Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.

Une lumière, un tunnel et le temps d’agir

Marie-Claude Lortie
Marie-Claude Lortie
Rédactrice en chef
Article réservé aux abonnés
ÉDITORIAL / Il était tôt et je marchais avec mon chien avant de partir pour ma première journée de travail au Droit, à Ottawa-Gatineau, quand le texto de Radio-Canada est arrivé sans s’annoncer. «Vous pourriez commenter la nouvelle entente avec Facebook?» Quelle entente? 

Une entente qui venait tout juste d’être rendue publique. Une entente entre Le Devoir, Les coops de l’information, dont fait partie Le Droit, d’autres journaux canadiens et, enfin, Facebook. Le géant veut créer un espace de «vraies nouvelles» et payer ceux qui y déposeront de vrais articles racontant de vraies histoires, rédigées par de vrais journalistes, avec de vrais critères professionnels. Et Le Droit fait partie de l’aventure.

J’aurais difficilement pu imaginer une meilleure entrée en matière à mon nouveau poste de rédactrice en chef: un projet de solution, modeste mais non négligeable, à l’effondrement du modèle d’affaires traditionnel des médias écrits. Une lumière au bout d’un long tunnel.

Ceci ne veut en rien dire que le ministre du Patrimoine, Steven Guilbeault, peut maintenant partir en vacances. Et il le sait. Il l’a dit après l’annonce de ce partenariat. Il reste encore beaucoup à faire pour baliser le Far West qu’est Internet, pour aller chercher les revenus publicitaires perdus par les éditeurs partout au pays. Et les problèmes sont même encore plus vastes.

La bête à dompter est tentaculaire: il y a les nouvelles qui n’en sont pas, mais présentées comme si elles en étaient, la pub déguisée en information, le ciblage et la propagande en tous genres grâce à des données qu’on commercialise en profitant de notre analphabétisme collectif en la matière, la haine diffusée sans vergogne, l’exploitation d’images illégales... Et les géants du web qui récoltent des centaines de millions en publicité grâce à des contenus pour lesquels ils ne paient pas un sou, comme les articles de vos journaux locaux préférés.

La liste des aberrations est longue. Et ça inquiète toutes sortes de monde, pour toutes sortes de raisons, dont les médias comme nous qui ont vu leurs sources de revenus traditionnels publicitaires s’effondrer, alors que leurs contenus sont appréciés et lus comme jamais. Une grande injustice.

En février, le Parlement de l’Australie, un des pays pionniers en la matière, avec la France, a adopté une loi obligeant Facebook et Google à rémunérer les médias locaux pour la reprise de leurs contenus. Une loi dont on dit qu’elle ouvre le chemin à des revenus de dizaines de millions de dollars.

Le Canada a signalé son intérêt pour une solution aussi intéressante, mais on attend toujours.

Et on attend encore et encore.

Aujourd’hui, on se doute tous qu’il y aura des élections sous peu et qu’il sera difficile pour le gouvernement de Justin Trudeau de régler ce dossier assez rapidement pour que tout projet de loi ne meure pas au feuilleton. Mais cela ne devrait pas être une excuse pour ne pas, au moins, déposer un projet. Il faut nous donner une idée de quoi ça aurait l’air, concrètement, un univers web encadré, où on se préoccupe des revenus des médias de chez nous, pour garantir l’existence d’une presse locale indépendante, élément crucial de la vie de nos démocraties.

Actuellement, les journaux, les groupes de presse, agissent et cherchent et trouvent toutes sortes de morceaux de solutions. L’entente avec Facebook en est un exemple. Ça n’arrêtera pas là.

Mais c’est au tour du gouvernement et du ministre Steven Guilbeault de se lancer dans l’action et le concret. Les victimes du web sans foi ni loi n’en peuvent plus de patienter.