La liste des citations et promesses de la part des ministres qui se sont succédé au fil du temps, tous gouvernements confondus, est longue.
La liste des citations et promesses de la part des ministres qui se sont succédé au fil du temps, tous gouvernements confondus, est longue.

Les patients orphelins en Outaouais, c’est loin d’être réglé !

À vous la parole
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Le Droit
OPINION / Janvier 2020 : le départ d’un médecin dans une clinique de Gatineau laisse près de 1000 patients orphelins.

À Aylmer, le Groupe de médecine familiale (GMF) passe de 10 à 4 médecins, laissant du coup environ 2000 patients orphelins. Si on se fie aux chiffres du Centre intégré de la santé et des services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), on se retrouve aujourd’hui dans la région avec 19 907 patients orphelins ; et il n’est pas clair si ce chiffre inclut les 3000 patients, en janvier seulement, à qui on vient d’annoncer qu’ils perdront leurs médecins. 

Pourtant, en janvier 2014, le ministre de la Santé de l’époque, Réjean Hébert, se voulait rassurant en indiquant que plusieurs mesures avaient été mises en place pour régler la situation. 

En mai 2018, le ministre de la Santé d’alors, Gaétan Barrette, jetait le blâme sur les omnipraticiens afin d’expliquer la situation stagnante : « C’est à eux de livrer la marchandise… C’est parce que les médecins ne maintiennent pas la cadence. ». 

La liste des citations et promesses de la part des ministres qui se sont succédé au fil du temps, tous gouvernements confondus, est longue.

D’accord, il y avait plus de 30 000 patients orphelins en 2017. Il n’y a donc pas que de mauvaises nouvelles. Oui c’est vrai, les groupes de médecins de famille (les GMF) sont considérés comme des partenaires privés du système de santé. Oui d’accord les médecins ont eux aussi le droit de prendre leur retraite ou de déménager.

Mais c’est aussi vrai que les GMF ont été mis sur pied au début des années 2000 pour régler les problèmes d’accessibilité et de fragmentation des soins et services médicaux ; pour réduire l’engorgement des salles d’urgence ; pour prévenir l’effritement du rôle du médecin de famille et pour contrer le manque de continuité dans les soins. Le ministère de la Santé et des Services sociaux voulait donc assurer une plus grande accessibilité aux soins et services, en plus de reconnaître et valoriser le rôle du médecin de famille.

Que s’est-il donc passé ? Les groupes de médecine familiale peuvent bien être privés, ils bénéficient tout de même d’un soutien financier public au démarrage, à l’aménagement et au fonctionnement de la clinique. Par conséquent, est-il naïf de croire que les autorités régionales et provinciales en matière de soins et services de santé devraient avoir droit de regard sur la façon dont gère le vide créé par le départ d’un médecin ? 

Pourrait-on expliquer aux contribuables pourquoi les gens, pourtant bien formés et rémunérés, qui gèrent notre système public de santé, n’ont pas pensé mettre en place un plan B lorsqu’un médecin quitte un GMF ? 

L'auteur de ce texte, Denis Marcheterre, est le président d'Action Santé Outaouais.