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La pandémie n’avait pas encore fait tous ses ravages, au printemps 2020, que déjà on entendait parler d’animaux et de produits de la terre destinés à la consommation humaine, qui en feraient les frais.
La pandémie n’avait pas encore fait tous ses ravages, au printemps 2020, que déjà on entendait parler d’animaux et de produits de la terre destinés à la consommation humaine, qui en feraient les frais.

La leçon des cochons menacés

Marie-Claude Lortie
Marie-Claude Lortie
Rédactrice en chef
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ÉDITORIAL / La pandémie n’avait pas encore fait tous ses ravages, au printemps 2020, que déjà on entendait parler d’animaux et de produits de la terre destinés à la consommation humaine, qui en feraient les frais.

Des milliers et des milliers de poussins incapables de poursuivre leur route dans le grand système de l’agriculture industrielle, destinés à l’euthanasie, faute de marchés, faute de capacité de transformation, dans un monde déréglé par la fermeture des frontières et le bouleversement de nos façons de faire dans tous les secteurs de l’économie.

Puis il y a eu tous ces œufs fécondés, donc des embryons de poulets, destinés au même sort.

Puis ce fut le tour des fruits et légumes de se voir gaspillés. On se rappelle notamment des asperges et des fraises laissées dans les champs, faute de cueilleurs pour les ramasser.

Cette année, le problème de la gestion des stocks alimentaires a pris un autre virage, celui des conflits de travail. Ce n’est plus juste la pandémie qui empêche la transformation du fruit de nos sols.

Mais encore, on fait face à du terrible gaspillage.

On a vu d’abord un problème se pointer chez Exceldor, un transformateur de volailles québécois aussi présent en Ontario, où une grève dans une usine de Chaudière-Appalache a forcé l’euthanasie de près d’un million de poussins, l’usine ne pouvait plus transformer et préparer les animaux à la vente.

Cette semaine, on apprenait que plus de 100 000 porcs étaient pris dans un entonnoir eux aussi. Menacé d’euthanasie. Cette fois, c’est un conflit de travail dans une usine Olymel, une autre entreprise québécoise aussi présente en Ontario, à Cornwall, qui cause problème.

À chaque fois, le nœud est le même. Sans usine de transformation, ce système qui roule avec d’immenses volumes de bétail, se bouche, coince. Il y a trop de bêtes. Donc on doit les tuer sans pour autant en faire de la saucisse, du bacon, du jambon ou des côtelettes.

Sommes-nous obligés d’en arriver là ?

Est-ce une aberration, une triste anomalie, une façon incontournable de faire de l’agriculture ?

La réponse est non.

On pourrait faire beaucoup mieux.

Dans le cas du porc, par exemple, le Québec a choisi un modèle d’élevage intensif destiné à l’exportation. Donc on produit d’immenses quantités de porc, à des prix hyper concurrentiels, pour pouvoir desservir les marchés étrangers.

En faisant ainsi, on va chercher de la richesse dans de petites marges de profitabilité multipliées à grande échelle.

Mais cette productivité, on le voit maintenant, a des prix humains, environnementaux et éthiques non négligeables.

Toute défaillance dans le moindre maillon de la chaîne, entraîne des coûts importants. Là, on parle de viande perdue. C’est énorme.

Ça choque de penser qu’un animal d’élevage soit tué pour rien parce que le garder en vie coûte trop cher. Éthiquement, on est tous inconfortables avec ça.

Mais c’est aussi choquant d’un point de vue économique.

Ce gaspillage doit faire partie de l’équation quand on étudie nos systèmes agricoles.

Est-ce nécessaire d’aller chercher des revenus massifs en exportation, si on pouvait mieux produire à petite échelle, mieux élever, mieux transformer, mieux traiter les travailleurs qui tiennent ces entreprises à bout de bras, pour éviter les conflits de travail ? Surtout qu’il manque de main-d’œuvre partout. Ne nous donnerions-nous pas plus de chance de réussir, en restructurant l’agriculture en plus petites unités plus humaines, où diversité des tâches, responsabilités, appels à la créativité rendent l’embauche plus facile ? Et où prendre soin de l’environnement est plus gérable. Où on est moins vulnérable quand la planète est bouleversée par des phénomènes comme cette pandémie.

Il y a moyen de faire mieux.

Repensons notre agriculture.