Le DJ met ta chanson préférée et ton amie te crie de venir danser avec elle. C’est durant ces deux secondes d’inattention que ton “ami” le barman a déposé les trois petites gouttes de GHB qui vont provoquer ta perte de mémoire»... une situation qui arrive à plusieurs filles depuis trop longtemps, dénoncent les auteures.

Non, c’est non!

POINT DE VUE / Non. Non, tu ne devrais pas avoir peur de sortir au bar avec tes amis. Non, tu ne devrais pas te sentir en danger quand tu retournes chez toi après une soirée bien arrosée. Imagine ne pas te réveiller chez toi, et que la seule chose dont tu te souviennes, c’est que tu as eu un blackout au bar. Imagine. Eh bien, ces atrocités arrivent à plusieurs filles depuis beaucoup trop longtemps.

Tu danses, tu chantes, tu vas en direction du bar pour un autre verre, tu parles avec le barman. Il devient même ton ami. Quoi? Tu crois établir un lien de confiance avec lui, alors tu baisses ta garde, même si tes parents te disent toujours de faire attention à ton verre. Trop saoûle, tu ne t’en soucies plus, et à ce moment-là, il sait que tu es la victime parfaite. 

La soirée continue, tu rencontres un garçon qui te plait. Il t’offre un verre, alors tu acceptes en sachant que ton «ami» le barman va te le concocter. Au même moment, le DJ met ta chanson préférée et ton amie te crie de venir danser avec elle. C’est durant ces deux secondes d’inattention que ton «ami» le barman a déposé les trois petites gouttes de GHB qui vont provoquer ta perte de mémoire. Mais ça, tu n’y penses pas tout de suite. Est-ce un complot entre le garçon qui te plait et le barman? Qui sait?

Selon le Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, une femme sur trois a été victime d’au moins une agression sexuelle à partir de l’âge de 16 ans, et en plus, huit victimes sur dix connaissent leurs agresseurs. Notons que 90 % des crimes sexuels ne se rendent pas à la police ou tombent dans l’oubli. Seulement trois coupables sur mille se voient condamnés, et c’est l’une des raisons pourquoi les victimes ne dénoncent pas leur agresseur.

Après une agression sexuelle, la plupart des femmes se sentent impuissantes, voire coupables face à la situation. Le fait qu’elles ne se souviennent plus de leur soirée n’aide pas la cause. Elles se sentent sales, souillées, dégoûtantes. Elles se sentent comme des moins que rien. Elles croient que personne ne va vouloir d’elles et vont fuir la réalité, car leur assurance est brisée. Et pourtant, ce n’est même pas de leur faute.

Plusieurs penseront que l’habillement d’une femme en soirée dévoile ses intentions sexuelles. Mais non, une femme peut s’habiller comme elle le désire sans qu’on lui attribue une intention particulière. Les agresseurs ne devraient pas penser qu’un décolleté et une mini-jupe riment avec «rapporte-moi chez toi». Selon certains hommes, les femmes équivalent à des proies faciles, car elles se positionnent en désavantage face au sexe opposé. L’habillement n’explique pas l’exploitation de cette infériorité. L’intérêt démontré pour une femme ne mène pas nécessairement jusqu’à plus loin. Non ne veut pas dire «convainc moi».

À quel moment est-il devenu «normal» pour des hommes de droguer des femmes? À quel moment a-t-on décidé que les femmes devenaient victimes des hommes? Pourquoi existe-t-il une drogue qui provoque des pertes de mémoire sévères aussi accessible sur le marché? Ces pauvres femmes inconscientes ne savent pas ce qui leur arrive. Comment peuvent-elles se défendre? C’est tout simplement impossible. Comment peuvent-elles accepter une telle atrocité, quand elles ne se souviennent d’absolument rien?

Donc, vu l’ampleur du phénomène, des mesures de sécurité doivent prendre place dans les bars, car beaucoup trop de femmes affrontent ces horreurs chaque jour. Il est aussi nécessaire de développer des outils de prévention, plus de préventions autant auprès des garçons que des filles. Il est impératif d’apprendre aux jeunes garçons qu’une femme vaut beaucoup plus qu’un simple objet et qu’ils doivent les respecter. Le consentement va de soi, imagine si ça t’arrive à toi.