Le ministre Leitao, il faut lui donner cela, a tenu la ligne dure.

L’Outaouais et le cadeau de Leitao

ÉDITORIAL / Le gouvernement libéral a annoncé, hier, 1,2 milliard $ en baisses d’impôt, un an avant les élections québécoises. Elles représenteront jusqu’à 1200 $ pour des milliers de familles du Québec. Au-delà de la réjouissance à recevoir un tel cadeau à l’approche des Fêtes, une grosse période de dépenses, qu’en penseront les Québécois ?

Et plus précisément, qu’en pensera la population de l’Outaouais qui accepte tacitement un niveau de services publics inférieurs à celui de presque toutes les autres régions du Québec ? 

Il n’est pas inutile de rappeler que l’Outaouais accuse un retard épique sur le plan des services de santé. Les temps d’attente aux urgences ne s’améliorent pas sensiblement, la pénurie de personnel soignant persiste, les « accidents de parcours » se répètent malgré les excuses des autorités inféodées à un ministère et un gouvernement qui refuse de reconnaître la crise croissante depuis 15 ans. Les plus fortunés ou les plus débrouillards se tournent vers le système ontarien qui agit comme soupape de sécurité. 

En éducation, l’Université du Québec en Outaouais croît trop lentement, et nous attendons toujours sa faculté satellite de médecine. Les libéraux semblent satisfaits que des milliers de jeunes traversent pour poursuivre leurs études collégiales ou universitaires à Ottawa..., une autre soupape à l’incapacité historique de l’Outaouais à hisser ses services publics au niveau que sa taille l’exige. 

En économie, là encore, pourquoi le gouvernement devrait-il redoubler d’ardeur ? Le fédéral et ses milliers d’emplois bien payés sont là, prêts à cueillir comme des fruits mûrs. Alors pour la diversification économique, on repassera ! Peu importe si le Pontiac rivalise en queue de peloton avec la Gaspésie. 

Et qui se sent en parfaite sécurité en empruntant l’« autoroute » 50, qui n’offre que deux voies ? 

Ces retards spécifiques à l’Outaouais pèseront-ils encore dans la balance lorsque les contribuables recevront leur plus récent cadeau du gouvernement Couillard ? Cadeau qu’il n’a pas été piger très loin, mais bien dans la poche des Québécois en rétrécissant les services publics lors de ses deux premières années au pouvoir. Entre 2014 et 2016, le gouvernement a mis le frein sur la croissance des dépenses. Elles galopaient à 3, 4 et 5 % par an, grugeant une part toujours plus grande du trésor québécois. 

Le ministre Leitao, il faut lui donner cela, a tenu la ligne dure. Avec son compère Martin Coiteux (alors au Conseil du trésor), ils ont enduré les remontrances de la population et de toutes les victimes du rétrécissement de l’État, gardant les yeux sur une seule cible, celle des finances publiques. Ils avaient confiance que cet exercice, aussi douloureux était-il pour les Québécois, allait en temps et lieu redonner à la Belle Province sa marge de manœuvre. 

Nous y sommes, à cette marge de manœuvre. Elle a été récupérée — et plus encore ! — car l’économie du Québec tourne mieux que prévu. Les surplus budgétaires sont au rendez-vous et le gouvernement de Philippe Couillard peut se permettre de partager cette nouvelle richesse avec la population. 

Sur le comment faire, il ne s’est même pas cassé la tête : il a pigé les idées du Parti québécois et de la Coalition avenir Québec. 

Et sur le moment, hé bien, facile : à l’approche des élections de 2018. Surtout que les sondages ne leur sont pas favorables. 

La CAQ croit que les contribuables « ne seront pas dupes ». Et ceux de l’Outaouais, demeureront-ils toujours aussi fidèles aux libéraux ?