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S’il y a un effet positif notable de la pandémie, c’est d’avoir clairement aidé les consommateurs et les entreprises à comprendre à quel point il y a des avantages à faire affaire avec des fournisseurs de leur communauté.
S’il y a un effet positif notable de la pandémie, c’est d’avoir clairement aidé les consommateurs et les entreprises à comprendre à quel point il y a des avantages à faire affaire avec des fournisseurs de leur communauté.

Local à tout prix

Marie-Claude Lortie
Marie-Claude Lortie
Rédactrice en chef
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ÉDITORIAL / Depuis le début de la pandémie, on a vu une explosion de l’achat « local ».

Des savons aux pantalons de yoga, en passant par les matériaux de construction et les aliments, la demande pour tout ce qui est de chez nous s’est emballée, portée par des consommateurs enthousiastes qui ont répondu énergiquement à l’appel formulé par nos leaders.

Au Québec, le gouvernement Legault a lancé le fameux « panier bleu » qui répertorie des milliers d’entreprises « locales », dont plusieurs centaines en Outaouais, afin d’aider les consommateurs à choisir des entreprises de chez eux. Ici il y a aussi le programme « Outaouais d’abord ».

Idem du côté de l’Ontario, où des initiatives variées ont vu le jour depuis mars 2020, que ce soit la campagne du logo « fabriqué en Ontario » du gouvernement de Doug Ford ou le passeport #monOttawa.

S’il y a un effet positif notable de la pandémie, c’est d’avoir clairement aidé les consommateurs et les entreprises à comprendre à quel point il y a des avantages à faire affaire avec des fournisseurs de leur communauté. On sait ainsi qui on aide, où va notre argent. On peut voir comment nos choix participent au développement de nos régions. On observe aussi les avantages d’une certaine autonomie. C’est bien beau de faire du commerce avec l’autre bout du monde parce qu’on nous vend ce qu’on cherche à des prix hyper compétitifs. Mais lorsqu’une crise bouleverse tous les équilibres mondiaux, on constate comme il est utile que nos partenaires d’affaires ne soient pas loin et que personne ne soit tributaire d’un canal de Suez bloqué, d’une frontière fermée ou des impacts de décisions de gouvernements lointains sur lesquels on n’a aucun contrôle comme électeur.

Mais est-ce que cela signifie que tout achat local est nécessairement parfait ?

La question s’est posée vigoureusement cette semaine, lorsqu’une enquête de Radio-Canada a mis sur la sellette un producteur québécois très populaire, Productions horticoles Demers, une entreprise pourtant certifiée pour la salubrité de ses produits par un organisme d’Ottawa appelé CanadaGAP. On a appris que même si ces tomates sont bonnes et vendues partout par les grandes chaînes de supermarchés au Québec, incluant en Outaouais, l’entreprise logeait ses travailleurs étrangers dans des conditions inacceptables. On parle ici de moisissures sur les murs, de manque d’espace, d’eau chaude, de chaleur en hiver et d’aération en été…

La compagnie a promis qu’elle corrigerait la situation, les supermarchés nous ont assurés qu’ils surveilleraient leur fournisseur, les consommateurs se sont révoltés et sur les réseaux sociaux ils ont été nombreux à affirmer qu’ils boycotteraient la marque.

À Québec, le gouvernement Legault, qui a octroyé une subvention de 30 millions à l’entreprise en mars dernier, pour la construction de nouvelles serres, a été évidemment criblé de questions par l’opposition.

Bref, tout ça a fait de grosses vagues, mais nous laisse une fois de plus, nous les consommateurs, avec la même question : si on achète local, parfois à un prix plus élevé, comment est-on certain que c’est vraiment valable ?

Il n’y a pas de formule magique promettant un achat parfait.

Mais il y a une chose qui est cruciale, par contre. C’est que si un producteur proche de chez nous, installé dans le même territoire démocratique que le nôtre commence à faire des siennes, on a des leviers — des lois, des règlements, des médias, des institutions de surveillance — pour lui signifier notre désaccord avec ses méthodes. Ceci est impossible si on découvre que les fraises mexicaines ou les bleuets californiens achetés au supermarché sont produits dans des conditions humaines et environnementales inacceptables.

L’achat local permet de travailler à l’achat juste.

Et ça, ça n’a pas de prix.