Pierre Jury

Le rempart de la gestion de l’offre

ÉDITORIAL / ​La publication du dossier « Comment ‘acheter canadien’ », dans notre édition d’hier, démontre un fait aussi consternant qu’étonnant : de façon générale, notre industrie alimentaire canadienne est si imbriquée avec l’industrie des États-Unis que nous peinons à trouver des aliments « 100 % » canadiens.

Ce dossier compilé par la Presse canadienne est révélateur de ces faits renversants. Il y avait eu de larges échos sur la question du ketchup Heinz, et de celui de son compétiteur French’s. Depuis 2014, la fermeture de l’usine Heinz à Leamington, dans le sud de l’Ontario, a fait en sorte que tout le ketchup Heinz est maintenant produit en Ohio.

La marque French’s a vu là une opportunité de se démarquer et renforcir le caractère canadien de son produit. Ce qu’elle a fait, insistant sur le fait que son ketchup est produit de tomates canadiennes... même si French’s est une société américaine.

Pierre Jury

Le début de la fin...

ÉDITORIAL / Est-ce le début de la fin ? Pas encore, mais la fin du service de la compagnie d’autobus Greyhound dans l’ouest du pays n’augure rien de bien pour l’est du Canada non plus.

Greyhound a annoncé hier qu’elle mettra fin à tous ses déplacements dans l’ouest du pays, le 31 octobre prochain. La société invoque une baisse de 41 % de l’affluence sur l’ensemble de sa desserte depuis 2010, et de 8 % juste l’an passé. 

« Dans le Canada rural, c’est une situation qui va en s’accélérant. Le nombre de passagers sur bien des parcours est moins de 10 », a commenté Stuart Kendrick, vice-président de Greyhound Canada, au Globe and Mail. Quelque 415 personnes doivent perdre leurs emplois.

Même Sudbury est touché. On annulera tous les transports au nord de Sudbury du même coup, laissant sans service des communautés comme Kapuskasing, Timmins et Hearst.

Le reste de l’Ontario et tout le Québec n’est pas affecté par ces coupures de service. Mais n’est-ce qu’une question de temps avant que cela ne survienne ?

Ce qui pointe à l’horizon, c’est l’émergence d’une ribambelle de petits transporteurs qui desserviront chacun les communautés où l’économie le justifiera. Bref, les Canadiens reviendront pas mal à la desserte de petites bourgades comme c’était le cas, il y a 75 ou 100 ans. 

Ironique.

Pierre Jury

Amazon: bravo!

ÉDITORIAL / Ottawa-Gatineau a brièvement été sur les rangs pour obtenir le futur quartier général d’Amazon. Les espoirs ont vite été éteints.

Mais une autre lumière s’est allumée entre temps : l’établissement d’un centre de distribution d’Amazon. C’est ce qui a été confirmé, hier, par le maire d’Ottawa et quelques élus. Bravo !

Ce sont 600 emplois permanents qu’Amazon doit embaucher dans cet entrepôt. C’est énorme ! On doit y recevoir et y acheminer de gros items commandés chez Amazon, au contraire des sept autres entrepôts de la multinationale américaine, qui sont spécialisés dans les petits colis. 

C’est sans compter les 1500 emplois temporaires reliés à la construction qui sera assuré par Broccolini. Le gigantesque local de 92 900 m carrés doit être aménagé à l’intersection du chemin Boundary et de l’autoroute 417, un secteur longtemps délaissé par les grands projets à Ottawa. On préfère toujours le centre ou l’ouest. Cette fois, c’est l’est qui est avantagé et ce n’est pas trop tôt. Car en plus de l’emploi, cela stimulera la construction domiciliaire et les petits commerces de proximité. Cela allégera les pressions de circulation dans le centre et l’ouest pour mieux les équilibrer avec l’est, ce qui sera bienvenu.

Cela pourrait aussi aider les petites municipalités de Russell et d’Embrun, dans la couronne est de la capitale. Situées de l’autre côté de l’intersection 417-Boundary, elles pourraient profiter de la croissance attendue stimulée par cet entrepôt.

Bon, il est certain que ce ne seront pas des emplois comme ceux du futur quartier général d’Amazon. Ce seront surtout des emplois de manœuvre et de préposés, et 600 emplois, ce ne seront que des poussières en comparaison des 50 000 jobs que le HQ2 d’Amazon doit créer. Mais pour une région qui ne comptait pas lourd aux yeux d’Amazon, ces 600 emplois s’avèrent un beau cadeau de consolation. À prendre n’importe quand.

Pierre Jury

Préliminaire... mais qui fait rêver

ÉDITORIAL / Le projet préliminaire de transport en commun sur rails pour l’ouest de Gatineau est justement cela : préliminaire. Il ne faut pas se réjouir trop vite. L’échéancier de 10 ans relève carrément de la chimère et il est bien, bien trop tôt pour parler d’un « service fréquent aux 5 minutes aux heures de pointe » et d’une desserte de « 42,6 % des résidences à distance de marche d’une station ». Cela ne sert qu’à épater la galerie et à convertir un peu plus ceux qui le sont déjà.

Il s’agit tout de même d’un « rêve éveillé » qui propose un circuit 100 % électrique qui doit desservir tout l’ouest de Gatineau. Ce qui n’a pas été dit, c’est qu’à terme, ce réseau sur rail rendra le Rapibus caduc. 

Quand les usagers auront apprécié la facilité et la convivialité du transport sur rail, le Rapibus s’avérera dépassé et ses infrastructures pourront alors être converties en réseau sur rail. Mais ne parlons pas trop vite : cela n’arrivera pas avant un bon 20 ans et le Rapibus approchera alors de son quart de siècle d’utilisation. Il sera temps de réfléchir à son avenir et les 255 millions $ qu’il a coûtés jusqu’ici seront de l’histoire ancienne.

Les oh ! et les ah ! de l’auditoire choisi de la Maison du citoyen, la semaine dernière, ont aussi obscurci les trois obstacles majeurs du plan tel que proposé. Ce sont le corridor patrimonial du Vieux-Aylmer, le pont Prince-de-Galles et le pont Alexandra. Chacun a ses caractéristiques propres. 

Le Vieux-Aylmer est toujours un casse-tête en apparence insoluble ; il faudra en repenser l’accès sur des bases nouvelles car les voies actuelles ne peuvent s’accommoder d’un nouveau corridor ferroviaire. 

Le pont Prince-de-Galles est un nœud qui dépend du bon vouloir de la Ville d’Ottawa, à qui il appartient. On l’enrubanne de belles paroles mais il faudra agencer les budgets et les calendriers pour que ça se fasse au moment où la Société de transport de l’Outaouais sera prête. 

Quant au pont Alexandra, c’est le plus gros écueil : certains ont dit, la semaine dernière, que le pont centenaire avait atteint la fin de sa vie utile mais cela reste à voir. Il faudra beaucoup de pressions politiques avant qu’il ne soit rénové. Et tant que cela ne sera pas fait, nous ne voyons pas comment on pourrait ajouter une voie double de transport sur rail... Et on veut faire terminer le transport sur rail à proximité du Centre Rideau ? C’est du délire.

Mais ce projet a du bon malgré tout parce qu’il fixe les choses dans le temps. 

Maintenant qu’il est connu, cela interpelle les élus du Québec et d’Ottawa. Il y a ces années-ci, au fédéral du moins, un gouvernement qui est très ouvert à des investissements en transport en commun. C’est un solide départ et la perspective d’une élection fédérale n’inquiète pas trop le premier ministre Justin Trudeau ni ses députés Greg Fergus et William Amos. 

Pour le Québec par contre, c’est plus difficile à dire. Si les libéraux de Philippe Couillard sont réélus, on sait qu’il y a une bonne entente avec la députée Maryse Gaudreault. Par contre, si la Coalition avenir Québec est choisie, cela ajoute un coefficient de difficulté dans l’équation.

Quant à la facture de 2,1 milliards $, il s’agit d’une « estimation préliminaire » basée sur des coûts dans d’autres régions du pays. Cela coûterait 3 milliards $ que nous ne serions pas surpris. Entretemps, tous les yeux seront rivés sur le futur train léger à Ottawa : outre un retard de quelques mois, la facture globale de 2,1 milliards $ a été respectée. Il reste le test de l’opinion publique : son succès ou son échec pavera la voie à l’opinion publique de Gatineau. 

Pierre Jury

Les sites, un service essentiel

ÉDITORIAL / À peine lancés, les sites d’injection supervisée de l’Ontario sont maintenant à risque depuis que Doug Ford a été élu.

Le premier ministre élu de l’Ontario n’a jamais caché son opposition à ces sites d’injection.

Pierre Jury

Michaëlle Jean s’organise...

ÉDITORIAL / La riposte de Michaëlle Jean pour un second mandat à titre de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie commence à s’organiser. Elle a reçu un appui timide, mais un appui malgré tout, du président du Sénégal, Macky Sall, avant-hier. C’est un premier pas qui fracture l’unité continentale de l’Afrique et qui augmente ses chances de renouveler son mandat, ce que Le Droit souhaite.

Au cours des derniers mois, ses chances de réélection paraissaient minces. On ne lisait que des attaques à son endroit. 

Là, c’est un premier appui public que le premier ministre Justin Trudeau a su obtenir de son vis-à-vis sénégalais, ce qui secoue le nouvel ordre mondial que ses adversaires tentaient de mettre en place. 

Mme Jean n’a pas encore d’adversaire... connu. On chuchote cependant en coulisses que ce pourrait être la ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Louise Mushikiwabo. Elle a déjà reçu un appui de taille, celui d’Emmanuel Macron, président de la France.

Et la cinquantaine d’autres gouvernements de l’OIF de prendre parti au cours des prochains mois.

Le prétexte du désaveu de Michaëlle Jean ? Les dépenses « somptueuses » : 500 000 $ pour la rénovation de l’appartement de fonction, une note d’hôtel de 50 000 $ du Waldorf Astoria à New York, un piano de 20 000 $ et une facture de 1 million $ pour la randonnée d’une réplique du vaisseau du XVIIIe siècle, l’Hermione. À de telles notes de frais, on peut évidemment faire dire ce que l’on veut. La rénovation de l’appartement aurait mené à des économies de 570 000 $ sur quatre ans, par exemple... Où est la vérité ?

La vérité, c’est que Michaëlle Jean n’a jamais été la candidate de la France, habituée de tout avaliser en ce qui concerne l’OIF. Et voilà qu’au terme d’un mandat, la France besogne fort pour trouver une remplaçante — plutôt qu’un remplaçant — à Mme Jean. 

Ce travail de sape des Français s’avère aussi étonnant qu’il arrive après un seul mandat de Michaëlle Jean. Jamais un secrétaire général n’a été interrompu si vite. Y a-t-il suffisamment dans le passif de Mme Jean pour qu’elle doive s’avouer vaincue après un seul mandat ? 

Outre l’appui de M. Trudeau, il y a celui de Philippe Couillard. Il a été solide jusqu’ici, mais pourrait ne rien vouloir dire lors du prochain sommet de l’OIF, en Arménie, en octobre. Il surviendra une dizaine de jours après l’élection québécoise et François Legault, le chef de la Coalition avenir Québec, est demeuré muet sur cette question. 

Et puis, au Québec, l’appui à Michaëlle Jean est toujours obscurci par la question nationale. Louise Beaudoin, ex-ministre québécoise des Relations internationales, a récemment posé la question ainsi. « Le fait qu’elle soit Québécoise et Canadienne ne devrait pas lui procurer l’appui automatique des libéraux, à Québec comme à Ottawa. Pas plus que ses faits d’armes à titre de gouverneure générale du Canada et son ardent fédéralisme ne devraient la disqualifier automatiquement auprès des indépendantistes québécois. C’est sur son bilan qu’il faut juger la secrétaire générale sortante. » Pour ajouter aussitôt : « Les extravagances de son train de vie aux relents monarchiques, qu’elle a été incapable de défendre, ont eu pour effet de discréditer son action à la tête de l’OIF. » 

Elle, du moins, a clairement établi lequel était son camp. D’autres le feront au cours des prochains mois. 

Mais Michaëlle Jean ne quittera pas sans une bonne bagarre.

Pierre Jury

Ford l’emporte ; que fera-t-il ?

ÉDITORIAL / L’Ontario a parlé. Fort. Et ce seront les conservateurs de Doug Ford qui dirigeront la province pour les quatre prochaines années.

La victoire conservatrice n’a pas fait de doute tout au long de la soirée. Grâce au dépouillement électronique, les réseaux de télévision ont pu annoncer la nouvelle dès 21 h 15, à peine quelques minutes après la fermeture des bureaux de vote...

ÉDITORIAL

Pour le NPD

ÉDITORIAL / Dans cette course bien particulière qui déterminera l’Ontario des prochaines années, Le Droit appuie l’élection d’un gouvernement néo-démocrate.

Un gouvernement du NPD assurera à tous les Ontariens, et aux Franco-Ontariens en particulier, un large éventail de politiques et de programmes qui sont mieux détaillés et mieux évalués que celui de leurs adversaires progressistes-conservateurs.

Évidemment, ce choix fait abstraction des libéraux dont la cheffe Kathleen Wynne a — oh surprise ! – déjà admis qu’elle ne sera pas première ministre au lendemain de l’élection du 7 juin. Les libéraux font face au rouleau compresseur de l’opinion publique : localement, Nathalie Des Rosiers, Marie-France Lalonde, Bob Chiarelli et Yasir Naqvi méritent un meilleur sort que le discrédit d’une population qui souhaite un profond changement. Le plan libéral se heurte à trois grands obstacles : la désaffection concernant Hydro One, les tarifs d’électricité, et plus généralement encore, un appétit insatiable pour le changement après 14 années de régime libéral. Ils ne peuvent rien pour la gestion d’Hydro One (malgré l’engagement des conservateurs à cet effet), et ils ont déjà agi sur les tarifs d’électricité. Tous leurs engagements, aussi bien recherchés puissent-ils être, passent inaperçu. Le Parti libéral risque même de perdre son statut de parti officiel à l’Assemblée législative. 

Souhaitons que l’Université de l’Ontario français, le parachèvement du réseau scolaire, le taux de 5 % d’immigration francophone et des projets disparates comme la Maison de la francophonie d’Ottawa procèdent malgré tout.

Le Parti progressiste-conservateur a traversé monts et vallées depuis janvier et ce n’est qu’au terme d’une hâtive course à la direction que Doug Ford s’est hissé à sa tête. Après un début de campagne qui avait des airs de Donald Trump, il a modéré son ton depuis, à coup de nombreux « My friends » et de grosses promesses non évaluées. Il a ainsi mené une course tronquée et le mot d’ordre s’est rendu jusque dans les circonscriptions. Ainsi, Amanda Simard a évité les débats publics dans Glengarry-Prescott-Russell, disant préférer les échanges à la porte des contribuables. Les conservateurs, s’ils l’emportent, l’auront réussi malgré les principes d’une démocratie franche et ouverte, et cela est hautement regrettable. 

Les engagements de M. Ford n’ont pas fait l’objet d’une évaluation des coûts et bénéfices. Baisser le prix de l’essence de 10 cents le litre ne durera pas ; les pétrolières absorberont cette réduction au fil du temps. Réduire l’impôt de la classe moyenne doit coûter 2,3 milliards $. Toutes leurs mesures financières coûteront plus de 7 milliards $, sans explication d’où viendra l’argent autrement que par « des efficiences budgétaires » similaires à ce que Doug et Rob Ford ont mis en place lorsque le second était maire de Toronto. Il ne faut pas trop s’y fier.

Pour un parti qui entend vivre à l’intérieur de ses moyens, toutes ces entourloupettes financières sont un peu de la poudre aux yeux. Mais quand il y a volonté de changement, la population ne regarde pas toujours le fin mot des engagements électoraux. 

Le NPD y va aussi de ses pirouettes, comme celle de faire marche arrière sur la vente d’Hydro One, une affaire de 10 milliards $ que le parti peine à expliquer comment il s’y prendra. Il propose aussi un plan de garderies à 12 $ par jour. Cela doit coûter 2,8 milliards $. Ce plan, copié sur celui du Québec, s’avère une bonne idée mais il vaut mieux y aller mollo au début. Dans l’ensemble, le plan du NPD est mieux défendu et mérite la confiance des électeurs, en l’absence des libéraux de Kathleen Wynne.

Pierre Jury

Un pari audacieux

ÉDITORIAL / C’est une réelle bombe que le gouvernement de Justin Trudeau a lancé dans le dossier de l’oléoduc Trans Mountain, mardi. Sa proposition de le racheter de la société Kinder Morgan pour 4,5 milliards $ polarise l’opinion publique.

Les néo-démocrates ont été particulièrement virulents dans leur attaque de la toute dernière idée libérale. Les conservateurs, qui sont favorables à cette idée de pipeline, s’en sont pris sur la manière...

Cette idée est loin d’être saugrenue. Elle est audacieuse, certes, voire très téméraire, mais si tout se déroule comme prévu...

Évidemment, il s’en trouvera pour la critiquer. De fait, l’intention des libéraux de concilier pipelines et environnement s’avère difficile. Dès son élection, en octobre 2015, M. Trudeau voulait clairement s’afficher en faveur de l’environnement. Il désirait marquer une nouvelle ère canadienne. Le sommet sur l’environnement COP21, à Paris, quelques semaines plus tard, marquait l’occasion et brisait le moule de neuf années de régime conservateur sous Stephen Harper. Sa stratégie ? Une taxe sur le carbone qui, à terme, donnera ses résultats.

Mais en même temps, M. Trudeau voulait s’afficher pro-pipelines pour aller chercher le vote de l’Alberta, notamment, et de la Saskatchewan. Il voulait du même coup se démarquer de son père, Pierre Elliott Trudeau, et le honnit — dans l’Ouest, du moins — Office national de l’énergie. 

Mardi, ce fut la journée où tout s’est joué. Où les intentions de Justin Trudeau sont devenues limpides. Où il a fallu choisir entre environnement et pipeline, et le choix a été net. 

Non pas qu’il était permis d’en douter. Les signaux envoyés par M. Trudeau au cours des derniers mois plaidaient largement en faveur du pipeline Trans Mountain, mais ses intentions sont devenues claires. Ce sera le pipeline... à court terme. D’ici quelques mois, ou quelques années, cet oléoduc sera revendu. Et il y aura des acheteurs prêts à payer le bon prix. Sur ces questions, cependant, il faut démontrer de la bonne foi et croire en l’avenir.

Dans le passé, Le Droit a appuyé la diversification des marchés d’exportation vers les pays d’Asie. Il faut réduire notre dépendance face aux titanesques États-Unis et le pipeline qui joint l’Alberta et la Colombie-Britannique s’inscrit dans cette stratégie. C’est la raison pour laquelle nous appuyons cette initiative de Justin Trudeau.

Il y a évidemment ceux qui martèlent que le pétrole des gaz bitumineux a une durée de vie limitée et que dans quelques années, nous en aurons fini des énergies fossiles. Nous rappelons que la fin de la demande pour cette énergie dépassera les 20 à 25 ans, et sans doute davantage. S’il y a un engouement certain pour les véhicules électriques, ce n’est pas la razzia chez les concessionnaires et les ventes demeurent anémiques, malgré de généreux incitatifs. Ce n’est pas sur le point de changer et il faudra des années avant que la soif des automobilistes pour le pétrole ne se tarisse.

Quant aux prétentions environnementales de M. Trudeau, elles sont toujours là, mais affaiblies. Il a encore plusieurs cordes à son arc, même si elles sont moins affûtées qu’avant. Face aux objections des autochtones, notamment, les libéraux ont tant investi depuis deux ans que les Premières Nations ne peuvent se fermer les yeux sur ces avancées. Face aux objections des autres, il faudra s’en faire une raison. Et puis, le gouvernement de John Horgan, en Colombie-Britannique est minoritaire et instable, maintenu en place grâce à l’appui des Verts ; il pourrait tomber à tout moment. Il ne durera pas le temps de sa contestation.

Entre temps, le pipeline Trans Mountain aura été construit.

Pierre Jury

À mi-chemin...

ÉDITORIAL / La campagne électorale ontarienne est à mi-chemin. La victoire annoncée de Doug Ford et de ses progressistes-conservateurs n’est plus aussi nette que les prévisionnistes l’anticipaient. Andrea Horwath et son Nouveau Parti démocratique font plus que lui donner du fil à retordre : plusieurs sondages la mettent maintenant en avant. Cela rappelle à tous l’importance d’une campagne électorale car bien des événements peuvent changer la donne.

Cela laisse dans la brume les libéraux de Kathleen Wynne, avec moins de 25 % des intentions du vote populaire. Ses chances de réélection sont nulles. Il semble bien qu’elle n’a pas su calmer la rancœur envers les libéraux de son prédécesseur Dalton McGuinty. Plusieurs des reproches qui lui sont adressés remontent à cette époque, il y a plus de quatre ans. Les affaires de Hydro One, des tarifs d’électricité et les nombreuses initiatives sociales des libéraux (salaire minimum, médicaments gratuits aux 25 ans et moins, etc.) se massent dans le passif de Mme Wynne, bloquant tout espoir de réélection. 

Cela laisse le champ libre aux conservateurs de M. Ford, parti largement favori malgré une année 2018 amorcée sur les chapeaux de roue. Nous nous souviendrons du départ forcé de Patrick Brown pour des affaires sexuelles dont il compte bien se défendre ultérieurement. Une course au leadership accélérée a couronné le frère de l’ex-maire de Toronto Rob Ford mais il s’est bien peu commis au plan des idées. Outre Hydro One et la taxe sur le carbone, ses engagements électoraux sont bien minces... ouvrant la porte à Mme Horwath.

La néo-démocrate a fait flèche de tout bois. Elle a offert aux électeurs ontariens qu’ils n’avaient pas à choisir entre la peste et le choléra mais qu’il existait une troisième voie, la sienne. Ils se sont ouverts à ce message d’espoir et depuis deux ou trois semaines, elle et son parti croissent dans l’opinion publique. Partie nez à nez avec les libéraux de Kathleen Wynne, elle a gagné une dizaine de points de pourcentage pendant que libéraux et conservateurs voyaient leurs appuis s’étioler. Au point où elle a rejoint les conservateurs, selon les sondages Ipsos/Global News et Abacus Data. Ses résultats sont à l’intérieur de la marge d’erreur, ce qui pourrait signifier une différence plus importante, mais la remontée est tout de même spectaculaire. Mainstreet Research, Ekos Research et celui de H+K Strategies, tous publiés la semaine dernière, donnent cependant les conservateurs gagnants par une avance d’au moins 6 points.

Il reste à voir si la bourde financière du NPD pèsera lourd dans l’opinion publique. Une affaire de 700 millions $, coussin que les néo-démocrates ont ajouté au positif des finances plutôt que la mettre au passif. Mme Horwath a reconnu rapidement l’erreur, une bonne stratégie mais il faudra voir si les Ontariens lui pardonneront aussi facilement. Les prochains sondages, à une semaine du vote du 7 juin, nous éclairciront.

De tout cela, il demeure une inconnue : le programme progressiste-conservateur et le plan financier qui l’accompagne. Doug Ford navigue sur le haut de la vague depuis sa victoire dans la course à la direction du Parti PC. Il dominait outrageusement dans les sondages, et ça se comprenait. Mais ce n’est plus le cas. Il doit révéler son programme d’action, et les moyens économiques qu’il se donne sinon tout cela risque de sonner faux. 

Sa victoire annoncée risque d’être bien plus mince qu’anticipée — et risque même de dérailler ! – s’il ne prend pas position officiellement. 

Nous l’enjoignons à le faire dans les plus brefs délais.