Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
La PCU et la PCUE auront eu des effets pervers. Mais elles auront évité une bien plus profonde crise sociale et humaine que celle qui a happé bien des citoyens.
La PCU et la PCUE auront eu des effets pervers. Mais elles auront évité une bien plus profonde crise sociale et humaine que celle qui a happé bien des citoyens.

PCU: voir avec les deux yeux et pas avec un seul

CHRONIQUE / Au fil du temps, la Prestation canadienne d’urgence et sa presque jumelle pour les étudiants ont eu de plus en plus mauvaise presse. Et pour cause : elles auraient découragé — elles ont découragé — nombre de citoyens de se chercher un emploi. Elles ont fait les choux gras de fraudeurs. Elles ont contribué à faire exploser le déficit fédéral.

Toutes ces critiques, justifiées, ont largement imprégné la plupart des esprits. Mais elles ne doivent pas nous rendre borgnes pour autant. Gardons-les en tête. Mais elles ne disent pas tout.

Il faut voir avec les deux yeux. Et pour cela, il faut se demander quelle était l’alternative à cette aide massive. Il faut imaginer à quoi ressembleraient les choses si un tel dispositif spécial et temporaire n’avait pas été instauré.

Car, il faut bien voir, avec les deux yeux, que ces aides ont évité une crise sociale bien pire que celle que l’on a connue jusqu’ici.

Bon, tout le monde s’entendra pour dire que le mieux aurait été des aides plus ciblées encore; des aides qui n’auraient pas eu d’effets pervers. Mais le meilleur des mondes n’existe pas toujours (et encore moins au moment où on le voudrait). Et demander une telle précision à la machine fédérale, qui plus est dans l’urgence, relevait en quelque sorte de l’impossible.

La fin imminente du programme de Prestation canadienne d’urgence et de son pendant pour étudiants annonce autre chose. Un système d’assurance-emploi plus souple que celui que l’on connaît prendra le relais. Ses interventions seront plus fines, plus ciblées. Moins «gros filets de pêche» que les prestations d’urgence.

Le système d’assurance-emploi sera plus souple, mais on entendra probablement, à terme, des personnes déplorer qu’il ne les accueille pas à la hauteur de leurs besoins — si la crise sanitaire se poursuit et si elle devait malheureusement aller jusqu’à paralyser à nouveau une bonne partie de l’économie.

Deux éléments impératifs

La PCU et la PCUE auront eu des effets pervers. Mais elles auront évité une bien plus profonde crise sociale et humaine que celle qui a happé bien des citoyens. Car les premières victimes d’une crise d’une telle ampleur, ce sont les familles moins nanties, ainsi que les travailleurs ayant des emplois précaires, comme l’a déjà souligné le ministre fédéral Jean-Yves Duclos.

Oui, pour être de bon compte, pour ne pas être binaire, il faut rappeler que sans ces aides directes, la situation économique aurait été pire encore. La demande pour les biens et services se serait écroulée bien plus profondément et bien plus largement que ça n’a été le cas.

Maintenant, à ce stade-ci, il faut ajouter deux choses. D’abord, que les auteurs de fraudes avérées, qu’elles soient le fait de groupes organisés ou d’individus peu scrupuleux, devront être débusqués et sanctionnés sans qu’une limite de temps empêche toute action contre eux. Ensuite, qu’il serait aussi incompréhensible qu’inadmissible que le prochain budget fédéral que présentera Chrystia Freeland ne prévoit pas un plan à long terme de retour à l’équilibre budgétaire.