Pierre Jury

Une Pâques... différente

ÉDITORIAL / Une autre fête de Pâques, une autre occasion de rappeler cette grande célébration chrétienne, dimanche. C’est bien plus que la fête du chocolat que les commerçants ont imposée : c’est une occasion de se retrouver et de réfléchir, de se renouveler dans un esprit différent.

Mais cette année, c’est une double occasion de se rappeler de deux phénomènes récents venus entacher la papauté et son action en 2018.

D’abord, il y a le fait que le pape François ne présentera pas d’excuses pour les traitements infligés aux autochtones du Canada pendant leurs années dans les pensionnats. C’est ce qu’a fait savoir la Conférence des évêques catholiques du Canada, cette semaine. Le message relayé par le premier ministre Justin Trudeau est resté lettre morte.

« Le Saint-Père est au fait des conclusions tirées par la Commission de vérité et réconciliation et il les prend au sérieux, a écrit Lionel Gendron, évêque de Saint-Jean-Longueuil et président de la CECC. Mais il ne peut pas y répondre personnellement. » Le pape n’y fait pas la sourde oreille pour autant. Il a appelé les évêques du Canada à « s’engager dans un travail intensif de pastorale visant la réconciliation, la guérison et la solidarité avec les peuples autochtones, et de collaborer dans des projets concrets en vue d’améliorer la condition des Premiers Peuples ». 

Ce pourrait bien être avant tout une question de langage. En 2009, le pape Benoît XVI avait exprimé des « regrets » pour la manière que l’Église catholique avait traité les autochtones. Le pape François pourrait potentiellement présenter ses excuses lors d’une éventuelle tournée au Canada, ce qui pourrait inclure une rencontre avec les Premières Nations. Mais un tel voyage n’est pas dans les plans. Pas encore, du moins.

Il y a aussi la mémoire du père Alexis Joveneau dont la congrégation est « dévastée par les témoignages troublants » de ses gestes répréhensibles sur la Basse-Côte-Nord entre 1953 et son décès en 1992. Il y a 25 ans à peine disparaissait cet Oblat de Marie-Immaculée qui a servi à La Romaine pendant ces 39 années. Mais ce furent des années marquées par des dizaines et des dizaines d’agressions de femmes et d’enfants dont les victimes sont encore dans la force de l’âge. Le Journal de Montréal, qui a piloté le dossier, l’a qualifié de « monstre de la Côte-Nord ». La congrégation, loin de le défendre mais sans jamais nommer le père Joveneau, a entre autres mis en place une ligne d’appel 1-800 pour recueillir les témoignages de victimes. 

Mais cette crise n’est pas la seule. Au Chili, où le pape François était en janvier, il a là aussi été accusé de fermer les yeux sur les abus du père Fernando Karadima, condamné à une vie de prière et de pénitence pour avoir abusé sexuellement de garçons. 

Ces mouvements agissent en même temps et vont dans le même sens. Mais parallèlement, le pape François est attaqué à Rome pour ses sympathies « féministe, communiste et franc-maçon ». En 2015, il a redirigé l’Institut Jean-Paul II vers une approche du mariage et de la famille plus large, ce qui n’est pas sans heurter les sentiments de la droite traditionnelle, entre autres issue de la mouvance américaine. 

Toujours populaire, le pape François doit donc naviguer entre ces deux tendances et à 80 ans, il ne lui reste plus beaucoup d’années pour le faire.

Entre temps, le pape François pourra célébrer cette fête de Pâques comme il le fait tous les ans. 

Pierre Jury

Les deux clés du Plan d’action

ÉDITORIAL / Depuis 2003, le gouvernement fédéral a déposé quatre Plans d’action pour les langues officielles, le plus récent étant arrivé ce mercredi. C’est à la dernière minute car il entre en vigueur le 1er avril...

Ces Plans d’action — ou Feuilles de route, du temps des conservateurs — englobent tout ce que le fédéral fait sur le plan des langues officielles. Enfin, pas spécifiquement puisque plusieurs initiatives, comme le Programme de contestation judiciaire, le rétablissement du Collège militaire royal de Saint-Jean ou certaines dispositions du programme Emplois d’été Canada, ont déjà obtenu leur enveloppe budgétaire. Cela porte à confusion et fausse les données. Même les investissements fédéraux des documents officiels biaisent les informations ; ce sont bien 588 millions $ de plus sur cinq ans, comme l’avait plus nettement laissé entendre le budget fédéral d’il y a trois semaines.

Pierre Jury

Un budget... de 10 semaines?

ÉDITORIAL / Combien de temps durera ce budget libéral à Queen’s Park ? Quelques années... ou quelques semaines ? Voilà la vraie question derrière ce plan présenté par le ministre des Finances, hier.

Le gouvernement libéral replonge l’Ontario dans l’encre rouge, et pour au moins six bonnes années. Et pas de petite façon ! Après avoir dégagé un surplus financier de 1 milliard $ en 2017, voilà que Kathleen Wynne prévoit 6,7 milliards $ de déficit cette année, et cinq autres années entre 3 et 5 milliards $. Il s’agit d’un choix audacieux, suicidaire même. Sa promesse phare, des frais de garde gratuits en 2020, ne réussira pas à la sauver tellement son gouvernement part de loin dans l’opinion publique.

Pierre Jury

De tout pour tous

ÉDITORIAL / Trois ans de coupures, une année de bonbons : la formule de Nicolas Marceau est simpliste, mais pas très loin de la vérité. Parce que c’est ce qu’a déposé le ministre des Finances, Carlos Leitao, hier à Québec. De tout pour tout le monde... jusqu’à l’élection du 1er octobre prochain. Après, on verra !

Le ministre libéral y est allé fort de tous les côtés de la cuillère. À commencer par la santé (+ 4,6 %, 38,9 milliards $) et l’éducation (+ 5 %, 18,9 milliards $), les deux plus importants postes budgétaires de l’État québécois. Mais il a été généreux dans à peu près tous les programmes qu’il a pu trouver : aide à l’achat d’une première maison, prolongation du crédit d’impôt RénoVert, bonification du soutien aux aidants naturels, baisse de 8 à 4 % des impôts des entreprises de services et de construction, financement du Réseau express métropolitain, de la ligne bleue du métro de Montréal et du circuit de tramway de Québec, 250 millions $ pour les chauffeurs de taxi, aide au transport aérien régional, appui à la politique bioalimentaire, etc. 

M. Marceau, critique des Finances pour le Parti québécois, en perdait son latin. Tout comme le chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault, et la co-chef de Québec solidaire, Manon Massé. Non pas qu’ils étaient contre les initiatives mises de l’avant par le ministre Leitao, mais bien qu’ils en auraient fait tout autant... mais pas nécessairement les mêmes. 

Voilà l’effet d’un budget électoral : il provoque des envieux partout, tandis que le parti au pouvoir se défend de bien livrer. 

Le ministre Leitao avait quand même plusieurs as dans sa manche, ce printemps. L’économie roule à fond, l’emploi est prometteur, plus bas qu’à Ottawa même (6,1 % vs 6,3 %). Les coupures des deux, trois dernières années ont donné tous les fruits espérés, et plus encore. Les taux d’intérêt sont encore assez bas et le Fonds des générations grossira de 2 milliards $. Le budget est équilibré, un fait d’armes exceptionnel. 

Nous sommes bien loin de « l’effort national » de 2014 qui signalait l’austérité du début des années libérales du gouvernement de Philippe Couillard.

Mais il ne faut pas se réjouir trop vite. Plusieurs des initiatives libérales annoncées hier pourraient bien ne jamais voir le jour. D’abord, il y a le simple fait que l’ensemble des mesures de ce budget est insoutenable. Elles sont attrayantes et attirantes, mais plusieurs ne pourraient être offertes sur plusieurs années. Elles sont trop généreuses, et pour trop longtemps. Dix ans de prolongation du Programme québécois d’immobilisations : sur quelle planète vit le ministre Leitao ?  

Et puis il y a les grandes incertitudes sur l’économie québécoise, canadienne et mondiale. 

Donald Trump désire resserrer les économies nationales pour aider celle des États-Unis : quels impacts ses menaces d’un plus grand protectionnisme américain auront-elles sur l’économie québécoise ? Quel impact un ralentissement du secteur immobilier canadien aura-t-il ? Et que penser du vieillissement de la population ? Ce sont autant de défis potentiels et le budget n’en fait aucune référence, comme si elles n’existaient tout simplement pas. À ce titre, le budget Leitao est carrément jovialiste. Mais nous n’avons pas à trop nous inquiéter. Les perspectives électorales des libéraux de Philippe Couillard sont modestes. Ou si nous avons à le faire, que le portrait économique du Québec aura considérablement changé d’ici un an. 

Et l’année de bonbons paraîtra loin derrière nous. 

Pierre Jury

Ford, contre toute attente

ÉDITORIAL / Doug Ford, contre toute attente, a devancé ses trois adversaires féminines… et personne ne sait vraiment ce qui arrivera au Parti progressiste-conservateur de l’Ontario.

Ce ne sera pas la même chose qu’à l’époque de Patrick Brown.

M. Ford a misé fort sur son fief d’Etobicoke et de la couronne de Toronto pour l’emporter à l’arraché devant Christine Elliott, qui mordait la poussière pour une troisième fois d’affilée, et la dernière sans doute. Toujours perdante, elle aura compris que l’Ontario ne voulait pas d’elle et elle devrait quitter pour de bon.

Caroline Mulroney et Tanya Granic Allen ont fermé la marche avec 18 et 15 % du vote populaire.

Ceux qui espéraient une suite rédigée sur du papier à musique devront changer leur fusil d’épaule. M. Ford s’est montré un digne successeur à son frère Rob Ford qui avait bouleversé la politique municipale entre 2010 et 2014 comme maire de Toronto avant d’être terrassé par un cancer, en 2016. 

Doug Ford l’a emporté sur division : Mme Elliott a récolté plus de votes, mais il a enregistré plus de gains et c’est ce dernier qui comptait davantage. 

Au final, après des heures à compter et recompter, il a été déclaré vainqueur, mais il ne restait personne pour l’applaudir au centre des congrès de Markham. Sa victoire est donc passée inaperçue. Comme la course de cinq semaines, quoi.

Tout ce que l’on sait, c’est que l’éducation sexuelle reviendra à l’avant-scène, que la taxe sur le carbone sera combattue avec force… et que tout le reste dépendra de l’humeur de Doug Ford ce matin-là.

Un homme politique plus rusé que son frère, M. Ford a dit peu de choses pendant la campagne à la direction. Il a utilisé le mode attaque, mais demeure nébuleux. Personne ne sait trop où il s’en va, mais il y va avec force et détermination. 

Les parallèles entre Doug Ford et Donald Trump reviendront, cela semble certain. Les deux sont partis de la droite, ont dit ce que les gens ont voulu entendre et aujourd’hui, ils dirigent leurs partis. Ils partagent leur opposition à une certaine élite et se vantent d’être des gens du peuple même si leurs styles de vie ne leur confèrent aucunement ce rapprochement. N’empêche, personne ne les attaque à moins de se faire harakiri tandis qu’eux, ils continuent de se faire le champion des « petites gens » et combattre les « élites ».

Leur manière de lutter contre les critiques et de mettre de l’avant des slogans vides de sens les illustre.

Si M. Trump a pu remporter les États-Unis, Doug Ford pourra-t-il le faire en Ontario ? 

La victoire du Parti PC, qui est largement favori en Ontario le 7 juin 2018, date du prochain vote provincial, retrouvera de son intérêt dorénavant. Les libéraux, qui donnent toujours une chance à Kathleen Wynne, trouveront leur intérêt dans ce vote compte tenu des états de course de son nouvel adversaire. Malmenée dans les sondages jusqu’ici, la libérale a vu son stock augmenter d’un coup avec l’entrée en scène de Doug Ford. Elle doit en être radieuse. À moins que ce ne soit la néo-démocrate Andrea Horwath, qui espérera enfin se démarquer à sa troisième course pour la couronne en Ontario ? 

Une chose est sûre, aujourd’hui : n’importe qui peut l’emporter.

Pierre Jury

Les embûches de la désignation

ÉDITORIAL / Les services en français en Ontario sont parsemés d’embûches. On a cru que la désignation officielle d’organismes qui s’engagent à un certain niveau de services réglerait la question. Le Commissaire aux services en français vient de démontrer que c’est loin d’être le cas. En quelques mots, ce n’est pas parce qu’une institution est « désignée » pour ses services en français qu’elle a encore et toujours les outils pour le faire.

Il est illusoire de conclure que parce que la province a promulgué une Loi sur les services en français en 1989, que tous les services gouvernementaux allaient offrir un accès en français mur à mur, comme par magie. Une bonne dose de pragmatisme était nécessaire. Quatre grands champs d’action ont été reconnus à l’époque : la santé, les services sociaux, l’aide à l’enfance et l’éducation. À l’intérieur de ces champs, un certain nombre d’institutions ont été invitées à appuyer leur offre de services qui serait reconnue par une désignation officielle.

Pierre Jury

Deux raisons de protester

ÉDITORIAL / Il y a deux éléments dans l’étude sur la rémunération des médecins qui défraie les manchettes au Québec. D’abord, la population est en mesure d’apprécier les données mêmes de ce rapport indépendant. Puis il faut rappeler la pertinence du Commissariat à la santé et au bien-être, qui l’a commandé... avant d’être aboli en 2016.

Lorsque les libéraux sont arrivés au pouvoir en 2003, l’accès à un médecin de famille faisait problème, comme aujourd’hui. D’une manière un peu partisane, les libéraux ont pas mal mis la faute sur le gouvernement du Parti québécois sous Lucien Bouchard qui avait envoyé à la retraite des milliers de médecins et d’infirmières dans un exercice de redressement des finances publiques. Quand Jean Charest et son nouveau ministre de la Santé... Philippe Couillard ont dressé leur plan d’action, ils ont vite conclu qu’il y avait pénurie de professionnels. M. Couillard a convaincu la population que malgré l’empressement de son gouvernement, il faudrait du temps pour former de nouveaux médecins. 

Quinze ans plus tard, le portrait dressé par l’étude de Damien Contandriopoulos est tout autre : il y a 17 % plus de médecins. La crise d’effectifs s’est donc résorbée. C’est une première bonne nouvelle.

Mais étonnamment, la loi de l’offre et de la demande ne s’applique pas dans ce domaine puisque le mode de rémunération à l’acte est encore largement répandu. Ainsi, le budget du Québec alloué aux salaires des médecins est passé de 3,3 à 6,6 milliards $ entre 2006 et 2015. Le double donc. L’inévitable inflation en explique une partie, et certes un peu de rattrapage salarial. Mais une augmentation moyenne de 8,1 % sur une décennie est bien généreuse. Rappelons que le Québec et le reste du monde ont subi une crise économique majeure en 2007 et 2008 et que toute la population a dû se serrer la ceinture pour traverser ces temps durs. Pas les médecins, de toute évidence.

On dit que les nouveaux médecins rejettent le type de pratique des générations passées. La coalition travail-famille est plus importante que jamais, surtout parmi les femmes. Tant mieux pour eux. Tous en souhaiteraient autant. Mais le résultat, pour les contribuables du Québec et les malades qui font le pied de grue à l’urgence ou à la clinique, c’est qu’ils n’en ont pas pour leur argent. Ils ont maintenant preuves à l’appui. 

L’autre élément de ce rapport est sa publication même.

Dès sa nomination à la Santé, en 2004, M. Couillard a jeté les bases du Commissariat à la santé et au bien-être, qui succédait au Conseil de la santé et du bien-être, ainsi qu’au Conseil médical du Québec. Le commissaire avait comme mission d’évaluer le réseau et de mener des consultations régulières pour le ministre. Cette forme de reddition de comptes est utile. Étonnamment, Philippe Couillard a accepté de démanteler le bureau du Commissaire lorsqu’il est devenu premier ministre. La présence de Gaétan Barrette ne peut être étrangère à cette décision. 

Dans le passé, d’autres gouvernements ont dégriffé les structures qui ont été mises en place pour les conseiller. Les Canadiens se sont toujours interrogés sur les vraies raisons derrière les attaques frontales du gouvernement de Stephen Harper contre Statistique Canada, par exemple. L’étude sur la rémunération des médecins québécois rappelle que la classe politique a besoin de mieux consulter, pas moins, pour que les citoyens soient mieux informés des décisions prises avec les fonds publics, et surtout, mieux servis.

Pierre Jury

La francophonie de Macron

ÉDITORIAL / Le rapport des francophones à leur langue française change selon que l’on soit Québécois, Français ou membre d’une communauté minoritaire comme les Franco-Ontariens.

Mais il est difficile de comprendre comment le président de la France peut soutenir que de parler anglais renforce la francophonie... Car c’est ce qu’Emmanuel Macron a semblé dire, lundi, à l’occasion d’une rencontre avec le premier ministre du Québec, Philippe Couillard.

Pierre Jury

Le «bébé bonus», outil du passé

ÉDITORIAL / Le Québec est-il prêt pour une nouvelle « revanche des berceaux » ? Une chose est sûre, c’est que libéraux et caquistes en feront un enjeu de la prochaine élection, en octobre. Depuis quelques mois, ils s’attaquent à ce sujet, et les dernières salves ont opposé Hélène David et Geneviève Guilbault, l’une des jeunes stars de la Coalition avenir Québec.

De part et d’autre, on ridiculise l’argumentaire de chacun. 

La ministre David a qualifié l’idée de « rétrograde ». Quant à Mme Guilbault, qui était enceinte pendant sa récente campagne électorale, elle a taxé les libéraux d’être « totalement déconnectés » de la réalité des familles du Québec.

Les électeurs décideront cet automne si les libéraux sont déconnectés sur cette question, mais il est vrai que la proposition de la CAQ nous renvoie au passé. Il en a existé plusieurs versions antérieures et la plus connue de ces encouragements à « la famille » était stimulée par l’Église catholique au XIXe siècle. Elle a été qualifiée de « revanche des berceaux » car elle servait d’une certaine manière à venger la défaite des plaines d’Abraham. Ce que la Nouvelle-France n’avait pu faire par les armes, les Canadiens français feraient par un boom démographique.

La plus récente itération d’une politique nataliste a été mise en place par les libéraux de Robert Bourassa en 1988. La fécondité des Québécoises était à un plancher et le gouvernement libéral de l’époque a cru bon la stimuler par un programme d’appui financier qui garantissait une prime non imposable de 500 $ pour un premier enfant, 500 $ (puis 1000 $) pour un second, et 3000 $ (jusqu’à 8000 $ à partir de 1992) pour un troisième bébé. À noter que le Parti québécois n’était pas du tout contre parce qu’il lui a fallu quatre ans avant qu’il ne mette fin à ce régime, en 1997.

Mme David a tenté de faire de la proposition caquiste un enjeu féministe. Que ce n’était pas à l’État de choisir si la femme voulait des enfants, et à quel moment. Mais là où la libérale a particulièrement raison, c’est lorsqu’elle a dit que cette politique nataliste se réclamait de la « droite conservatrice ».

Les conservateurs aiment les initiatives encourageant la famille « traditionnelle ». Ils favorisent aussi les mesures d’appui individuelles, qui donnent le choix aux citoyens, plutôt que la création de grandes initiatives de l’État. Ainsi, les conservateurs fédéraux ont versé sous Stephen Harper des milliers de dollars aux familles canadiennes tandis que l’opposition caressait la mise en place d’un réseau national de garderies (en fait, les libéraux n’ont jamais bougé sur la question même s’ils détenaient le pouvoir et avaient les surplus budgétaires pour le faire).

L’approche de la Coalition avenir Québec s’apparente donc à celle des conservateurs : un versement aux familles. À elles de décider ce qu’elles veulent en faire.

En 1997, les péquistes sous Lucien Bouchard ont mis fin au « bébé bonus » pour créer le programme de garderies « à 5 $ ». 

Et le « bébé bonus » fonctionnait ? Oui, concluent les études de  Kevin Milligan en 2005 et d’Emmanuelle Demars, en 2011. Ils attribuent environ 85 000 naissances à cette prime à la nativité. Plus de bébés, et des naissances devancées. 

Aujourd’hui cependant, le filet social mis en place pour appuyer les familles, dont les garderies, paraît bien plus efficace pour encourager les Québécoises à avoir plus d’enfants. 

Les libéraux, qui ont mis à mal le filet social québécois par leurs mesures d’austérité, auront-ils quelque chose de mieux à offrir que le « bébé bonus » de la CAQ ? Il ne faudrait pas s’en surprendre.

Pierre Jury

Bientôt, un Plan

ÉDITORIAL / Les minorités linguistiques au Canada ont reçu une excellente nouvelle, dans le budget fédéral livré mardi. Le Plan d’action sur les langues officielles, qui sera annoncé sous peu, profitera d’une bonification de 400 millions $ sur cinq ans. Après deux années de consultations nationales, il y avait presque de quoi rompre bien des optimismes.

Surtout que Justin Trudeau n’a envoyé aucun signal d’espoir aux minorités linguistiques. On se rappelle son hésitation sur Ottawa, ville bilingue ! Pour le reste, il a été avare de commentaires, ce premier ministre franco-ontarien de naissance... 

L’enveloppe avait débuté à 750 millions $ sur cinq ans en 2003 à l’époque des libéraux ; elle était passé à 1,1 milliard $ sous les conservateurs. Nous savons maintenant qu’elle grossira à 1,5 milliard $ sur le quinquennat 2018-2023. 

Les réactions initiales ont été mitigées. Ni liesse ni cris de désespoir non plus. La Fédération des communautés francophones et acadienne avait visé 575 millions $ mais il faut croire que c’était davantage une stratégie de négociation. 

Mais il faudra attendre l’annonce de la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, pour en savoir plus sur la ventilation de cette somme en apparence astronomique. Avec les longues listes des besoins et des demandeurs, ça s’envole vite.

Une grande part ira à la santé et à l’éducation, qui doivent demeurer les deux grandes priorités nationales. Pour la formation d’intervenants francophones en santé mentale, par exemple, pour des garderies, etc. Sans parler des initiatives qui s’organisent en immigration, et des mesures d’appui à des médias parfois rabougris. 

Le territoire est vaste, les besoins plus considérables encore. 

Et puis, il faut toujours se rappeler que ces budgets incluent aussi des sommes, moindres mais pas symboliques du tout, pour appuyer les communautés anglophones au Québec, qui ont aussi des droits au sens de la Loi sur les langues officielles. Si ça vaut pour l’un, ça vaut pour l’autre, dans ce pays de dualité linguistique et culturelle.