Signe que les temps ont bien changé, nous entendons peu de marques d’appui des élèves à leurs enseignants en grève depuis lundi.

Où est la solidarité étudiants-profs?

ÉDITORIAL / Où est la solidarité étudiante avec les grévistes ? Où est leur conscience sociale dans le conflit qui oppose leurs professeurs et les collèges de l’Ontario ?

Signe que les temps ont bien changé, nous entendons peu de marques d’appui des élèves à leurs enseignants en grève depuis lundi. 

Quelque 500 000 étudiants des 24 collèges publics de l’Ontario sont privés de cours, sans espoir d’un règlement imminent. Les deux parties ne se parlent pas et tant qu’elles ne se retrouvent pas à la table de négociations, aucun rapprochement n’est possible, et encore moins une entente de principe pour mettre fin au conflit.

Les principaux témoignages qui émanent de la classe étudiante concernent leurs besoins. À court terme, certains se plaignent de perdre des jours de classe, qu’ils évaluent en dollars bien sonnants. 

« Avec des frais d’étude moyens de 5000 $ pour deux semestres de 13 semaines, nous payons presque 40 $ par jour pour être à l’école, estime une pétition qui circule dans les rangs des apprenants. Les étudiants à temps plein doivent être remboursés à hauteur de 30 $ par jour, et ceux à temps partiel, 20 $ par jour. »

Pas moins de 16 000 étudiants avaient déjà signé la pétition en ligne avant même le déclenchement des moyens de pression. Bon, d’accord, cela ne représente qu’une bien petite partie des inscrits dans les collèges de l’Ontario, mais nous ne pouvons parler ici d’un phénomène marginal.

La pétition souligne aussi que les administrateurs des collèges « n’ont rien à perdre dans ce conflit », une allusion voilée à leurs motivations à en arriver rapidement à un règlement avec les professeurs.

Évidemment, les élèves verbalisent deux autres craintes au-delà de l’argent : la perspective de voir leur semestre prolongé, et la diplomation ratée pour ceux qui doivent obtenir leur diplôme en décembre. Ces peurs ont des conséquences bien concrètes sur les frais de logement et de subsistance qu’une session prolongée peut encourir, la perte de revenus pour les emplois durant le temps des Fêtes, et même l’impossibilité de rejoindre tout de suite le marché du travail pour ceux qui terminent leur programme cette session.

Mais nous n’en sommes pas encore là. Aujourd’hui, le conflit n’en est qu’à sa cinquième journée. Les habitudes sont perturbées, mais personne ne brandit encore la menace d’une session prolongée ou pire, une session annulée.

L’association étudiante du collège La Cité, à Ottawa, a déclaré cette semaine qu’elle restait neutre dans ce conflit. Une réaction typique de leurs collègues ailleurs en Ontario.

Pourtant, les jeunes ne réalisent pas les gains à long terme dont ils profiteront à avoir plus de professeurs à temps plein. Ils ne pensent que dans un horizon d’un ou deux ans, la durée de leurs études collégiales. Entre temps, ils côtoient une majorité des chargés de cours aux conditions de travail incertaines. Car trois quarts des enseignants ne jouissent d’aucune sécurité d’emploi. 

Les administrateurs aiment cette flexibilité ; ils soutiennent par ailleurs que ces professeurs qui font double emploi entre l’enseignement et leur emploi spécialisé sont plus au diapason avec le marché du travail, ce qui n’est pas totalement faux. Mais cela sert aussi les collèges à gérer leurs coûts... des économies qui ne sont pas redistribuées aux étudiants en frais de scolarité plus modestes.

Les étudiants ne sont pas les seuls perdants dans ce conflit ; leurs professeurs perdent tous leurs revenus. Normalement, ou du moins, à une époque, cela aurait fait d’eux des alliés évidents pour faire pression sur les patrons des collèges. Ce n’est pas le cas en 2017. 

Oui, les temps ont bien changé.