Les séquelles psychologiques de la COVID-19 (bis)

BLOGUE / Dans ma chronique de dimanche dernier, on me soumettait le cas d'un homme très âgé qui s'était remis de la COVID-19 après trois semaines passées à l'hôpital, mais qui semblait garder des séquelles psychologiques. Il n'avait apparemment jamais repris sa «personnalité» et son humeur habituelles, montrant au contraire une irritabilité et un manque d'entrain prolongés que sa famille ne lui connaissait pas.

Je citais dans cette chronique une étude parue récemment dans The Lancet concluant que la plupart des patients atteints de la COVID-19 devraient s'en sortir sans subir de troubles mentaux, mais que le personnel soignant ferait mieux de garder un œil sur des symptômes de dépression, d'anxiété, de lassitude et de stress post-traumatique, car les auteurs de l'article en avaient observé pas mal. Je citais également la professeure de psychologie à l'Université Laval Geneviève Belleville, qui me confirmait qu'on ne devrait pas présumer qu'un changement d'humeur chez un aîné est simplement dû au vieillissement, «surtout quand il ne semble pas y avoir de cause physiologique derrière, comme un début de démence».

J'ai reçu un commentaire très intéressant d'une médecin de Laval, qui me dit que oui, il est tout à fait possible que le changement d'humeur de ce monsieur soit entièrement dû à l'hospitalisation, mais que dans le cas d'une maladie comme la COVID-19, qui touche plus d'organes et de systèmes différents que les infections respiratoires habituelles, il faut vraiment être très prudent l'interprétation des symptômes.

Or le passage de mon texte sur l'absence de causes physiologiques à valider avant de conclure que le séjour à l'hôpital est en cause survient à la toute fin, et il est fort bref. Le commentaire de Dre Bonnaud me fait réaliser que j'aurais sans doute dû faire ressortir un peu plus cette possibilité, alors je le reproduis ici (avec sa permission) afin d'amener les nuances nécessaires :

Je vous suis sur twitter et apprécie beaucoup votre professionnalisme et votre rigueur scientifique. Je n'ai jamais commenté un de vos articles dans le passé, mais je me suis sentie interpellée par l'article ci-haut cité.

Je suis d'accord avec vous pour le fait qu'un changement de milieu de vie, comme une hospitalisation avec/ou sans un séjour aux soins intensifs peut définitivement conduire à un détérioration de l'humeur, surtout chez les personnes âgées.

Par contre, comme pour tout changement de l'humeur chez un patient, il faut s'assurer d'avoir un diagnostic différentiel qui inclut d'éliminer des pathologies physiologiques. Même si nos connaissances sur une infection au SARS-COV2 sont embryonnaires, il semble que cette pathologie présente plus de symptômes systémiques que les autres virus d'origine respiratoire.

Il est connu que plusieurs virus (Virus du Nil Occidental, Zika etc ) peuvent causer des atteintes du système nerveux et donner des symptômes neurologiques périphériques et centraux (ce qui inclut des changements de l'humeur).

Avant de conclure à une atteinte psychologique dans le contexte d'un infection à SARS-COV2 prouvée, il faudrait d'abord valider si l'atteinte est plutôt organique. Nous voyons des patients qui développent des complications neurologiques de leur infection à SARS-COV2 : névrites sensitives (douleurs et engourdissements), névrites motrices (faiblesses musculaires localisées), atteintes cognitives ou de l'humeur (irritabilité, diminution de la patience). Ces symptômes apparaissent habituellement plusieurs jours/semaines après l'infection initiale, soit dans la phase vasculaire.

Au niveau du cerveau, «le psychologique influence le physique» et vice-versa. Selon votre article, le patient devait obtenir des services de physiothérapie. Si le début des symptômes psychologiques coincide avec une atteinte neurologique périphérique (plainte de douleurs et fatigue) cela indique que la problématique pourrait être en partie d'origine organique. Dans ce cas, il est rassurant de savoir que le prognostic des neuropathies d'origine virales est habituellement très bon.

Face à un virus à multiples facettes et que nous connaissons peu, je pense qu'il faut être très prudent dans l'interprétation des symptômes.

Dre Jeanne Bonneau, Laval