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Bien sûr, on aurait préféré qu’elle parle français cette nouvelle gouverneure générale, Mary Simon.
Bien sûr, on aurait préféré qu’elle parle français cette nouvelle gouverneure générale, Mary Simon.

La langue du coeur

Marie-Claude Lortie
Marie-Claude Lortie
Rédactrice en chef
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ÉDITORIAL / Bien sûr, on aurait préféré qu’elle parle français cette nouvelle gouverneure générale, Mary Simon. Pour honorer cette tradition de respect pour le bilinguisme de notre pays, toujours incarnée par la personne représentant officiellement la monarchie britannique, ici.

Pour illustrer la dualité culturelle du Canada.  

Mais j’écris ces mots et partout, ils expriment une réalité à deux. 

Deux langues. 

Deux cultures. 

Or voilà. On n’est pas juste deux cultures, deux langues, au Canada. 

On est bien plus que ça. 

Et on le sait plus que jamais en ces temps difficiles. Les découvertes de sépultures d’enfants confirment ce qu’on refusait de reconnaître, nous obligent à faire face aux horreurs commis par nos ancêtres dans le passé, envers ceux qui étaient ici avant nous, en ces terres, avec leurs coutumes, leurs cultures, leurs langues, leurs histoires, leurs vies.  

On n’est pas juste deux. 

Et c’est le temps de le reconnaître, de le dire, et de faire preuve d’une générosité et d’une ouverture essentielles, maintenant, si on veut cheminer comme pays, dans toute notre complexité. 

Le premier ministre Justin Trudeau, donc, a nommé mardi une nouvelle gouverneure générale pour remplacer Julie Payette. Il s’agit de Mary Simon, une ancienne journaliste, diplomate, leader inuite : elle est née dans le nord du Québec à Kangiqsualujjuaq. Une leader qui est entrée en fonction en invitant notamment les jeunes femmes à se faire entendre.  

Son apport sera crucial. 

Son bilinguisme, à elle ? Il consiste à parler anglais, une langue qu’elle a apprise dans les écoles fédérales. Et sa langue maternelle, l’inuktitut. 

Le français ? On ne lui a pas enseigné.  

Une anomalie historique comme tant d’autres qui ont contribué à ces cassures culturelles, sociales, humaines, entre les peuples autochtones et tous les autres Canadiens. 

Elle veut apprendre le français, a-t-elle dit en entrevue. 

Nombreux sont ceux qui veulent déjà l’aider. 

« Je ne suis pas monarchiste, mais cette nomination représente un symbole fort vers la réconciliation avec les peuples autochtones. Ça me ferait plaisir de donner des cours de français à Mme Simon qui doit déjà mieux parler français que moi je parle l’Inuktitut », a commenté Julie Snyder, sur les réseaux sociaux hier. 

L’animatrice, qui n’a jamais fléchi dans sa défense de la langue française, résume ainsi joyeusement la posture de bien des francophones autant attachés à leur langue qu’à la nécessité, aujourd’hui, de faire preuve d’empathie pour tous ceux dont on partage le territoire et dont la culture est bien plus que menacée. 

Si on est ému en écoutant la chanson Mommy Daddy, magnifique hymne lancinant sur le mauvais rêve de l’assimilation des francophones, imaginez les larmes que l’on verserait en entendant une complainte semblable parlant de tous les efforts délibérés, inexcusables, dont ont été la cible les peuples autochtones pour faire disparaître leurs langues, leurs cultures, leurs identités. 

Ce n’est pas le temps de se braquer contre une gouverneure qui ne parle pas français. 

Il est temps plutôt de lui ouvrir nos portes et nos cœurs. De lui tendre la main. De la féliciter. S’il y a des gens qui comprennent les difficultés liées à la défense des droits des minorités, mais aussi l’importance cruciale de ne jamais lâcher prise pour défendre ce qu’on est, ce sont bien les autres minorités. 

Ne soyons pas les uns contre les autres mais ensemble liés par une vaste cause, celle de la justice, de la reconnaissance, du respect.

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Et vous, que pensez-vous de cette nomination ? Écrivez-nous à editorial@ledroit.com