à Facebook frappe l’imagination. Cinq milliards $ ! Américains ! Pourtant, ce ne sont que des broutilles pour le plus grand réseau social au monde qui promet bien des choses, mais tarde à les livrer.

Cette amende constitue un record absolu pour une entreprise technologique. 

Mais cela ne représente qu’une fraction des revenus de 56 milliards $ US de la multinationale américaine en 2018, et moins du quart de ses profits de 22,8 milliards $ US. 

L’amende équivaut à environ trois mois de profits, ce qui est considérable, mais qui pourrait ne s’avérer qu’un blip dans son histoire économique.

Pierre Jury

Un processus bien «canadien»...

ÉDITORIAL / Le nouveau juge à la Cour suprême, Nicholas Kasirer, a témoigné devant un auditoire typiquement... canadien, hier, alors que les élus et sénateurs ont respectueusement accepté ses réserves et ses excuses de ne pouvoir répondre plus longuement à plusieurs de leurs questions.

Depuis une quinzaine d’années, le Canada a entrepris une étape supplémentaire de validation de ses juges au plus haut tribunal. 

Ce processus s’est raffiné au fil des ans, la dernière mouture ayant été adoptée en 2016, sous le gouvernement libéral de Justin Trudeau. 

Cette dernière mécanique prévoit que la personne nommée « prendra part à une période de questions et de réponses avec des membres du Comité permanent de la justice et des droits de la personne de la Chambre des communes, du Comité sénatorial permanent des Affaires juridiques et constitutionnelles et des représentants » des partis. 

C’est cette période de questions et de réponses qui a eu lieu, hier, de manière typiquement canadienne. 

Par opposition à la manière américaine où le processus de confirmation des juges peut donner lieu à des controverses. 

Rappelons-nous des audiences entourant la nomination du juge Clarence Thomas, en 1991, et des accusations de nature sexuelle soulevées contre lui. 

Cela s’était conclu par une approbation à 52-48 au Sénat américain.

Pierre Jury

Cormier vient à la rescousse

ÉDITORIAL / C’est une véritable calamité qui est tombée sur les épaules du Mouvement Desjardins, le 20 juin dernier. C’est à ce moment que Desjardins a avoué qu’un ex-employé avait volé les informations confidentielles de 2,7 millions de leurs membres et de 173 000 entreprises. Les correctifs posés se sont par la suite avérés aussi problématiques que le vol lui-même. Le patron de Desjardins, Guy Cormier, a donc annoncé des mesures supplémentaires pour lutter contre le piratage informatique. Non sans avoir admis la « situation déplorable et inacceptable » provoquée par l’incapacité de répondre adéquatement à la crise par Equifax, la multinationale engagée aux côtés de Desjardins pour prémunir les membres d’autres problèmes.

Le vol n’était que le premier des soucis de Desjardins. L’employé malhonnête a eu accès aux noms, prénoms, dates de naissance, numéros d’assurance sociale, adresses, téléphones et courriels ainsi que les produits bancaires des membres. Il y a là de quoi manigancer une énorme fraude, à partir des noms, des adresses et des numéros d’assurance sociale. Imaginez avec le reste.  

Par chance, aucune fuite n’a été rapportée encore. Mais les informations pourraient être enfouies pendant plusieurs mois avant d’être ramenées à la surface et infliger des dommages aux membres.

Les risques sont diminués avec une inscription à un forfait de surveillance chez Equifax mais voilà, le processus exigeait une longue attente et même parfois des communications déficientes en français. Ce qui a fait sauter les plombs à M. Cormier, le président et chef du Mouvement Desjardins. Sa réaction a été exemplaire : le service chez Equifax « n’est pas à la hauteur des standards de Desjardins », a-t-il avoué. Mais plutôt que de juste leur en faire le reproche, il se porte à leur rescousse. Ainsi, un millier d’employés dans les nombreux centres d’appels de Desjardins seront mis à contribution. Ils pourront colliger les informations au nom d’Equifax. À peine 100 000 membres de Desjardins avaient réussi à s’inscrire chez Equifax, deux semaines après l’annonce de la fuite, soit 3 %. C’est anémique. Les nouvelles dispositions devraient augmenter leur nombre de façon importante.

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Il faut cependant comprendre Equifax. Elle n’était pas prête à accueillir les inscriptions de centaines de milliers de détenteurs de comptes chez Desjardins. Mais elle a accepté de le faire malgré tout, se plaçant dans de beaux draps, et Desjardins aussi. Cette dernière aurait pu se fâcher : à la place, son coup de pouce sera bienvenu. Cela réglera le cas litigieux de dizaines de milliers d’autres sociétaires, et il faudra être patient. Si trop de gens se ruent sur leurs téléphones pour s’enregistrer, lundi, les parties seront coincées à la case départ.

M. Cormier le sait et il prévient déjà les coups. Encore là, il est prévoyant dans sa malchance. 

Il va plus loin même en offrant une couverture d’assurance de 50 000 $ en cas de vol d’identité, valable pour cinq ans au lieu de 12 mois. Cette prolongation est bienvenue puisque les vols d’identité peuvent se prolonger dans le temps, bien au-delà d’une année.

Et à l’automne, Desjardins doit dévoiler une solution « permanente » pour assurer la protection de données de ses membres, qui sera gratuite.

Guy Cormier tente fort de tourner cette calamité en occasion de prémunir ses clients affectés d’une protection particulière. Après deux semaines, il semble réussir son pari. Il doit être heureux que ce soit ne pas une source externe et hostile qui le place dans cette situation embarrassante.

Pierre Jury

Pas comme les tours Brigil...

ÉDITORIAL / Le plus récent projet du promoteur immobilier Multivesco rappelle le long et acrimonieux débat que la Ville de Gatineau a eu avec Gilles Desjardins pour son projet Place des peuples. Souhaitons que cela ne soit pas le cas.

Place des peuples, qui incluait un projet de deux tours de 35 et 55 étages sur la rue Laurier, face au Musée canadien de l’histoire, a déchiré pendant des mois la population de Gatineau. En fin de compte, le gouvernement municipal a tenu tête au promoteur et refusé de modifier le zonage pour ce coin de Gatineau que les résidants avaient rebaptisé «Quartier du Musée».

Pierre Jury

Anglade, première à sortir des blocs

ÉDITORIAL / Ainsi, Dominique Anglade est la première candidate à la direction du Parti libéral du Québec. La nouvelle arrive très tôt dans le processus de sélection d’un nouveau chef, qui se concrétisera en 2020.

Mme Anglade se présente avec de longs états de service professionnels : elle est ingénieure de formation et elle a œuvré pour quelques employeurs avant de passer en politique active en 2012, lorsqu’elle devient présidente de la Coalition avenir Québec. Mais après 18 mois et une défaite électorale dans la circonscription de Fabre, elle passe au Parti libéral. Elle séjourne pendant trois années dans le gouvernement de Philippe Couillard, élue lors d’une élection partielle à la suite de la démission de Marguerite Blais, qui a démissionné après le décès de son mari.

Pierre Jury

Iqaluit, prélude au sommet de Québec

ÉDITORIAL / Vendredi a pris fin la Conférence ministérielle sur la francophonie canadienne, à Iqaluit, au Nunavut. Certains ont fait les gorges chaudes du fait qu’à peine six des 13 ministres responsables de la Francophonie au pays se sont donné la peine de s’y présenter. En fait, ce n’était pas mieux l’an dernier, où ils n’étaient que six. C’était à Whitehorse, dans les Territoires du Nord-Ouest, un autre endroit décentré qui ne facilite pas les déplacements.

La faible participation est tout de même remarquable. 

Avec un gouvernement assez ouvert et une ministre Mélanie Joly qui s’est refait une virginité dans la Francophonie après un passage difficile au Patrimoine canadien, il y avait là des ingrédients pour assurer une participation soutenue. 

La raison du désenchantement ? 

L’élection de conservateurs dans plusieurs provinces qui ne sont pas a priori très ouverts sur le sujet.

Pierre Jury

Insubordination à la STO

ÉDITORIAL / Il y a quelque chose qui cloche à la Société de transport de l’Outaouais. C’est le moins que l’on puisse dire.

Deux chauffeurs ont fait l’objet d’enquêtes pour conduite avec les facultés affaiblies, l’un en novembre, le second, la semaine dernière. 

Le premier cas est survenu le 21 novembre dernier, en après-midi, à la station de la Gappe du Rapibus. Une plainte a été déposée au Service de la police de la Ville de Gatineau à la suite d’une plainte au service à la clientèle. Il n’est plus à l’emploi de la STO.

Dans l’autre cas, il est trop tôt pour connaître le dénouement. Mais nous savons ce qui s’est passé le 19 juin. Le chauffeur de l’autobus du circuit 93 a été immobilisé à la sortie de l’autoroute 50, où des policiers lui ont barré la route. L’employé a refusé de souffler dans l’ivressomètre. Il a été arrêté immédiatement, son permis de conduire suspendu pour 90 jours. Il a été suspendu le temps de l’enquête.

Le problème, c’est la manière que la STO a traité l’information, préférant se terrer derrière le silence plutôt que d’aviser la population tout de suite de l’écart de conduite de son employé. 

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Ce ne sont pas les politiques qui sont en cause. La Société de transport de l’Outaouais adopte une politique de tolérance zéro pour tous les employés qui occupent « des postes à risque élevé », c’est à dire où l’erreur de l’employé peut compromettre la santé ou la sécurité de la clientèle ou du public. Cette tolérance zéro est la bonne marche à suivre, comme ce l’est aussi pour les autres sociétés de transport du Québec, et même d’Ottawa. 

Ces cas ont été dépistés rapidement. Des passagers sont intervenus pour rapporter les cas à la direction, qui a contacté la police, qui a agi avec célérité.

La STO se défend à mots couverts en prétextant qu’elle a suivi les conseils de la police en ne dévoilant pas ce qui s’est passé. C’est suspicieux quand une grande organisation comme la STO s’inspire des pratiques secrètes de la police concernant des détails aussi publics qu’une arrestation en plein jour, compte tenu des informations qui sortiront nécessairement. La police a ses habitudes qui sont ancrées dans le secret, et cela la sert bien dans la plupart des cas. La STO a le devoir d’être bien plus transparente. 

Il y a un autre cas, non relié à l’alcool au volant, mais à la courtoisie d’un chauffeur. Au début de novembre, un chauffeur a traité une passagère de « salope » dans une altercation filmée par un quidam. Il a été remercié quelques semaines plus tard.

Les cas d’alcool au volant sont vraiment hors de l’ordinaire. La STO ne doit tolérer aucun passe-droit à ce sujet. Mais l’impolitesse du troisième chauffeur indique qu’il y a peut-être un problème sous-jacent à la STO. Un problème qui n’est pas du niveau de la présidente Myriam Nadeau, qui n’est qu’une victime qui se retrouve à être responsable compte tenu de sa fonction. Le problème semble davantage relever de l’administration intermédiaire. Il existe du laxisme au sein de la STO où les consignes sont mal communiquées aux chauffeurs et autres employés. Ou mal comprises, malgré la sévérité des conséquences. Deux cas d’alcool au volant, c’est du jamais vu qui doit être interdit avec plus de fermeté encore. Un atelier de rafraîchissement sur le sujet serait de mise. 

Quant au cas d’impolitesse, cela ne pourrait bien être qu’une question d’époque, où certaines personnes ne considèrent pas le sérieux de leurs actes. Cela se voit fréquemment sur les médias sociaux. N’empêche, cela doit cesser.

Pierre Jury

Air Transat: y a-t-il un autre prétendant?

ÉDITORIAL / Air Transat a finalement accepté l’offre d’achat d’Air Canada. Mais cela ne devrait pas en rester là. En fait, il faut souhaiter qu’une surenchère s’opère afin d’ajuster le prix de vente à sa vraie valeur marchande, qui est supérieure à 520 millions $. Et il faut s’assurer qu’un autre acheteur puisse se matérialiser.

Le prix de 13 $ l’action s’avère une aubaine pour Air Canada, le transporteur national. Car Air Transat vaut davantage que les 520 millions $ à laquelle équivaut la transaction. Combien ? Difficile à dire, mais le Groupe Mach a déjà livré une offre à 14 $ l’action. Déjà, son président Vincent Chiara se demande comment les actionnaires d’Air Transat pourraient accepter une offre moindre que la sienne. Déjà, la firme Letko Brosseau, qui détient 18,5 % des actions de Transat AT, a laissé savoir qu’elle n’entérinerait pas cette transaction. Une surenchère pourrait survenir et faire monter le prix de la transaction à 15 $, 17, $, voire 20 $. 

Quand on pense que la société d’investissement Onex a versé 5 milliards $ pour Westjet ce printemps... Entre 5 milliards $ et 520 millions $, il y a une marge qu’un autre acheteur pourrait combler en partie.

Disons-le nettement : il aurait été souhaitable que la prise de contrôle par Air Canada ne se fasse pas. Car ensemble, les deux entreprises contrôleraient une trop grande part du marché canadien du voyage. Ensemble, Air Canada-Air Transat contrôlerait 63 % des vols internationaux et 46 % des vols vers le sud. C’est beaucoup. Il y a là de quoi intéresser le Tribunal de la concurrence, qui pourrait forcer Air Canada à se départir de certaines parties d’Air Transat pour maintenir une plus saine concurrence au Canada.

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Il y a un autre joueur qui devrait être concerné par cette transaction : le Commissariat aux langues officielles. À titre de transporteur national, Air Canada est tenu d’offrir des services dans les deux langues officielles, et il faillit à la tâche trop souvent. Les Canadiens sont préoccupés par cet échec et ont fait d’Air Canada la principale cible de leurs plaintes au Commissariat. Le commissaire Raymond Théberge devrait aussi s’en mêler.

Tout de même, Air Canada a tout de suite laissé savoir qu’Air Transat conserverait son autonomie : voilà au moins qui est bien, pour l’immédiat. Il aurait été dommageable que les deux entreprises ne soient fondues qu’en une seule. Le maintien de l’entité Air Transat, et des équipes d’employés, donneront l’impression, pour un temps du moins, qu’Air Transat poursuit ses activités normalement. Mais dans un horizon de deux, trois ou cinq ans, cela pourrait changer, au nom de la rationalisation des effectifs, de la synergie économique et des simples profits. Voilà le réel risque de cette prise de contrôle, en plus des prix plus élevés pour les voyageurs. L’histoire nous a appris qu’au fil des ans, des entreprises avalées sont lentement disparues du paysage. Il ne faudrait pas qu’Air Transat soit la prochaine. 

Nous comprenons la réaction du président d’Air Transat, Jean-Marc Eustache, qui applaudit le rôle d’Air Canada à l’effet que le transporteur national « constitue l’occasion idéale de développer la présence et les emplois de Transat à Montréal et (...) la meilleure option pour les employés, les fournisseurs, les partenaires et les actionnaires ». Mais il s’empresse trop d’applaudir. Idem pour le gouvernement du Québec, qui apprécie que le bureau-chef d’Air Transat sera conservé à Montréal, et la sauvegarde des emplois. Ce sont deux critères, mais il y en a d’autres. 

Pour cela, souhaitons une surenchère et l’émergence d’un ou deux autres prétendants. Car ce dossier est loin d’être clos.

Pierre Jury

Guilbeault et ses contradictions

ÉDITORIAL / Il faut une bonne dose de courage pour oser se présenter en politique. Pour « mettre sa face sur le poteau », comme on le dit familièrement. C’est pourquoi il faut voir positivement la nouvelle à l’effet que l’environnementaliste Steven Guilbeault vient de se déclarer candidat aux prochaines élections fédérales. La surprise, s’il en est une, c’est qu’il ne le fasse pas pour le Parti vert, ou même pour le Nouveau Parti démocratique, mais pour le Parti libéral du Canada.

Les liens entre lui, ancien fondateur du mouvement Équiterre, et les verts seraient tombés sous le sens. La chef Elizabeth May a besoin de candidats reconnus pour porter son message au-delà des électeurs mus par les questions d’environnement. M. Guilbeault, diplômé en sciences religieuses et en sciences politiques, a su faire les compromis nécessaires pour faire avancer les dossiers chers à Équiterre, qu’il a cofondé. 

Il aurait tout aussi bien pu se présenter sous la bannière du NPD. Mais le parti d’Ed Broadbent et de Jack Layton traverse des moments difficiles sous Jagmeet Singh à qui l’on prédit des jours plus ardus. 

Steven Guilbeault s’est ainsi tourné vers le Parti libéral pour amorcer sa carrière politique. À 49 ans, il apporte dans ses bagages une solide expérience en environnement. Mais c’est celui d’un militant calme qui sait travailler avec les pouvoirs en place pour faire cheminer ses dossiers. Ainsi, il a œuvré au conseil de l’Agence de l’efficacité énergétique, puis présidé le comité sur les énergies renouvelables sous les libéraux dirigés alors par Jean Charest. Il a poursuivi son rôle-conseil sous le Parti québécois... et le Parti libéral mené par Philippe Couillard. 

Ainsi, il ne fallait pas s’étonner de le voir accepter la coprésidence du comité consultatif fédéral pour la lutte contre les changements climatiques. Là, il se rapprochait de Justin Trudeau. C’est à ses côtés qu’il livrera la prochaine bataille, la plus importante de sa carrière, la bataille politique, lui qui a toujours été davantage porté à bâtir des consensus.

Le moment de la confirmation de sa candidature n’était pas anodin. Il l’a fait au lendemain de l’annonce par le gouvernement Trudeau de son appui au pipeline Trans Mountain. Y a-t-il là une contradiction ?

M. Guilbeault ne s’en cache pas : il n’est pas en faveur de Trans Mountain. Cela illustre que l’équipe Trudeau 2019 est prête à vivre avec les avis contraires de ses candidats. Certains du moins. Elle n’exige pas qu’ils croient ou meurent. Après l’épisode de Jody Wilson-Raybould, il était permis d’en douter.

Il en faut davantage de candidats du genre. Des candidats solides, qui ont défendu des dossiers. Quitte à vivre avec certaines contradictions. Il y a suffisamment de yes men en politique.

La campagne libérale en vue des élections du 21 octobre 2019 est déjà entamée. C’est le propre des élections à date fixe que d’étirer les courses électorales. Les libéraux ont fait leur nid avec Trans Mountain, ils tenteront de convaincre les Canadiens que leur approche pro-environnement et pro-pipeline a du sens. L’offensive des conservateurs du chef Andrew Scheer est aussi bien déclarée, avec le dévoilement d’éléments-clefs de son programme au cours des dernières semaines. Le NPD a choisi de tout déballer son sac ce mois-ci.

Steven Guilbeault est candidat à l’investiture dans la circonscription de Laurier-Sainte-Marie, qui sera représenté par Nima Machouf, l’épouse de l’ex-député de Québec solidaire Amir Khadir. 

La course est déjà débutée. Que le meilleur, ou la meilleure, l’emporte. 

Pierre Jury

Amherst : il est peut-être temps

ÉDITORIAL / Montréal a décidé d’enterrer une fois pour toutes le général britannique Jeffery Amherst. Son nom, d’illustre mémoire, a été biffé de l’avenir de la métropole au bénéfice d’un nom autochtone, Atateken, qui signifie « frères et sœurs » en langue mohawk. La mairesse Valérie Plante a profité de la Journée nationale des peuples autochtones, vendredi, pour annoncer la décision qui avait été prise originalement par son prédécesseur, Denis Coderre, en 2017.

Chose certaine, ce vocable est plus fédérateur que celui de M. Amherst, blâmé pour la première guerre bactériologique alors qu’il aurait offert des couvertures infestées par la variole aux autochtones, qu’il voulait éradiquer.

Pierre Jury

Le vide derrière de belles photos

ÉDITORIAL / Les apparences derrière le « vrai plan pour protéger notre environnement », déposé par le Parti conservateur du Canada, jeudi, sont belles. Le chef Andrew Scheer pose devant une rivière, entouré de nature luxuriante. Le plan, qui tient en 60 pages, inclut des photos d’animaux et de rivières. C’est du beau travail visuel. Il aurait fallu en mettre autant dans le contenu qui laisse souvent à désirer.

Mais d’abord, les fleurs. Les conservateurs ne s’opposent plus aux objectifs de la Conférence de Paris de 2015 sur les changements climatiques ; ils les embrassent même. Il s’agit d’un virage à 180 degrés de l’époque du prédécesseur de M. Scheer, Stephen Harper. Les Canadiens achètent dorénavant l’idée des cibles de la COP 21. Les conservateurs auraient creusé leur tombe s’ils avaient continué de les ignorer. Voilà qui est bien.

Maintenant, ils demeurent vagues quant aux objectifs de réduction des gaz à effet de serre, comme les libéraux d’ailleurs. Les troupes de Justin Trudeau ne prévoient pas les atteindre, ce qui provoque les railleries de M. Scheer. Il ne s’en gêne pas non plus. Son rapport est truffé de telles pointes.

Le plan n’a été rédigé qu’en réponse à celui des libéraux, c’est évident. Il mentionne plusieurs fois, et en caractères gras, que son plan ne comprend pas de taxes. Car les conservateurs, c’est quelque chose qu’ils ont hérité de M. Harper, sont foncièrement opposés à tout ce qui peut ressembler à une taxe. C’est une hérésie et c’est là le premier talon d’Achille du plan des conservateurs. Car une taxe sur le carbone, cela a l’avantage d’être clair. Il y a quelque chose de limpide dans une taxe. C’est un dénominateur commun qui s’applique à tous, on n’y échappe pas.

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Le défaut du plan libéral, c’est que les entreprises ne sont pas soumises aux mêmes critères que la population. Les conservateurs le leur reprochent d’ailleurs et proposent d’inclure davantage d’entreprises dans leur plan, ciblant toutes celles qui émettent plus de 40 000 tonnes de gaz à effet de serre, plutôt que les 50 000 des libéraux. Mais le plan de M. Scheer est moins transparent, car il propose que les entreprises polluantes se paient une pénalité s’ils outrepassent leur objectif, qu’ils assumeront en recherche et développement vert. Cette idée a bien fait rire les néodémocrates, qui y voient de la mauvaise foi, comme ils en ont vu dans le plan des libéraux.

Le plan d’action des conservateurs est friand de petites mesures anodines face aux grands objectifs de lutte aux gaz à effet de serre. Quand on est rendu à parler de la sauvegarde des oiseaux migrateurs comme la sauvagine, c’est qu’on racle le fond des tiroirs des idées. Tous les engagements qui commencent par « nous étudierons » et « nous travaillerons » sont vides de sens. Et il y en a beaucoup. Et son « crédit d’impôt pour les habitations écoresponsables » : une fois que seront passées les deux années de ce programme, que fera-t-on ? C’est le silence, et le Canada continuera d’émettre des gaz à effet de serre. 

Et que dire du silence sur tout le secteur des transports, qui représente tout de même 40 % des émissions ?

Le plan conservateur mise sur l’encouragement des technologies vertes et c’est bien, mais est-ce que cela fera une différence dans le monde ? Rappelons que le Canada émet 1,6 % des GES... même si les Canadiens ne représentent que 0,5 % de la population mondiale. Mais les conservateurs pensaient davantage à répondre à la taxe sur le carbone des libéraux plus que tout autre chose.

Pierre Jury

Un remaniement qui en dit long

ÉDITORIAL / Doug Ford y est allé d’un gigantesque remaniement de son gouvernement, jeudi, un branle-bas étonnant après une seule année au pouvoir. Démis de leurs fonctions sont le ministre des Finances, la Procureure générale, la ministre de l’Éducation, la ministre des Services sociaux et la ministre de la Formation des Collèges et Universités, cinq des plus importants portfolios de l’administration en poste.

Vic Fedeli n’aura livré qu’un seul budget aux Finances. Caroline Mulroney se retrouve aux Transports et Lisa Thompson quitte l’Éducation où elle s’est butée à une population frileuse des changements mis de l’avant par le gouvernement Ford. Enfin, Lisa MacLeod, de Nepean, a plié bagage devant la crise du financement de l’autisme tandis que Merrilee Fullerton, de Kanata, a cédé devant les protestations des milieux universitaires, en proie à de profonds bouleversements.

Pierre Jury

Trans Mountain: l’aval s’imposait

ÉDITORIAL / Au fil des années, il était devenu clair que le Canada devait diversifier ses marchés, pétroliers entre autres, du seul acheteur qu’étaient les États-Unis. Il est illogique que le Canada se limite à un seul acheteur en raison de sa position géographique particulière. Compte tenu de la présence du pétrole dans l’ouest du pays plutôt que dans l’est, il semblait également logique que le Canada cible les marchés de l’Asie pour exporter ce précieux or noir.

Ainsi, c’est sans surprise que les Canadiens ont appris, mardi, que le gouvernement de Justin Trudeau a approuvé la construction de l’oléoduc Trans Mountain qui reliera l’Alberta et le terminal maritime à Burnaby, près de Vancouver.

Pierre Jury

Laïcité : un débat qui n’est pas fini

ÉDITORIAL / La Loi sur la laïcité de l’État a été adoptée au Québec, mais le débat est loin d’être terminé. Il y aura des contestations qui traîneront la question en longueur et qui n’enrichiront que les avocats, sur un horizon de trois ou quatre ans probablement. Au-delà des prochaines élections québécoises. Entre-temps, le débat continuera sur le terrain, dans les écoles notamment où la loi s’appliquera de manière irrégulière. Cela mènera nécessairement à un certain exil d’immigrants du Québec vers l’Ontario, fort probablement, où ils trouveront un climat plus accueillant pour les minorités qui portent des signes religieux ostentatoires.

Cet exil ne sera pas important en nombre : quelques milliers, voire quelques dizaines de milliers de citoyens. Ils seront remplacés rapidement par une portion des quelque 40 000 ou 50 000 nouveaux arrivants au Québec chaque année. 

Mais cela enverra un bien mauvais signal aux autres immigrants que le Québec pourrait accueillir. 

La Belle Province est la première juridiction en Amérique du Nord à intervenir directement dans la question des choix religieux de ses citoyens et cela lui vaudra un œil au beurre noir qui durera longtemps.

Pierre Jury

Francophonie: quel héritage?

ÉDITORIAL / La nouvelle secrétaire générale de la Francophonie vient de passer quelques jours à Ottawa et au Québec, où elle a tenu dans ses discours les idées reçues associées à sa fonction. Ainsi, Louise Mushikiwabo a défendu le partage de la richesse, notamment, et a milité pour la place des femmes et le développement de l’Afrique dans l’échiquier mondial.

Mme Mushikiwabo a ainsi réitéré les grands principes défendus par Michaëlle Jean, de qui elle a hérité le poste à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie.

Pierre Jury

Le paradoxe de l’environnement

ÉDITORIAL / Le dévoilement de la stratégie d’élimination du plastique par Justin Trudeau, lundi, marque le vrai début de la campagne électorale fédérale.

Par là, le chef du Parti libéral indique que la campagne est lancée et si personne ne s’en doutait, que l’environnement sera l’un des éléments clefs de son programme.

Pierre Jury

Le référendum, étape nécessaire

ÉDITORIAL / Les discussions sur une réforme du scrutin ont repris. Cette fois, c’est le Québec qui s’y met. Au cours des dernières années, l’Île-du-Prince-Édouard, la Colombie-Britannique et l’Ontario ont tous refusé de revoir comment ils choisissaient leurs députés. Et le fédéral, après les promesses électorales de Justin Trudeau, a vu le premier ministre remettre le dossier à plus tard.

Au Québec, le gouvernement de la Coalition avenir Québec s’était engagé à déposer un projet de loi en ce sens. Cela devrait être fait cet automne. La CAQ mise sur un mode de scrutin proportionnel mixte où 80 députés « de circonscriptions » seraient élus comme avant, et 45 seraient des « députés de liste », représentant deux ou trois circonscriptions. 

Le principal lobby en faveur de la réforme du scrutin, le Mouvement démocratie nouvelle, applaudit ces développements. Mais son président Jean-Pierre Charbonneau, l’ancien président de l’Assemblée nationale, perçoit bien des failles dans l’armure du projet. Comme le fait de recommander que le projet soit entériné par un référendum, ce qui retarderait sa concrétisation et surtout, la fragiliserait. 

Le premier ministre François Legault a soufflé le chaud et le froid sur cet élément depuis quelques mois. Jusqu’à tout récemment, il s’opposait à l’idée d’un référendum. Il ne serait plus tout à fait sûr.

Pourtant, un tel changement dans la manière que nous élisons nos députés s’avère tellement essentiel, cela va tellement au cœur de notre démocratie, qu’il est difficile de voir comment une telle idée pourrait être mise de l’avant sans que la population ne se prononce.

Certes, c’est à cette étape qu’ailleurs au pays, les projets de réforme du scrutin se sont cassé les dents. À chaque fois que les électeurs étaient consultés, ce sont eux qui ont refusé les changements. 

Il faut alors faire attention de prétendre que les Québécois en appellent de tous leurs vœux une réforme du scrutin. Rien n’est moins sûr. Et même au sein de la députation caquiste, rien n’est moins sûr. Des failles sont apparues cette semaine et il restera à voir où elle logera si le gouvernement loge bien un projet de loi cet automne, et s’il exige à ses députés de voter en faveur. Il s’agit tout à fait du genre d’initiative où les élus voteraient selon leur conscience. 

Cela dit, pourquoi appuyer une réforme du scrutin ? Pour stimuler les Québécois à voter en plus grand nombre ? 

Mais les pays où cela a été mis en vigueur n’ont pas connu d’augmentation : c’est un leurre d’y croire. Pour appuyer des idées moins populaires ? C’est justement pourquoi il faut s’y opposer. Si des idées sont partagées par moins d’électeurs, c’est précisément parce qu’elles sont parcellaires. Certains plans des partis d’opposition marginaux ne réunissent pas une majorité d’appuis justement parce que leurs idées sont à la marge, trop coûteuses ou trop difficiles à mettre en place. C’est justement la raison pourquoi ils demeurent des tiers partis, bien que leur présence soit saine et bienvenue dans notre démocratie. Par-dessus tout, il y a le risque de morceler l’Assemblée nationale avec l’émergence de trois, quatre ou cinq autres partis politiques chacun débattant leur programme et obtenant quelques sièges au parlement. 

Le régime uninominal à un tour, malgré ses défauts, permet de créer des gouvernements majoritaires stables, tout en allouant la division autour de minoritaires. C’est le beau de notre démocratie.

Avant de jeter cette mécanique aux déchets, il faut bien y réfléchir. Et cela inclut de faire adopter le projet par la population dans le cadre d’un référendum.

Pierre Jury

Difficile, l’an 1 de Ford en Ontario

ÉDITORIAL / Un an depuis l’élection de Doug Ford en Ontario : le feu roulant des coupes budgétaires, qui ont commencé dès les premiers jours du pouvoir, n’ont cessé et ne cesseront pas de sitôt. Il reste encore beaucoup de travail à faire pour éliminer le déficit de 11,7 milliards $ dont il a hérité des libéraux de l’ex-chef Kathleen Wynne.

Le Parti progressiste-conservateur a été kidnappé par Doug Ford, au lendemain de la démission de Patrick Brown sous des accusations non prouvées d’agression sexuelle. En 10 semaines à peine, M. Ford tenait le Parti PC bien en mains, avec un chèque en blanc en poche. Il a choisi d’y aller avec un message populiste de redressement des finances publiques et il n’a plus regardé derrière lui. Il fonce tête baissée vers son objectif, qu’importe les conséquences.

Pierre Jury

Le triste film du train léger

ÉDITORIAL / Cela devient un mauvais spectacle de ridicule. Pour la quatrième fois, la date de lancement du train léger à Ottawa est repoussée. Le pire, c’est que le Groupe de transport Rideau (RTG) ne peut même pas avancer une date qui ne serait pas aléatoire, ou tirée d’un chapeau.

Les autorités municipales ne savent plus à quel saint se vouer.

Pierre Jury

La commission sur le « génocide »...

ÉDITORIAL / Génocide : le mot est partout dans le rapport de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Tant qu’on en est obnubilé.

Était-ce volontaire ? Sans doute, car les Canadiens avaient besoin d’un électro-choc pour être mus vers l’action, disent les commissaires. Malheureusement, ces références à un génocide polarisent le débat et viennent nuire à l’Enquête dès ses premières pages. La réalité, c’est que malgré sa bonne volonté, la population ne sait trop bien que faire et que penser de leurs relations avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis qui chacun et à des degrés divers selon l’endroit où ils sont, exigent des réponses différentes des autorités. Le gouvernement du Canada, à titre de fiduciaire des relations avec les Premières Nations, leur doit une réponse, et on le sent plus ouvert à le faire aujourd’hui qu’il y a 25 ans, à l’époque de la Commission royale sur les Peuples autochtones.

Génocide : vidons la question alors. Le rapport dit : «Le génocide est la somme des pratiques sociales, des hypothèses et des actions. Ce pays est en guerre et les femmes, les filles et les personnes autochtones sont en état de siège.»

Le Canada reconnaît cinq génocides : l’Holocauste, l’Homodomor ukrainien, le génocide arménien de 1915, le génocide du Rwanda de 1994 et le nettoyage ethnique de Bosnie entre 1992 et 1995. Mais les Autochtones n’étaient pas là lorsque la définition a été arrêtée en 1947. Mais doit-on inclure tous les peuples autochtones du monde, les Maoris, les aborigènes, les Indiens des Amériques et tutti quanti, pour qu’une définition soit acceptable ? Et que faire des autres peuples qui se réclameront eux aussi de génocide à l’avenir ? On n’en finira jamais et l’argument de la commissaire Michèle Audette ne tient pas la route.

Le Canada, en fait, n’est pas «en guerre» contre les femmes, autochtones ou non, bien qu’elles aient été trop souvent victimes de violences. Il existe un fossé entre ce que la commission statue et la réalité, aussi cruelle soit-elle parfois. 

Le rapport prend sa source en 2016 dans le fait qu’il y aurait quelque 3000 femmes autochtones disparues ou assassinées au Canada depuis quelque 25 ans. Le rapport estime que «nul ne connaît le nombre exact». Parce que le gouvernement a librement encadré le débat «notamment les causes sociales, économiques, culturelles, institutionnelles et historiques», la commission d’enquête les a élargies jusqu’au génocide, ce que la commission Vérité et réconciliation ne faisait pas, qui a déposé son rapport sur les pensionnats autochtones en 2015. 

La première réponse du gouvernement du Canada était révélatrice. Alors que l’on connaît le préjugé favorable du premier ministre Justin Trudeau sur les questions autochtones, il s’est limité à dire que son gouvernement étudierait les 231 recommandations, sans s’engager à les mettre en œuvre... alors qu’il l’avait fait avec les 94 recommandations de la commission Vérité et réconciliation. Il est demeuré de glace devant le mot «génocide», lui préférant «situation honteuse». Cela dit tout.

Certaines risquent d’être adoptées, telle la création d’un ombudsman des droits des Autochtones, ainsi que des organismes de surveillance de la police, au Québec (qui a droit à son rapport indépendant) comme ailleurs au pays. Mais l’essentiel risque de se retrouver sur les tablettes, comme bien des rapports de commission d’enquête, autochtone ou pas.

Pierre Jury

Mort assistée: agir avec prudence

ÉDITORIAL / Il vaut mieux prendre deux précautions plutôt qu’une dans le débat sur l’aide médicale à mourir.

Le Québec a laissé savoir qu’il envisage étendre l’aide médicale à mourir aux patients qui souffrent de l’Alzheimer. La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a dit que « le Québec est rendu à se pencher sur cette question-là ».

Pierre Jury

Legault et ses rêves doux-amers

ÉDITORIAL / La Coalition avenir Québec a fait un feu d’artifices de son congrès baptisé «Pour une économie verte», en fin de semaine. La présence du militant Dominic Champagne, qui avait acheté sa carte de membre du parti (pour mieux l’influencer de l’intérieur, a-t-il dit), a été un couronnement.

Notoirement discret sur la question de l’environnement, le chef François Legault opère ce qui apparaît comme un revirement total de vision à ce sujet. Il s’est engagé, entre autres, à réduire la consommation québécoise de produits pétroliers de 40 % d’ici 2030, notamment en électrifiant les transports et en éliminant le mazout des édifices publics du Québec.

Pierre Jury

Doug Ford est bien mal conseillé

ÉDITORIAL / Le virage à 180 degrés effectué par le gouvernement de Doug Ford, dans les compressions qu’il veut imposer aux 444 municipalités de l’Ontario, illustre bien qu’il est mal conseillé, ce qui le laisse prendre des décisions malencontreuses, même erronées.

On aura compris qu’il n’y a pas une cible à l’abri dans l’objectif de ce gouvernement de réduire le déficit de 11,7 milliards $. La santé et l’éducation, réputées à l’abri des coupes, ne le sont pas. Dans la décision qui a été renversée, lundi, ce sont les budgets liés aux ambulanciers, à la santé publique et aux services de garde. La proposition du gouvernement du Parti progressiste-conservateur, fidèle au budget qu’il avait déposé le 11 avril, était de fournir 7,35 millions $ aux plus grandes municipalités de l’Ontario pour les aider à trouver des économies dans ces services. Pour la seule Ville de Toronto, les économies prévues étaient de l’ordre de 178 millions $.  

Le gouvernement a aussi annoncé que les unités de santé publique verraient leur formule de financement modifiée à la baisse, de 100 % à 75 %, voire 60 à 70 %, et à 50 % dans le seul cas de Toronto.

Ces restrictions budgétaires étaient imposées rétroactivement. C’est-à-dire que le financement était amputé même si les villes s’étaient déjà engagées à payer certains frais, sans se douter que des coupes allaient leur tomber sur la tête ultérieurement. Cette manière de faire était particulièrement cavalière puisque les sommes sont déjà déboursées : cela fait doublement mal aux municipalités de récupérer l’équivalent de ces sommes. Les villes doivent couper davantage dans les services qu’ils rendront, juste pour payer la part que l’Ontario ne paie plus.

Évidemment, les villes ont rechigné. Et fort. 

Cette décision est survenue alors que des sondages, notamment des firmes Recherche Mainstreet et Ipsos, ont démontré que les conservateurs de l’Ontario ont pris une débarque dans l’opinion publique, ces derniers mois. Largement premiers jusqu’au dépôt du budget, les voilà glissés au deuxième, voire au troisième rang.

Surprise, lundi, alors que le gouvernement de Doug Ford a annoncé qu’il mettait ces compressions sur la glace. Pour 2019, les villes recouvreront leur marge de manœuvre. Mais l’an prochain, ces coupes s’appliqueront. Au moins auront-elles eu le temps de les voir venir.

Le gouvernement, bon prince, se vante aujourd’hui d’en être un « qui écoute », a dit M. Ford. 

Le ministre des Affaires municipales, Steve Clark, a indiqué que l’annonce était « une très bonne réponse à ce que disaient nos partenaires municipaux ».

Des « partenaires » dont le gouvernement ne savait que faire il y a quelques jours à peine, faut-il préciser. Des partenaires dont il ignore les avis, obnubilé qu’il est de réduire le déficit.

Plusieurs s’entendent qu’il est sain de réduire le déficit de l’Ontario, et que le gouvernement libéral qui a précédé y est allé pas mal fort avec ses cadeaux électoraux. Kathleen Wynne distribuait les centaines de millions à gauche et à droite dans l’espoir que ses libéraux seraient réélus.

Mais il est bien mal avisé de couper dans des budgets déjà dépensés. 

Ce gouvernement prend des décisions sans clairement soupeser les deux côtés, et le fait sans prendre en compte les contrats et conventions déjà signées. Il le fait en croyant avoir le mandat de la population d’imposer ses vues de façon aveugle. Il a le mandat de gouverner, oui, mais pas aveuglément. Pas rétroactivement. Doug Ford a fait face à la tempête et il a rebroussé chemin. Bien. Il devrait le faire plus souvent et tempérer ses ardeurs.

Pierre Jury

Le Parti conservateur de l’Ontario écoutera-t-il?

ÉDITORIAL / Ce n’est pas un glissement, mais une réelle dégringolade que le gouvernement de Doug Ford a subie dans l’opinion publique, si l’on en croit le plus récent sondage de la firme Recherche Mainstreet.

Le Parti progressiste-conservateur de l’Ontario a été élu avec 40,5 % des voix en juin 2018, ce qui lui valait une large majorité de 76 des 124 sièges. Cet avantage s’est largement maintenu jusqu’en janvier, où ils réunissaient encore environ 40 % de l’opinion publique. Le printemps leur fut fatal. De 40 à 34 % en février, puis à 22,4 % maintenant. Il s’agit vraiment d’une dégringolade, car les voilà maintenant derrière le Parti libéral (39,9 %) et le Nouveau Parti démocratique (24,2 %). Cette baisse de 18 points de la faveur du public se constate chez d’autres maisons de sondage. Ipsos parle d’une baisse de 11 points, quant à lui.

Il faut relativiser cependant.

La magistrale remontée des libéraux est bien artificielle. Le parti n’a pas de chef et vient de perdre deux de ses sept députés, Marie-France Lalonde et Nathalie Des Rosiers. Il y a deux candidats à la direction, mais personne ne sait vraiment quand les libéraux se choisiront un nouveau chef. Il faut donc réaliser que le 39,9 % n’est que le résultat d’un problème de désaffection face aux conservateurs, et non pas un ralliement derrière un chef ou même un programme électoral, ce que les libéraux sont encore moins proches de se donner. 

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Quant aux néo-démocrates sous Andrea Horwath, à 24,2 %, ils sont à peu près retombés à leurs niveaux passés, soit autour de 22, 23 % qu’ils avaient enregistré en 2011 et en 2014. Ce qui demeure bien supérieur aux performances de son prédécesseur Howard Hampton, soit dit en passant. Mme Horwath récolte d’ailleurs 50 % des intentions de vote quant au chef de parti le plus estimé. Ce n’est pas anodin, mais encore là, il s’agit de chiffres gonflés devant l’écrasement de Doug Ford et l’absence d’un chef libéral.

Que doit faire le Parti conservateur devant cet abominable effondrement ?

D’abord, il doit valider ces chiffres catastrophiques avec leurs propres sondages à l’interne. Ce n’est pas parce qu’une ou deux firmes de sondage vous prédisent une calamité que l’on doit aussitôt réagir avec empressement. Ils doivent vérifier si ces coups de sonde apparaissent valides, s’ils représentent bien l’ensemble des Ontariens. Cela ne semble pas les déranger à ce moment-ci puisque le ministre des Affaires municipales, Steve Clark, disait hier encore que le sondage qui compte est l’élection. Il ne s’agit là que du blabla politique. Le PC doit bien écouter les Ontariens pendant tout leur quadriennat, et pas juste tous les quatre ans. Tout en nuançant les résultats, bien sûr.

Puis, les conservateurs doivent corriger le tir. Cette dégringolade signale que la population ontarienne n’est pas au diapason du parti. Elle réalise bien l’ampleur du déficit auquel le gouvernement est confronté, mais elle n’achète pas les méthodes proposées. Les gens n’aiment pas les remèdes de cheval et il en faut un : mais celui des conservateurs est trop fort, trop amer. 

Il donne l’impression de tout vouloir couper, partout. En santé, dans les villes, en éducation, en tourisme, en services sociaux, tout le monde y goûte. Le gouvernement doit mettre l’accent, comme il le fait, sur la reprise économique, mais adoucir ses volontés de couper. Il doit faire confiance que les marchés reprendront de la vigueur, et qu’il faudra du temps. Davantage que les cinq ans qu’il prévoit. 

Mais c’est bien illusoire, tout cela. Combien gageront que les conservateurs s’entêteront dans leur lutte aveugle au déficit ? 

Pierre Jury

Brillant bulletin livré aux Gatinois

ÉDITORIAL / Bonne nouvelle, la police de Gatineau a constaté une baisse sensible de 4 % des crimes commis sur son territoire. C’est un recul marqué qui ajoute à la crédibilité parfois entachée du Service de police. On prend les fleurs quand elles passent...

D’abord, notons le profond écart entre les cas de conduites affaiblies par l’alcool, au nombre de 260, par rapport aux cas de conduites affaiblies par la drogue, au nombre de 17. Si nous ne savons pas encore quel est l’ennemi public numéro 1, nous ne le saurons jamais. L’alcool au volant demeure encore la grande menace, surtout chez les 35 ans et plus, pour lesquels l’alcool est la «drogue» de choix.