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Pierre Jury

La bonne décision de Jean Charest

ÉDITORIAL / Jean Charest a choisi son camp : « Après avoir été longuement sollicité, j’ai beaucoup réfléchi et consulté, et je ne serai pas candidat à la direction du Parti conservateur du Canada. »

Cela laisse le champ libre aux Peter MacKay et Rona Ambrose, les deux candidats favorisés par l’establishment du parti, de bâtir des consensus autour de leur nomination. Et accessoirement, aux autres candidats que sont Erin O’Toole, Pierre Poilievre et autre Marilyn Gladu de tenter de se faufiler jusqu’à la couronne.

Évidemment, tous ces candidats n’ont pas confirmé leurs intentions à ce moment-ci. Rona Ambrose est celle que tout le monde attend, et elle se fait tirer l’oreille. Dans le cas de MM. O’Toole et Poilievre, c’est un secret de Polichinelle qu’ils seront de la course. Ils attendent l’instant propice pour révéler leurs volontés.

Mais Jean Charest était le principal Québécois à être tenté par l’aventure. Il dit y avoir longuement réfléchi pendant la période des Fêtes, car le chef Andrew Scheer a fait état de son intention de laisser la direction du Parti conservateur du Canada (PCC) le 12 décembre dernier. 

Jean Charest n’a peut-être pas été surpris de sa cote de popularité. Dans une entrevue exclusive consentie à Patrice Roy sur les ondes de Radio-Canada, il a précisé avoir renoué avec des fidèles du parti d’il y a plus de 30 ans. Ils l’exhortaient à se présenter. Il faut savoir que M. Charest a été leader du Parti progressiste-conservateur de 1993 à 1998, lorsqu’il a quitté pour aller diriger les libéraux du Québec. Il a été premier ministre de 2003 à 2012. Mais il a estimé que le fossé était trop grand entre les progressistes-conservateurs et le PCC. Et les règles de cette course au leadership ne sont pas propices à un candidat de l’extérieur du parti, a-t-il aussi confié.

Assurément, le Parti progressiste-conservateur n’est pas le Parti conservateur du Canada qu’a fondé Stephen Harper. M. Charest en est bien conscient. Le changement de nom correspond à un virage à droite du parti sur de nombreuses questions, notamment l’environnement, le port d’armes, l’avortement, le mariage gai, etc. Jean Charest a adopté les valeurs libérales au fil de son passage, mais ce n’était pas si difficile que ça. Sur l’environnement et les questions sociales, son Parti progressiste-conservateur était très près du Parti libéral du Québec. 

Après une décennie et demie sous M. Harper et M. Scheer, il est temps que le Parti conservateur revienne un peu plus au centre, un peu plus près de ce qu’il était du temps du Parti progressiste-conservateur. Des forces souterraines, exercées par M. Harper soupçonne-t-on, luttent contre ce virage vers le centre. Il reste à voir jusqu’à quel point ce réalignement de positions cruciales au PCC s’articulera sous un nouveau chef. 

Et puis, il y a toutes les questions sur le financement politique et l’enquête interminable que l’Unité permanente anticorruption a baptisé « Mâchurer ». Le dévoilement d’anciens éléments d’enquête jusque-là dissimulés, la semaine dernière, ne sera pas étranger à la timidité de Jean Charest de reprendre le cours de sa vie politique active. Il attend depuis six ans que l’UPAC dépose des accusations, et elles ne viennent toujours pas. Mais le PCC aurait-il bien vécu avec un chef obscurci par le nuage de l’UPAC ? M. Charest a conclu qu’il n’avait pas besoin de revivre sous cette ombre, bien qu’il persiste à dire qu’il n’a « rien à se reprocher ». 

Depuis qu’il a repris sa carrière d’avocat, il vit mieux qu’avant. 

Pourquoi insister ? Il aura été séduit par l’idée... puis après mûre réflexion, il se sera ravisé. Somme toute, Jean Charest a pris une bonne décision.

Pierre Jury

Les 110 ans de l’AFO

ÉDITORIAL / L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario célèbre ses 110 ans cette année. Quel chemin elle a parcouru depuis 1910 !

Elle n’a pas débuté dans la discrétion. En effet, 1200 délégués s’étaient donné rendez-vous pour fonder l’Association canadienne-française d’éducation de l’Ontario (ACFÉO). Cela fait deux ans que ça se parle au sein d’une communauté en forte croissance. Elle compte déjà 210 000 personnes et augmente dans le nord et l’est, tout particulièrement. Napoléon-Antoine Belcourt, premier Franco-Ontarien à présider la Chambre des communes, est choisi à l’unanimité pour en diriger les premiers pas. Il restera en poste le plus longtemps de l’histoire.

Le premier objectif est de lutter contre le règlement XVII. Cela prendra quelques années, mais les fondateurs y parviendront. Le rôle du journal Le Droit, fondé en 1913 pour galvaniser l’esprit de ces troupes, y joue un grand rôle. 

L’ACFÉO change de nom pour ACFO en 1969 : l’Association canadienne-française de l’Ontario correspond mieux à une ère de développement. Cela durera une trentaine d’années et dans les années 1990, l’ACFO s’essouffle. Certaines de ses sections locales n’arrivent pas à générer suffisamment d’intérêt pour se renouveler. S’en suit un long exercice de redéfinition et de repositionnement qui mènera presque à sa perte. C’est un miracle que SOS Montfort ait réussi malgré les soucis de l’ACFO. 

Avance rapide jusqu’en 2006. Mariette Carrier-Fraser assume la présidence d’une association « refondée », l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. En raison de la forte immigration, le visage des Franco-Ontariens a bien changé. Ils ne sont plus que blancs et catholiques. Elle sera suivie par Denis Vaillancourt, de 2010 à 2016, puis Carol Jolin, depuis quatre ans.

Depuis quelques années, l’AFO occupe son erre d’aller. 

L’influence tranquille de son directeur général, Peter Hominuk, se fait sentir. L’AFO a concentré ses efforts et ne perd plus autant de son temps en querelles internes aussi futiles qu’elles gaspillent des énergies essentielles. Lorsque l’AFO s’attaque à un dossier, comme le hiatus imposé à l’Université de l’Ontario français (UOF) et la fin du Commissariat aux services en français, elle s’y prend avec méthodologie, résolution et force. Cela donne des résultats parfois novateurs, comme en fait foi l’entente de financement Ontario-Ottawa où chacun injectera 63 millions $ dans l’UOF, mais à des périodes différentes, au cours des huit premières années. Cela a mis des mois à se négocier, mais l’important, c’est la finalité du projet.

Nous n’entendons plus parler des soucis financiers de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. Les sections locales ont été abandonnées, cessant le traintrain de sections à bout de souffle, de membres et d’argent. Ses assemblées annuelles sont des événements courus où partis politiques, lobbies, dignitaires et membres jouent du coude. Les communautés culturelles y jouent un rôle inégalé dans l’histoire de l’Ontario. 

En 2020, des célébrations fêteront les 110 ans de l’AFO. Mais de façon plus importante, il reste encore beaucoup de dossiers à faire progresser. La communauté a changé, se concentrant davantage dans le centre-sud-ouest de l’Ontario, nourrie par l’apport de nouveaux arrivants. Il faut élargir l’espace francophone, augmenter l’essor économique des Franco-Ontariens, faire croître l’immigration francophone, améliorer le réseautage entre les institutions francophones, bref, renforcer aux 744 000 membres de la communauté francophone un environnement permettant de vivre pleinement en français.

Pierre Jury

Pour investir plus « vert »

ÉDITORIAL / On a fait large cas, cette semaine, de ce professeur qui a démissionné de ses fonctions à l’université McGill en guise de protestations contre ses investissements dans l’industrie du pétrole. Mais cette question continue de diviser profondément les grandes institutions.

N’empêche qu’il y a de quoi se réjouir. La société BlackRock, le plus important gestionnaire d’actifs au monde, a pour sa part annoncé ces jours derniers qu’elle allait immédiatement rediriger ses 7000 milliards $ en investissements plus verts, plus respectueux des changements climatiques. Cela après avoir été la cible de manifestants pendant des années.

C’est un peu un baume sur la plaie subie par Gregory Mikkelson, qui était professeur à McGill depuis 18 ans. Il réclamait depuis des années que l’université anglophone transfère vers des investissements plus verts les 8,7 % des 1,7 milliard $ qu’elle détient en placements, soit environ 148 millions $. McGill a refusé alors que plusieurs universités au Canada l’ont déjà fait. L’université Laval avait été la première en 2017. Mais nous parlons de montants plus symboliques que significatifs, de l’ordre de quelques millions de dollars.

Outre certains cas rares, le désinvestissement des industries fossiles se fait lentement, au terme d’années de pressions, et sur un horizon de plusieurs années, le temps que les institutions puissent rediriger leurs investissements sans que cela ne fasse trop de pertes dans les portefeuilles d’investissements. 

En 2016, l’Université d’Ottawa avait accepté de « réduire l’empreinte carbone de l’ensemble de notre portefeuille de placements d’au moins 30 % d’ici 2030 ». Sur 14 ans donc.

BlackRock s’est engagé à le faire rapidement, sans préciser l’ampleur du mouvement qu’il a annoncé, ni d’échéancier. Au mieux a-t-elle avancé que « nous verrons des changements dans l’allocation des capitaux plus rapidement que nous ne voyons des changements dans le climat lui-même », a affirmé son fondateur et chef de la direction, Laurence Fink. Les changements ont déjà commencé alors que les placements dans les fonds durables ont quadruplé en 2019, par rapport à 2018.

Il y a cependant peut-être un élément accélérateur qui agit en filigrane : la montée en grade d’une nouvelle génération de jeunes investisseurs très concernés par la responsabilité sociale. Pour eux, un horizon de 14 ans, c’est bien trop long. Ils veulent des modifications plus rapidement, et plus drastiquement. Ils militeront pour les investissements plus proches de leurs valeurs, plus verts, et qui iront plus loin que juste investir dans les énergies renouvelables. Cela inclura aussi éviter des placements dans l’industrie du « péché » : cigarette, gambling, etc. C’est ce que l’on appelle plus globalement l’approche ESG, pour leurs facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance d’entreprise. Ce n’est pas seulement de ne pas être investi dans des secteurs plus verts, mais aussi de consacrer son argent dans des entreprises affichant de bons résultats financiers et une bonne performance environnementale, sociale et de gouvernance.

Il est trop tard pour sauver la carrière du professeur Mikkelson. Mais aucun ne doute qu’il se replacera ailleurs. Cependant, il a mis le doigt sur un bobo qui fait mal, et qui fera de plus en plus mal, et de plus en plus profondément. Car cette question ne s’en ira pas toute seule. Nous sommes devant une question de fond (et de fonds !) auquel la société tout entière devra se consacrer au fil des ans. 

Ces sujets n’étaient pas populaires il y a 10 ans. Ils sont maintenant sur toutes les lèvres.

Pierre Jury

Simard libérale, mais pourquoi?

ÉDITORIAL / Amanda Simard a fait ce que plusieurs s’attendaient depuis bien des mois, c’est-à-dire rejoindre le Parti libéral de l’Ontario. Elle avait tourné le dos au Parti progressiste-conservateur pour sa conduite, le jeudi noir du 15 novembre 2018, où il avait suspendu le financement de l’Université de l’Ontario français et mis fin au Commissariat aux services en français. Depuis, c’était le calme plat. Elle refusait toutes les invitations des libéraux, prétextant que sa réflexion n’était pas terminée. Mais ce n’était qu’une question de temps.

Ce temps est arrivé.

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Elle se décrit toujours comme « fiscalement responsable et socialement progressiste », ce qui place Mme Simard à gauche des conservateurs et à droite des libéraux, assez nettement au centre. Ce qu’elle n’est pas, c’est néo-démocrate ou verte, car ces partis n’ont pas enregistré dans sa réflexion. 

Où se retrouvera-t-elle avec un nouveau chef libéral dont ne nous connaissons pas l’identité ? Rappelons que le Parti libéral choisira son futur chef le 7 mars.

Ainsi, il y avait un sens certain lorsqu’elle cultivait le flou artistique sur son avenir politique. En demeurant évasive sur ses intentions prochaines, cela allait dans le sens de l’incertitude cultivée par la députée qui a maintenant 30 ans. Maintenant, elle met fin au suspense. Pourquoi à ce moment-ci ? C’est un mystère.

Amanda Simard a soutenu qu’elle tenait « à faire partie du renouvellement du parti alors qu’il se reconstruit, modernise et prépare pour les années et les générations à venir ». Et si elle ne s’entend pas avec le nouveau chef ? 

Six candidats se font la lutte pour la direction du Parti libéral. Ce sont Michael Coteau, Steven Del Duca, Kate Graham, Brenda Hollingsworth, Mitzie Hunter et Alvin Tedjo. M. Del Duca, qui a été ministre des Transports, puis du Développement économique avant de perdre sa circonscription de Vaughn, serait le favori. Mais cette course se déroule presque dans l’anonymat le plus total. Déjà trois débats ont eu lieu, sans générer une large couverture médiatique. 

Mme Simard a promis de s’impliquer dans la campagne à la direction de son nouveau parti. « C’est certain que je vais participer à la chefferie très attentivement et vous me connaissez, je ne suis pas du genre à rester dans les estrades, a-t-elle commenté. C’est clair que j’ai un intérêt à m’impliquer. »

Mais il y a une chose qu’elle n’a pas fait, avant de confirmer son passage chez les libéraux. C’est d’avertir l’Association libérale de Glengarry-Prescott-Russell de ses intentions. 

Disons qu’ils sont rouges de colère. Elle n’a pas consulté non plus Jean-Marc Lalonde, l’ancien député et bonze libéral dans l’est de l’Ontario. Elle fait son petit bonhomme de chemin, toute seule, dans son coin. Ce qui est conséquent avec son action politique depuis son élection. 

Hormis les dossiers francophones qui lui tiennent à cœur, elle ne semble pas très diligente à s’occuper des autres sujets qui préoccupent ses commettants. Et il y en a plusieurs. Cela lui coûtera des appuis plus tard, lorsqu’elle en aura besoin. 

Par chance, sa réélection ne viendra que dans deux ans et demi : elle a le temps de corriger ses erreurs. Elle pourrait mettre ça sur le dos de son manque d’expérience. N’empêche que ce moment arrivera plus vite qu’elle ne le soupçonne. Cette fixation sur les dossiers francophones risque de lui faire plus de tort que son passage des conservateurs jusqu’au Parti libéral de l’Ontario, compte tenu des longues racines du parti dans ce coin de la province.

Pierre Jury

Que Diab s’adresse à la France

ÉDITORIAL / Hassan Diab tente de soutirer le maximum du gouvernement du Canada pour le procès qu’il a subi concernant l’attentat de la rue Copernic, à Paris. C’est répréhensible car ces procédures n’ont aucune mesure de comparaison avec deux cas fortement médiatisés et dont il semble s’inspirer, ceux d’Omar Khadr et de Maher Arar.

Hassan Diab est ce professeur d’université qui a — faussement, a reconnu la justice française — été soupçonné d’être impliqué dans une attaque terroriste survenue le 3 octobre 1980 à une synagogue de Paris.

Pierre Jury

Harry et Meghan: problèmes royaux

ÉDITORIAL / Depuis que la rumeur veut que le prince Harry et son épouse Meghan Markle viennent s’établir au Canada, les médias n’arrêtent pas d’y aller de leurs suppositions. Alors que nous en savons très, très peu sur leurs réelles intentions.

Deux questions retiennent surtout l’attention. Le prince Harry peut-il être nommé gouverneur général du Canada? Et qui paiera pour les frais liés à leur sécurité quand ils sont ici?

Un sondage du quotidien National Post a indiqué, la semaine dernière, que quelque 60 % de Canadiens seraient favorables à ce que le prince Harry soit nommé gouverneur général. Alors que le poste n’est même pas disponible. Rappelons que Julie Payette, l’astronaute qui a été la seconde Canadienne à monter dans la navette spatiale, a été nommée en juillet 2017. Ses premiers pas ont été ardus dans ses nouvelles fonctions, mais elle semble maintenant s’être bien intégrée. C’est donc dire que le poste de gouverneur général n’est pas disponible, si même le prince Harry le désirait. Bref, c’est une question caduque qui ne mène nulle part.

La réalité, c’est que personne n’a idée de ce que pourrait faire le prince Harry, s’il concrétise ses plans de s’établir au Canada, même à demi-temps. Il a des compétences claires, mais il n’a jamais « travaillé » depuis qu’il a terminé son service militaire. Ce qui pousse certains à se demander s’il ne devrait pas postuler afin d’obtenir son statut de citoyen canadien comme tous les autres immigrants qui sont désireux de s’établir au pays. Cela relève un peu de la chimère et le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, l’a bien vu. Il a convenu qu’il lui trouverait bien quoi faire à ses côtés, sans élaborer davantage. 

Et puis, le gouvernement fédéral détient toujours un pouvoir discrétionnaire qui permet au ministre de l’Immigration de décerner la résidence permanente à la personne de son choix. Un problème réglé.

Quant à Meghan Markle, l’actrice américaine a connu plusieurs années de bonheur à Toronto, alors qu’elle jouait dans la série Suits. Nous ne présumons pas qu’elle reprendrait ses fonctions d’actrice ; elle se consacre maintenant à sa fonction principale de maman du petit Archie, âgé aujourd’hui de 8 mois.

La question qui touche le plus les Canadiens a trait aux frais reliés à la sécurité du prince Harry, de Meghan Markle et de leur poupon. 

Lorsqu’ils sont en visite au Canada, la question ne se pose pas. Le Canada paie les frais de sécurité liés à ses invités. Mais qu’en est-il pour un couple qui viendrait s’installer ici de façon semi ou permanente ? Cet enjeu peut être de taille, car la famille royale peut être gourmande à ce chapitre. Nous ne parlons pas d’un ou deux gardes du corps. S’ils veulent « contrôler » les paparazzi qui leur colle aux semelles, il en faudrait davantage. Bien davantage. Et 24 heures par jour. 

Questionnés sur le sujet, les Canadiens voient la question comme blanc ou noir. C’est peut-être ainsi qu’on leur pose. Alors qu’il y aurait possibilité de négocier avec le couple royal sur leurs attentes et leurs espoirs, sur la capacité de payer des Canadiens et sur un service de base qui pourrait être couvert par le Canada, et des « extras » qui seraient assumés par le couple princier qui n’est pas, il faut le préciser, dénué de moyens, même s’il désire couper les ponts avec la famille royale.

Comme dans toute chose, il y a moyen de s’arranger. Encore faudra-t-il savoir quand et où le prince Harry et son épouse entendent s’établir au Canada...

Pierre Jury

Quelle autonomie aura Kelly Burke ?

ÉDITORIAL / Nous connaissons maintenant le nouveau titulaire du poste de commissaire aux services en français. Il s’agit de Kelly Burke, une avocate qui occupait le poste de sous-ministre adjointe au ministère des Collèges et Universités. Pendant cinq ans, auparavant, Mme Burke détenait un poste équivalent au ministère des Affaires francophones. Ce qui reste à savoir, c’est comment elle définira son nouvel emploi où elle succède, d’une certaine manière, à François Boileau, neuf mois après son départ.

Car le job de commissaire aux services en français, version 2020, ne consiste plus vraiment à faire ce que M. Boileau faisait. La plus importante nuance, c’est qu’elle n’est pas sa propre patronne, comme M. Boileau, qui relevait de l’Assemblée législative de l’Ontario. Dans sa nouvelle mouture, Mme Burke répond à l’ombudsman de l’Ontario, Paul Dubé, depuis que le Commissariat aux services en français a été intégré à celui de l’ombudsman. Cela demeure une inconnue quant à l’autonomie dont elle jouira dans ses nouvelles fonctions. M. Dubé voudra-t-il la conserver près d’elle et superviser son action, ou lui conférera-t-il une large autonomie ? Nous ne le savons pas, nous allons l’apprendre en la regardant aller.

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L’affaire avait fait énormément de bruit lorsqu’elle a été annoncée, le 15 novembre 2018. Le gouvernement de Doug Ford, qui avait dit faire ces coupures pour des raisons financières, s’est retrouvé coincé à admettre que les économies étaient, somme toute, minimes. Il a récupéré les 13 postes du commissariat et les a intégrés au Bureau de l’ombudsman. Il ne restait plus que les frais de bureau qui étaient épargnés. Plus significativement, ce sont les tâches qui relèvent du commissaire aux services en français qui demeurent floues, alors que Mme Burke a commencé son nouvel emploi, lundi. 

Qu’en fera-t-elle ? Comment définira-t-elle son action ? Quelle autonomie lui conférera M. Dubé ? Cela constitue la grande inconnue pour Mme Burke.

Certes, ses états de service ne font point douter de son intérêt pour la francophonie ontarienne. Elle s’est décrite elle-même comme « passionnément Franco-Ontarienne ». Elle a poursuivi : « J’ai sollicité ce rôle car il m’offre une occasion unique de contribuer par mes connaissances et mon expérience à la promotion des droits linguistiques des francophones au sein d’un organisme renommé pour son efficacité ».

Chaque titulaire d’un poste peut raisonnablement en faire ce qu’il désire, dans le cadre des fonctions qui lui sont dévolues. François Boileau a choisi de faire du commissariat une fonction militante et active, où il tentait de venir voir les coups au nom de la communauté franco-ontarienne. Nous en sommes peut-être venus à définir le poste ainsi. Mais Kelly Burke pourrait le voir autrement, plus ou moins militant, ou agissant de façon plus ou moins proactive. Évidemment, elle sera jaugée à l’aune de son prédécesseur, ce qui sera toujours un peu injuste. Elle mettra un peu la fonction « à sa main », pourrait-on dire, et cela reste à voir.

Ce serait plus facile pour Mme Burke si elle avait succédé à François Boileau dans le même poste que lui. Cela n’est pas le cas et nous examinerons constamment le travail qu’elle abattra avec sa fonction de commissaire adjointe à Paul Dubé. Au moins a-t-il choisi une Franco-Ontarienne convaincue, ce qui ne laisse que bien peu de doute sur ses intentions. Une candidature moins militante aurait mis dans l’embarras à la fois M. Dubé et le nouveau commissaire.

Pour le moment, huit mois ont été gaspillés à choisir Kelly Burke. Elle devra combler le retard. Elle aura besoin d’aide. Bonne chance.

Pierre Jury

Les nouveaux défis avec Airbnb

ÉDITORIAL / À ses débuts, l’obsession avec Airbnb était que la société paie la taxe de vente. Il semblait incongru que les locateurs, fussent-ils à court terme, ne paient pas de taxe sur ce commerce électronique. Ils en paient bien quand ils vont à l’hôtel. Quelle est la différence ?

Il y avait une logique certaine derrière cette obsession et dans plusieurs régions, Airbnb s’est plié à une réglementation qui a été rédigée expressément pour la société californienne qui équivaut à un courtier en logement. L’initiative a été laissée aux municipalités : ainsi, les grandes agglomérations les plus touristiques comme Québec, Montréal, Ottawa et Toronto ont toutes adopté des règles différentes, mais somme toute, assez semblables. 

Même si la taxation d’Airbnb n’est pas vieille, l’expérience prend de l’âge. Et les problèmes surgissent. Comme à Ottawa où, cette semaine, une tuerie s’est passée au centre-ville.

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Mercredi matin, quatre personnes occupaient une résidence reconnue comme un Airbnb sur la rue Gilmour. Trois hommes ont subi des blessures, le quatrième est décédé. Ce ne serait pas la première fois que des coups de feu y sont tirés : un autre événement y serait survenu en mai dernier. Et un autre, pas loin, sur la même rue, en octobre 2018. 

Clairement, Airbnb a un problème avec la sécurité des appartements qu’elle loue. Comme le locateur également, qui est une entreprise et pas un individu comme tel. 

Airbnb offre environ 5000 appartements à Ottawa, 3000 à Québec. C’est bien davantage à Paris, où il y en aurait plus de 60 000, ou New York, où ils seraient 50 000. 

Il y a un attrait pour les propriétaires, car louer à la journée, même si on ne loue que quelques journées par mois, est bien plus payant que la location au mois ou à l’année. 

Il y a donc une diversion des appartements qui ne servent plus à la location à long terme, et qui sont plutôt utilisés pour les locations à court terme. 

Cet usage provoque bien d’autres soucis aux propriétaires (lorsqu’ils utilisent leurs vrais noms plutôt que des surnoms qui cachent leur vraie identité), aux voisins et à l’industrie de l’hôtellerie. 

D’abord, la notion même d’« économie de partage » perd de son sens quand une propriété est acquise pour être louée à gros prix via Airbnb. La question des zones touristiques porte à double-sens également. Le secteur de la rue Gilmour, à Ottawa, n’est pas touristique ; il est plutôt patrimonial. S’il y a un attrait certain pour ces quartiers qui donnent l’impression « de vivre chez l’habitant », ces « habitants », justement, commencent à en avoir plein le dos de voir leur vie de quartier modifiée à jamais par des touristes qui viennent et vont à toute heure du jour, qui louent pour y tenir des soirées bien arrosées... quand ce n’est que ça ! Un locataire avait déjà loué une unité pour y tourner un film porno... Sans parler des locataires qui utilisent des propriétés pour camoufler leurs activités illicites à l’abri des regards — il n’y a pas de caméras comme dans les hôtels —, ce qui pourrait bien être le cas dans la tuerie de la rue Gilmour. 

Dans les grandes villes canadiennes, Airbnb ne fait plus de la location « au noir » comme à ses débuts. Mais d’autres enjeux ont surgi depuis un an ou deux. 

Il faudra y voir rapidement et encore là la réglementation risque d’être en retard sur les pratiques commerciales. Et les municipalités n’ont pas les effectifs pour « policer » ce nouveau secteur économique. 

Une chose est sûre : le phénomène est à surveiller !

Pierre Jury

L’Iran mettra-t-il fin au camouflage ?

ÉDITORIAL / Le choc et la peine ont laissé place à l’incompréhension, jeudi, dans l’affaire de cet avion de ligne qui s’est écrasé peu après son décollage de Téhéran. Il est maintenant assez clair que le vol PS752 de la compagnie Ukraine International Airlines a été abattu, par erreur, par un tir de missile sol-air iranien, si l’on en croit le premier ministre Justin Trudeau.

Il est le plus haut responsable à avoir soulevé cette possibilité, sur laquelle subsistent quelques petits doutes encore. Avant lui, le président Donald Trump, aux États-Unis, y avait fait référence, mais en des termes beaucoup plus nuancés. Il voulait surtout nier toute implication de son gouvernement dans cette tragédie.

Pierre Jury

Combien de fois l’éviterons-nous?

ÉDITORIAL / Donald Trump est si imprévisible que l’on pouvait s’attendre à tout de sa part. Mais quand la menace d’une guerre, possiblement nucléaire, pointe à l’horizon, ce n’est certainement pas un atout d’avoir d’un côté un président des États-Unis si difficile à lire.

Mardi, la pression approchait de son paroxysme. L’Iran avait déclenché une attaque sur deux bases militaires américaines en Irak, et le monde attendait la réaction du président. En craignant le pire...

Pierre Jury

Le miroir aux alouettes

ÉDITORIAL / Pour les habitués, et même ceux qui surveillent le club à distance, c’est toute une révolution qui a secoué les Olympiques de Gatineau. Mais personne ne s’attendait à un tel revirement. Est-ce que cela durera ?

En décembre, l’équipe n’allait nulle part. L’assistance aux matches dégringolait. Le club traînait une séquence noire de 12 défaites consécutives. Il occupait l’avant-dernier rang de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, loin derrière l’équipe devant lui.

La colère grondait « au deuxième étage ». Puis, les vannes ont cédé. Le directeur-gérant et copropriétaire Alain Sear, loin de s’accrocher à son poste, annonce son départ. Le lendemain, c’est au tour du président Martin Lacasse de faire de même. Un ménage comme on n’en a pas vu souvent dans l’histoire du club. 

La mainmise de M. Sear sur les Olympiques était inégalée. Il contrôlait tout, directement ou indirectement. S’il avait connu du succès, cela se serait compris. Mais ce n’était pas le cas. Le club s’enlisait dans la médiocrité. Sa montée en grade s’était faite lentement, étape par étape. De simple investisseur, en 2004, il avait progressivement accumulé les fonctions de plus en plus du côté hockey. De fait, il n’a pas fait que du mauvais. Il s’était généralement entouré de bons entraîneurs. Mais dans la performance des Olympiques, ça paraissait. 

Depuis 2005, le club n’a terminé plus haut que la troisième position qu’une seule fois, en 2008-2009. En séries éliminatoires, une seule belle performance, en 2007-2008, avec une conquête de la Coupe du président. Depuis 2009, les Olympiques croupissaient au milieu ou vers la queue de leur division. C’est une anomalie dans le hockey junior où le cycle en est un de trois ans : une année on perd, une année on construit, une année on remporte. Quand le club s’enlise pendant 10 ans, c’est qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. Quand le club ne passe pas les quarts de finale en série éliminatoire pendant huit ans, il y a plus que de la malchance.

Alain Sear est donc parti, Martin Lacasse aussi. Remplacés par Marc Saumier et Norman MacMillan. Ce dernier est un vieux routier de l’administration, député et ministre sous les libéraux. C’est un retour aux sources, en quelque sorte. Pour Marc Saumier, voilà qui est beaucoup plus périlleux. Il est un ancien joueur de premier plan dans les années 1980, à Gatineau et Longueuil. Après une carrière d’une dizaine d’années dans les rangs professionnels mineurs, il n’a passé qu’une saison comme adjoint avec le Titan d’Acadie-Bathurst. C’est un très grand pas en avant pour lui, mais les premiers signes qu’il envoie sont positifs. 

D’autres devraient se joindre à eux, notamment Luc Robitaille, l’ex-vedette des Olympiques devenue président des Kings de Los Angeles, où il a connu une fructueuse carrière professionnelle. La rumeur est qu’il se joindrait aux Olympiques comme actionnaire.

Entre temps, le club s’est remis à gagner. Cinq victoires d’affilée ! Pour une équipe de queue, voilà qui est prodigieux. Avant d’échapper un match, dimanche, tous les espoirs renaissaient. Mais c’est beaucoup trop vite. D’autant plus que Marc Saumier vient d’échanger son capitaine Charles-Antoine Roy. L’offre du Phoenix de Sherbrooke était trop belle.

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Il ne faut pas se créer de faux espoirs. C’est encore le temps du pain noir. Les succès sont illusoires. 

M. Saumier demeure fidèle à son plan, tandis que Norm MacMillan s’occupe des questions administratives. Le temps de la victoire n’est pas aujourd’hui. Ce n’est qu’un miroir aux alouettes.

Pierre Jury

Début du procès le plus médiatisé

ÉDITORIAL / Replaçons-nous à la fin de 2017. Un producteur de cinéma, Harvey Weinstein, est accusé par des dizaines de femmes de diverses agressions sexuelles. Et pas les plus anonymes. Certaines sont très connues : Angelina Jolie, Gwyneth Paltrow, Uma Thurman et Léa Seydoux, entre autres. Le dévoilement de ces actes fortement répréhensibles agit comme un barrage qui s’effondre.

Ce fut le tsunami au point où un nouveau mot-clic, #MeToo (et sa version française, #MoiAussi) a été créé pour fédérer tout le mouvement des victimes alléguées.

Pierre Jury

Une évasion de grand chemin

ÉDITORIAL / L’une des grandes histoires internationales en cours concerne le sort de Carlos Ghosn, l’ancien patron de Renault-Nissan. Sa récente fuite du Japon vers le Liban, cette semaine, a des airs de poursuite mondiale, avec des bouts mystérieux qui sont toujours sans réponse.

Mais cette évasion du pays du Soleil levant, où il était assigné à résidence en attendant son procès, équivaut à une esquive de ses responsabilités et ne doit pas être endossée, encore moins applaudie. 

Le Japon n’a rien d’une république de bananes et les accusations dont il faisait l’objet étaient sérieuses. Il ne faut pas permettre à un accusé de quitter un pays juste parce qu’il croit subir un simulacre de justice.

« Je ne serai plus otage d’un système judiciaire japonais truqué dans lequel la culpabilité est présumée. Je n’ai pas fui la justice – j’échappe à l’injustice et la persécution politique », a-t-il soutenu à son arrivée au Liban, le 31 décembre 2019.

Ça, c’est sa perception. 

Nous l’entendons mais ne la partageons pas. Et en se réfugiant dans le pays de ses ancêtres, il se place aussi à l’abri d’une quelconque extradition puisqu’il n’y a pas de traité entre le Liban et le Japon. 

M. Ghosn était une figure illustre dans l’industrie automobile. Très jeune, il est envoyé de la France vers l’Amérique du sud pour y sauver les opérations des pneus Michelin. Puis, il est passé chez Renault, où il a réduit les effectifs et introduit de nouvelles méthodes de production. 

Enfin, en 1999, il a proposé la fusion avec la société japonaise Nissan où il a piloté un retour à la profitabilité en un an à peine, mais à quel coût ! Il a éliminé 14 000 emplois, réduit le nombre d’usines et de fournisseurs et vendu une filiale en aérospatiale. Davantage, il a proposé des modifications fondamentales de fonctionnement en faisant fi du système de promotions basé sur l’ancienneté et l’âge. 

Ces changements, impensables pour un Japonais, pouvaient se faire car M. Ghosn était Brésilien de naissance, Libanais d’origine, et Français de culture.

En un an à peine, il a transformé une perte de 6,5 milliards $ en un gain de 2,7 milliards $.

Mais l’appât du gain a fini par avoir raison de ses ambitions. 

Tout est lié à des paiements et des bénéfices de retraite. 

Entre 2009 et 2018, il aurait camouflé plus de 90 millions $ à l’abri des regards des investisseurs et du public. Il y avait des paiements discrets de l’ordre de millions de dollars pour des résidences à Beyrouth, Paris, Amsterdam et Rio de Janeiro, des frais de vacances payés par Nissan, etc. 

Il a fini par plaider coupable aux États-Unis, Nissan payant une amende de 15 millions $ et lui, 1 million $. Son principal adjoint a aussi écopé. 

Lui permettre d’éviter les conséquences de ses gestes serait une grave atteinte au droit japonais et international. Il s’est évadé de son pays d’adoption par un subterfuge inconnu — certains soupçonnent qu’il ait été dissimulé dans un boîtier d’instrument de musique car on a perdu sa trace entre le moment où il est sorti de sa résidence surveillée et celui où il réapparaît en Turquie, en transit vers le Liban. 

Peu importe la manière qu’il a quitté le Japon, le comportement de Carlos Ghosn est inacceptable. Il s’expliquera la semaine prochaine mais le mal est fait. Il a évité les conséquences de ses gestes, possiblement une amende et/ou de la prison. Il savait ce qu’il faisait et doit maintenant en assumer la suite. Rien de moins. Malheureusement, il semble que tout procès se fera in absentia. 

Pierre Jury

L’Australie en feu ? Épiphénomène !

ÉDITORIAL / L’année 2019 a été celle des changements climatiques au Canada, avec une élection fédérale qui s’est jouée principalement sur cette question. Plusieurs soupçonnaient les questions de probité du gouvernement de Justin Trudeau, pour la manière dont il a piloté le dossier de SNC-Lavalin, envenimé par la ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould qui a été évincée de ses fonctions. Mais les conservateurs d’Andrew Scheer ne sont pas parvenus à coincer le gouvernement avec une accusation claire sur le sujet et les libéraux de M. Trudeau ont obtenu un second mandat.

La question principale a donc été la pertinence d’imposer une taxe sur le carbone au Canada. Les libéraux ont réussi à s’illustrer dans ce domaine, même s’ils ont soufflé le chaud et le froid en achetant le pipeline Trans Mountain dans l’Ouest canadien en 2018.

Au Québec, tout particulièrement, la marche sur l’environnement a marqué l’actualité, ancrée autour de la présence de Greta Thunberg, la jeune militante suédoise qui a galvanisé l’opinion publique sur le sujet, au point d’être nommée Personnalité de l’année par le prestigieux magazine Time.

L’année 2019 s’est achevée sur des scènes apocalyptiques venues de l’Australie avec des pointes de chaleur atteignant les 40 degrés Celsius par endroits. Cela a provoqué de gigantesques feux de forêt qui ont consumé une zone grande comme l’équivalent du Danemark. Aux quatre coins de cet immense pays, des feux font rage. Des milliers de gens sont déplacés, des centaines de maisons sont la proie des flammes, les services d’urgence sont débordés, des gens sont forcés de se réfugier sur le bord de la mer pour se protéger des feux. Plusieurs pointent du doigt les changements climatiques. 

De fait, l’Australie est l’un des pires acteurs au monde à ce chapitre. Les mines de charbon sont l’une des principales causes, alors que l’Australie est le quatrième joueur en importance avec 6,9 % de la production mondiale en 2016, et exporte le tiers de son volume mondial vers les pays d’Asie. L’essentiel de ses émissions de dioxyde de carbone est imputable à ses centrales au charbon, qui génèrent 29 % de son total de gaz à effet de serre.

L’Australie est aussi incapable d’arrêter une politique nette. L’instabilité de ses gouvernements provoque des arrêts et des départs dans le domaine des émissions de GES ; le présent gouvernement de Scott Morrison, par exemple, refuse d’agir pour ne pas mettre en péril les milliers d’emplois liés à l’industrie du charbon. 

L’Australie ne fera rien de significatif avec ses feux de forêt. Elle espérera que la vague de chaleur passera, ce qu’elle fera naturellement. De toute manière, toute action prise maintenant pour lutter contre les GES n’aura pas d’impact tout de suite. Cela incite à la paresse, à l’inaction.

Et puis, ce ne sont que de petites villes de 10 000 ou 20 000 habitants qui sont touchées. Ce n’est pas comme si Canberra, à 75 km des feux d’aujourd’hui, ou Sydney, à 175 km de distance, était consumée. En fait, tant que ce ne sera pas le cas, il n’y aura pas d’urgence. Les consciences ne s’éveilleront pas. C’est bien dommage, mais c’est comme ça.

Il faudra une calamité, des milliers de citoyens touchés dans plusieurs grandes villes, dont les États-Unis, le plus grand pays négationniste des changements climatiques, pour que les choses commencent à changer.

Et encore.

Pierre Jury

Le Droit, journal coopérant

ÉDITORIAL / Voilà qui est fait. Le Droit, Le Nouvelliste, Le Quotidien, Le Soleil, La Tribune et La Voix de l’Est sont maintenant des coopératives. C’est toujours une grande étape dans la vie d’un journal que d’accueillir un nouveau propriétaire, ce l’est encore davantage quand nous passons à un mode de propriété coopérative, où les employés jouent collectivement tous un rôle de gestionnaire.

Les journaux font toujours partie de la même famille avec ses cinq journaux frères, regroupés qu’ils étaient au sein du Groupe Capitales Médias, entre 2015 et 2019. Ce vocable était associé à l’ancien propriétaire Martin Cauchon, et était connu sous l’acronyme GCM. Ce nom passera aux oubliettes maintenant que le transfert de propriété a été entériné par la Cour supérieure du Québec. À la place, ce sera « Coopérative nationale de l’information indépendante »...

Pierre Jury

SNC-Lavalin: un règlement dosé

ÉDITORIAL / SNC-Lavalin a enfin pu tourner la page sur ses années sombres pendant lesquelles certaines personnes ont trafiqué les contrats internationaux de la société montréalaise en Libye, notamment. Elle a plaidé coupable à un chef d’accusation de fraude, tandis que les accusations de corruption qui pesaient contre elle ont été abandonnées. La peine est une amende de 280 millions $ qu’elle pourra rembourser sur cinq ans — bien moins que les 450 à 700 millions $ qui couraient en marge de la salle d’audience.

Le président Ian Edwards a dit que cela permettait à SNC-Lavalin de « tourner la page » sur une décennie noire qui lui a permis d’engranger 2 milliards $ de revenus entre 2001 et 2011. Mais cet argent était teinté de la corruption de la famille du dictateur Mouammar Kadhafi : quelque 50 millions $ en pots-de-vin auraient été versés à son fils, Saadi Kadhafi. 

SNC-Lavalin peut aujourd’hui se défendre à l’effet que cet épisode n’était dû qu’à la présence de quelques pommes pourries, comme le témoigne le cas de Sami Bebawi, un ancien cadre de la société, reconnu coupable récemment. Il attend sa sentence, qui pourrait atteindre neuf années de prison. Dans une lettre adressée au juge, il a pointé du doigt « des hauts dirigeants » qui ont « abandonné le navire sans aucune conséquence » alors que lui et d’autres travaillaient dans des pays « inhospitaliers, souvent loin de leurs familles, pour de longues périodes de temps. »

Mais c’est Justin Trudeau qui a poussé un soupir de satisfaction devant ce règlement juridique. Car cette histoire a priori économique a soudainement pris un tournant politique. Le premier ministre a failli perdre son poste en raison de cette histoire qui a éclaté il y a un an, en novembre 2018, lorsque le Globe and Mail a ébruité une histoire de trafic d’influence impliquant M. Trudeau et sa ministre de la Justice d’alors, Jody Wilson-Raybould. Pendant trois mois, ce fut rebondissement après rebondissement qui ont mené au départ de Mme Wilson-Raybould, de sa collègue à la Santé Jane Philpott, et au chef de cabinet de M. Trudeau, Gerald Butts. M. Trudeau a dû se dépêtrer avec des accusations d’avoir voulu influencer sa ministre de la Justice afin qu’elle accepte le principe d’un accord de réparation pour SNC-Lavalin, contre lequel elle s’opposait. 

Le règlement de cour finalise la question, bien que les accords de réparation ne soient pas encore acceptés au Canada, à l’encontre de plusieurs pays dans le monde. 

La peine de 280 millions $ est moindre que ce à quoi on s’attendait. C’est un jugement à rabais, en quelque sorte, qui prenait en compte le fait que SNC-Lavalin s’est proprement nettoyée depuis 2012. L’entreprise d’alors n’est plus du tout celle d’aujourd’hui. La somme représente une fraction des 9,2 milliards $ de revenus, mais comme l’entreprise est déficitaire à hauteur de 325 millions $ par an depuis cinq ans, c’est une forte somme qu’elle devra ajouter à son bilan déjà négatif. 

Le dernier indicatif économique est venu du marché boursier : SNC-Lavalin a gagné pas moins de 25 % en trois jours, signe que les investisseurs attendaient un « nettoyage » du bilan judiciaire avant de faire redémarrer le prix de l’action. Somme toute, donc, les 280 millions $ représentaient un montant important, mais acceptable et raisonnable pour SNC-Lavalin. 

Elle pourra reprendre ses activités sans s’inquiéter du passé. Nous ne pouvons en dire autant de Justin Trudeau, qui dirige maintenant un gouvernement minoritaire et qui doit composer avec le passé pour diriger le Canada de demain.

Pierre Jury

Le retour de Charest: sérieux?

ÉDITORIAL / Jean Charest est-il un candidat sérieux pour diriger le Parti conservateur du Canada ? Oui... bien que le Parti conservateur d’aujourd’hui n’est pas celui qu’il a dirigé.

Lors de la fusion de la droite, en 2003, on a laissé tomber le mot «progressiste» du vocable et le changement n’était pas seulement qu’esthétique. Le Parti conservateur est bien plus à droite que son ancienne version. Si ce n’est que sur l’environnement. Le PC d’antan avait adopté des règles strictes sur les pluies acides, notamment, et l’affection de M. Charest pour les questions environnementales n’a jamais été vraiment dénigrée pendant les 15 années qu’il a passées en politique québécoise.

Pierre Jury

Destitution: Trump en rira

ÉDITORIAL / La Chambre des représentants devait voter, mercredi, pour la destitution du président Donald Trump. Cela apparaissait comme une évidence puisque les démocrates, qui sont derrière cette procédure de destitution, y sont largement majoritaires.

Le président des États-Unis, qui tente toujours de tourner les faits en sa faveur, est intervenu plusieurs fois, notamment sur son réseau favori, Twitter, pour démolir les prétentions démocrates. Cela ne devait en rien influencer la Chambre des représentants, mais il lui reste le Sénat, la seconde étape du processus. Là, il trouvera chaussure à son pied et plein d’appuis républicains.

Pierre Jury

Le 6e lien: oui... mais où ?

ÉDITORIAL / Le projet de sixième pont entre Ottawa et Gatineau est bien vivant, et la population en a eu la preuve dans la récente lettre de mandat de la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Anita Anand. Il y a de quoi réjouir les navetteurs gatinois qui, tous les jours de l’année, se coincent dans les bouchons des ponts à l’heure de pointe. Et combler le député de Gatineau, Steven MacKinnon, qui en a fait son cheval de bataille.

Par contre, ce 6e lien est encore loin de se réaliser car les obstacles sont nombreux. À commencer par l’opposition des maires Jim Watson et Maxime Pedneaud-Jobin, d’Ottawa et Gatineau, respectivement. Il faudra les convaincre, ou à tout le moins, abaisser leurs obstructions qu’ils verbalisent depuis des mois, sinon des années.

La lettre de mandat de la ministre Anand est claire et en dit long sur les intentions du fédéral. Le texte parle de vouloir « répondre au besoin confirmé d’un point de passage supplémentaire dans la région de la capitale ». Cela reprend les propos de la ministre Catherine McKenna, autrefois responsable de l’Environnement et aujourd’hui de l’Infrastructure. Représentant Ottawa-Centre, elle connaît bien les besoins de la région. Bref, le fédéral réalise qu’Ottawa et Gatineau ont des soucis de transport interprovincial et que cela leur nuit à toutes les deux. Elle se dit prête à intervenir, mais n’en dit pas plus. C’est aux communautés locales de s’organiser.

C’est là que le bât blesse. Entre les intérêts de chacun, il n’y a pas d’unanimité. Quand on met autour d’une même table Ottawa et Gatineau, la Commission de la capitale nationale, OC Transpo et la Société de transport de l’Outaouais, Québec et l’Ontario, et la myriade de groupes d’intérêts, il n’en ressort qu’une cacophonie incompréhensible. 

Les besoins des automobilistes gatinois sont nets: ils ont besoin de plus de voies pour aller au travail et en revenir, surtout aux heures de pointe. Ils militent pas mal pour un nouveau pont via le corridor de l’île Kettle, malgré l’opposition de la CCN en 2009 à l’effet que Kettle ne remplissait pas les conditions environnementales de l’époque. Elles sont encore plus sévères aujourd’hui, elles n’y répondront pas davantage en 2019. C’est sans parler de l’opposition des résidents des secteurs Rockcliffe Park et Manor Park.

Mais il y a d’autres options sur la table. Il y a ce projet de tunnel au centre-ville d’Ottawa, ainsi qu’un pont plus à l’est, qui débloquerait à Ottawa près du Centre environnemental Robert-Pickard (et du centre de traitement des eaux usées de Gatineau), via l’île Upper Duck, ou dans le secteur des Traversiers Bourbonnais, qui relie les secteurs Masson-Angers et Cumberland. L’ennui dans ces deux options, c’est qu’elles aboutiraient à l’est de la jonction de l’autoroute 417 et de la route 174, un point de congestion quotidien autant que les ponts MacDonald-Cartier et autres. La Ville d’Ottawa n’est pas chaude à cette idée de surcharger une intersection déjà fort achalandée. 

Un 6e lien sera construit un jour, c’est une évidence. En plus du pont Alexandra, qui doit être refait d’ici cinq à 10 ans. La croissance régionale le dicte. Où sera-t-il placé ? C’est le mystère le plus complet. Quel type de lien s’agira-t-il ? Accommodera-t-il les cyclistes, les piétons, le transport collectif avec des voies réservées ? Ce serait difficile de considérer un pont au XXIe siècle qui ne comporterait que deux ou trois voies de chaque côté. Au rythme où vont les choses, ce pont pourrait ne voir le jour qu’en 2030 ou 2035. Il faudra s’armer de patience... et de compréhension devant les arguments des gens qui ne partagent pas notre quotidien.

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Pierre Jury

La France et le test des retraites

ÉDITORIAL / Depuis plus d’une semaine, la France vit d’intenses perturbations liées à la réforme de retraites. C’est une preuve de la force des mouvements ouvriers et de la grogne populaire que les protestations ont débuté vendredi, il y a huit jours, quatre jours ouvrables avant le dévoilement des détails de la réforme du gouvernement d’Emmanuel Macron. Pendant ces journées, ils étaient des centaines de milliers à descendre dans les rues de Paris et de province pour contester les réformes dont ils ne connaissaient mot, mais dont ils craignaient qu’elles n’auguraient rien de bon.

Cette mobilisation de tous les instants s’avère un témoignage fort de la frappe des milieux syndicaux en France où il est dit que les forces de protestation sont en mesure de paralyser l’État.

Une chose est certaine, à ce moment-ci : la France est totalement paralysée tellement la grogne est généralisée. 

Pourtant, il règne dans bien des milieux, même ouvriers, un large consensus que la réforme des retraites est souhaitable en France. Mais sur le comment, tout le monde a son opinion et dans le doute provoqué par cette descente dans les rues, les gouvernements finissent par ranger le tout dans leurs cartons. C’est ce qui est arrivé en 1995. Il reste à voir si le gouvernement Macron sera plus habile à manier ses réformes, même si nous en attendons encore les preuves. Il a retardé sa refonte d’une année en raison des mouvements sociaux des gilets jaunes, l’année dernière. Sans compter qu’il existe en France un fort sentiment de suspicion à l’endroit de l’État français, constamment pointé du doigt comme l’un des grands coupables de tous les maux. 

Car il existe 42 caisses de retraite différentes en France, dont trois principales : le régime des salariés du privé — 80 % des cotisants —, le régime des travailleurs agricoles et le régime dit « des indépendants ». Derrière ces trois grands, une foule de petits, classés par emplois ou employeurs : la société des chemins de fer, le transport en commun, les avocats, etc. 

En s’attaquant à tous les régimes de retraite en même temps, le gouvernement Macron a donc déchaîné une grogne généralisée. S’il veut éviter que cette protestation se poursuive, il ferait mieux de cibler sa réforme vers un, deux ou trois caisses de retraite, pas les plus importantes, afin de démontrer sa bonne foi et de prouver à tous les Français qu’il n’est pas le gros méchant loup qui veut tout dévorer sur son passage. Tout effort de réforme qui commence par le régime des salariés du privé est voué à l’échec. Comme toute tentative qui englobe les travailleurs les plus militants, comme les cheminots, toujours parmi les premiers à débrayer. 

On peut associer cela à « diviser pour régner ». Disons que ce n’est que prendre des bouchées que l’on peut avaler, plutôt que de tenter de digérer un trop gros appétit. Ça finit par tomber sur le cœur.

Le gouvernement a déjà adouci ses positions en annonçant que tous ceux qui sont nés avant 1963 n’étaient pas concernés par cette réforme. Mais il maintient que l’âge de la retraite passera de 62 à 64 ans, une trop grosse épreuve à faire passer. Même si la date de mise en vigueur est passée de 2025 à 2027.

Emmanuel Macron avait promis, en campagne électorale, qu’il créerait « un système universel des retraites où un euro cotisé donne les mêmes droits, quel que soit le moment où il a été versé, quel que soit le statut de celui qui a cotisé ». Il doit s’en remettre à cela. Mais déjà, son échéancier d’un vote en février est hautement improbable. Il vaut mieux de ne pas en avoir un, dans le scénario du gouvernement.

Pierre Jury

Andrew Scheer: le geste honorable

ÉDITORIAL / Andrew Scheer a posé le geste honorable, jeudi, en quittant ses fonctions de chef du Parti conservateur du Canada. Les pressions étaient très, très fortes pour qu’il laisse son poste bien avant le prochain congrès du parti.

Finalement, il a cédé et ce congrès en deviendra un de leadership. Avec un gouvernement libéral minoritaire, les prochaines élections pourraient survenir rapidement et il faudra que le Parti conservateur soit prêt, peu importe les aléas du calendrier. Les candidats se feront connaître rapidement au cours des prochaines semaines, mais dans ces considérations politiques, les leaders expérimentés partiront favoris, plutôt qu’un candidat vert, sortant de nulle part.

Pierre Jury

La CAQ et son nouveau credo

ÉDITORIAL / Pour ce gouvernement qui n’a pas été élu pour son credo environnementaliste, la Coalition avenir Québec concrétise une série de projets. Il a pris parti pour l’électricité et la colporte comme le meilleur des vendeurs d’Hydro-Québec. Il appuie les projets de transport collectif comme le REM à Montréal, des projets de tramway à Montréal, Québec et sur la rive-sud de Montréal. Voici que le gouvernement caquiste a laissé entendre, dans des documents obtenus par La Presse, qu’il lancerait cet hiver un programme de consigne pour les bouteilles de vin ainsi que les bouteilles d’eau en plastique.

C’est ce même gouvernement qui appuie le troisième pont dans la région de Québec pour relier Lévis et Québec, et qui est ouvert au projet de GNL Saguenay pour la liquéfaction du gaz naturel. Ces deux projets ne plaisent pas aux environnementalistes.

Mais somme toute, alors que ces deux ne sont toujours qu’à l’étape de l’ébauche, ceux pro-environnement se concrétisent plus rapidement. Pour une Coalition avenir Québec qui n’avait que si peu à offrir en campagne électorale, il s’agit d’un virage souhaité par une majorité de Québécois. C’est d’ailleurs de telles majorités qui appuient la consigne sur les bouteilles de vin (92 % des Québécois !) ainsi que celle sur les bouteilles d’eau (84 %), selon un sondage SOM de février 2019.

Le Québec, il faut le dire, traîne de la patte dans le domaine. Il n’y a que deux provinces au Canada qui n’aient pas mis en pratique la consigne des bouteilles de vin, le Manitoba et le Québec. Et le Canada n’est pas le pionnier dans le secteur. Ce recyclage est donc dû depuis longtemps. Le gouvernement libéral de Philippe Couillard l’avait d’ailleurs proposé en 2015 à l’époque du ministre David Heurtel, mais il n’avait pas donné suite à son engagement. Souhaitons que cette fois soit la bonne.

Qui dit consigne dit dépôt en argent. 

Les Québécois devront payer la consigne lorsqu’ils achèteront leurs bouteilles d’eau, et recevront la même somme lorsqu’ils la recycleront. Des sources internes parlent de 10 cents par bouteille. À l’achat de bouteilles à l’unité, 10 cents ne feront pas une grosse différence. À l’achat d’une caisse souvent soldée à 3 $, cela fera 1,20 $ de plus pour la consigne. Cela marquera un pas significatif. Il faudra s’y habituer.

Après tout, il se vend plus de 1 milliard de ces bouteilles à chaque année au Québec, et la croissance est forte. Mais surtout, ce sont les problèmes environnementaux graves qu’elles provoquent. Recyclées à 40 % seulement, on en retrouve partout et elles sont fortement dommageables pour la nature. Elles mettent des décennies à se décomposer. Il fallait faire quelque chose et la consigne est la route à suivre pour hausser les taux de recyclage et freiner ses effets délétères sur l’environnement.

C’est d’ailleurs une mesure transitoire bien plus sage que leur interdiction pure et simple, avec laquelle jonglent plusieurs municipalités. 

Quant aux bouteilles de vin, c’est plutôt la contamination qui est le problème. Dans les centres de tri, elles se retrouvent avec d’autres matières, ce qui rend leur recyclage impossible. Certaines sociétés doivent même s’approvisionner en verre recyclé en Ontario, au Nouveau-Brunswick et aux États-Unis : elles se réjouiront de la consigne des bouteilles de vin qui permet du recyclage de verre de première qualité. Cela fera exploser le taux de recyclage qui n’était que de 28 %, en 2018. 

Quel revirement pour la CAQ qui n’avait que trois fois rien dans son programme électoral de 2018 !

Pierre Jury

Souhaitons que la Russie ait compris

ÉDITORIAL / L’Agence mondiale antidopage a porté un grand coup, lundi, en suspendant la Russie de toutes les compétitions sportives pour les quatre prochaines années. Pas que les Jeux olympiques, mais tous les championnats mondiaux également, toutes les Coupes du monde, toutes les finales mondiales. Sont suspendus également tous les Russes qui dirigent des fédérations sportives et autres associations. C’est du jamais-vu auparavant. Et pourtant.

L’Agence mondiale antidopage (AMA) est tout de même la cible de critiques, notamment de la fondeuse canadienne Becky Scott, membre démissionnaire du Comité indépendant de révision de la conformité de l’AMA, et de Travis Tygard, chef de la direction de l’Agence antidopage des États-Unis. À leurs yeux et ceux de plusieurs autres, l’AMA ne va pas assez loin. Il aurait fallu suspendre tous les athlètes russes, dopés et non-dopés, pour les quatre prochaines années, afin d’envoyer un message clair à tous que les comportements de la Russie sont intolérables et entachent la réputation de tout le monde, dopés et non-dopés.

Pierre Jury

Ford giflé par la vérificatrice

ÉDITORIAL / La vérificatrice générale de l’Ontario a livré une salve blessante à l’endroit de Doug Ford et de son gouvernement progressiste-conservateur. Malheureusement, le premier ministre de l’Ontario prend encore les choses à la légère.

Bonnie Lysyk a conclu qu’en Ontario, « dans l’état actuel des choses, le plan n’atteindra vraisemblablement pas sa cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre ». Selon l’accord de Paris, l’Ontario devrait les réduire, d’ici 2030, de 30 % par rapport à 2005.

En chiffres absolus, la province devrait réduire ses émissions de 17 600 000 de tonnes de GES, soit 17,6 mégatonnes. Mais en accord avec le plan de l’Ontario, la réduction sera entre 6,3 et 13 mégatonnes. 

L’honnêteté et la probité de la vérificatrice générale ne doivent pas être remises en question. Ses observations sont toutes vérifiées, puis validées avec le gouvernement avant d’être rendues publiques. Nous ne pouvons que regretter que son discours soit persillé de mots qui sèment le doute, comme « vraisemblablement » et l’usage des verbes au conditionnel. 

Par exemple, le gouvernement estime être en mesure d’abaisser les émissions polluantes de 2,6 mégatonnes en raison de la popularité des véhicules électriques. Mais la vente d’autos électriques en Ontario est en forte baisse depuis l’élimination du rabais de 8000 $ à 14 000 $ annoncé par le gouvernement peu après son élection. La vente de ces véhicules a chuté de moitié, à environ 5000 par an. Mais le gouvernement Ford persiste à annoncer qu’il devrait y avoir 1,3 million de véhicules électriques en 2030 : comment le croire quand on coupe les subventions censées en stimuler la vente ? Il a aussi cessé ses appuis au réseau de stations de recharge, tant à la maison qu’au bureau. 

Ce n’est évidemment pas tout. Le gouvernement a aussi éliminé la taxe sur le carbone. Il a investi dans l’infrastructure de gaz naturel. 

Il ne prétend pas le contraire. Doug Ford a assuré que « nous continuerons de travailler fort dans le domaine ». Mais les preuves ne sont juste pas là.

Et puis, les Ontariens devraient attendre 2030 avant de les critiquer bien avant le temps..., a-t-il lancé.

Cette rhétorique ressemble beaucoup à celle des conservateurs fédéraux qui jurent aussi qu’ils seront au rendez-vous de la lutte aux changements climatiques, sans révéler l’ensemble de ce qu’ils feront pour s’y rendre. En dévoilant un train de mesures éparses, ils provoquent de la confusion dans la population qui ne sait plus trop bien ce qu’il en est. 

Une chose est sûre pour les conservateurs : ce ne sera pas par la taxation du carbone que le Canada et l’Ontario y arriveront, pourtant une mesure reconnue comme efficace pour la réduction des gaz à effet de serre (GES).  

Doug Ford se promène en Ontario en se vantant de combien il fait du beau travail, qu’il en reste encore beaucoup à faire, mais sur le plan de l’environnement, il jette lui aussi pas mal de poudre aux yeux. Il tente de faire croire à une réduction des GES, mais elle est beaucoup trop timide pour les objectifs que l’Ontario s’est fixés et pour ceux que la Terre exige.

Par exemple, M. Ford a répété que les 28,5 milliards $ investis dans le transport en commun à Toronto y réduiront de beaucoup la circulation automobile. Cela est vrai et cela demeure une mesure importante, mais parcellaire de la lutte aux GES en Ontario.

Ce sont de telles initiatives qui servent à brouiller le message aux Ontariens. Par chance, la vérificatrice générale Bonnie Lysyk veillait au grain et démolit le discours de Doug Ford. Mais elle le fait trop gentiment...

Pierre Jury

Un discours du Trône rassurant

ÉDITORIAL / Le discours du Trône, lu jeudi par la gouverneure générale Julie Payette, passera comme une lettre à la poste. Seuls les conservateurs, de toute évidence, s’y opposeront, mais les autres partis d’opposition y ont trouvé suffisamment d’éléments à appuyer pour voter en faveur.

Il faut dire que le premier ministre Justin Trudeau a fait des pieds et des mains depuis son élection, le 21 octobre dernier, pour aplanir les différences qui le démarquent des chefs de partis d’opposition, ainsi que des premiers ministres des provinces, qu’il a rencontrés individuellement. Ces échanges étaient une première au fédéral, et étaient bienvenus. M. Trudeau dirige un gouvernement minoritaire et il doit soutirer des majorités de votes à la pièce. Il aurait pu se contenter de s’asseoir avec le Nouveau Parti démocratique, et peut-être le Bloc québécois. Il est allé plus loin que le client n’en demande en ajoutant à l’équation tous les chefs provinciaux afin de bien passer le message d’une collaboration future. Est-ce que ce sera suffisant? Il est presque assuré que le gouvernement n’aura pas de problème à faire accepter son discours du Trône, mais davantage aussi. Il met en place toutes les pièces d’un casse-tête qui lui assurera d’un vote positif lors de son budget, en mars ou avril, et au-delà. À moins d’une catastrophe d’ici là, M. Trudeau peut entrevoir l’avenir avec un enthousiasme, mais un enthousiasme prudent.

Pierre Jury

Legault se coince dans l’engrenage

ÉDITORIAL / À trop vouloir éviter les sujets qui divisent les provinces canadiennes, François Legault s’est fait passer un changement entre les dents qu’il pourrait regretter.

Le contexte était à point, c’était une rencontre du Conseil de la fédération canadienne, une réunion exceptionnelle proposée par l’Ontario au lendemain des élections fédérales du 21 octobre. Sages, les premiers ministres ont mis de côté leurs différences pour se concentrer sur leurs points en commun. Ainsi, le premier ministre du Québec, François Legault, a fait comme si son homologue du Manitoba n’avait jamais publié cette récente publicité où il vantait des «21 raisons de se sentir chez soi au Manitoba», une attaque directe contre la Loi québécoise sur la laïcité, ou s’il n’avait jamais parlé de «l’énergie sale» pour décrire le pétrole de l’Alberta. Quant à la taxe sur le carbone, que plusieurs provinces conservatrices contestent devant les tribunaux, les premiers ministres ont fait comme si elle n’existait pas. 

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Au contraire, cette stratégie d’éviter les sujets de discorde était avouée. Plusieurs ont mentionné vouloir se concentrer sur les sujets qui les rassemblent. N’empêche que M. Legault, dans son espoir de concorde avec ses collègues du Canada, a accepté que les premiers ministres renforcent le programme de stabilisation fiscale «afin qu’il soit mieux adapté à la conjoncture économique ainsi qu’aux ralentissements de l’activité économique dans les secteurs des ressources naturelles».

En clair, ce qu’ils veulent, c’est d’intégrer les revenus des ressources naturelles — ou leur baisse — dans le calcul des paiements de péréquation. Ils en sont présentement exclus. Cela fait atrocement mal à l’Alberta et à son premier ministre Jason Kenney, ainsi qu’à Scott Moe, son homologue de la Saskatchewan. 

La péréquation est la somme d’une trentaine d’indicateurs économiques dont sont exclus les revenus du pétrole. MM. Kenney et Moe ont réussi à faire accepter aux 13 premiers ministres et leaders des territoires du Canada que le pétrole devrait plutôt être inclus.

François Legault devrait plutôt être extrêmement prudent avec la péréquation. Nous savons bien qu’il n’aime pas que le Québec soit une province qui encaisse des revenus de la péréquation — ce avec quoi nous sommes d’accord. La péréquation n’est pas une source de fierté et il serait bien que le Québec s’en affranchisse un jour. Mais nous n’en sommes pas là. Le Québec a empoché 11,7 milliards $ de la péréquation en 2018, l’essentiel des 19 milliards $ qui est redistribué au Canada. Si M. Legault réussit à attirer plus d’emplois payants au Québec, tout le monde applaudira, mais ce n’est pas demain la veille que le Québec s’affranchira de la péréquation. De fait, depuis les débuts de la péréquation, en 1957, le Québec a été une province réceptrice... toutes les années. Un renversement de la situation nécessitera une bonne dizaine d’années, au mieux.

M. Legault est l’un des plus ardents défenseurs des pouvoirs des provinces. Mais en acceptant que les premiers ministres renforcissent le programme de stabilisation fiscale, il ouvre la porte à un nouveau calcul de la péréquation. C’est dangereux.

Il reste à voir ce que Justin Trudeau en pensera. Le premier ministre du Canada veut ménager la chèvre et le chou alors qu’il amorce un second mandat, mais minoritaire cette fois. Il doit faire attention à ses arrières et ménager ses relations avec les provinces. Cependant, il n’ira pas accepter une nouvelle péréquation incluant les revenus pétroliers. Il n’est pas si naïf !

Pierre Jury

Peters, le premier d’une longue liste ?

ÉDITORIAL / Il y a quelque chose d’étrange qui se passe dans le milieu du hockey professionnel. Un entraîneur de la Ligue nationale, Bill Peters, a remis sa démission à la direction des Flames de Calgary pour avoir tenu des propos racistes, il y a 10 ans. Il était à l’époque entraîneur des Ice Hogs de Rockford, dans la Ligue américaine, et les interventions du patineur ontarien Akim Aliu ont suffi à faire tomber M. Peters de son piédestal.

M. Aliu a relaté un épisode parmi tant d’autres où Bill Peters lui a asséné des paroles d’une rare violence verbale. La carrière d’Akim Aliu, un joueur d’origine nigériane, n’aura duré que sept parties dans la LNH. Il avait 20 ans à l’époque des Ice Hogs et il craignait de faire des vagues et d’envenimer ses chances d’avancement. Ce fut peine perdue.

M. Peters ne s’était jamais excusé.

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Un autre, Michal Jordan, est venu expliquer que Bill Peters lui avait asséné des coups au dos alors qu’il était sur le banc des joueurs des Hurricanes de la Caroline.

M. Peters a fini par faire des excuses mercredi, mais il était bien tard. Cependant, il n’a jamais mentionné le nom d’Akim Aliu et ce dernier n’a pas cru en ses regrets. La pression a augmenté au point où Bill Peters a remis sa démission, vendredi, et l’organisation des Flames de Calgary l’a promptement acceptée.

Cette histoire rappelle celle de Don Cherry, l’ex-entraîneur et analyste à Hockey Night in Canada, qui a lancé des paroles injurieuses à l’endroit des immigrants qui ne portaient pas le coquelicot, à l’occasion du jour du Souvenir. Il aura passé des décennies à vomir sur le dos des Canadiens français et des Européens, mais c’est une phrase prononcée il y a deux semaines qui a sonné sa fin au réseau Sportsnet. Après deux jours de réflexion, il était parti. 

D’autres pourraient le suivre et perdre leurs postes.

Des six frères de la famille Sutter, Darryl tout particulièrement, a depuis été visé par l’ex-hockeyeur Daniel Carcillo.

Il y a nettement quelque chose de différent qui se passe dans le milieu du hockey, voire dans tout le sport professionnel. Quand Aliu a mentionné ce qui s’était passé il y a 10 ans, il aura fallu une bonne dose de courage pour croire que cela était pour avoir les conséquences que l’on a vues depuis. Mais nous sommes à l’ère des accusations de #MeToo et de #MoiAussi, des dénonciations sortent régulièrement à propos de personnes, des hommes pour la plupart, qui ont abusé de leurs pouvoirs et de leurs victimes.

M. Peters est le premier du hockey professionnel à écoper. Peu importe le temps qui s’est passé depuis, si les accusations sont suffisamment sévères et vérifiables, cela suffit. 

L’humoriste Bill Cosby a payé le prix, d’autres comme le producteur de cinéma Harvey Weinstein, le fondateur du festival Juste pour rire Gilbert Rozon et l’animateur de télévision Éric Salvail, sont en attente de leur procès. 

Ceux-là auront droit à des procès justes et équitables, pas M. Peters. Mais il devait se douter que d’autres faits sortiraient s’il s’entêtait, et cela a justifié son départ rapide.

Nous sommes à l’ère des communications ultrarapides. Sur les médias sociaux, les accusations sortent prestement. Le droit de réponse est écourté. Dans certains cas, les accusés se défendent. Dans d’autres, non. 

Don Cherry et Bill Peters ont écopé. Ils ont choisi de quitter tout de suite. C’est un nouveau monde dans lequel nous vivons et les comportements répréhensibles, même d’il y a 10 ou 25 ans, restent indéfendables. 

Pierre Jury

Des maisons qui font rêver

ÉDITORIAL / Marguerite Blais a trouvé le moyen de faire rêver les aînés du Québec, et tous ceux qui s’intéressent à leur sort, notamment leurs proches. Il lui reste maintenant à livrer la marchandise, c’est-à-dire procéder à l’inauguration des premières Maisons des aînés... quelque part en 2022. Il faudra donc de la patience.

Il faudra aussi de la compréhension, car il n’y aura pas de place pour tous les aînés du Québec. De fait, les 2600 places promises dans les nouvelles Maisons des aînés ne suffiront même pas à épuiser la liste d’attente du ministère, qui est à 3154 noms. Mais c’est un très bon départ.

Pierre Jury

Les pharmaciens peuvent faire plus

ÉDITORIAL / Au Canada, votre pharmacien peut prescrire des médicaments pour « certaines conditions mineures ». Il est temps de faire le ménage dans ces actes mineurs qui devraient être les mêmes partout. Mais dans chaque province, les pharmaciens se butent au Collège des médecins qui voient parfois avec suspicion l’érosion de ces gestes qui leur étaient réservés.

« Il y a un risque potentiel, certaines choses ne sont vraiment pas propices à être diagnostiquées dans une pharmacie », a soutenu la Dr Lynora Saxinger, de  l’University of Alberta, rapporté par la CBC.

« En médecine, nous passons beaucoup de temps à diagnostiquer et à traiter les maladies communes. Cela appelle à faire la différence entre une maladie commune et la manifestation de quelque chose de dangereux. La différence serait difficile à répliquer dans une pharmacie, avec la formation que les gens ont. »

Il y a dans ce propos un ton dénigrant à l’intention des pharmaciens. Comme si l’on s’attendait que les pharmaciens rendent des diagnostics poussés de cancer !

Ce n’est absolument pas le droit que réclament les pharmaciens.

Ils désirent tout simplement la permission de prescrire des médicaments pour des problèmes de santé courants, facilement reconnaissables et traitables. Combien de jeunes familles ont dû, au Québec, s’astreindre à des heures d’attente à l’urgence pour un simple cas d’otite ? Pourtant, c’est bien là une condition « mineure » que n’importe quel spécialiste de la santé peut diagnostiquer. Mais ce n’est pas encore possible.

L’Ontario est à revoir la liste de ces maladies mineures. Pour l’instant, leurs pharmaciens peuvent renouveler des prescriptions, administrer des injections contre la grippe et certaines autres immunisations. C’est à peu près tout.

Au Québec, le pharmacien a une liste de 12 maladies qu’il peut diagnostiquer et traiter, comme l’acné, les ulcères, la conjonctivite, l’eczéma, l’infection urinaire, etc. 

Ailleurs, la liste des actes varie. En Saskatchewan, les pharmaciens peuvent recommander des méthodes de contrôle des naissances et des médicaments pour la vessie. En Alberta, ils peuvent prescrire des antibiotiques.

Que l’Ontario étende sa liste de maladies mineures est une très bonne idée. Mais une meilleure idée serait que les provinces s’entendent sur une liste de ces maladies mineures de manière à ce qu’il n’y ait plus d’écart entre ce que les pharmaciens du Québec, de l’Ontario et de la Colombie-Britannique sont autorisés à faire. Car il n’y a aucune raison que les collèges des médecins ne puissent s’entendre avec les ordres de pharmaciens sur ces maladies mineures. Comme il n’y a aucune raison qu’une province permette au pharmacien de prescrire des antibiotiques, et à une autre de se restreindre à diagnostiquer l’acné.

Il y a deux raisons pour cela.

D’abord, il y a pénurie de médecins au Canada. Les temps d’attente varient de quelques minutes à quelques heures, selon la province et selon l’établissement, que ce soit l’urgence de l’hôpital, une clinique sans rendez-vous ou un Groupe de médecine familiale, au Québec. Ces attentes sont du temps perdu dans un monde qui n’a pas de temps à perdre.

Puis, il y a l’uniformité interprovinciale. Il n’y a aucune logique à ce que les listes de maladies mineures ne soient pas les mêmes partout au pays.

L’Ontario fait un bon second pas dans l’élargissement des maladies que le pharmacien peut diagnostiquer et traiter. Mais il est temps de faire un pas de plus et de standardiser les pratiques des pharmaciens partout au Canada.

Pierre Jury

Cusson a raté sa chance de se définir

ÉDITORIAL / Alexandre Cusson avait une grosse semaine entre sa démission à titre de président de l’Union des municipalités du Québec et le dévoilement de sa campagne lors du conseil général du Parti libéral du Québec. On croyait qu’il peaufinait son message et son lancement. Qu’il y aurait un gros spectacle autour de ce dévoilement. Et puis... rien.

M. Cusson n’avait rien à dire. Mais absolument rien.