Pas de relance sans les travailleuses des CPE

OPINION / Louise Labrie est représentante du secteur des CPE à la FSSS–CSN, qui représente plus de 10 000 travailleuses et travailleurs des CPE du Québec.

Monsieur le ministre Lacombe, je vous écris aujourd’hui, quatre mois après le début de la crise de la COVID-19, pour vous faire part de certaines réflexions.

Ai-je besoin de vous rappeler qu’après une annonce de fermeture des services de garde en mars dernier, vous êtes revenu sur cette décision pour maintenir des services de garde d’urgence ? Ai-je besoin de vous rappeler que les travailleuses et travailleurs des CPE sont restés au travail pour assurer ces services aux « anges gardiens » ? Ai-je besoin de vous dire que les travailleuses et travailleurs des CPE ont vécu et vivent encore de la peur et de l’anxiété face à la menace d’être atteints de ce virus ?

Ai-je besoin de vous rappeler que vos remerciements et vos paroles de reconnaissance ne remplacent en rien les gestes concrets que nous attendons toujours ?

Les travailleuses et travailleurs des CPE sont parmi les seuls travailleurs et travailleuses œuvrant auprès du public à ne pas avoir obtenu de prime de risque, et ce, malgré des demandes répétées. La seule réponse obtenue à cette demande est que c’est dans la « pile de demandes au Conseil du trésor ». Cela devait être bien loin dans la pile pour que nous n’ayons pas de réponse quatre mois plus tard. Ai-je besoin de vous rappeler que votre gouvernement a laissé tomber les travailleuses et travailleurs vulnérables des CPE en ne leur assurant aucun filet de sécurité financière ? Ai-je besoin de vous rappeler que ces travailleuses vulnérables sont encore à ce jour dans une « craque » du système ? Tout le monde dit se soucier de leur santé, mais personne — ni la CNESST, ni les employeurs, ni votre gouvernement — n’assume ses responsabilités à leur égard.

Ai-je besoin de vous rappeler que sans les travailleuses et les travailleurs des CPE, la relance de l’économie du Québec serait extrêmement difficile ?

Je reconnais qu’à certains moments au cours de ces quatre derniers mois, vous avez écouté nos préoccupations et vous avez maintenu les subventions aux CPE, même si les taux de fréquentation ont été bas. Je reconnais que vous avez recommandé aux employeurs de maintenir les salaires de toutes et tous durant cette période. Je ne comprends toujours pas que vous ayez laissé des employeurs ne pas appliquer cette mesure.

Monsieur le ministre, je tiens à vous dire que les plus de 10 000 travailleuses des CPE de la FSSS–CSN ont en travers de la gorge le traitement qui leur a été fait dans les derniers mois. Vous allez certainement dire que les salaires ont été maintenus même si toutes les heures n’étaient pas travaillées. Je vous rappelle que c’était dans votre intérêt de le faire : si la majorité des travailleuses avaient été mises au chômage, elles auraient demandé la PCU et l’augmentation graduelle du nombre d’enfants en CPE aurait été impossible, car elles auraient préféré continuer à recevoir la PCU.

Nos conventions collectives sont échues depuis le 31 mars 2020 et les travailleuses et travailleurs ont de grandes attentes, d’autant plus grandes que les risques qu’elles ont encourus ne sont pas reconnus.

Vous savez que vous pouvez compter sur le sens des responsabilités et le professionnalisme des travailleuses et travailleurs des CPE, mais la non-reconnaissance n’attire plus personne dans nos services et pousse les plus expérimentées à partir avant même l’âge de la retraite.

Vous aurez, Monsieur le ministre, une occasion en or dans les prochains mois de remédier à ces lacunes. En effet, la négociation s’amorcera bientôt et si vous avez réellement à cœur le futur des enfants du Québec, vous devrez agir pour améliorer les conditions de travail des personnes qui en prennent soin. Pourrons-nous compter sur vous ?