Le monde a changé depuis l’Accord de Paris de 2015.

Les 75 ans de l’ONU : l’humanité face à son destin

Après la Seconde Guerre mondiale et à l’aube de l’Ère nucléaire, les chefs de gouvernement comprenaient que les peuples avaient le choix entre coopérer ou périr. Ainsi, les dirigeants de notre planète se rencontrent à New York le 23 septembre pour faire le point sur l’Accord de Paris de 2015 devant limiter le réchauffement climatique, ce qui explique la présence de Greta Thunberg.

Puis, les 24 et 25 septembre, ils doivent relancer l’Agenda 2030, aussi de 2015, qui fixe 17 objectifs de développement durable (ODD) pour tous les pays, visant à mettre fin à la pauvreté et à créer une prospérité partagée sur une planète en paix et en bonne santé. Ces accords représentent un immense espoir pour les populations souffrant de la pauvreté et des inégalités croissantes, des conflits, et des catastrophes environnementales et humanitaires.

Mais que peut-on vraiment attendre de ces sommets convoqués par l’ONU qui célébrera en 2020 son 75e anniversaire ? Vont-ils démontrer la volonté et le leadership des dirigeants pour améliorer le sort de milliards de personnes sur la planète ?

Le monde a changé depuis 2015. La coopération multilatérale est remise en question et le soutien aux actions nécessaires pour atteindre les objectifs de développement durable s’amenuise. Le portrait général que l’ONU dresse dans son rapport préparatoire est plutôt préoccupant. Les progrès sont trop lents et l’objectif d’éliminer la pauvreté est déjà hors d’atteinte. La pauvreté et la faim ont augmenté ces trois dernières années, en particulier en Afrique sub-saharienne avec plus de 400 millions de personnes affectées. Les enfants sont surreprésentés parmi les plus pauvres ; un enfant sur cinq sur la planète vit dans l’extrême pauvreté. Les inégalités de genre persistent dans l’emploi et l’accès aux services d’éducation et de santé. La hausse fulgurante des inégalités, entre les pays ou au sein même des pays, tant riches que pauvres, nuit à l’atteinte des objectifs de développement durable, crée de l’insécurité et met à mal la cohésion sociale.

Bien sûr, l’ONU parlera de progrès tangibles dans certains domaines comme la réduction de la mortalité infantile et l’incidence de plusieurs maladies. Ou du plus grand accès à des services d’infrastructures d’eau et d’assainissement. Ces progrès l’auront été dans les pays en émergence qui ont plus de ressources à leur disposition. Pour les pays les plus pauvres, les progrès sont très minces.

Face à l’incapacité ou au manque de volonté à lutter contre le réchauffement climatique, les effets sur le climat, les océans, la biodiversité, l’agriculture et les humains sont de plus en plus dévastateurs et catastrophiques, affectant la poursuite des objectifs de développement durable. L’ONU avertit que le temps presse pour renverser la tendance. Avec l’état des conflits sur la planète, les tensions commerciales, et le recul de la démocratie et de l’espace civique dans plusieurs pays, on ne peut pas dire qu’il y aura matière à réjouissances à New York.

Les pays plus riches font-ils leur part pour aider les pays les plus pauvres à mettre en œuvre les actions pour atteindre les objectifs de développement durable ? Selon l’OCDE, l’Aide publique au développement totale, soit 149 milliards $, a diminué en 2018 de 2,7 % par rapport à 2017 ; celle vers les pays les plus démunis a diminué de 3 %, à l’Afrique de 4 % et l’aide humanitaire de 8 %. Toutefois, les transferts annuels de fonds privés, surtout des ressortissants des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, ont atteint 550 milliards $, et dépassent les investissements étrangers directs et l’Aide publique au développement destinés à ces pays.

Le Canada ne parlera pas très fort à New York, le premier ministre Justin Trudeau étant probablement retenu par la campagne électorale.

En fait, le Canada se retrouve maintenant au 15e rang de l’OCDE avec une Aide publique au développement représentant 0,28 % du PIB, un pourcentage en baisse constante depuis 20 ans, et loin du consensus international de 0,7 %. Le Conseil canadien pour la coopération internationale note d’ailleurs que c’est la plus mauvaise performance historique du Canada.

Sous Brian Mulroney, le Canada investissait 0,47 % du PIB dans l’Aide publique au développement ; sous Pierre Elliot Trudeau 0,44 %.

La déclaration politique en négociation pour New York appelle à une décennie d’action pour la lutte au réchauffement climatique et l’atteinte des objectifs de développement durable. Il est à souhaiter que les dirigeants, sous la pression de l’opinion publique mondiale, aient la volonté et le leadership pour que cette déclaration se réalise. C’est l’espoir qui nous reste. Mais sans pression publique en faveur de la protection de l’environnement et de la lutte à la pauvreté, nous allons nulle part.

Les auteurs de cette lettre, Mario Renaud, Nicole St-Martin, Robert Letendre, Nigel Martin, Yves Pétillon et Pierre Véronneau sont membres du Groupe de réflexion sur le développement international et la coopération.