Les racines du féminicide autochtone

Il y a huit ans et demi, à 135 km au nord de Gatineau, disparaissaient Maisy Odjick, 16 ans, et Shannon Alexander, 17 ans. Maisy était Algonquine. Shannon était à la fois Mohawk, Algonquine et Inuite. Maniwaki a vu disparaître leurs jolis minois et leur longues silhouettes un jour de septembre, alors même qu'elles s'apprêtaient à reprendre l'école, Maisy au secondaire, Shannon à l'école d'infirmières.
On ne les a plus jamais revues.
Une histoire vaut mille histoires. Une histoire en raconte mille autres, et plus exactement 1181, puisque c'est le dernier décompte officiel des femmes autochtones assassinées ou disparues au Canada entre 1980 et 2012. 
Le risque pour une femme autochtone d'être assassinée est quatre à sept fois plus élevé que pour toute autre femme. Un quart des femmes du pays assassinées ou disparues sont autochtones, alors qu'elles ne représentent que 4% des Canadiennes. Et ce chiffre est très probablement en-dessous de la vérité, ainsi que l'a suggéré, il y a un an, Carolyn Bennett, la ministre des Affaires autochtones, après une tournée auprès de nombreuses familles ravagées par cette tragédie. 
Si une histoire en dit mille, c'est que l'ingrédient principal est toujours le même : un héritage colonial qui pèse des tonnes sur les conditions de vie des Premières nations. Ainsi, dans ce pays célébré internationalement pour son consensus social, sa tolérance, son multiculturalisme, son féminisme vivace, les femmes issues des premiers peuples sont sur-représentées parmi les plus vulnérables des plus vulnérables du Canada, celles que la mort attend au tournant.
Qui les tue ? Pourquoi ? Dans quelles circonstances ? Quelles sont les racines et les mécanismes de ce féminicide longtemps tu, longtemps ignoré ? L'enquête fédérale en cours veut répondre à ces questions lancinantes. Nous tenterons lors d'une conférence de dégager quelques causes profondes et causes immédiates, de décrire de la manière la plus concrète possible l'engrenage des vulnérabilités dont elles sont les victimes, et d'évoquer des pistes de solutions. En mémoire de Maisy et Shannon, nous tenterons de regarder dans les yeux cette tragédie en cours.
Comprendre les racines du féminicide autochtone au Canada sera présentée le mercredi 1er février 2017, à 19 h 30 dans le cadre des Grandes Conférences de l'Outaouais organisées par la Société Gatineau Monde. Au cabaret La Basoche, 120, rue Principale, Gatineau (secteur Aylmer).
L'auteure, Emmanuelle Walter, est journaliste et co-auteure avec Roméo Saganash de Le Centre du monde.