La région de la capitale canadienne a aussi son lot de fermes patrimoniales.

Parce que le bois de grange a aussi une histoire

OPINION / Dans la Ferme à Mathurin, la célèbre comptine, on trouve bien canards, moutons et cochons. Mais avez-vous déjà pensé à regarder l’architecture de sa ferme? L’aspect patrimonial des bâtiments fermiers, l’engouement pour le bois de grange, tout ça, ça se préserve.

Votre ferme date d’une centaine d’années? Vous voudriez faire des rénovations tout en gardant son cachet d’antan? En Ontario, il existe diverses portes où vous pourriez aller cogner. Notamment à celle de la Fiducie.

Créée en 1967, c’est le principal organisme de protection du patrimoine de la province. Il relève du ministère des Industries du patrimoine, du sport, du tourisme et de la culture. Elle a comme responsabilité législative d’identifier, de préserver, de protéger, de faire des recommandations au Ministère et de promouvoir le patrimoine architectural, culturel et naturel de toute la province dans la foulée de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario.

La loi confère à la Fiducie le droit de «conclure des ententes avec des personnes sur des questions liées aux objets de la Fiducie, et leur accorder une aide financière dans le cadre de ces ententes, sous forme de subvention ou de prêt» pour «l’entretien, la restauration et la rénovation des biens».

Dans son rôle lié à la sensibilisation du public à l’importance de la conservation du patrimoine, la Fiducie du patrimoine ontarien fournit notamment des conseils techniques, mène certaines recherches, célèbre en février la Semaine du patrimoine ontarien et permet au public d’avoir accès à plusieurs de ses propriétés. 

La Fiducie possède en effet certains bâtiments agricoles. La ferme Scotsdale est l’un de ses beaux fleurons. Située à Georgetown, juchée tout en haut de l’escarpement du Niagara, Scotsdale est vaste. Magnifique. Tom Wicks, expert-conseil en patrimoine et œuvrant au sein de la Fiducie, explique que l’endroit fait «environ 531 acres et est considéré comme un paysage culturel provincial majestueux.» Des dizaines de milliers de personnes viennent visiter les lieux chaque année. Tom Wicks mentionne que le site datant de 200 ans est patrimonial en raison de «la variété de ses marécages, sa forêt, ses sentiers, ses sites archéologiques et ses bâtiments agricoles.»

Une nouvelle voix

Pour ceux et celles qui souhaiteraient commencer par de simples conseils, un nouvel organisme sans but lucratif, dédié essentiellement aux granges, a vu le jour il y a tout juste un an, l’Ontario Barn Preservation (OBP). 

Dirigée par Jon Radojkovic, auteur, journaliste et spécialiste de la rénovation des granges, OBP est sous la houlette de la Société historique de l’Ontario. Le but de l’OBP est de «faire connaitre au public et au gouvernement la valeur patrimoniale des fermes.» Jon Radojkovic raconte que les fermes construites entre 1850 et 1914 sont particulièrement vulnérables. 

«Dans le sud de l’Ontario, elles ont été démolies pour faire place à de nouveaux types d’agriculture. Cependant, il y a encore quelques zones avec des granges ou des fermes patrimoniales comme c’est le cas dans le comté d’Hastings dans l’est de l’Ontario ou encore dans les comtés de Grey et de Bruce dans la baie Georgienne. On en trouve aussi dans le nord comme à l’ile Manitoulin.»

Y aurait-il une différence entre le patrimoine bâti francophone et le reste de l’Ontario? Selon le président de l’OBP, il y a bien eu au Québec, au 18e siècle, notamment dans la région de l’Ile d’Orléans des exemples de granges longues, faites en pierre, une construction inconnue du côté ontarien. 

«Cependant, à compter du XIXe siècle, en Ontario, comme au Québec, les granges seront construites avec des structures en bois…» parce qu’elles sont plus chaudes que la pierre.

Louer une ferme

La région de la capitale canadienne a aussi son lot de fermes patrimoniales. En fait, la Commission de la capitale nationale (CNN) loue plus de 80 fermes, dont près de la moitié ont une valeur patrimoniale. Elles s’inscrivent dans ce que Sofia Benjelloun, conseillère aux communications stratégiques à la CNN, nomme la Ceinture de verdure. C’est 20 000 hectares d’espaces verts, dont des fermes, des forêts et des zones humides. Elle a été créée en 1950 dans le but de protéger les terres rurales bordant la capitale canadienne contre l’étalement urbain. Selon la CNN, c’est «la plus grande ceinture de verdure de propriété publique du monde».

Sofia Benjelloun mentionne que la CNN possède trois fermes reconnues au patrimoine fédéral : la ferme Moore (Gatineau), la ferme Silver Springs (Ceinture de verdure — Nepean) et la ferme Whyte (Ceinture de verdure — Gloucester). 

«En plus de ces trois fermes fédérales du patrimoine, nous avons plus de 30 fermes qui figurent au registre du patrimoine de la ville d’Ottawa et sont réputées pour leur valeur locale. La majorité de nos granges datent du XIXe ou du début du XXe siècle, et certaines sont aussi vieilles que les années 1850 et 1860.»

La Ceinture de verdure met aussi en valeur l’histoire franco-ontarienne, en particulier dans la région d’Orléans. Sofia Benjelloun prend l’exemple de la Ferme Orléans, fondée par les Oblats en 1917, sur le boulevard Saint-Joseph. «Aujourd’hui, les visiteurs peuvent aller y cueillir leurs propres pommes et profiter d’une gamme de produits frais de la ferme.» 

L'auteur du texte est André Magny, d'Agricom.