«Le modèle identitaire des caisses populaires de Desjardins n’est pas celui de l’Ontario français et cause de graves préjudices aux francophones de l’Ontario», avance le professeur Gilles LeVasseur.

Où est ma caisse populaire ?

OPINION / Depuis un certain temps, on voit en Ontario la disparition un par un des établissements des caisses populaires. Ces caisses sont associées à la vitalité et l’identité de la communauté franco-ontarienne. Elles ont été un des éléments moteurs du combat et de la vitalité des francophones de l’Ontario.

En fermant de façon systémique les succursales existantes et en vendant les édifices, le patrimoine économique de l’Ontario français est attaqué de plein fouet. Ces caisses ont été construites dans les milieux où la population francophone était présente et fleurissait. En fermant ces caisses, on détruit le tissu économique et social de la communauté franco-ontarienne. Le modèle identitaire des caisses populaires de Desjardins n’est pas celui de l’Ontario français et cause de graves préjudices aux francophones de l’Ontario.

Ce que l’on note est l’ouverture de nouvelles caisses populaires dans des quartiers très anglophone au détriment de la réalité traditionnelle francophone. Les nouvelles caisses populaires font fi de la réalité francophone ontarienne et ceci se voit tout simplement par la publicité et les messages uniquement en anglais aux guichets. On va invoquer les grands principes de la finance, de la rentabilité et du fait que l’on veut copier le modèle des banques à charte canadienne. L’approche coopérative de Desjardins détruit à petit feu ce qui a été construit par sacrifices et sueurs par des francophones luttant pour leur survie. Desjardins souhaite maximiser son approche de profitabilité, mais est devenu une institution qui ne comprend pas ce qu’ont été 400 ans de survivance et de combats pour les francophones de l’Ontario.

On note une volonté des caisses populaires de l’Ontario de courtiser le marché anglophone afin d’augmenter les revenus d’exploitation. Cette démarche comporte des conséquences importantes pour l’avenir de la place du français au sein des caisses populaires en Ontario. Comme les sociétaires deviennent de plus en plus de langue anglaise, ceci aura pour effet que dans une dizaine d’années, la gestion sera de langue anglaise et les caisses ne pourront pas servir les intérêts de la collectivité francophone de l’Ontario.

Les caisses populaires deviendront, par la loi en tenant compte de l’évolution courante, des « credit union ». Ceci est une application directe du paragraphe 19(3) de la Loi sur les caisses populaires et des « credit union ». Elle stipule que seule une personne morale constituée en vertu de la législation applicable aux caisses et qui offre des services financiers à ses sociétaires et sert les intérêts de la collectivité francophone de l’Ontario en assurant la gestion et le contrôle démocratique en français peut utiliser le terme « caisse populaire » dans sa dénomination sociale. Toute autre personne morale constituée en vertu de ladite législation doit utiliser le terme « credit union » dans sa dénomination sociale. 

Ce qui se passe est la mort des caisses populaires de l’Ontario au profit d’une entité appelée « Desjardins » qui ne sert plus la collectivité francophone de l’Ontario. Ceci est le cas actuellement avec « Desjardins Assurances » qui s’affiche uniquement en anglais en anglicisant le nom « Desjardins ». Plusieurs sociétaires se posent la question à savoir pourquoi maintenir une loyauté envers cette entreprise quand d’autres institutions financières font des efforts pour mieux servir les francophones de l’Ontario.

Pour remédier à ceci, il faut que Desjardins retourne à la réalité de la communauté francophone de l’Ontario, cesse de vendre les édifices qui représentent trop souvent des terrains de prestige et retourne à son esprit coopératif incluant le développement des affaires en langue française avec une image de marque respectant les Franco-Ontariens. 

Desjardins a le devoir de respecter la collectivité francophone de l’Ontario et ceci doit commencer par la haute direction de cette institution. Elle doit poser les gestes immédiatement afin de rétablir le côté identitaire des caisses populaires de l’Ontario et leur rôle dans la société ontarienne.

L'auteur est Gilles LeVasseur, professeur de gestion et de droit à l'Université d'Ottawa.