Mercredi soir, au débat des candidats aux élections fédérales organisé par Le Droit et Radio-Canada, on a brièvement parlé de Phénix.

Phénix? Quoi, Phénix?

ÉDITORIAL / Mercredi soir, au débat des candidats aux élections fédérales organisé par Le Droit et Radio-Canada, on a brièvement parlé de Phénix. Vous savez, le système de paie des fonctionnaires, celui qui ne fonctionne pas. Sans surprise, nous sommes retombés dans des phrases vides de sens qui ne font en rien avancer la recherche de solutions.

« Comment se fait-il qu’on ait laissé dépenser des sommes astronomiques et qu’on n’ait toujours pas de résultat ? », a interrogé Josée Poirier-Defoy, candidate du Parti vert dans Hull-Aylmer.

« Les conservateurs et les libéraux sous-traitent à l’externe et ce sont des profits pour le privé et les pertes pour le public », a renchéri Nicolas Thibodeau, candidat du Nouveau Parti démocratique.

Le député sortant Greg Fergus, toujours dans Hull-Aylmer, s’est risqué à une réponse, bien que ce soit son collègue de Gatineau, Stephen McKinnon, qui est le porte-parole sur ce dossier. « On travaille avec les fonctionnaires et les syndicats pour élaborer le nouveau système (...) pour nous assurer qu’il fonctionne. À la fin de l’année, nous aurons un projet pilote... »

Voilà. Quatre ans après l’accession au pouvoir du Parti libéral, nous en sommes encore à constituer un projet pilote. Pour l’efficacité, on repassera. Les libéraux ont hérité d’un système de paie tout croche en 2015 qui envoyait de très gros signaux qu’il n’était pas prêt à être mis en place. Nous en étions encore qu’à l’étape d’ébauche, mise en place par les conservateurs. C’est pourquoi ces derniers doivent prendre une bonne partie du blâme du fiasco de Phénix.

Mais les libéraux n’ont appliqué aucune mesure pour calmer la donne. Quelques mois après leur entrée au pouvoir, ils ont ordonné que Phénix soit installé à la grandeur du pays, malgré les signaux contraires. Mais comme l’essentiel de ces signaux émanait des syndicats, le nouveau gouvernement libéral est allé de l’avant.

Pendant deux bonnes années, ils se sont consacrés à tenter de corriger le système de paie Phénix sans stopper sa mise en œuvre. Ils se sont résignés à réembaucher des conseillers en rémunération, et les coûts du système ont explosé. Le gouvernement espérait économiser 70 millions $ par année avec le nouveau système : nous en sommes maintenant à plus de 1 milliard $, ce qui signifie que l’économie attendue ne se concrétisera pas avant 2030, 2035.

Les syndicats de l’Alliance de la fonction publique du Canada et de l’Institut professionnel de la fonction publique s’étaient donné le même objectif, en début d’année : faire de Phénix un enjeu électoral. Ils ont lamentablement failli, mais ce n’est pas faute d’avoir essayé. Ça ne colle pas dans l’opinion publique. Même à Ottawa, l’enjeu de l’environnement est venu tout obscurcir. Ça et plusieurs autres questions mêlées ensemble comme les déficits des libéraux, l’immigration, la laïcité... et les costumes bigarrés de Justin Trudeau.

La population, même à Ottawa et Gatineau, a comme oublié le système de paie Phénix. La candidate néo-démocrate Émilie Taman a observé qu’« on a fait neuf débats dans Ottawa-Centre et ça n’a jamais été demandé... »

Et au débat de mercredi à l’Université du Québec en Outaouais, cela a à peine enregistré une pulsation cardiaque chez les candidats.

Nous sommes loin de la demande de l’Alliance de tenir une enquête publique sur Phénix. L’environnement, et toutes ses variations, a pris le haut du pavé.

La paie des fonctionnaires ? Bof...