Pierre Jury

HQ2 d’Amazon: qui perd gagne

ÉDITORIAL / Amazon a rendu publique sa décision à propos de son futur quartier général. Ce n’est pas une, mais deux villes qui ont été choisies : New York et Washington... ou plutôt, leurs banlieues de Long Island City et de Crystal City. Les deux ont entrepris une rénovation urbaine qui bénéficiera grandement de l’afflux d’emplois que générera Amazon.

Plutôt que de parler d’un centre urbain qui sera dopé avec 50 000 emplois, nous parlerons donc de deux agglomérations qui recevront 25 000 emplois chacun, une formidable infusion quand même. C’est déjà une bonne idée pour Amazon d’avoir choisi deux villes de l’est du continent, ce qui constitue un contrepoids face à Seattle, où est basé son premier quartier général.

Plusieurs villes du Canada se comptaient parmi les quelque 240 qui avaient signifié leur intérêt auprès d’Amazon, dont Ottawa-Gatineau. On vantait la qualité de la vie au nord de la frontière du 49e parallèle, la main-d’œuvre diversifiée et éduquée, les taux de taxation compétitifs... et le système de santé universel, ne l’oublions pas !

Seule Toronto s’est classée parmi les 20 finalistes. Là comme à Ottawa-Gatineau, on se gargarise en soutenant que c’est aussi bien ainsi que Toronto n’ait pas gagné !

Amazon est un géant de la nouvelle économie avec 220 milliards $US de revenus. Ce matamore porte plusieurs bienfaits en lui, mais des menaces aussi. On en parle plus ouvertement aujourd’hui : sa soif pour les subventions, sa soif pour la main d’œuvre, notamment.

On dit que la compétition pour des dollars de subvention était trop grande. New York aurait offert 1,525 milliard $ US en impôts et subventions pour des emplois, et Crystal City, 573 millions $ US. C’est plus de 2,5 milliards $ canadiens en aides directes et indirectes : difficile à imaginer !

Était-ce même possible pour une ville du Canada de prétendre offrir une somme qui aurait pu faire infléchir Amazon ?

Tout ça offert sur un plateau d’argent à Jeff Bezos, déjà l’homme le plus riche de la Terre... Cet attrait ne se mesure pas à la hauteur de ses besoins, mais à ce qu’il peut aller chercher.

Le projet baptisé « HQ2 » aurait absorbé toute la main-d’œuvre disponible à Toronto, et encore ! Où il y a déjà un déficit d’employés formés, d’ingénieurs, de technologues : comment aurait-il été possible d’accommoder des 50 000 emplois supplémentaires ?

Ottawa et Gatineau avaient convenu de travailler main dans la main pour déposer leur dossier de candidature. Les documents officiels exigeaient une population de 1 million minimum. Ottawa se qualifiait tout juste. Gatineau toute seule en était loin. Ensemble, ils atteignaient facilement le million, et bien plus encore. Mais Ottawa-Gatineau ne s’est pas classé parmi les finalistes. Par contre, la synergie qui s’est créée au sein du comité conjoint est, dit-on, étonnante et porteuse de bienfaits. Des gens qui ne se connaissaient que de nom, et encore, ont fait connaissance et développé une bien meilleure compréhension de ce qu’ils font de chaque côté de la rivière des Outaouais. Depuis, on parle beaucoup de cybersécurité et il y a là l’émergence possible d’une grappe industrielle qui pourrait porter fruit à l’avenir.

Amazon se dote par ailleurs d’un gigantesque centre de distribution dans l’est d’Ottawa qui doit desservir tout le Canada. Pas sûr que ça aurait pu se réaliser si Ottawa-Gatineau n’avait pas levé la main, il y a 18 mois. D’une certaine manière, Ottawa-Gatineau s’est fait connaître par sa candidature pour HQ2, et s’est qualifiée pour une sorte de prix de consolation, quoique personne n’en parle ainsi.

Pierre Jury

L’adversaire des libéraux sera...

ÉDITORIAL / Les prochaines élections fédérales auront lieu dans un peu moins d’un an. À moins que l’état des choses ne change drastiquement au cours de la prochaine année, les libéraux de Justin Trudeau sont bien partis pour entreprendre un second mandat. Parce que les forces d’opposition sont trop morcelées, ce qui rappelle la situation dont avait profité le gouvernement de Jean Chrétien pour être réélu en 1997 et en 2000.

Les prochaines élections fédérales auront lieu dans un peu moins d’un an. À moins que l’état des choses ne change drastiquement au cours de la prochaine année, les libéraux de Justin Trudeau sont bien partis pour entreprendre un second mandat. Parce que les forces d’opposition sont trop morcelées, ce qui rappelle la situation dont avait profité le gouvernement de Jean Chrétien pour être réélu en 1997 et en 2000.  

Ce qui signifie que le pire ennemi de Justin Trudeau sera... Justin Trudeau lui-même.

Sous Andrew Scheer, les conservateurs croient avoir trouvé un digne successeur à Stephen Harper. Peut-être bien. Mais Maxime Bernier a montré les limites de l’action conservatrice en lançant son propre parti, le Parti populaire, qui misera sur des idées bien plus à droite que les bleus de M. Scheer. Ce dernier s’oppose à la taxe sur le carbone, mais c’est à peu près tout. Le Parti populaire militera contre la gestion de l’offre, mais aussi contre toute l’aide aux entreprises. Nous sommes pessimistes quant à ses chances de réussir à court terme. Une seule année ne suffira pas à lancer un nouveau parti solide, mais cela suffira à démontrer la faiblesse des conservateurs qui verront les plus intransigeants d’entre eux quitter pour le Parti populaire.

La situation est bien pire pour le Nouveau Parti démocratique. La cote d’amour de son nouveau chef, Jagmeet Singh, ne lève pas. Cela fait regretter la retraite anticipée que les néo-démocrates ont imposée à Thomas Mulcair. Ce dernier a subi toute une déception alors qu’il a démarré la course électorale de 2015 en tête des sondages, mais il ne méritait pas de partir pour autant. D’autant plus que le NPD n’avait pas de dauphin qui attendait en coulisses. C’est ce que l’on appelle se tirer dans le pied. En 2019, M. Singh constatera l’éclatement de son parti au Québec, où il avait pourtant fait élire 59 députés en 2011, sous Jack Layton. Il peinera à en conserver une poignée, selon les pronostics les plus optimistes.

Le Bloc québécois est revenu à l’avant-scène en 2015 en raflant 10 sièges à la Chambre des communes, une victoire à comparer aux quatre dont il avait dû se contenter en 2011 – le NPD lui subtilisant l’essentiel de sa députation. Mais un an suffira-t-il pour relancer le Bloc ? Depuis deux ans qu’il est aux prises avec des luttes intestines liées au leadership de son ex-chef Martine Ouellet. Sa ligne dure a mené au départ de sept députés, qui sont revenus au bercail quand Mme Ouellet a été défaite sur sa performance de 32 % lors d’un vote de confiance, en juin 2018. On parle maintenant d’une assemblée de refondation du Bloc qui doit avoir lieu au printemps. Mais il est permis de douter qu’il restera suffisamment de temps et d’énergie souverainiste en cette année d’élection pour être une vraie menace. Le Bloc risque de se retrouver encore une fois sur la voie de service.

Cela laisse Justin Trudeau pour battre Justin Trudeau. L’usure du pouvoir commence à faire son bout de chemin. Son message ambivalent sur l’environnement rend perplexes les Canadiens. Comment peut-on avoir un discours vert et acheter le pipeline Trans Mountain pour 4,5 milliards $ en même temps ? Et puis le paiement de 10 millions $ à Omar Khadr, le fiasco de sa tournée en Inde en 2017, le retrait de son engagement de mettre fin au vote uninominal à un tour, tout cela lui fera perdre des votes.

Assez pour perdre le pouvoir ? Pas avec l’opposition morcelée. Justin Trudeau doit dire merci à ses adversaires !

Pierre Jury

Le mystère autour de Tony Clement

ÉDITORIAL / Qu’est-ce qui pousse un homme d’âge mûr à tomber dans le piège d’envoyer des photos dénudées de lui à de jeunes correspondantes en ligne ? L’étourderie, sans doute.

Maintenant, qu’est-ce qui arrive quand cet homme est, comme Tony Clement, un député et membre de l’ultra-secret Comité des parlementaires sur la sécurité nationale et le renseignement ? 

Cet organisme doit surveiller la GRC, le Centre de la sécurité des télécommunications et le Service canadien du renseignement de sécurité. Les attentes sont très, très élevées : M. Clement a doublement erré en adoptant un comportement qui met la quiétude des Canadiens à risque. 

Personne ne sait si notre sécurité a été mise en doute, mais il s’agit sans doute de la pire obstruction vécue à ce comité depuis sa création il y a un peu plus d’un an. Une obstruction qui peut potentiellement ruiner nos relations avec nos alliés des Five Eyes et d’autres encore. 

Nous ne le savons pas, donc nous nous perdons en conjectures. 

L’histoire scabreuse autour du député de Parry Sound-Muskoka, en Ontario, s’est défaite progressivement toute la semaine. Cela a débuté avec une « tentative d’extorsion » possiblement par un pays étranger, via une correspondante inconnue, via les médias sociaux. On a alors cru au départ qu’il n’était qu’une victime dans tout cela. 

Puis cela a évolué. Ce n’était plus une tentative d’extorsion, mais une affaire impliquant plus d’une personne, impliquant des photos et des vidéos de nus. Ce n’était plus une affaire d’une personne, mais d’un pattern chez cet élu qui aurait noué plusieurs relations, ou tenté de le faire, avec de jeunes femmes. 

Rappelons que M. Clement a 57 ans, qu’il est marié et père de trois enfants.

En plus de sa famille et de ses proches, il a mis dans l’embarras le chef de son Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer. Ce dernier n’a rien à se reprocher dans tout cela : il n’est, comme son parti d’ailleurs, qu’une victime des emberlificotages de Tony Clement qui était, jusqu’à lundi, un politicien au-dessus de tout soupçon. Des appels se font maintenant entendre pour qu’il démissionne même comme député. Toutes ses actions s’embrouillent dans le mystère. Nous en découvrirons peut-être davantage dans les jours et les semaines qui viendront.

Il n’empêche que c’est là le comportement trop souvent constaté d’une personne en position d’autorité, directe ou accordée, qui profite de situations nébuleuses pour s’arroger des faveurs, allant peut-être jusqu’à celles de nature sexuelle. Combien de fois devrons-nous vivre cela ? Combien de relations douteuses à l’enseigne des mots-clics #MoiAussi et #MeToo endurerons-nous ? 

Une chose est certaine, c’est que ce n’est absolument pas la première fois, et absolument pas la dernière fois. À chaque occasion, nous tombons des nues parce que c’est une nouvelle personne qui est mise en cause. Dans certains cas, ce sont des personnes avec des vies en apparence exemplaires, comme Bill Clinton, Tiger Woods et Harvey Weinstein, ou Guy Cloutier, Gilbert Rozon et Éric Salvail plus près de nous. 

Devrons-nous ajouter le nom de Tony Clement à cette liste immonde ? 

Une chose est sûre : la bêtise humaine ne cessera de nous surprendre. Qu’un homme en apparence respectable comme M. Clement soit victime d’allégations de ce genre, cela nous étonnera constamment. Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?

Pierre Jury

La désinvolture de Bombardier

ÉDITORIAL / Bombardier a le don de se mettre les pieds dans les plats. La désinvolture avec laquelle elle traite 5000 employés qu’elle mettra au chômage d’ici 18 mois est révoltante compte tenu des aides financières de l’État et du rôle de chef de file que la société aéronautique joue dans le Québec Inc., et dans le monde des affaires en général.

Hier, par simple voie de communiqué, Bombardier a annoncé un train de mesures d’importance pour son avenir. Elle a vendu pour 300 millions $ sa série d’avions Q à la société britanno-colombienne Viking Air. Cette gamme d’aéronefs, dont le Q400 est le plus connu, était rendue à maturité et recelait un potentiel de vente limité. Le vendre à ce moment-ci tombe sous le sens.

Ensuite, Bombardier a transféré à la multinationale québécois CAE ses activités de formation professionnelle pour 645 millions $. 

Au passage, elle élimine 5000 emplois, dont 2500 au Québec et 500 en Ontario. 

Les deux premières nouvelles ne surprennent pas. Même qu’elles découlent d’une logique d’affaires certaine. Premièrement, elles sont vendues à des sociétés canadiennes, préservant des décisions d’affaires en sol canadien. Deuxièmement, cela confirme le virage que prend Bombardier vers les jets d’affaires, un créneau prometteur.

Évidemment, Bombardier n’est plus l’actionnaire de contrôle de sa série d’avions C qu’elle a soldée (pour rien !) à Airbus en 2017, dans le seul but que cette dernière aide Bombardier à les vendre. 

Cette transaction a été fortement contestée en raison des aides des gouvernements qu’elle avait reçues peu avant : une infusion de capital de 1,3 milliard $ de Québec ainsi qu’un prêt de 372,5 millions $ d’Ottawa. Cette décision controversée augure cependant fort bien : les nouveaux avions se vendent comme de petits pains chauds. Il y a une logique derrière l’idée de ne tirer qu’une petite portion de revenus d’un avion qui est un succès commercial, comparativement à tirer 100 % des revenus d’un autre qui ne se vend pas...

Mais Bombardier joue sur un terrain toujours glissant. Les Québécois ont en fraîche mémoire ces investissements dans l’avionneur... et dans la rémunération de ses dirigeants. Ses cinq principaux ont empoché 40 millions $ l’an passé. À lui seul, le chef de la direction Alain Bellemare a récolté 12 millions $. Ces compensations sont faramineuses, certes, mais dans la haute voltige des entreprises cotées en bourse, elles s’avèrent en corrélation avec les attentes et les résultats de Bombardier. 

Le seul accroc, c’est que ni Québec ni Ottawa n’avaient mis de condition liée à la rémunération de ses cadres dans sa dernière infusion de capital. Tout cela est bien légal, mais cela a des airs d’abus des dirigeants qui profitent de la vulnérabilité du conseil de Bombardier pour soutirer des salaires de matamores.

Ajoutez à cela les 5000 pertes d’emploi annoncées, et vous avez un autre drame économico-politique sur les bras. 

Le nouveau gouvernement de François Legault s’est concentré non pas à sermonner les dirigeants de Bombardier. Il s’est limité à dire qu’il s’assurerait que les 2500 employés québécois qui perdront leur job chez Bombardier se replaceront rapidement. L’économie fonctionne rondement, le secteur de l’avionnerie aussi, cela ne devrait pas être trop difficile. 

Bombardier s’en tire à bon compte encore une fois. Peut-être est-elle trop importante pour être rappelée à l’ordre ? Cela semble être le cas. Bombardier peut encore et toujours prendre les décisions qui lui plaisent, sans trop d’égards quant aux conséquences. 

Pierre Jury

Attendons la réaction de Trump

ÉDITORIAL / Les élections américaines de mi-mandat sont enfin terminées. De voir tout le bruit qui était fait à propos de cet exercice électoral, on en venait presqu’à croire que Donald Trump faisait face à sa propre réélection.

Car des deux côtés, on avait sorti la machine pour exhorter les Américains à aller voter. C’était grosso modo le message des démocrates, répété ad nauseam par des ténors comme le président Barack Obama et l’animatrice de télévision Oprah Winfrey. Les républicains allaient bien plus loin : la caravane de migrants du Honduras qui ont entrepris un pèlerinage à pied vers la frontière entre le Mexique et les États-Unis allaient provoquer le chaos. De là l’envoi de 800 soldats pour aider les 2000 membres de la Garde nationale à stopper la vague humaine. À ces allégations sur la sécurité — provoquées par le laxisme des démocrates à adopter des lois plus sévères, rien de moins ! — s’ajoutait la frénésie de l’économie américaine qui va très bien. 

Les élections sont maintenant terminées. Républicains comme démocrates ont de quoi célébrer. Les républicains ont gardé leur emprise sur le Sénat, ils ont même augmenté leur priorité de deux sièges de plus, passant à une majorité de 53 contre 47. Inversement, la Chambre des représentants a basculé dans le camp des démocrates, et même Nancy Pelosi devrait reprendre son siège de présidente de la Chambre. Le jeu des pouvoirs et des contre-pouvoirs reprendra le haut du pavé et cela pourrait modérer les ardeurs du président Trump. Il a d’ailleurs adopté un discours plus civilisé, dans les heures qui ont suivi les résultats. Il a appelé à une meilleure cohabitation avec les démocrates. Il a prédit des règlements sur la santé, notamment. 

« Maintenant est venu le temps pour les membres des deux partis de se rassembler, de mettre la partisanerie de côté et de s’assurer que le miracle de l’économie américaine se poursuive », a lancé M. Trump, dans un élan d’entregent qu’on ne lui connaissait pas.

Mais l’accalmie n’a pas duré. Il a attaqué deux journalistes, les accusant de colporter de fausses nouvelles. Il a accusé des candidats défaits de son propre parti (!) d’avoir refusé son offre de les aider.

Les marchés boursiers ont d’ailleurs bien réagi, le Dow Jones gagnant plus de 500 points.

Maintenant, qu’est-ce que cela signifie pour le Canada ? 

Dans le cas de la nouvelle mouture de l’Accord de libre-échange nord-américain, pas grand-chose à court terme. L’entente est conclue, mais elle n’est pas signée. Les démocrates, qui ont repris du poil de la bête, pourraient-ils s’en servir pour jouer du coude et défaire l’accord ? Ils sont plus protectionnistes que leurs collègues républicains, après tout, même si les démocrates sont plus proches, idéologiquement parlant, des Canadiens de tous les partis. Cela reste à voir.

Pour le reste, les Canadiens se demandent encore comment les Américains ont pu élire un président polarisant comme Donald Trump. Ses commentaires désobligeants sur les femmes, sur les Noirs, sur les Latinos, sont aux antipodes des croyances largement partagées au Canada. Il serait impensable, dans le régime actuel des choses, qu’un politicien tienne le même discours chez nous. Ce serait un suicide politique. Nous pouvons apprécier le ressac qui entoure Maxime Bernier, le chef du nouveau Parti populaire. Ses seules positions anti-gestion de l’offre, très modérées par rapport à M. Trump, provoquent des vagues.

Pour le moment, regardons Donald Trump aller. Évaluons s’il a changé un peu, ou moyennement.

Pierre Jury

Une occasion historique

ÉDITORIAL / Maxime Pedneaud-Jobin le voit bien. Il existe, avec la toute récente élection du gouvernement caquiste, une occasion de faire les choses différemment en Outaouais. Souhaitons que François Legault la perçoive comme le maire de Gatineau.

Ce dernier parle d’un « Plan pour l’Outaouais ».

Pierre Jury

Reprise d'un débat de 2016

ÉDITORIAL / À l’automne 2016 avait surgi l’histoire abracadabrante de la langue d’enseignement à la faculté satellite de médecine de l’Université McGill en Outaouais. L’affaire avait pris des proportions insoupçonnées lorsqu’il avait été connu que la moitié de la formation de la première année et demie se donnerait en anglais.

L’imbroglio avait duré plusieurs mois avant de connaître son dénouement : toute la formation serait disponible en français, un point, c’est tout.

Il avait fallu passer par des entourloupettes mal avisées avant de se rendre à l’évidence. Comme d’annoncer que «sur l’ensemble de la formation, à peine 8 % sera livré en anglais», ce qu’avaient souligné les Dr David Eidelman et Gilles Brousseau, respectivement doyen et vice-doyen — Outaouais de l’Université McGill. Il y avait eu des promesses «qu’à terme» toute la formation serait disponible en français, mais pas en 2020. 

Tous les obstacles apparemment insurmontables du début ont fini par se régler un après l’autre.

Les plus réticents à régler, outre les patrons de McGill, avaient été les députés de l’Outaouais, tous libéraux à l’époque. 

Même la Coalition avenir Québec, par la voix de sa députée Claire Samson, avait été intraitable.

En septembre 2016, elle disait : «Ils ont trois ans pour le faire, c’est un délai raisonnable, un effort légitime qui démontre la primauté du français. Je ne veux pas qu’on forme des médecins pour l’Ontario, je veux qu’on en forme pour le Québec et il faut que la formation puisse se faire en français.»

La députée Samson se retrouve aujourd’hui dans un purgatoire auto-imposé alors qu’elle a été écartée du cabinet du premier gouvernement caquiste de l’histoire. Elle croyait que ses états de service lui justifiaient un siège de ministre ; elle s’est trompée.

Mais sur le fond, elle avait raison de militer pour une faculté à 100 % française.

Deux ans plus tard donc, rebelote. Cette fois, c’est la pré-formation en médecine qui se donnera en anglais, et à McGill. Cette année de cours préparatoires vise les étudiants qui sortent des cégeps du Québec. Ils existent dans toutes les facultés et correspondent à la première de quatre années d’université qui ont cours dans le reste du Canada. Ce qui est nouveau, c’est que cette formation n’est disponible qu’en anglais.

Nous voilà-t-il repartis pour des mois de de protestations, cette fois, pour que la pré-formation soit offerte en français, et en Outaouais? Cela en a bien l’air. 

Mais une chose a changé. Ce ne sont plus les libéraux qui sont au pouvoir. Et le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, avait un ton beaucoup plus conciliant.

D’emblée, il a reconnu que «chaque étudiant a le droit d’avoir sa formation 100 % en français», a précisé le député de Papineau et ministre de la Famille, reprenant en essence les propos de la députée Claire Samson, il y a deux ans.

«Par contre, le fait est que quand on a un partenariat avec une université anglophone (comme McGill), cela apporte certains défis.»

Ces défis, comme il les appelle, ont pu être aplanis lorsqu’il a été su que la moitié de la formation des 18 premiers mois à McGill serait en anglais. Les autorités ont fini par trouver une solution. La même chose doit survenir dans cet autre dossier. Donnons à McGill quelques mois pour aplanir cet autre écueil. Et conclure que pour la pré-formation en médecine pour les cégépiens, la clef semble être que ces cours se donnent à l’Université du Québec en Outaouais, à 100 % en français, comme il se doit.

Pierre Jury

Détourné, le statut particulier !

ÉDITORIAL / Il ne reste plus grand-chose du statut particulier de l’Outaouais en santé. Les millions de budget spécial sont toujours au rendez-vous, même qu’ils ont augmenté un peu. Ils sont passés de 20 millions $, en 2007, à 24,5 millions $ par an. Mais ils servent à défrayer des dépenses qui, ailleurs, font partie des budgets courants. Ce qui contredit, en quelque sorte, la nature même d’un statut particulier.

Car à quoi bon un statut particulier si c’est pour puiser dedans pour défrayer des dépenses de tous les jours ?

Le statut particulier, au départ, devait servir à payer des primes de rétention aux infirmières qui songeaient à aller travailler en Ontario. Il fallait aussi réduire le recours aux agences privées qui se nourrissaient de ces défections. Le programme incluait les médecins et autres professionnels. Les sommes devaient aussi défrayer le rapatriement des malades de l’Ontario vers le Québec. Ces dépenses tombaient sous le sens. 

Le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais aurait puisé dedans pour augmenter le nombre de patients qui ont un médecin de famille que nul n’aurait été surpris non plus. En 2016 en Outaouais, le taux était inférieur à 70 %, en deçà de la norme des régions du Québec. Il atteint aujourd’hui 80 %, en plein la moyenne provinciale.

Mais le CISSSO s’en est aussi servi pour améliorer l’accès aux services médicaux, ce qui était un des objectifs accessoires de 2007.

Alors au fil des années se sont ajoutés d’autres déboursés comme la nouvelle urgence de l’hôpital de Gatineau et l’agrandissement de l’hôpital de Papineau. Ces sorties d’argent ont été accompagnées d’un accroissement des dépenses de fonctionnement... qui a été puisé dans l’enveloppe du statut particulier. Le service d’aide téléphonique et d’intervention de crise Info-Social en profite également. La centrale régionale de rendez-vous aussi. Idem pour la faculté-satellite de médecine de l’Université McGill. Et le Centre de cancérologie. Alouette.

Au point où en 2013, 85 % du budget du statut particulier servait à défrayer des dépenses courantes. 

« On agrandit, notre capacité augmente, donc ça prend des ressources supplémentaires », avait expliqué Jean Hébert, le patron du CISSSO en 2015. 

Déjà en février 2011, Le Droit statuait que ce statut particulier devait « être bonifié ». En 2016, l’ex-député libéral de Chapleau, Marc Carrière, remettait en question ces dépenses. Légitimes ? « Non », avait-il répondu. Sa collègue Maryse Gaudreault, dans Hull, renchérissait en disant que ces mesures devaient viser l’accessibilité aux soins et à l’attraction et à la rétention de professionnels.

Quant à Stéphanie Vallée, alors ministre responsable de l’Outaouais, elle reconnaissait qu’un budget de fonctionnement de salle d’urgence ne devrait pas nécessairement provenir de l’enveloppe du statut particulier.

Bref, cela avait pris neuf années de statut particulier avant que des élus commencent à se poser des questions sur l’enveloppe de 20 millions $ et son utilisation.

Onze années plus tard, le constat demeure le même. Il est incompréhensible que le statut particulier de l’Outaouais en santé serve à payer pour des services qui relèvent des budgets d’exploitation normaux constatés ailleurs au Québec. 

En ce sens, il est clair aujourd’hui que l’argent du statut particulier a été détourné, non pas en tout, mais en partie, ce qui a prolongé le retard chronique de l’Outaouais, retard qui se poursuit toujours. 

Il reste à voir ce que le nouveau gouvernement de la Coalition avenir Québec fera de son engagement de bâtir un nouvel hôpital de 170 lits, et du budget du statut particulier, précisément. 

Pierre Jury

Le message vert d’Andrew Scheer

ÉDITORIAL / Le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer, rencontre François Legault, aujourd’hui. Il s’apercevra qu’il n’a pas affaire à Doug Ford!

Le premier ministre de l’Ontario et M. Scheer s’entendaient comme larrons en foire, il y a deux jours, lorsque ce dernier est allé lui rendre visite à Queen’s Park. La rencontre a été à sens unique : tout le blâme sur Justin Trudeau et sa taxe sur le carbone!

«La pire taxe de tous les temps!, a lancé M. Ford. Il n’y a qu’une manière de se débarrasser de cette taxe, et c’est de se débarrasser de Justin Trudeau. Vous aurez plus d’argent dans vos poches, les entreprises fleuriront, l’essence coûtera moins cher, tout coûtera moins cher!»

Et M. Scheer de renchérir. «Ce n’est pas un prix sur le carbone, il s’agit d’une taxe sur le carbone. Cela rendra votre déplacement au travail plus onéreux, si vous dirigez une PME, vous ne bénéficiez pas d’un congé comme Justin Trudeau offre aux grandes sociétés émettrices de carbone. Des forces des provinces combattent fort cette taxe sur le carbone et nous continuerons de la combattre pour rendre la vie plus abordable pour les gens de ce pays.» 

M. Scheer ne risque pas d’entendre ce discours anti-carbone à Québec. Au contraire. 

Le Parti conservateur de l’Ontario et la Coalition avenir Québec ont peut-être été élus la même année, et sans aucun doute mis fin à 15 ans de régime libéral dans leurs provinces respectives, François Legault ne tombera pas dans le discours anti-taxe sur le carbone de Doug Ford et d’Andrew Scheer. Il quand même nettement bien aligné avec les préoccupations des Québécois. Il a reconnu que son parti n’avait pas suffisamment parlé d’environnement pendant la campagne électorale, et qu’il allait s’en occuper davantage. Il n’a pas dit un seul mot contre la taxe sur le carbone, il n’a même rien contre. Au pire, les environnementalistes lui reprochent son appui à quelques projets d’autoroute (dont l’autoroute 50 en Outaouais) et au troisième lien entre Québec et Lévis. Mais ces projets ne sont pas près de voir le jour. 

MM. Legault et Scheer parleront donc d’autre chose, comme le coût de la crise des migrants pour les provinces.

Mais Andrew Scheer devrait quand même se trouver quelque chose de plus constructif à dire sur le carbone. Car c’est une chose de clamer qu’il est contre la taxe sur le carbone, il doit proposer autre chose. Car les Canadiens sont rendus là. 

Les Ontariens ont voté en masse pour Doug Ford pour jeter dehors les libéraux qui donnaient tous les indices d’un gouvernement fatigué et à court d’idées. Ils ont choisi les conservateurs parce qu’Andrea Horwath et ses néo-démocrates ne leur semblaient pas une alternative suffisamment solide. Mais les Ontariens ne sont pas contre l’environnement, ni même contre une taxe sur le carbone. M. Ford profite de la situation pour brouiller les pistes et faire avancer ses idées politiques, mais il a tort de croire que les Ontariens le suivent de façon aveugle sur l’environnement. Il s’en rendra compte à un moment donné : laissons-le se bercer de ses illusions.

M. Scheer fait erreur de marcher dans ses pas. Cela lui coûtera un jour d’encore passer pour un dinosaure. Lui et son parti doivent développer une autre manière de décourager les Canadiens d’utiliser le pétrole, tout en rassurant l’industrie pétrolière qu’il leur reste encore plusieurs années de forage à faire parce que le Canada n’est pas sur le point de tarir sa soif d’hydrocarbures. C’est une leçon qu’il ferait bien de noter de son entretien avec François Legault. 

Pierre Jury

Legault fait bien d’éviter COP 24

ÉDITORIAL / Il y a beaucoup de grenouillage autour de l’invitation qui était faite à François Legault de se rendre au prochain Sommet sur les changements climatiques, en novembre, en Pologne. Tellement de grenouillage, en fait, que le premier ministre fait bien de passer son tour.

Il laissera aller sa ministre de l’Environnement, MarieChantal Chassé, qui bénéficiera d’une leçon accélérée sur le sujet, ce qui ne lui fera pas de tort. Elle y retrouvera entre autres son homologue fédérale, Catherine McKenna.

La sortie du Parti libéral du Québec est particulièrement osée. Le chef intérimaire Pierre Arcand souhaitait l’organisation d’une délégation québécoise autant d’élus de tous les partis que de représentants de la société civile et d’entreprises. Le député du Parti québécois Sylvain Gaudreault avait souhaité la même chose la veille.

Ce serait l’occasion, a argué M. Arcand, pour le chef de la Coalition avenir Québec de refaire sa « crédibilité douteuse » en environnement.

Quant à Québec solidaire, sa chef Manon Massé a invité M. Legault à « changer de cap » parce qu’il n’a pas parlé de changements climatiques au cours de la dernière campagne électorale.

Il est vrai que la CAQ, en campagne, a gardé un silence complice sur le climat. C’était, croyait-on, dans le but d’avoir les coudées franches une fois élu.

Pourtant, dès les premiers jours après son élection, François Legault a envoyé des signaux forts. Il a confié qu’il allait « en faire plus pour lutter contre le réchauffement climatique », et qu’il avait « bien compris » le message de la population québécoise à cet effet. Il a précisé qu’il n’avait aucune intention de rouvrir le forage pétrolier sur l’île d’Anticosti. Et il a rappelé qu’il s’était déjà engagé à respecter la cible de réduction des gaz à effet de serre du gouvernement libéral, soit une diminution de 20 % d’ici 2020 par rapport à 1990. Autant bien dire que c’est demain.

Mais là, parce qu’il décide de ne pas aller au sommet, il renierait ces engagements ? Voyons donc !

Le Sommet sur les changements climatiques dure 11 jours. C’est très long. Ce n’est pas comme le Sommet de la francophonie, juste après l’élection : deux jours et c’était fait. M. Legault avait l’occasion de se déplacer avec le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, afin de faire mieux connaissance. D’une pierre deux coups. 

Ce COP 24 survient aussi alors que l’Assemblée nationale tiendra ses premières journées de débat. Dire non à cela alors qu’un nouveau gouvernement se met en place est présomptueux. Surtout que son équipe en sera à ses premiers pas au Parlement de Québec et que les écueils seront nombreux sur le chemin des nouveaux ministres verts. M. Legault ne voudra pas trop s’en éloigner et mieux les accompagner. 

Il y a dans les exhortations de ses adversaires à l’Assemblée nationale des pièges que François Legault s’assure de vouloir éviter. Il y a de la petite politique là-dedans. Ce sont autant de jambettes que le PLQ, QS et le PQ ont placées sur la route de M. Legault dans l’espoir qu’il trébuche.

Nous voulons bien croire que plusieurs chefs de gouvernement sont allés aux précédents Sommets. Philippe Couillard et Jean Charest y sont allés régulièrement. Mais les conditions au Québec étaient bien différentes que celles d’un nouveau gouvernement qui fait ses premiers pas. Ces pas seront cruciaux pour la suite des choses. François Legault fait bien de s’assurer qu’ils se déroulent sans anicroche. Il lui restera bien un ou deux autres Sommets sur les changements climatiques avant la prochaine échéance électorale...