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Pierre Jury

La France et le test des retraites

ÉDITORIAL / Depuis plus d’une semaine, la France vit d’intenses perturbations liées à la réforme de retraites. C’est une preuve de la force des mouvements ouvriers et de la grogne populaire que les protestations ont débuté vendredi, il y a huit jours, quatre jours ouvrables avant le dévoilement des détails de la réforme du gouvernement d’Emmanuel Macron. Pendant ces journées, ils étaient des centaines de milliers à descendre dans les rues de Paris et de province pour contester les réformes dont ils ne connaissaient mot, mais dont ils craignaient qu’elles n’auguraient rien de bon.

Cette mobilisation de tous les instants s’avère un témoignage fort de la frappe des milieux syndicaux en France où il est dit que les forces de protestation sont en mesure de paralyser l’État.

Une chose est certaine, à ce moment-ci : la France est totalement paralysée tellement la grogne est généralisée. 

Pourtant, il règne dans bien des milieux, même ouvriers, un large consensus que la réforme des retraites est souhaitable en France. Mais sur le comment, tout le monde a son opinion et dans le doute provoqué par cette descente dans les rues, les gouvernements finissent par ranger le tout dans leurs cartons. C’est ce qui est arrivé en 1995. Il reste à voir si le gouvernement Macron sera plus habile à manier ses réformes, même si nous en attendons encore les preuves. Il a retardé sa refonte d’une année en raison des mouvements sociaux des gilets jaunes, l’année dernière. Sans compter qu’il existe en France un fort sentiment de suspicion à l’endroit de l’État français, constamment pointé du doigt comme l’un des grands coupables de tous les maux. 

Car il existe 42 caisses de retraite différentes en France, dont trois principales : le régime des salariés du privé — 80 % des cotisants —, le régime des travailleurs agricoles et le régime dit « des indépendants ». Derrière ces trois grands, une foule de petits, classés par emplois ou employeurs : la société des chemins de fer, le transport en commun, les avocats, etc. 

En s’attaquant à tous les régimes de retraite en même temps, le gouvernement Macron a donc déchaîné une grogne généralisée. S’il veut éviter que cette protestation se poursuive, il ferait mieux de cibler sa réforme vers un, deux ou trois caisses de retraite, pas les plus importantes, afin de démontrer sa bonne foi et de prouver à tous les Français qu’il n’est pas le gros méchant loup qui veut tout dévorer sur son passage. Tout effort de réforme qui commence par le régime des salariés du privé est voué à l’échec. Comme toute tentative qui englobe les travailleurs les plus militants, comme les cheminots, toujours parmi les premiers à débrayer. 

On peut associer cela à « diviser pour régner ». Disons que ce n’est que prendre des bouchées que l’on peut avaler, plutôt que de tenter de digérer un trop gros appétit. Ça finit par tomber sur le cœur.

Le gouvernement a déjà adouci ses positions en annonçant que tous ceux qui sont nés avant 1963 n’étaient pas concernés par cette réforme. Mais il maintient que l’âge de la retraite passera de 62 à 64 ans, une trop grosse épreuve à faire passer. Même si la date de mise en vigueur est passée de 2025 à 2027.

Emmanuel Macron avait promis, en campagne électorale, qu’il créerait « un système universel des retraites où un euro cotisé donne les mêmes droits, quel que soit le moment où il a été versé, quel que soit le statut de celui qui a cotisé ». Il doit s’en remettre à cela. Mais déjà, son échéancier d’un vote en février est hautement improbable. Il vaut mieux de ne pas en avoir un, dans le scénario du gouvernement.

Pierre Jury

Andrew Scheer: le geste honorable

ÉDITORIAL / Andrew Scheer a posé le geste honorable, jeudi, en quittant ses fonctions de chef du Parti conservateur du Canada. Les pressions étaient très, très fortes pour qu’il laisse son poste bien avant le prochain congrès du parti.

Finalement, il a cédé et ce congrès en deviendra un de leadership. Avec un gouvernement libéral minoritaire, les prochaines élections pourraient survenir rapidement et il faudra que le Parti conservateur soit prêt, peu importe les aléas du calendrier. Les candidats se feront connaître rapidement au cours des prochaines semaines, mais dans ces considérations politiques, les leaders expérimentés partiront favoris, plutôt qu’un candidat vert, sortant de nulle part.

Pierre Jury

La CAQ et son nouveau credo

ÉDITORIAL / Pour ce gouvernement qui n’a pas été élu pour son credo environnementaliste, la Coalition avenir Québec concrétise une série de projets. Il a pris parti pour l’électricité et la colporte comme le meilleur des vendeurs d’Hydro-Québec. Il appuie les projets de transport collectif comme le REM à Montréal, des projets de tramway à Montréal, Québec et sur la rive-sud de Montréal. Voici que le gouvernement caquiste a laissé entendre, dans des documents obtenus par La Presse, qu’il lancerait cet hiver un programme de consigne pour les bouteilles de vin ainsi que les bouteilles d’eau en plastique.

C’est ce même gouvernement qui appuie le troisième pont dans la région de Québec pour relier Lévis et Québec, et qui est ouvert au projet de GNL Saguenay pour la liquéfaction du gaz naturel. Ces deux projets ne plaisent pas aux environnementalistes.

Mais somme toute, alors que ces deux ne sont toujours qu’à l’étape de l’ébauche, ceux pro-environnement se concrétisent plus rapidement. Pour une Coalition avenir Québec qui n’avait que si peu à offrir en campagne électorale, il s’agit d’un virage souhaité par une majorité de Québécois. C’est d’ailleurs de telles majorités qui appuient la consigne sur les bouteilles de vin (92 % des Québécois !) ainsi que celle sur les bouteilles d’eau (84 %), selon un sondage SOM de février 2019.

Le Québec, il faut le dire, traîne de la patte dans le domaine. Il n’y a que deux provinces au Canada qui n’aient pas mis en pratique la consigne des bouteilles de vin, le Manitoba et le Québec. Et le Canada n’est pas le pionnier dans le secteur. Ce recyclage est donc dû depuis longtemps. Le gouvernement libéral de Philippe Couillard l’avait d’ailleurs proposé en 2015 à l’époque du ministre David Heurtel, mais il n’avait pas donné suite à son engagement. Souhaitons que cette fois soit la bonne.

Qui dit consigne dit dépôt en argent. 

Les Québécois devront payer la consigne lorsqu’ils achèteront leurs bouteilles d’eau, et recevront la même somme lorsqu’ils la recycleront. Des sources internes parlent de 10 cents par bouteille. À l’achat de bouteilles à l’unité, 10 cents ne feront pas une grosse différence. À l’achat d’une caisse souvent soldée à 3 $, cela fera 1,20 $ de plus pour la consigne. Cela marquera un pas significatif. Il faudra s’y habituer.

Après tout, il se vend plus de 1 milliard de ces bouteilles à chaque année au Québec, et la croissance est forte. Mais surtout, ce sont les problèmes environnementaux graves qu’elles provoquent. Recyclées à 40 % seulement, on en retrouve partout et elles sont fortement dommageables pour la nature. Elles mettent des décennies à se décomposer. Il fallait faire quelque chose et la consigne est la route à suivre pour hausser les taux de recyclage et freiner ses effets délétères sur l’environnement.

C’est d’ailleurs une mesure transitoire bien plus sage que leur interdiction pure et simple, avec laquelle jonglent plusieurs municipalités. 

Quant aux bouteilles de vin, c’est plutôt la contamination qui est le problème. Dans les centres de tri, elles se retrouvent avec d’autres matières, ce qui rend leur recyclage impossible. Certaines sociétés doivent même s’approvisionner en verre recyclé en Ontario, au Nouveau-Brunswick et aux États-Unis : elles se réjouiront de la consigne des bouteilles de vin qui permet du recyclage de verre de première qualité. Cela fera exploser le taux de recyclage qui n’était que de 28 %, en 2018. 

Quel revirement pour la CAQ qui n’avait que trois fois rien dans son programme électoral de 2018 !

Pierre Jury

Souhaitons que la Russie ait compris

ÉDITORIAL / L’Agence mondiale antidopage a porté un grand coup, lundi, en suspendant la Russie de toutes les compétitions sportives pour les quatre prochaines années. Pas que les Jeux olympiques, mais tous les championnats mondiaux également, toutes les Coupes du monde, toutes les finales mondiales. Sont suspendus également tous les Russes qui dirigent des fédérations sportives et autres associations. C’est du jamais-vu auparavant. Et pourtant.

L’Agence mondiale antidopage (AMA) est tout de même la cible de critiques, notamment de la fondeuse canadienne Becky Scott, membre démissionnaire du Comité indépendant de révision de la conformité de l’AMA, et de Travis Tygard, chef de la direction de l’Agence antidopage des États-Unis. À leurs yeux et ceux de plusieurs autres, l’AMA ne va pas assez loin. Il aurait fallu suspendre tous les athlètes russes, dopés et non-dopés, pour les quatre prochaines années, afin d’envoyer un message clair à tous que les comportements de la Russie sont intolérables et entachent la réputation de tout le monde, dopés et non-dopés.

Pierre Jury

Ford giflé par la vérificatrice

ÉDITORIAL / La vérificatrice générale de l’Ontario a livré une salve blessante à l’endroit de Doug Ford et de son gouvernement progressiste-conservateur. Malheureusement, le premier ministre de l’Ontario prend encore les choses à la légère.

Bonnie Lysyk a conclu qu’en Ontario, « dans l’état actuel des choses, le plan n’atteindra vraisemblablement pas sa cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre ». Selon l’accord de Paris, l’Ontario devrait les réduire, d’ici 2030, de 30 % par rapport à 2005.

En chiffres absolus, la province devrait réduire ses émissions de 17 600 000 de tonnes de GES, soit 17,6 mégatonnes. Mais en accord avec le plan de l’Ontario, la réduction sera entre 6,3 et 13 mégatonnes. 

L’honnêteté et la probité de la vérificatrice générale ne doivent pas être remises en question. Ses observations sont toutes vérifiées, puis validées avec le gouvernement avant d’être rendues publiques. Nous ne pouvons que regretter que son discours soit persillé de mots qui sèment le doute, comme « vraisemblablement » et l’usage des verbes au conditionnel. 

Par exemple, le gouvernement estime être en mesure d’abaisser les émissions polluantes de 2,6 mégatonnes en raison de la popularité des véhicules électriques. Mais la vente d’autos électriques en Ontario est en forte baisse depuis l’élimination du rabais de 8000 $ à 14 000 $ annoncé par le gouvernement peu après son élection. La vente de ces véhicules a chuté de moitié, à environ 5000 par an. Mais le gouvernement Ford persiste à annoncer qu’il devrait y avoir 1,3 million de véhicules électriques en 2030 : comment le croire quand on coupe les subventions censées en stimuler la vente ? Il a aussi cessé ses appuis au réseau de stations de recharge, tant à la maison qu’au bureau. 

Ce n’est évidemment pas tout. Le gouvernement a aussi éliminé la taxe sur le carbone. Il a investi dans l’infrastructure de gaz naturel. 

Il ne prétend pas le contraire. Doug Ford a assuré que « nous continuerons de travailler fort dans le domaine ». Mais les preuves ne sont juste pas là.

Et puis, les Ontariens devraient attendre 2030 avant de les critiquer bien avant le temps..., a-t-il lancé.

Cette rhétorique ressemble beaucoup à celle des conservateurs fédéraux qui jurent aussi qu’ils seront au rendez-vous de la lutte aux changements climatiques, sans révéler l’ensemble de ce qu’ils feront pour s’y rendre. En dévoilant un train de mesures éparses, ils provoquent de la confusion dans la population qui ne sait plus trop bien ce qu’il en est. 

Une chose est sûre pour les conservateurs : ce ne sera pas par la taxation du carbone que le Canada et l’Ontario y arriveront, pourtant une mesure reconnue comme efficace pour la réduction des gaz à effet de serre (GES).  

Doug Ford se promène en Ontario en se vantant de combien il fait du beau travail, qu’il en reste encore beaucoup à faire, mais sur le plan de l’environnement, il jette lui aussi pas mal de poudre aux yeux. Il tente de faire croire à une réduction des GES, mais elle est beaucoup trop timide pour les objectifs que l’Ontario s’est fixés et pour ceux que la Terre exige.

Par exemple, M. Ford a répété que les 28,5 milliards $ investis dans le transport en commun à Toronto y réduiront de beaucoup la circulation automobile. Cela est vrai et cela demeure une mesure importante, mais parcellaire de la lutte aux GES en Ontario.

Ce sont de telles initiatives qui servent à brouiller le message aux Ontariens. Par chance, la vérificatrice générale Bonnie Lysyk veillait au grain et démolit le discours de Doug Ford. Mais elle le fait trop gentiment...

Pierre Jury

Un discours du Trône rassurant

ÉDITORIAL / Le discours du Trône, lu jeudi par la gouverneure générale Julie Payette, passera comme une lettre à la poste. Seuls les conservateurs, de toute évidence, s’y opposeront, mais les autres partis d’opposition y ont trouvé suffisamment d’éléments à appuyer pour voter en faveur.

Il faut dire que le premier ministre Justin Trudeau a fait des pieds et des mains depuis son élection, le 21 octobre dernier, pour aplanir les différences qui le démarquent des chefs de partis d’opposition, ainsi que des premiers ministres des provinces, qu’il a rencontrés individuellement. Ces échanges étaient une première au fédéral, et étaient bienvenus. M. Trudeau dirige un gouvernement minoritaire et il doit soutirer des majorités de votes à la pièce. Il aurait pu se contenter de s’asseoir avec le Nouveau Parti démocratique, et peut-être le Bloc québécois. Il est allé plus loin que le client n’en demande en ajoutant à l’équation tous les chefs provinciaux afin de bien passer le message d’une collaboration future. Est-ce que ce sera suffisant? Il est presque assuré que le gouvernement n’aura pas de problème à faire accepter son discours du Trône, mais davantage aussi. Il met en place toutes les pièces d’un casse-tête qui lui assurera d’un vote positif lors de son budget, en mars ou avril, et au-delà. À moins d’une catastrophe d’ici là, M. Trudeau peut entrevoir l’avenir avec un enthousiasme, mais un enthousiasme prudent.

Pierre Jury

Legault se coince dans l’engrenage

ÉDITORIAL / À trop vouloir éviter les sujets qui divisent les provinces canadiennes, François Legault s’est fait passer un changement entre les dents qu’il pourrait regretter.

Le contexte était à point, c’était une rencontre du Conseil de la fédération canadienne, une réunion exceptionnelle proposée par l’Ontario au lendemain des élections fédérales du 21 octobre. Sages, les premiers ministres ont mis de côté leurs différences pour se concentrer sur leurs points en commun. Ainsi, le premier ministre du Québec, François Legault, a fait comme si son homologue du Manitoba n’avait jamais publié cette récente publicité où il vantait des «21 raisons de se sentir chez soi au Manitoba», une attaque directe contre la Loi québécoise sur la laïcité, ou s’il n’avait jamais parlé de «l’énergie sale» pour décrire le pétrole de l’Alberta. Quant à la taxe sur le carbone, que plusieurs provinces conservatrices contestent devant les tribunaux, les premiers ministres ont fait comme si elle n’existait pas. 

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Au contraire, cette stratégie d’éviter les sujets de discorde était avouée. Plusieurs ont mentionné vouloir se concentrer sur les sujets qui les rassemblent. N’empêche que M. Legault, dans son espoir de concorde avec ses collègues du Canada, a accepté que les premiers ministres renforcent le programme de stabilisation fiscale «afin qu’il soit mieux adapté à la conjoncture économique ainsi qu’aux ralentissements de l’activité économique dans les secteurs des ressources naturelles».

En clair, ce qu’ils veulent, c’est d’intégrer les revenus des ressources naturelles — ou leur baisse — dans le calcul des paiements de péréquation. Ils en sont présentement exclus. Cela fait atrocement mal à l’Alberta et à son premier ministre Jason Kenney, ainsi qu’à Scott Moe, son homologue de la Saskatchewan. 

La péréquation est la somme d’une trentaine d’indicateurs économiques dont sont exclus les revenus du pétrole. MM. Kenney et Moe ont réussi à faire accepter aux 13 premiers ministres et leaders des territoires du Canada que le pétrole devrait plutôt être inclus.

François Legault devrait plutôt être extrêmement prudent avec la péréquation. Nous savons bien qu’il n’aime pas que le Québec soit une province qui encaisse des revenus de la péréquation — ce avec quoi nous sommes d’accord. La péréquation n’est pas une source de fierté et il serait bien que le Québec s’en affranchisse un jour. Mais nous n’en sommes pas là. Le Québec a empoché 11,7 milliards $ de la péréquation en 2018, l’essentiel des 19 milliards $ qui est redistribué au Canada. Si M. Legault réussit à attirer plus d’emplois payants au Québec, tout le monde applaudira, mais ce n’est pas demain la veille que le Québec s’affranchira de la péréquation. De fait, depuis les débuts de la péréquation, en 1957, le Québec a été une province réceptrice... toutes les années. Un renversement de la situation nécessitera une bonne dizaine d’années, au mieux.

M. Legault est l’un des plus ardents défenseurs des pouvoirs des provinces. Mais en acceptant que les premiers ministres renforcissent le programme de stabilisation fiscale, il ouvre la porte à un nouveau calcul de la péréquation. C’est dangereux.

Il reste à voir ce que Justin Trudeau en pensera. Le premier ministre du Canada veut ménager la chèvre et le chou alors qu’il amorce un second mandat, mais minoritaire cette fois. Il doit faire attention à ses arrières et ménager ses relations avec les provinces. Cependant, il n’ira pas accepter une nouvelle péréquation incluant les revenus pétroliers. Il n’est pas si naïf !

Pierre Jury

Peters, le premier d’une longue liste ?

ÉDITORIAL / Il y a quelque chose d’étrange qui se passe dans le milieu du hockey professionnel. Un entraîneur de la Ligue nationale, Bill Peters, a remis sa démission à la direction des Flames de Calgary pour avoir tenu des propos racistes, il y a 10 ans. Il était à l’époque entraîneur des Ice Hogs de Rockford, dans la Ligue américaine, et les interventions du patineur ontarien Akim Aliu ont suffi à faire tomber M. Peters de son piédestal.

M. Aliu a relaté un épisode parmi tant d’autres où Bill Peters lui a asséné des paroles d’une rare violence verbale. La carrière d’Akim Aliu, un joueur d’origine nigériane, n’aura duré que sept parties dans la LNH. Il avait 20 ans à l’époque des Ice Hogs et il craignait de faire des vagues et d’envenimer ses chances d’avancement. Ce fut peine perdue.

M. Peters ne s’était jamais excusé.

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Un autre, Michal Jordan, est venu expliquer que Bill Peters lui avait asséné des coups au dos alors qu’il était sur le banc des joueurs des Hurricanes de la Caroline.

M. Peters a fini par faire des excuses mercredi, mais il était bien tard. Cependant, il n’a jamais mentionné le nom d’Akim Aliu et ce dernier n’a pas cru en ses regrets. La pression a augmenté au point où Bill Peters a remis sa démission, vendredi, et l’organisation des Flames de Calgary l’a promptement acceptée.

Cette histoire rappelle celle de Don Cherry, l’ex-entraîneur et analyste à Hockey Night in Canada, qui a lancé des paroles injurieuses à l’endroit des immigrants qui ne portaient pas le coquelicot, à l’occasion du jour du Souvenir. Il aura passé des décennies à vomir sur le dos des Canadiens français et des Européens, mais c’est une phrase prononcée il y a deux semaines qui a sonné sa fin au réseau Sportsnet. Après deux jours de réflexion, il était parti. 

D’autres pourraient le suivre et perdre leurs postes.

Des six frères de la famille Sutter, Darryl tout particulièrement, a depuis été visé par l’ex-hockeyeur Daniel Carcillo.

Il y a nettement quelque chose de différent qui se passe dans le milieu du hockey, voire dans tout le sport professionnel. Quand Aliu a mentionné ce qui s’était passé il y a 10 ans, il aura fallu une bonne dose de courage pour croire que cela était pour avoir les conséquences que l’on a vues depuis. Mais nous sommes à l’ère des accusations de #MeToo et de #MoiAussi, des dénonciations sortent régulièrement à propos de personnes, des hommes pour la plupart, qui ont abusé de leurs pouvoirs et de leurs victimes.

M. Peters est le premier du hockey professionnel à écoper. Peu importe le temps qui s’est passé depuis, si les accusations sont suffisamment sévères et vérifiables, cela suffit. 

L’humoriste Bill Cosby a payé le prix, d’autres comme le producteur de cinéma Harvey Weinstein, le fondateur du festival Juste pour rire Gilbert Rozon et l’animateur de télévision Éric Salvail, sont en attente de leur procès. 

Ceux-là auront droit à des procès justes et équitables, pas M. Peters. Mais il devait se douter que d’autres faits sortiraient s’il s’entêtait, et cela a justifié son départ rapide.

Nous sommes à l’ère des communications ultrarapides. Sur les médias sociaux, les accusations sortent prestement. Le droit de réponse est écourté. Dans certains cas, les accusés se défendent. Dans d’autres, non. 

Don Cherry et Bill Peters ont écopé. Ils ont choisi de quitter tout de suite. C’est un nouveau monde dans lequel nous vivons et les comportements répréhensibles, même d’il y a 10 ou 25 ans, restent indéfendables. 

Pierre Jury

Des maisons qui font rêver

ÉDITORIAL / Marguerite Blais a trouvé le moyen de faire rêver les aînés du Québec, et tous ceux qui s’intéressent à leur sort, notamment leurs proches. Il lui reste maintenant à livrer la marchandise, c’est-à-dire procéder à l’inauguration des premières Maisons des aînés... quelque part en 2022. Il faudra donc de la patience.

Il faudra aussi de la compréhension, car il n’y aura pas de place pour tous les aînés du Québec. De fait, les 2600 places promises dans les nouvelles Maisons des aînés ne suffiront même pas à épuiser la liste d’attente du ministère, qui est à 3154 noms. Mais c’est un très bon départ.

Pierre Jury

Les pharmaciens peuvent faire plus

ÉDITORIAL / Au Canada, votre pharmacien peut prescrire des médicaments pour « certaines conditions mineures ». Il est temps de faire le ménage dans ces actes mineurs qui devraient être les mêmes partout. Mais dans chaque province, les pharmaciens se butent au Collège des médecins qui voient parfois avec suspicion l’érosion de ces gestes qui leur étaient réservés.

« Il y a un risque potentiel, certaines choses ne sont vraiment pas propices à être diagnostiquées dans une pharmacie », a soutenu la Dr Lynora Saxinger, de  l’University of Alberta, rapporté par la CBC.

« En médecine, nous passons beaucoup de temps à diagnostiquer et à traiter les maladies communes. Cela appelle à faire la différence entre une maladie commune et la manifestation de quelque chose de dangereux. La différence serait difficile à répliquer dans une pharmacie, avec la formation que les gens ont. »

Il y a dans ce propos un ton dénigrant à l’intention des pharmaciens. Comme si l’on s’attendait que les pharmaciens rendent des diagnostics poussés de cancer !

Ce n’est absolument pas le droit que réclament les pharmaciens.

Ils désirent tout simplement la permission de prescrire des médicaments pour des problèmes de santé courants, facilement reconnaissables et traitables. Combien de jeunes familles ont dû, au Québec, s’astreindre à des heures d’attente à l’urgence pour un simple cas d’otite ? Pourtant, c’est bien là une condition « mineure » que n’importe quel spécialiste de la santé peut diagnostiquer. Mais ce n’est pas encore possible.

L’Ontario est à revoir la liste de ces maladies mineures. Pour l’instant, leurs pharmaciens peuvent renouveler des prescriptions, administrer des injections contre la grippe et certaines autres immunisations. C’est à peu près tout.

Au Québec, le pharmacien a une liste de 12 maladies qu’il peut diagnostiquer et traiter, comme l’acné, les ulcères, la conjonctivite, l’eczéma, l’infection urinaire, etc. 

Ailleurs, la liste des actes varie. En Saskatchewan, les pharmaciens peuvent recommander des méthodes de contrôle des naissances et des médicaments pour la vessie. En Alberta, ils peuvent prescrire des antibiotiques.

Que l’Ontario étende sa liste de maladies mineures est une très bonne idée. Mais une meilleure idée serait que les provinces s’entendent sur une liste de ces maladies mineures de manière à ce qu’il n’y ait plus d’écart entre ce que les pharmaciens du Québec, de l’Ontario et de la Colombie-Britannique sont autorisés à faire. Car il n’y a aucune raison que les collèges des médecins ne puissent s’entendre avec les ordres de pharmaciens sur ces maladies mineures. Comme il n’y a aucune raison qu’une province permette au pharmacien de prescrire des antibiotiques, et à une autre de se restreindre à diagnostiquer l’acné.

Il y a deux raisons pour cela.

D’abord, il y a pénurie de médecins au Canada. Les temps d’attente varient de quelques minutes à quelques heures, selon la province et selon l’établissement, que ce soit l’urgence de l’hôpital, une clinique sans rendez-vous ou un Groupe de médecine familiale, au Québec. Ces attentes sont du temps perdu dans un monde qui n’a pas de temps à perdre.

Puis, il y a l’uniformité interprovinciale. Il n’y a aucune logique à ce que les listes de maladies mineures ne soient pas les mêmes partout au pays.

L’Ontario fait un bon second pas dans l’élargissement des maladies que le pharmacien peut diagnostiquer et traiter. Mais il est temps de faire un pas de plus et de standardiser les pratiques des pharmaciens partout au Canada.

Pierre Jury

Cusson a raté sa chance de se définir

ÉDITORIAL / Alexandre Cusson avait une grosse semaine entre sa démission à titre de président de l’Union des municipalités du Québec et le dévoilement de sa campagne lors du conseil général du Parti libéral du Québec. On croyait qu’il peaufinait son message et son lancement. Qu’il y aurait un gros spectacle autour de ce dévoilement. Et puis... rien.

M. Cusson n’avait rien à dire. Mais absolument rien.

Pierre Jury

La réouverture du Québec

ÉDITORIAL / Le Québec a lancé au début de 2019 l’idée d’un Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes.

Un nom pompeux qui pourrait bien ne rien vouloir dire, si l’on se fie à la présente décennie. Depuis le passage de Benoît Pelletier comme ministre responsable de la Francophonie canadienne, il y a eu comme un grand vide d’initiatives et de volonté dans le domaine. La francophonie québécoise et les francophonies canadiennes, aussi diverses qu’il y a de provinces et de territoires, ne se parlaient pas, ou du moins, ne se comprenaient pas.

Arrive Sonia LeBel et la nouvelle équipe de la Coalition avenir Québec. Entre autres responsabilités, elle a hérité de la Francophonie canadienne et chose certaine, elle ne chôme pas. À tous les mois depuis l’été, elle a sillonné le pays afin d’écouter ce que les communautés francophones ont à dire. Car l’objectif de son Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes, prévu pour les 16 et 17 juin 2020, ce n’est pas que de les entendre, c’est aussi de développer « le renouveau de la politique québécoise en matière de francophonie canadienne ».

Cela pourrait être égoïste. Il n’y a aucune obligation pour elle de mener une si large consultation. En fait, la ministre pourrait développer sa politique dans son coin, ou en catimini avec quelques groupes choisis. C’est tout à son honneur qu’elle mène un vaste exercice d’examen des politiques québécoises en matière de francophonie.

« Le Québec est à une croisée des chemins, a-t-elle confié lors d’une rencontre éditoriale avec le quotidien Le Droit. Traditionnellement, les échanges se font autour de la culture et de l’éducation. Nous voulons y ajouter l’économie aussi. »

L’éducation, c’est une évidence. Cela fait des décennies que l’essor des écoles de langue française aux quatre coins du pays a profité de l’essaimage de professeurs du Québec. Cela se poursuivra.

En culture aussi, cela va de soi. Il y a depuis 40 ans plusieurs artistes de la francophonie canadienne qui ont poursuivi de brillantes carrières au Québec avec Angèle Arsenault, Daniel Lavoie, Carmen Campagne, le Groupe Swing, etc. L’inverse commence à peine à se concrétiser, avec les tournées de Mario Jean, notamment, qui sillonne les salles bondées en Ontario, au Manitoba, en Alberta. Mme LeBel veut encourager ces échanges, mais dit ne pas savoir encore comment.

Tous ces exercices ne sont pas vains. « Si nous élargissons l’espace francophone au Canada, a-t-elle poursuivi, nous croyons que cela nous profitera à nous aussi. Nous pensons que cela peut s’organiser autour de voies à deux sens. » 

Deux conditions s’appliquent. La première, c’est l’approche « différenciée » qui fait en sorte que les principes sont les mêmes partout, mais que leur administration soit potentiellement différente partout. Puis, il y a la capacité limitée du Québec de payer. La Belle Province a beau nager dans les surplus budgétaires, cela n’est pas bar ouvert pour les communautés francophones. Il faut se débrouiller avec l’argent présentement sur la table.

Une chose est sûre : la crise provoquée par le gouvernement de Doug Ford en Ontario, en novembre 2018, a eu du bon. Cela s’est avéré un électro-choc pour le Québec qui a réalisé son poids et son rôle partout au Canada. Le dialogue s’est amorcé, et cela s’est réalisé avec la création de l’Université de l’Ontario français. Sonia LeBel y a joué un rôle modeste. Le Sommet sur le rapprochement en sera une concrétisation. Comme quoi à quelque chose, malheur est bon. 

Pierre Jury

Le Canada heurté par ses cheminots

ÉDITORIAL / La grève du Canadien National, qui amorce sa quatrième journée vendredi, a des conséquences extrêmement fâcheuses pour les Canadiens. Il importe d’en venir à une entente négociée dans les plus brefs délais, car chaque journée compte.

Les conséquences de ce bris de service commencent à se faire sentir, mais que partiellement. Et nous ne parlons pas des manques de propane pour les barbecues des gens des villes ! Dans les médias, on a amplement parlé des impacts de la pénurie de gaz propane sur les fermes du Québec, surtout. Le séchage des grains est interrompu par manque de carburant, et les producteurs agricoles n’ont que quelques jours de pause avant que les grains, humides, ne se mettent à se dégrader. Les récoltes dans les champs ont été stoppées. Les agriculteurs ne peuvent préparer leurs sols pour l’année prochaine.

Pierre Jury

Beaucoup de poids légers

ÉDITORIAL / Le cabinet des ministres que Justin Trudeau a révélé, mercredi, n’a pas bouleversé le monde. Le premier ministre a nommé 35 libéraux, dont huit qui reviennent dans les mêmes fonctions. Mais il n’y a pas eu de grande surprise, comme la nomination d’un ministre issu du Nouveau Parti démocratique, par exemple, dont le Parti libéral, minoritaire, aura besoin pour faire passer ses projets de loi.

Non, M. Trudeau s’est contenté de puiser dans les rangs habituels pour bâtir son équipe. Il a commencé par Chrystia Freeland, sa nouvelle vedette qu’il a promue des Affaires étrangères jusqu’au poste de vice-première ministre, un poste qui n’avait pas été pourvu depuis le temps de Paul Martin. Elle sera aussi responsable des Affaires intergouvernementales. Mme Freeland s’est illustrée en renégociant l’Accord du libre-échange avec les États-Unis et le Mexique, et elle y a bien tiré son épingle du jeu. Cette promotion était dans la poche. Trouvera-t-elle plus simple de composer avec les premiers ministres de l’Alberta, de la Saskatchewan et de l’Ontario qui sont réfractaires aux idées libérales qu’avec Donald Trump ? Elle doit le croire parce que M. Trump était totalement imprévisible. Jason Kenney, Scott Moe et Doug Ford représentent un moindre défi pour cette femme pleine de ressources.

Elle misera sur l’écoute, d’abord, ce qui est une bien meilleure idée que celle d’amener des solutions toutes faites à leurs problèmes, surtout sur la manière que les provinces de l’Ouest pourront sortir leur pétrole. Son père exploitant une ferme en Alberta, elle a une compréhension plus pointue des défis albertains. 

M. Trudeau a aussi contourné son problème de manque d’assises en Alberta et en Saskatchewan, en se tournant vers un autre Saskatchewanais d’adoption, Jonathan Wilkinson, pour l’environnement. Un artifice politique qui, l’espère-t-il, lui permettra de sauver la face.

Puis M. Trudeau a poursuivi en nommant François-Philippe Champagne aux Affaires étrangères. Toute une promotion pour celui qui est promis à de grandes choses. Mais il les prend une à la fois, un signe de sagesse. 

Le cabinet Trudeau compte 36 personnes, dont lui-même, et est paritaire. Il ne fallait pas s’attendre à moins de M. Trudeau qui avait défriché ces terres dès 2015. Il avait alors 34 ministres.

Par contre, nous retrouvons dans ce cabinet beaucoup de nominations de poids léger, assignés à des tâches éparses. Ce sera le cas de Marc Miller, aux Services aux autochtones, Mary Ng à la Promotion des exportations, Daniel Vandal aux Affaires du Nord, Bardish Chagger à la Diversité et l’Inclusion, Joyce Murray au Gouvernement numérique, et Mona Fortier, responsable de la Prospérité de la classe moyenne, etc. On aura l’impression que M. Trudeau désirait combler des postes pour combler des postes, et du même coup, atteindre la parité hommes-femmes. Il aurait mieux fait de s’imposer un cabinet minceur en se limitant à 28 ou
30 ministres.

Mme Fortier accède rapidement au cabinet, une surprise. Elle n’est entrée aux Communes qu’il y a deux ans. Elle entre par la petite porte, ce qui est très bien pour ses premières fonctions, bien plus rapidement que Mauril Bélanger, qu’elle a remplacé, et qui avait dû attendre longtemps avant d’avoir des tâches officielles. Sa nomination a été fort bien reçue en Ontario français, et les attentes seront modestes.

Justin Trudeau mise sur ce cabinet pour les deux prochaines années, dans l’espoir qu’ils livreront la marchandise aux Canadiens. Mais l’économie, sur laquelle le premier ministre n’a que de bien faibles prises, fera foi de tout et décidera du résultat de la prochaine élection.

Pierre Jury

Et le lieutenant?

ÉDITORIAL / Justin Trudeau dévoile son cabinet des ministres mercredi. Le suspense, qui devrait être à son paroxysme, ne l’est plus alors que pas mal toutes les nominations ont été ébruitées. Cependant, la rumeur veut qu’un poste demeure vacant comme il l’est depuis 2015: celui de lieutenant du Québec.

Le job n’a rien de protocolaire. Il ne faut pas confondre avec celui de lieutenant-gouverneur du Québec, qui est le représentant de la reine dans la Belle Province. Le lieutenant du Québec ne fait pas dans les courbettes. Il est plutôt le conseiller officiel du chef de parti fédéral. Il peut y en avoir plusieurs à la fois, un par parti donc.

Pierre Jury

Une victoire facile pour la CAQ ?

ÉDITORIAL / Vendredi, les médecins spécialistes du Québec ont annoncé avoir conclu une entente avec le gouvernement de la Coalition avenir Québec sur la portion financière que cette dernière souhaitait récupérer dans leurs poches. Mais le flou demeure sur cet accord qui est demeuré tacite jusqu’ici.

Le gouvernement avait dit en campagne électorale qu’il souhaitait récupérer 1 milliard $ sur les 5 milliards $ que Québec verse à ses spécialistes. La rumeur qui court depuis vendredi, c’est que l’État québécois aurait conclu une entente qui lui aurait permis de récupérer 500 millions $. Si ces racontars sont fondés, c’est la moitié moins qu’espéré, et les partis d’opposition en feront leurs choux gras. Ils ont déjà commencé d’ailleurs.

Du côté de la CAQ, le refrain avait déjà changé. Le premier ministre François Legault ne parlait plus de 1 milliard $ à récupérer, car il savait bien qu’il s’agissait d’un objectif trop ambitieux. Il faisait plutôt référence à ramener la rémunération des spécialistes à 9 % de moins que la moyenne nationale des spécialistes, car de son propre avis, les salaires sont 9 % inférieurs au Québec par rapport au reste du Canada. Comme si tout devait coûter 9 % de moins au Québec...

Bref, c’est l’art de faire dire aux chiffres ce que l’on veut bien !

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Peu importe, ces 500 millions $ économisés sur le dos des médecins spécialistes, si le chiffre est exact, sont 500 millions $ de plus pour le Trésor québécois, ce qui est une très bonne chose. 

Les finances publiques ne sont pas dans le rouge au Québec, qui vient même de déclarer un surplus de 1,4 milliard $ (plus un autre 3 milliards $ à être versé au Fonds des générations, le bas de laine des Québécois). Nous pouvons donc présumer que le ministre des Finances, Éric Girard, ajoutera sous peu cet autre influx d’argent dans ses coffres. Nous l’avons dit, le Québec nage dans les surplus et cet état de choses est exceptionnel. Il faut en profiter pendant que cela dure, non pas pour tout dépenser l’argent qui entre, mais en garder une bonne portion qui diminuera la dette, et en dépenser une autre partie pour aider main-d’œuvre à décrocher de meilleurs emplois, par la formation professionnelle, notamment.

Ces 500 millions $ que Québec aurait récupérés dans les goussets des membres de la Fédération des médecins spécialistes font très mal paraître le gouvernement précédent, celui du Parti libéral qui était dirigé par Philippe Couillard, et dont le Dr Gaétan Barrette dirigeait le ministère de la Santé. C’est lui qui a conclu cette entente avec la FMSQ... qu’il présidait avant de se lancer en politique, en 2014. Il aurait arrosé les spécialistes des largesses de l’État québécois et la preuve, c’est la relative facilité avec laquelle le nouveau gouvernement de la CAQ a réussi à faire faire marche arrière. 

Il aura suffi de quelques semaines de pressions et de négociations pour que les médecins spécialistes rejettent ainsi quelque 10 % de leur rémunération afin d’acheter la paix. 

François Legault n’a même pas eu besoin de les menacer d’une loi spéciale !

Le mystère demeure sur cet accord entre Québec et la Fédération des médecins spécialistes. Il semble bien que ces derniers étaient trop bien payés sinon, ils se seraient battus à mort pour conserver leurs acquis nouvellement conquis. 

L’avenir révélera la teneur de l’entente et les montants d’économie. En attendant, c’est une victoire pour la CAQ, une victoire facile, même si ce n’est pas celle qu’elle espérait en campagne électorale.

Pierre Jury

Blais, vainqueur facile à Orléans

ÉDITORIAL / Stephen Blais a remporté l’investiture du Parti libéral de l’Ontario dans la circonscription d’Orléans. Sa tâche sera beaucoup plus ardue que celle dans Ottawa-Vanier, un château fort traditionnellement libéral. Cette circonscription aussi est vacante depuis la démission de Nathalie des Rosiers, qui est retournée dans le monde de l’éducation.

Jusqu’en 2018, Orléans s’avérait en quelque sorte une circonscription baromètre, alors qu’elle change de député au gré des allégeances du premier ministre. Pas toujours, mais de façon régulière. Marie-France Lalonde a rompu cette série en reconquérant Orléans en 2018, même si une vague en faveur du Parti progressiste-conservateur balayait l’Ontario. Mais avant elle, Phil McNeely l’a conquise trois fois sous la domination du premier ministre Dalton McGuinty. Avant ça, c’était l’époque du conservateur Brian Coburn qui la représentait à l’époque des premiers ministres Mike Harris et Ernie Eves. Et avant lui, Gilles Morin, qui est entré à Queen’s Park en même temps que David Peterson...

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Donc la course sera serrée entre Stephen Blais et le candidat conservateur qui doit être nommé. Parce qu’il y a une certaine allégeance entre le premier ministre et le député d’Orléans. Mme Lalonde avait prévalu ; M. Blais saura-t-il suivre dans ses traces ? L’avenir nous le dira.

Franco-Ontarien qui a redécouvert ses racines il y a quelques années, M. Blais n’a pas eu trop de difficultés à remporter cette investiture. Il a obtenu 368 votes, 232 de plus que son adversaire Rachel Décoste, qui en a récolté 136. Mme Décoste était plus ou moins connue dans Orléans, alors qu’elle signait des opinions politiques dans le Huffington Post. C’est un déficit important devant M. Blais qui est conseiller municipal du quartier Cumberland depuis 2010. Son ascendant sur ce secteur est d’Ottawa est majeur comme en témoignent ses 89 % des votes exprimés lors du vote de l’automne dernier.

Stephen Blais agit aussi comme président de la Commission de transport en commun, pas une mince tâche compte tenu des ratés du démarrage du train léger. S’il est élu, il sera heureux de passer cette patate chaude à un autre élu d’Ottawa. Mais ce n’est rien à comparer avec la tâche qui l’attend. Le Parti libéral de l’Ontario ne compte que cinq députés en ce moment... sur 124 sièges. Il y a tout un travail de reconstruction à abattre en Ontario, et ce, même s’ils réussissent à faire élire des libéraux dans Orléans et dans Ottawa-Vanier. Et il ne reste que deux années et demie avant le prochain scrutin général. Délai pendant lequel le Parti libéral devra se trouver un nouveau leader. Ce ne sera pas une mince tâche de rebâtir ce parti, qui a connu de belles années sous M. McGuinty, avant une fin atroce, et quatre années du leadership sans boussole de Kathleen Wynne.

M. Blais avait réussi à obtenir l’appui de l’ex-ministre Madeleine Meilleur, un témoignage de l’influence que l’ancienne députée d’Ottawa-Vanier joue encore dans la politique. Même si elle a quitté en juin 2016, elle tire encore des ficelles et son « imprimatur » compte encore pour beaucoup. 

Maintenant, l’attente se fera sentir. Le premier ministre Doug Ford n’aura aucune hâte à s’encombrer d’un ou de deux autres députés libéraux de plus. Il remettra l’élection partielle le plus loin possible. Dans Orléans, il peut faire patienter jusqu’en mars 2020. Bien que Stephen Blais s’est dit prêt à en découdre tout de suite, il devra ronger son frein encore plusieurs mois, exerçant sa patience.

Bienvenue en politique provinciale, M. Blais !

Pierre Jury

Sur les normes vestimentaires

ÉDITORIAL / Catherine Dorion fait encore parler d’elle, et pas pour les bonnes raisons. Cette fois, c’est vêtue d’un coton ouaté qu’elle s’est présentée à l’Assemblée nationale, et des députés se sont discrètement plaints au président.

Ce n’est pas la première fois que la députée de Québec solidaire suscite les manchettes. Chaque fois, elle défriche des sentiers peu usités avec ses vêtements.

Cette semaine, le président François Paradis en a glissé mot au leader parlementaire de QS, Gabriel Nadeau-Dubois, qui a passé le message à sa députée « haute en couleur ». Elle a quitté l’Assemblée parce qu’elle « ne se sentait pas bienvenue ». Il y a deux semaines, c’était pour son « déguisement » à l’occasion de l’Halloween, où elle paraissait en tailleur et mini-jupe, assise sur un bureau au centre du Salon rouge. Il y a quelques mois, ses bottes Doc Martens faisaient jaser.

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Photo d'Halloween de Catherine Dorion: l'autorité de la présidence de l'Assemblée ébranlée

Bref, elle aime pousser la norme vestimentaire en vigueur au Parlement à Québec. On la comprend. L’Assemblée nationale est plutôt rigide dans ses manières de faire. Elle impose le veston et la cravate aux députés, mais pour les femmes, c’est plus délicat. Le règlement parle d’une « tenue de ville », sans préciser ce que c’est. 

Chose certaine, ce n’est pas un coton ouaté. Ce genre de vêtement est propice pour une activité décontractée, mais ne correspond aucunement à une « tenue de ville » !

Pas plus que les gaminets et autres t-shirts dont elle se pare pour représenter les électeurs de sa circonscription de Taschereau, qui correspond aux quartiers populaires du centre de Québec.

La députée doit faire un minimum d’effort pour se conformer un peu plus à la « norme » de l’Assemblée nationale. Pour accompagner sa photo d’Halloween, elle avait titré « F*ck la norme ». On la comprend de vouloir jouer sur les manières de faire au parlement, et il faut être d’accord avec elle que les conventions de l’Assemblée nationale sont un peu coincées. Ses chaussures, tant qu’elles lui couvrent minimalement le pied, feront très bien l’affaire, Doc Martens y compris. Des sandales aussi, mais pas des « gougounes ». Dans les couloirs du parlement, cela peut passer. Mais pas dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.

L’idée n’est pas de faire de chacun des censeurs de la « bonne manière » de se vêtir. Il n’y aurait alors aucune façon de s’entendre sur ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Mais nous sommes en présence d’une députée qui aime bien faire reculer les conventions. Il faut vivre avec les conséquences de sa présence.

Mais nous sommes aussi en présence d’une députée fort intelligente, bien formée — elle détient une maîtrise en sciences politiques du King’s College de Londres ! – qui a certainement une contribution fort poussée à apporter aux travaux parlementaires. Elle est travaillante et dévouée. Son implication politique date de plusieurs années, alors qu’elle s’était présentée pour le défunt parti Option nationale dans Taschereau. Nous ne sommes pas en présence d’une étoile filante de la politique, qu’intéressée à démolir les dogmes politiques modernes. Catherine Dorion est bien plus que ça.

Les normes vestimentaires de l’Assemblée feraient bien d’être modernisées. Pour les hommes, cela voudrait dire de laisser tomber la cravate obligatoire, que ce soit dans les salles des comités tout comme dans le Salon bleu, la salle de l’Assemblée nationale. Cela rendrait les échanges un peu moins guindés. Pour les femmes, faute de mieux, il faut toujours parler d’une « tenue de ville », mais en insistant sur un peu plus de décorum dont fait preuve Catherine Dorion.

Pierre Jury

Des énoncés qui divergent

ÉDITORIAL / Le Québec et l’Ontario ont déposé leurs énoncés économiques, et ils ne peuvent être plus distancés l’un de l’autre. Le Québec nage dans les surplus financiers, tandis que l’Ontario patauge encore dans les déficits. Les surplus du Québec sont si importants qu’il leur faudra une réelle crise économique pour retomber dans l’encre rouge, ce que personne ne souhaite. De son côté, l’Ontario est si profondément engouffré dans un déficit qu’il faudra plusieurs années d’austérité avant de s’en sortir.

Les énoncés économiques s’avèrent une nouvelle réalité dans le monde de la finance. Cela a commencé lors de la crise budgétaire de 2008 lorsque l’urgence d’agir était de mise et que personne ne pouvait attendre les budgets réguliers, en mars ou avril. Puis, des gouvernements nouvellement élus à l’automne se sont mis à y annoncer deux ou trois mesures plus pressantes, en ligne avec leurs promesses électorales. Cela n’est ni le cas de la Coalition avenir Québec, ni du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario. Ils sont fermement en selle, 12 ou 18 mois après leur élection, et rien n’urge... autre que le désir de faire plaisir à leurs électeurs. Ce qu’ils font avec empressement.

Pierre jury

Roberge s’entête

ÉDITORIAL / Après avoir déposé son projet de loi 40 sur la réforme scolaire, le gouvernement du Québec a amorcé cette semaine l’étape cruciale des auditions publiques à son sujet. Il encaisse, avec justesse, une volée de bois vert de tous les partis d’opposition. Et, en plus, des regroupements d’enseignants et de commissions scolaires du Québec.

L’opposition au projet de loi menacerait même les droits des francophones de partout au pays, selon l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec.

Pierre Jury

May quitte au bon moment

ÉDITORIAL / Les appels au départ d’Andrew Scheer à la tête du Parti conservateur du Canada se multiplient... mais c’est Elizabeth May qui a annoncé qu’elle quittait son poste, hier. La chef du Parti vert tire sa révérence après 13 années à la barre, mais elle demeurera députée de Saanich-Gulf Islands, en Colombie-Britannique. Même qu’elle a promis de se représenter la prochaine fois aussi !

Mme May a surpris un peu tout le monde, mais finalement, elle a choisi le bon moment pour abandonner la direction du Parti vert. 

Le nouveau chef sera choisi en octobre 2020. C’est loin, mais cela laissera à tous amplement de temps pour mesurer leurs appuis et faire connaître leurs intentions, mais surtout, le temps de se présenter à l’électorat.

Rappelons qu’avec un Parti libéral minoritaire à la Chambre des communes, la prochaine élection fédérale pourrait survenir d’ici 18 à 24 mois.

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Elizabeth May se vante d’avoir mené son parti au-delà de la barre psychologique du million de votes. Seule élue de son parti en 2009, elle en a fait élire deux de plus cette année. Ce sont Paul Manly, dans Nanaimo-Ladysmith, en Colombie-Britannique toujours, et Jenica Atwin, dans Fredericton, au Nouveau-Brunswick. Il s’agit d’une croissance, bien sûr, mais une croissance bien trop faible pour jouer un rôle de choix aux Communes. Elle aurait dû en faire élire une dizaine. Et c’est largement de sa faute si cela n’est pas arrivé.

Au début de la campagne électorale, on chuchotait que le Parti vert et le Nouveau Parti démocratique partaient presque nez à nez. Mais elle a perdu quelques points de pourcentage dans l’opinion publique alors que le NPD, sous la direction de Jagmeet Singh, en a gagné quelques-uns, lui. Le Parti vert a terminé à 6,5 % d’appuis, ce qui est moindre que les 6,8 % que les verts avaient récoltés en 2008 !

Pourquoi ? Il y a eu tout l’épisode sur un vote libre sur la question de l’avortement. Si elle s’affiche comme pro-choix – à l’opposé de M. Scheer –, son parti ne force pas le vote de ses élus et elle ne pouvait assurer qu’il n’y aurait pas de projet de loi émanant de son parti sur l’avortement. Il y a eu aussi du flou artistique concernant la loi sur la laïcité, sur l’indépendance du Québec (et son candidat Pierre Nantel), sur l’urgence ou pas de cesser l’exploitation du pétrole des sables bitumineux, etc. Toutes ces questions auraient nécessité des consensus déjà établis, et des opinions fortes le temps venu. Ce ne fut pas le cas et c’est ce qui explique en bonne partie le recul relatif du Parti vert lors de la dernière élection.

La confusion s’est poursuivie lorsqu’elle a mentionné son intérêt pour la présidence de la Chambre des communes, la semaine dernière. Une fonction pour laquelle il faut plus de retenue que ce que Mme May a démontré jusqu’ici. La présidence n’est pas un endroit où militer pour des changements « massifs » aux politiques sur le climat et pour un régime d’assurance-médicaments. Ces idées sont louables, mais pas pour le président de la Chambre.

Enfin, le prochain chef devra être « parfaitement bilingue », a soutenu Alex Tyrrell, chef du Parti vert au Québec. Il ne croyait pas si bien dire. Le français éraillé d’Elizabeth May a écorché plusieurs oreilles depuis des années, sans espoir d’amélioration. M. Tyrrell songe à la chefferie, M. Nantel également. Mais il faudra d’autres candidats, et d’autres candidates d’envergure pour la suite du Parti vert. S’il doit jouer le rôle de choix qu’il démontre en Europe, notamment.

Pierre Jury

Pedneaud-Jobin après deux ans...

ÉDITORIAL / Cela fait deux ans que Maxime Pedneaud-Jobin a été réélu maire de Gatineau. Déjà la mi-mandat. Les prochaines élections auront lieu à l’automne 2021, mais il nous assure qu’il serait en lice pour un troisième tour… si la décision devait se prendre aujourd’hui.

Il lui faudra cependant être plus concret sur le projet d’avenir de Gatineau que lors de la récente rencontre éditoriale au Droit, s’il veut s’assurer que les électeurs le suivent sans hésiter.

Pierre Jury

Charette va trop loin, trop vite

ÉDITORIAL / Le ministre québécois de l’Environnement est allé de l’avant avec sa réforme du Fonds vert. Mais Benoît Charette, qui a fait face à un tollé de protestations lorsqu’il a annoncé ses couleurs, en juin dernier, n’a pas changé d’un iota ses intentions. Grosso modo, il devient le grand manitou de toutes les questions environnementales au Québec, ce qui est une bonne chose, en apparence. Mais dans la réalité, cette concentration des pouvoirs entre les mains d’une seule personne pave la voie à des erreurs de parcours qui pourraient être coûteuses, à la longue.

M. Charette a déposé cette semaine son projet de loi 44 sur la réforme du Fonds vert, qui sera rebaptisé « Fonds d’électrification et de changements climatiques ». Derrière le changement de vocable se cache la disparition du Conseil de gestion du Fonds vert, mais aussi celle de Transition énergétique Québec, une société d’État chargée de promouvoir la transition, mais aussi l’efficacité énergétique.

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Le Fonds vert, il faut le reconnaître, avait grandement besoin d’une réforme. Créé en 2006, il gère quelque 800 millions $ par an, résultat des ponctions du marché du carbone et d’une taxe spéciale sur l’essence. Sur papier, c’était une organisation idéale qui visait la réduction des gaz à effet de serre au Québec. Mais dans la réalité, c’était autre chose. Le Conseil de gestion passait le plus clair de son temps à n’approuver des projets qui avaient déjà été entérinés par des ministères. Les libéraux depuis 15 ans, hormis l’intérim du Parti québécois entre 2012 et 2014, n’ont rien fait pour en corriger le fonctionnement. C’est pourquoi leurs critiques sont futiles. 

Au cours de ses années, le Fonds vert n’a présidé qu’à une bien faible réduction des GES, de l’ordre de 2 % selon les chiffres annoncés. Voilà qui est bien en deçà des objectifs, qui sont d’une diminution de 37,5 % des GES entre 1990 et 2030. Il fallait donc faire quelque chose. Mais concentrer à ce point les pouvoirs du Fonds vert entre les seules mains du ministre ? C’est tout ce que M. Charette a pu trouver dans les quatre mois entre juin et la fin d’octobre ? Il semble bien. Et il ne s’en cache pas. 

« Ce projet de loi confère des pouvoirs jamais égalés au ministre de l’Environnement », a-t-il vanté. Ces pouvoirs concentrés pourraient mener à de l’abus. Regardez ce qu’a fait Gaétan Barrette pendant ses quatre années comme ministre de la Santé : il a tout monopolisé les pouvoirs décisionnels du ministère autour de lui à Québec, avec des résultats bien mitigés au bout du compte. 

Certes, le ministre Charette prétendra le contraire. 

Dorénavant, « le responsable va être drôlement plus facile à identifier », a-t-il confié. Évidemment, il élimine tous les contre-pouvoirs !

Et puis ce n’est pas comme si le mandat du nouveau Fonds vert sera plus facile à délimiter. Déjà, il est considéré d’inclure dans ses projets acceptables la construction du troisième lien à Québec. Cela ne provoquera presque aucune réduction des GES, sauf un peu la travée pour le transport en commun. Idem pour le terminal de GNL Québec, à Saguenay, qui n’amenuisera pas les GES. 

Déjà, nous anticipons les problèmes de ce nouveau Fonds vert. Sans douter de la bonne foi du ministre, nous pouvons prévoir que la réduction de GES sera moindre qu’anticipée. Son Fonds d’électrification et des changements climatiques est mal parti. En concentrant trop de pouvoirs entre ses mains, Benoît Charette court à sa perte. Les besoins de réforme étaient là, mais il est allé trop vite, trop loin.

Pierre Jury

Hexo pris dans la tourmente

ÉDITORIAL / Il n’y a pas si longtemps, les cieux étaient radieux pour Hexo et ses compétiteurs dans le domaine du cannabis. Les perspectives de ventes s’annonçaient très bonnes : juste dans le cas de Hexo, on prévoyait plus que quintupler les revenus l’an prochain, ce qui semble tout à fait présomptueux à ce moment-ci. L’entreprise a retiré ses projections de 400 millions $, sans préciser à quoi elle s’attendrait pour l’année prochaine.

La société autrefois appelée Hydropothicaire est basée à Masson-Angers. Elle se débrouille tant bien que mal dans un marché en plein questionnement. Il y a eu une bulle spéculative qui a emporté tous les joueurs du secteur. Depuis, Hexo, Canopy Growth, Aurora Cannabis et Tilray ont toutes souffert dans le marché boursier, et une reprise n’est pas pour demain.

Pierre Jury

Doug Ford est métamorphosé

ÉDITORIAL / Doug Ford est d’humeur guillerette ces jours-ci. Lui qui a pourtant été la cible répétée des attaques de Justin Trudeau tout au long de sa campagne, voilà que le premier ministre de l’Ontario a des paroles bienveillantes à l’endroit de son vis-à-vis fédéral. Il ne lui en veut pas le moins du monde — « c’était de la politique ». Maintenant, il est ailleurs. Et il lui propose de reprendre les échanges courtois entre Ottawa et l’Ontario pour « répondre aux priorités communes » qu’ils partagent !

Il a même salué l’engagement de M. Trudeau à participer au financement de la ligne Ontario du métro de Toronto et il a reconnu que « beaucoup des gens qui ont voté pour lui ont aussi voté pour M. Trudeau ».

Avouez que comme revirement, c’est un revirement !

Tout le monde a bien remarqué que Doug Ford s’est caché durant la campagne électorale. Dès que les travaux parlementaires ont pris une pause estivale, ce furent les vacances pour le premier ministre... jusqu’au 22 octobre. Quatre mois de répit ! Il n’est sorti de sa tanière que pour régler quelques cas, et jamais pour jeter de l’huile sur le feu des relations entre l’Ontario et ses multiples partenaires. 

Au cours des dernières semaines, on l’a vu abandonner sa volonté de reprendre les fusions municipales. Après avoir imposé une réduction de la moitié des conseillers municipaux à Toronto, le gouvernement a finalement concédé qu’il valait mieux que les initiatives viennent de la base plutôt que d’en haut. 

Il a aussi, et c’est majeur, mis fin à sa volonté d’augmenter la taille des classes du niveau secondaire. 

Les classes demeureront à 25 élèves, plutôt que les 28 que le gouvernement proposait, et qui provoquaient beaucoup de friture sur la ligne des négociations d’un nouveau contrat scolaire avec les enseignants. Et l’entente entre Ottawa et l’Ontario sur l’Université de l’Ontario français ne remonte qu’à six semaines.

Maintenant que les tensions politiques sont assainies, qu’est-ce qui a bien pu entrer dans la tête de Doug Ford ?

Car un peu plus et on le verrait à la parade de la Fierté gaie !

Il y a bien eu ce sondage de la firme Mainstreet, en juin dernier, qui le plaçait bon dernier en Ontario. 

Le Parti conservateur ne récoltait que 22,4 % des intentions de vote, loin derrière les libéraux à 39,9 %... même s’ils n’ont toujours pas de chef et n’ont que six députés à l’Assemblée législative. (On aura noté au passage qu’ils n’ont plus aucun Franco-Ontarien sur leurs rangs avec les démissions de Marie-France Lalonde, élue au fédéral, et de Nathalie Des Rosiers, qui est retournée à l’enseignement.) Même les néo-démocrates étaient devant le Parti PC, avec 24,2 %.

Mais le vrai coup de sonde, ce fut l’élection fédérale de lundi dernier. Et M. Ford a bien noté, même s’il ne s’en est pas vanté, que les conservateurs ont fait chou blanc dans la grande région de Toronto, qui inclut sa bien-aimée « Ford Nation ». 

Lui qui se voyait déjà au pouvoir pour au moins deux mandats, voilà qu’après un an à peine, il doit se dépêtrer tout seul pour remonter la pente dans l’opinion publique.

Car ce n’est pas son grand frère fédéral Andrew Scheer qui pourra l’aider — ses œufs sont tous dans le panier de l’Alberta et de la Saskatchewan. 

C’est ce qui explique le ton conciliant de Doug Ford, pour ce qu’il vaut. 

Même là, c’est étonnant. Car changer de ton ? On ne l’en croyait pas capable. 

Comme quoi la politique a le don de provoquer les métamorphoses les plus renversantes.

Pierre Jury

Rick Chiarelli dans de beaux draps

ÉDITORIAL / Les ennuis se poursuivent pour le conseiller Rick Chiarelli. Avant-hier, le conseil municipal d’Ottawa a refusé à l’unanimité, 20-0, de prolonger indéfiniment sa demande de congé.

Il est absent des réunions du conseil depuis le retour de l’été. Cela fait donc plus d’un mois et demi qu’il s’absente : la limite est de trois mois et correspond à la fin de novembre. S’il veut conserver son poste, il doit se présenter à l’hôtel de ville d’ici là.

Pierre Jury

Un conservateur du XXIe siècle?

ÉDITORIAL / Andrew Scheer a raison de faire valoir ses avancées. Son Parti conservateur a récolté plus de votes, à l’échelle nationale, que les libéraux. Il a fait élire davantage de députés, 121, qu’en 2015. Il y aurait là de quoi pavoiser. Comme il le dit lui-même, c’est une victoire d’étape en chemin vers un gouvernement majoritaire conservateur.

Pourtant, il devrait démissionner. Il devrait laisser la chance à un autre candidat de mener le parti vers la victoire.

Pierre Jury

La faute de Justin Trudeau

ÉDITORIAL / Cela apporte un éclairage utile sur ce qui vient de se passer que de regarder plus loin en arrière. Et faire un retour sur la campagne des libéraux de 2015 tourne les projecteurs sur les raisons derrière le gouvernement minoritaire de 2019...

Que promettait le Parti libéral en 2015 ? De l’espoir. La fin de 10 années de régime conservateur où tout était perçu comme une menace potentielle au leadership de Stephen Harper. Il fallait constamment être sur ses gardes, tout soupeser, tout évaluer. Puis, les libéraux sont arrivés et c’est comme si la chape de plomb qui obscurcissait le ciel d’Ottawa et du Canada s’était levée.

L’équipe de Justin Trudeau a paradé chez le gouverneur général sous un beau soleil d’automne et les Canadiens se remettaient à respirer. « Sunny ways », disait M. Trudeau, une expression anglophone signifiant « voies ensoleillées »... signe de son entourage massivement anglophone. 

Cette bande bigarrée, mais unie derrière un chef en apparence charismatique s’est rapidement mise au travail. Il y a eu le sommet de Paris sur les changements climatiques où les libéraux ont signifié un premier virage majeur dans la politique canadienne. Fini l’État-voyou qui niait les effets délétères sur le climat, le Canada reprenait sa place parmi les nations combattant les gaz à effet de serre.

Puis, il y a eu l’accueil de 25 000 réfugiés syriens, qui sont devenus 35 000 finalement. Là aussi, la suspicion qui avait caractérisé le gouvernement de M. Harper, qui craignait une vague de violence provoquée par cette vague d’immigration « non contrôlée ». Troisième étape : l’Allocation canadienne pour enfants, qui venait alléger le fardeau fiscal des familles.

Maintenant, qu’ont proposé les libéraux en 2019 ? 

Car c’est le néant. Justin Trudeau a failli à sa tâche de faire rêver les Canadiens. Il s’est limité à dire qu’élire Andrew Scheer, c’était un retour aux années Harper. Il avait pas mal raison, mais parce que ce fut son seul message, il a omis de proposer des idées salvatrices. Ç’aurait pu être un programme national d’assurance-médicaments, à l’image de celui au Québec. Ce dossier est d’ailleurs bien avancé. Le rapport final a été déposé en juin dernier et la facture est connue : 15 milliards $ par an. Il proposait une mise en place progressive, par l’instauration de médicaments « essentiels » dans un premier temps. Cela pourrait aussi être une intégration étagée, en commençant par les personnes âgées. Mais M. Trudeau a été muet sur la question. Comme il a été muet sur un programme national de garderies, une autre idée que les libéraux trimballent depuis une vingtaine d’années, la repoussant toujours de mandat en mandat. Ou il aurait pu recycler son engagement défait de 2015 sur la réforme du scrutin, ou un programme de logements abordables. 

Bref, il y a plusieurs idées qui fédéreraient une majorité de Canadiens. M. Trudeau a choisi de n’en prendre aucune et de se colletailler avec M. Scheer strictement sur les changements climatiques et sur l’héritage de M. Harper.

Mais il était vulnérable sur l’environnement, avec l’achat du pipeline Trans Mountain. Il refusait de l’admettre. 

Ce fut une campagne sans vision où le chef libéral demandait aux Canadiens de lui confier un autre mandat qui leur procurerait plus de la même chose. Quoi ? Les mauvaises langues diront plus de déficits. M. Trudeau a réussi à conserver l’essentiel des provinces de l’Atlantique et les régions urbaines de Toronto, Montréal, Vancouver. Mais cela ne lui donne qu’un mandat de minoritaire. 

Si Justin Trudeau se retrouve dans de beaux draps, c’est de sa faute, finalement.

Pierre Jury

Finies, les voies ensoleillées...

ÉDITORIAL / Le scrutin de lundi était un référendum sur Justin Trudeau, en quelque sorte. Les Canadiens avaient à se prononcer sur la suite des choses, après quatre années de « voies ensoleillées »... qui se sont vraiment assombries depuis un an. Depuis que l’affaire SNC-Lavalin a éclaté, à l’automne 2018, cela a torpillé les perspectives d’une réélection facile pour M. Trudeau et son Parti libéral. Il a perdu 25 circonscriptions, mais il s’est accroché au pouvoir malgré tout. Il dirigera un gouvernement minoritaire libéral.

Le premier ministre sortant aurait pu trouver une victoire morale dans la défaite de Jody Wilson-Raybould, l’ex-ministre de la Justice qui avait contesté les vœux de M. Trudeau d’accommoder SNC-Lavalin. Ce fut le déclenchement des mauvaises nouvelles pour M. Trudeau, qui voguait allégrement vers une réélection facile à ce moment-là. Mais elle a combattu jusque tard en soirée, pour finalement l'emporter. Sa collègue Jane Philpott n'a pas connu le même sort.

C’est toute une leçon quand même pour les libéraux qui n’auront pas su progresser dans les intentions de vote tout au long de la campagne. Ils ont été nez à nez avec le Parti conservateur du début jusqu’à la fin. Chacun est parti d’environ 33 %, et c’est à peu près là où ils ont terminé.

M. Trudeau a mené une campagne de peur, dans la dernière semaine, dans l’espoir de freiner non plus les conservateurs, mais le Bloc québécois qui articulait une prodigieuse remontée. Cela s’est concrétisé avec 32 députés bloquistes (à 23h15). Cette élection marque leur retour en politique canadienne après avoir été virtuellement effacés de la carte en 2011. Ils n’avaient alors remporté que quatre circonscriptions, puis 10 en 2015. Personne ne savait si cette timide résurgence était le signal avant-coureur d’un retour. C’est maintenant connu que c’était un passage à vide dont le Bloc a clairement émergé en 2019. 

Mais les efforts de M. Trudeau pour contenir le Bloc ont réussi, car ils l’ont contenu à 32 sièges, loin des 40 sièges et plus que certains stratèges jovialistes leur prévoyaient.

Une des choses qui a fait la différence pour les conservateurs, c’est la concentration de leur vote dans les Prairies. Cela ne leur en a pas laissé suffisamment pour faire des gains en Ontario, surtout, et au Québec, marginalement. Ils n’ont pas réussi à élargir leur base de 30 % de l’électorat en présentant de vieilles idées: des baisses d’impôt ciblées, l’annulation de la taxe sur le carbone, des budgets équilibrés d’ici cinq ans. Leur seule étoile de la journée aura été la défaite de Maxime Bernier, chef du Parti populaire du Canada, un petit parti qui s’était séparé des conservateurs. Ce sera vraisemblablement la fin de cette aventure, dont le discours de droite ne fédérait pas suffisamment de Canadiens.

Dans la région d’Ottawa-Gatineau, c’est le statu quo avec l’élection d’une large brochette de libéraux, sauf pour Pierre Poilievre, dans Carleton. Comme si les quatre dernières années ne s’étaient pas passées. Il restait un point d’interrogation: Argenteuil-Petite Nation, où le libéral Stéphane Lauzon combattait avec le Bloc québécois Yves Destroismaisons. Dans Glengarry-Prescott-Russell, le libéral Francis Drouin a devancé le conservateur Pierre Lemieux après 23h.

Finalement, ce fut à peu près comme Le Droit l’espérait, la semaine dernière, avec l’élection d’un gouvernement minoritaire libéral. Il restera à voir avec quels partis les libéraux s’allieront pour gouverner, et combien de temps cette alliance de bons procédés durera. Cela pourrait durer plus que les deux années que l’on donne normalement aux gouvernements minoritaires.

Pierre Jury

Ça compte: allons voter!

ÉDITORIAL / La course électorale est pratiquement terminée. Les candidats font un dernier tour de piste. Lundi, ce sera aux électeurs de briller par leur présence. Est-ce que ce sera le cas ?

En 2015, les Canadiens sentaient la présence d’enjeux bien nets dans l’élection fédérale. Il y avait la présence d’un gouvernement conservateur usé par 10 ans de pouvoir, qui avait surpris en déclenchant une campagne longue de 76 jours, le temps de bien user ses adversaires et les saigner à blanc au plan financier. Tous les principaux partis ont, à un moment donné ou un autre, dominé la course, et le Parti libéral a finalement enregistré la plus importante hausse de sièges de l’histoire du parlementarisme canadien. 

Au passage, la participation électorale a atteint 68,5 %, un sommet depuis 1993. Le vote précédent, celui de 2011, avait enregistré 61,4 %, et il avait été le sujet de manœuvres pour décourager la participation électorale : il faut s’en souvenir.

Qu’en sera-t-il en 2019 ? Bien malin sera celui qui pourrait le prédire avec soin.

Malgré tout le bruit provoqué par la campagne électorale, il faut prévoir un certain retrait sur le 68,5 % de 2015. Simplement parce que les chefs que sont Justin Trudeau et Andrew Scheer n’ont pas su galvaniser les intentions de vote. La campagne n’a pas levé.

La preuve ? Libéraux et conservateurs ont terminé plus bas dans les intentions de vote qu’ils n’ont débuté : il s’agit d’une anomalie en politique où l’un des chefs, normalement, monte dans les intentions de vote, tandis que l’autre descend.

Ce sont, anormalement encore une fois, les chefs des tiers partis que sont le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique qui ont gagné des parts de marché au cours de cette campagne. 

Est-ce que cela tiendra jusqu’au 21 octobre ? Ça reste à voir.