Pierre Jury
Le Droit
Pierre Jury
Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau
Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau

Ottawa : la marche à suivre

ÉDITORIAL / Le plan d’aide fédéral, que la Chambre des communes devait approuver mardi, s’est montré beaucoup plus difficile à faire passer qu’anticipé. On ne sait pas trop, finalement, ce qui en est arrivé.

Au cœur de ce plan reposait l’aide financière de 82 milliards $ annoncé par le gouvernement de Justin Trudeau la semaine dernière afin de contrer les premiers effets de la pandémie de COVID-19. Cette enveloppe se divisait en 27 milliards $ d’aides directes aux Canadiens (appui aux soins d’urgence, allocation de soutien d’urgence, bonification de l’Allocation canadienne pour enfants, etc.) et 55 milliards $ en reports d’impôts pour les entreprises.

Mais dans le plan présenté lundi aux élus, il y avait des surprises que les partis d’opposition n’avaient pas anticipées. Il autorisait le gouvernement à lever de nouveaux impôts sur les Canadiens et ce, jusqu’à la fin de 2021. Il lui conférait le pouvoir de venir en aide aux entreprises, sans aucune limite apparemment.

En plus, le gouvernement pouvait, par simple voie réglementaire — donc sans l’approbation du Parlement — modifier toute taxe imposée sur les Canadiens. Il permettait au gouvernement d’acheter des actions d’entreprises ou de leur garantir des prêts, toujours sans l’assentiment des élus. Il donnait au ministre de la Santé le pouvoir d’interrompre des brevets sur des appareils médicaux.

Ce n’était pas du tout ce à quoi les partis d’opposition s’attendaient. Et ils ont rechigné.

Avec raison. Ce plan d’aide était bien intentionné au départ, mais il allait beaucoup trop loin. Le Directeur parlementaire du budget, Yves Giroux, tirait une première sonnette d’alarme. La législation était «préoccupante» et certaines de ses mesures «totalement sans précédent».

«Ils pourraient faire tout ce qu’ils voudraient», a-t-il conclu.

Nous pouvons croire que les libéraux étaient bien motivés et qu’ils n’avaient absolument pas l’intention d’abuser des nouveaux pouvoirs exceptionnels qui leur étaient conférés. Mais il était intolérable d’accepter le plan tel que proposé. Il fallait redonner au Parlement l’autorité finale sur le plan d’aide. L’appui des partis d’opposition est facile à obtenir si le gouvernement dépose des propositions sensées en temps de crise.

Il ne faut pas les prendre pour de simples étampes prêtes à tout pour approuver un programme d’aide fédéral.

«Nous autoriserons toute dépense qui sera justifiée pour répondre à une situation mais nous ne signerons pas un chèque en blanc», a clamé Andrew Scheer, chef démissionnaire du Parti conservateur.

En cela, les députés d’opposition semblent avoir fait leur travail honorablement.

Cette querelle entre le gouvernement libéral et les partis d’opposition rappelle celle aux États-Unis où démocrates et républicains s’accusaient mutuellement de se livrer à de la petite politique sur le dos de leur plan d’aide de 2 trillions $ (ou 2000 milliards $!). Il ne faudrait pas en arriver là. Depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, tout particulièrement, l’acrimonie entre les deux partis est à son comble.

Il faut éviter de faire comme eux et se concentrer sur l’essentiel. Les Canadiens sont très éprouvés ces semaines-ci avec la fermeture de tous les commerces et industries qui ne sont pas essentiels. Les contribuables veulent voir leur gouvernement bien gouverner, dans l’intérêt de tous, et livrer l’aide promise dans les plus brefs délais. Il faudra deux ou trois semaines pour que les Canadiens reçoivent leurs premiers chèques: c’est lent, et c’est vite en même temps car le gouvernement fédéral s’avère un immense paquebot à faire tourner. Voilà ce à quoi libéraux, conservateurs, néo-démocrates, bloquistes et verts doivent se concentrer.