Robert Lafrenière, principal dirigeant de l'UPAC

L’UPAC a besoin de supervision

ÉDITORIAL / Près d’une semaine après l’arrestation du député Guy Ouellette, les Québécois demeurent perplexes face à cet événement exceptionnel, ainsi qu’à tous les rebondissements qui ont suivi.

Trois autres développements hors de l’ordinaire sont survenus dans ce dossier, hier. D’abord le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, a pris la parole pour confier son inquiétude qu’un corps policier procède à l’arrestation d’un parlementaire sans que ne soient rapidement déposées des accusations. « Qu’on l’accuse ou qu’on s’excuse », a-t-il sommé. Il a été applaudi à tout rompre par les élus de l’Assemblée nationale pour cette défense bien sentie du partage des pouvoirs dans notre système démocratique et de l’indépendance des parlementaires.

Nous avons peu d’occasions d’entendre de tels rappels sur les fondements de notre démocratie et M. Chagnon a fait honneur à son rôle avec ses paroles.

Quelques minutes plus tard, M. Ouellette a réitéré devant ses collègues son innocence et son long dévouement à l’égard de la justice. Il a affirmé que les reproches à son endroit n’avaient « aucun fondement », qu’il avait été la cible d’une « tentative d’intimidation sans précédent » par l’UPAC, l’Unité permanente anticorruption. 

Enfin, en fin de journée, l’état-major de l’UPAC, son principal dirigeant Robert Lafrenière en tête, ont défendu leurs gestes dans ce dossier et prédit qu’il y aurait dépôt d’accusations dans cette enquête. Mais l’UPAC a clairement perdu le pari de la crédibilité au cours de cette journée ; ces gens des forces de l’ordre n’ont pas, par leurs témoignages, démontré qu’ils comprenaient la différence entre l’arrestation d’un simple citoyen et celle d’un élu qui préside la commission parlementaire chargée de superviser l’UPAC. Les élus ne sont pas au-dessus des lois, pas plus M. Ouellette que le premier ministre, mais il faut protéger avec force notre démocratie des dérives policières vues dans certains pays. 

Ainsi, une chose est devenue évidente, hier. Les témoignages du patron de l’UPAC une fois par année en commission parlementaire ne suffisent pas. Comme il ne suffit pas de se défendre en martelant que la confidentialité conditionnelle à la bonne marche des enquêtes empêche toute reddition de comptes. Il existe des manières de répondre aux élus et à la population par des comités restreints par exemple, où le secret est une condition de travail.

Le Québec doit aller plus loin et doit mettre en place un organisme de surveillance comme il en existe au fédéral. La Gendarmerie royale du Canada est scrutée par la Commission des plaintes du public contre la GRC, tandis que notre département d’espionnage, le Service canadien du renseignement de sécurité, tombe sous la responsabilité du Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité — Philippe Couillard y a déjà siégé d’ailleurs, avant son retour en politique.

L’UPAC a été mise en place en 2011 pour faire enquête sur la corruption dans les contrats publics. À ce moment-là, avant la commission Charbonneau, on soupçonnait des liens entre des firmes travaillant pour l’État et le financement politique. 

Des élus et des cadres municipaux sont depuis sous les verrous. Au niveau provincial, cela piétine malgré les assurances de l’UPAC que leurs dossiers progressent. L’outrecuidance de l’UPAC face à un député jusqu’ici sans tache — mais que l’on sait en guerre ouverte avec M. Lafrenière — doit cesser. 

Certes, des enquêtes complexes prennent du temps mais après six ans, les Québécois sont en droit d’avoir des réponses de leurs corps policiers alors que des élections se profilent à l’horizon.