Les pharmaciens demandent la permission de prescrire des médicaments pour des problèmes de santé courant.

Les pharmaciens peuvent faire plus

ÉDITORIAL / Au Canada, votre pharmacien peut prescrire des médicaments pour « certaines conditions mineures ». Il est temps de faire le ménage dans ces actes mineurs qui devraient être les mêmes partout. Mais dans chaque province, les pharmaciens se butent au Collège des médecins qui voient parfois avec suspicion l’érosion de ces gestes qui leur étaient réservés.

« Il y a un risque potentiel, certaines choses ne sont vraiment pas propices à être diagnostiquées dans une pharmacie », a soutenu la Dr Lynora Saxinger, de  l’University of Alberta, rapporté par la CBC.

« En médecine, nous passons beaucoup de temps à diagnostiquer et à traiter les maladies communes. Cela appelle à faire la différence entre une maladie commune et la manifestation de quelque chose de dangereux. La différence serait difficile à répliquer dans une pharmacie, avec la formation que les gens ont. »

Il y a dans ce propos un ton dénigrant à l’intention des pharmaciens. Comme si l’on s’attendait que les pharmaciens rendent des diagnostics poussés de cancer !

Ce n’est absolument pas le droit que réclament les pharmaciens.

Ils désirent tout simplement la permission de prescrire des médicaments pour des problèmes de santé courants, facilement reconnaissables et traitables. Combien de jeunes familles ont dû, au Québec, s’astreindre à des heures d’attente à l’urgence pour un simple cas d’otite ? Pourtant, c’est bien là une condition « mineure » que n’importe quel spécialiste de la santé peut diagnostiquer. Mais ce n’est pas encore possible.

L’Ontario est à revoir la liste de ces maladies mineures. Pour l’instant, leurs pharmaciens peuvent renouveler des prescriptions, administrer des injections contre la grippe et certaines autres immunisations. C’est à peu près tout.

Au Québec, le pharmacien a une liste de 12 maladies qu’il peut diagnostiquer et traiter, comme l’acné, les ulcères, la conjonctivite, l’eczéma, l’infection urinaire, etc. 

Ailleurs, la liste des actes varie. En Saskatchewan, les pharmaciens peuvent recommander des méthodes de contrôle des naissances et des médicaments pour la vessie. En Alberta, ils peuvent prescrire des antibiotiques.

Que l’Ontario étende sa liste de maladies mineures est une très bonne idée. Mais une meilleure idée serait que les provinces s’entendent sur une liste de ces maladies mineures de manière à ce qu’il n’y ait plus d’écart entre ce que les pharmaciens du Québec, de l’Ontario et de la Colombie-Britannique sont autorisés à faire. Car il n’y a aucune raison que les collèges des médecins ne puissent s’entendre avec les ordres de pharmaciens sur ces maladies mineures. Comme il n’y a aucune raison qu’une province permette au pharmacien de prescrire des antibiotiques, et à une autre de se restreindre à diagnostiquer l’acné.

Il y a deux raisons pour cela.

D’abord, il y a pénurie de médecins au Canada. Les temps d’attente varient de quelques minutes à quelques heures, selon la province et selon l’établissement, que ce soit l’urgence de l’hôpital, une clinique sans rendez-vous ou un Groupe de médecine familiale, au Québec. Ces attentes sont du temps perdu dans un monde qui n’a pas de temps à perdre.

Puis, il y a l’uniformité interprovinciale. Il n’y a aucune logique à ce que les listes de maladies mineures ne soient pas les mêmes partout au pays.

L’Ontario fait un bon second pas dans l’élargissement des maladies que le pharmacien peut diagnostiquer et traiter. Mais il est temps de faire un pas de plus et de standardiser les pratiques des pharmaciens partout au Canada.