Le Grand Chef de Kanesatake Serge Otsi Simon

Pas de «crise d’Oka 2.0»

POINT DE VUE / Les Mohawks de Kanesatake n’ont aucunement l’intention de revivre une crise. Nous ne sommes pas pour la guerre. Nous recherchons la paix et la cohabitation harmonieuse. Il me semble nécessaire de faire publiquement cette déclaration à la lumière des récentes couvertures médiatiques qui tendent à vouloir dépeindre la situation actuellement comme précurseure d’un nouveau conflit semblable à celui vécu en 1990. Je tiens à être clair : en ce qui me concerne, il n’est pas question de «Crise d’Oka 2.0».

Je sais que les questions liées aux droits territoriaux autochtones sont complexes. Je sais aussi qu’il est difficile de comprendre, pour certains, que les gouvernements doivent réparer les erreurs du passé et convenir d’ententes pour corriger la longue histoire du colonialisme canadien et apaiser les blessures laissées par cette histoire. La méconnaissance et l’ignorance ne justifient toutefois pas l’inaction ni les déclarations à caractère raciste. Depuis 1990, plusieurs choses ont changé. Il y a notamment eu la Commission royale sur les peuples autochtones, la Commission Vérité et Réconciliation, l’adoption de la Déclaration de l’ONU sur les droits des peuples autochtones. Il y a aussi eu la reconnaissance par le gouvernement fédéral d’avoir manqué à ses obligations de fiduciaires et la mise sur pied d’une table de négociations. On ne devrait donc pas parler de nouvelle crise près de 30 ans plus tard. Mais, il y a bel et bien problème.

Le problème actuel se situe à deux niveaux. Le premier peut se résumer par la négligence des gouvernements, en particulier celui du Canada. Plusieurs ont affirmé au cours des derniers jours que la question du statut des territoires de Kanesatake devrait être réglée depuis longtemps. Je suis d’accord avec eux. Le deuxième niveau de la problématique relève de la méconnaissance générale à l’égard de notre réalité, de notre histoire et de nos droits. Cette méconnaissance est particulièrement évidente dans les propos du maire d’Oka qui ose utiliser un langage colonialiste pour s’opposer à la nécessaire rétrocession de nos terres. Dans la défense de nos droits et de nos territoires, mon peuple a fait preuve de beaucoup de courage. Il a aussi subi de grands préjudices. Les événements de 1990 ont été particulièrement traumatisants et ont laissé de profondes blessures. Plutôt que de raviver ces blessures, le maire devrait se tourner vers l’avenir et comprendre que l’intérêt de sa communauté est dans la paix sociale, pas la confrontation.

Kanesatake veut dire «endroit où il y a du sable» dans ma langue. Dans les débuts de nos relations, lorsque le vent soufflait, le territoire situé au bas de la colline, aujourd’hui la municipalité d’Oka, subissait des tempêtes de sable. Vers 1870, les colons français et les Mohawks se sont unis pour planter des pins blancs sur la colline, un arbre capable de retenir le sable lors des épisodes de grands vents. Ce sont les arbres de la paix. Que ce soit 1870 ou 1990, l’histoire nous enseigne des leçons. J’espère que tout le monde saura les retenir afin que l’on puisse reconnaître nos droits tout en empruntant le chemin de la paix et de la cohabitation harmonieuse.

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